‹ Leçons sur l'histoire de l'artChapitre 3 sur 38 · AKI" DANS l. AN I IQinri · texte numérisé non relu

AKI" DANS l. AN I IQinri

Parmi les stalllc^ les plus remarquables, il faut citer celles qui furent déciuivertes clins un tombeau de Mekloum, et qu'on a cru pouvoir attribuer à un oMicier du dernier roi de la 111' dynastie, Ru-Hotep. « Ra-Hotpou » et a sa femme, la princesse Nefert, » Nofrit » (hg. 5). Leur charme résulte d'une observation très sincère de la nature. Elle a été poussée si loin, que les yeux semblent animés. L'orbite de l'ceil est évidée dans la pierre; la cornée.

en émail blanc, est enchâssée dans une capsule de bronze qui sertit les paupières; elle est creusée pour recevoir un j^lobe de cristal figurant le cristallin, et laissant passer les rayons lumineux qui se refléchissent; pour compléter l'illusion, un clou de métal, placé au fond de la cavité, simule l'éclair de la pupille.

C'est par des txruvres d un caractère religieux que nous est connu l'art de 1 ancien empire, et c'est par l'explication des rituels, recueillis sur les morts dans les tombeaux, que les égvptologues ont pu fournir l'explication des dispositions adoptées pour les chambres funéraires, et des basrclicfs qui les décc')raient. Sans doute, la différence des rangs s'accusait p;ir linifiortaïKc des nioiuimcnts qui devaient assurer la seconde vie. succédant a la vie terrestre; mais la pvramidc accusant une tombe royale avait les mêmes divisions que la tombe privée, que le mastaba.

H fallait d'abord conserver le corps du dclunt. et les précautions prises pour rcinbaumement montrent assez jusqu'oii a été poussé en Egypte le respect des morts. Mais il Lillait encore sauvegarder ce qui survivait avec la momie. " le double, làmc, et le lumineux », et la naïveté des croyances attribuait au double les mêmes besoins qu aux vivants.

Ainsi que l'a expliqué M. Maspero. le tombeau était une maison dont une partie, icservée au double, comprenait le caveau de la momie, et les galeries .ittcnantcs, séjour éventuel de l'àme et du lumineux, au cours de leurs pérégrinations, et dans lequel nul vivant ne pouvait pénétrer sans sacrilège.

Cependant, il fallait alimenter ce double, et c'était le devoir des prêtres, des parents, qui lui portaient leurs c>ffrandcs. Ceux-ci sc reunissaient dans une salle extérieure qui. par ilcs couloirs très étroits, auxquels lesarabes ont donné

Fiii. 5. — Li princcs»c Nefert. tcnimo de Ra-Hotcp. époque île Snofroui. IIP dynastie. (Musée du Caire.)

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le nom de " serdabs », pouvait être en comnninication avec la chambre sépulcrale. Mais, avec le temps, ces devoirs incombant aux descendants risquaient d'être négligés; de là l'idée de représenter pour toujours dans la chapelle funéraire dépendant de la maison définitive, et en une matière impérissable telle que la pierre, le grès ou le oranit, ces offrandes dont l'oubli eut pu entraîner l'anéantissement du mort. De là auesi l'idée de multiplier les statuettes à l'image du défunt dans lesquelles le " double » prenait corps, d'cmploycrà

FiG 0. — Sphinx et pvrjmidc lU- Kh<op> •• Khoiifoui •. j Ci/<li.

cet effet les matériaux lapiclaires ou la terre émaillée. Ces effigies étaient dissimulées dans les maçonneries du caveau, ou dans les galeries souterraines.

C'est ainsi que l'art, mis au service des croyances, a enrichi de statues et de bas-reliefs les chapelles des mastabas, nous faisant connaître en même temps sous ses divers aspects la vie des Egyptiens, nous renseignant sur les méthodes de travail du bois, de la terre cuite et des métaux, nous donnant même des indications sur l'enseignement du dessin, sur la technique des basreliefs et sur l'emploi de la couleur appliquée à la sculpture. Le merveilleux climat de l'Egypte a tout conservé, même les meubles dépendant du mobilier funéraire des tombeaux.

Ce c^ui distingue les tombes royales des sépultures particulières, c'est l'isolement de la salle accessible aux \ivants et oii s'accomplissaient les rites

L ART DANS L ANTIQUITK

(.1 ottrandc^. Clic/ tous les peuples se retrouve l'idée d'accuser par un tertre le tombeau d un chef. En Egypte, c'est une pyramide de pierre de hauteur colossale qui protej^e le caveau royal, et nulle précautions, prises dans la

construction, devaient le garantir contre tout risque de violation (hg. 6).

Le temple funéraire n'était pas annexé à la pyramide. Celui qui a été découvert a Gizch.

prés du Sphinx, et que. pour ce motif, on a appelé le temple du Sphinx, est un premier exemple de grande salle construite en pierre, avec une double file de piliers de granit, portant des plafonds lapidaires; mais ni les murs ni les piliers n'avaient re^;u aucune décoration, soit que le monument fut resté inachevé, soit qu a l'cpoque de sa construction, l'idce de donner une forme dehnitive aux offrandes funéraires ne fut pas cncc">rc née. La décoration des murs par les bas-reliefs et la peinture était cependant pratiquée sous les premières dynasties. Le prince ne se distingue que par les attributs et cniblcmes des officiers rc>vau\.

Le bas -relief de Mvkerinos.

Il Menkaouri ». conserve au Louvre, caractérise la délicatesse et le réalisme des sculptures de la période archaïque (fig. jV

Les tombes royales des dynasties memphites sont reparties de Gi/eh au hayoum, sur les contins du désert de Libye. Le groupe de Gi/eh doit sa célébrité aux grandes p\ranii«.les de Kheops. <> Khoufoui ». de Khephren. k Khafri ». et de Mykerinos.

Le vc->isinage des carrières de Tourah et de .Wokattani facilitait la construction de ces édifices colossaux qu'on exécutait par gradins, et qu c>n revêtait ensuite de matériaux durs, tailles avec la dernière perfection. Une

iclicfaii nom de Mykerinos (Mcnkaouri).

IV ilyna-tie ll.OMvrf '

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partie du revêtement en j^ranit rose existe encore au sommet de la pyramide de Mykerinos. La pyramide de Kheops avait 145 mètres de hauteur sur une base de 233.

Ces pyramides de Gijteh étaient des tombes royales de la IV' dynastie. Les Pharaons de la V' étaient ensevelis sous les pyramides d'Abousir. et celles de Saqqarah abritaient les rois de la VI'.

Ainsi que l'a établi M. Maspero. ces pyramides de Saqqarah sont contemporaines des mastabas à chambres décorées de sculptures, de

I !.. S MusuiviiNCI J.,n-

H.is rclicl J un ..MI.lM.ll'.! . >l.

peintures et d'inscriptic">iis. Ces inscriptions s'appliquent principalement aux rites funéraires à observer, soit pour la subsistance du « double ». soit pour la préservation de l'àmc contre les dangers qui la menaçaient durant son voyage souterrain. L'usage des pyramides colossales pour les tombes royales cesse avec la XI 1' dynastie.

On sait l'importance qu'ont les matériaux du sol pour le développement de l'art dans chaque civilisation. Les calcaires de la Basse- Egypte fournissaient d'excellents matériaux pour la construction des énormes nécrcipc>les que dominaient les pyramides. Le Nil facilitait le transport des pierres.

Quant au granit et au basalte, on les reservait, semble-t-il. aux parties du monument qui devaient offrir la plus grande résistance, par exemple à la chambre funéraire et au sarcophage abritant la momie, à ces grandes dalles qu'on abaissait comme des herses pour intercepter la communication dans les

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galeries après l'ensevelissement. Ces matériaux, comme l'albâtre employé aux revêtements, étaient tirés des carrières de la Haute-ïr^yptc. Mais ces carrières étaient au bord du fleuve, ce qui facilitait le transport sur barques ou sur radeaux de matériaux de jurandes dimensions.

Le lit du fleuve traverse au Gebel-Silsilefi d'admirables carrières de grès

S.r.bc accr^up,

d'où furent tirés les monolithes employés par les rois thébains â la construction des salles hypostylcs de Karnak. Les carrières de j^ranit sont situées plus iuiiit. prcs d'Assouan, la où le lit vin lieux c se rcsscne et ou le Nil franchit la roche par des rapides.

L'art de l'époque mcmphite est un ait walnient créateur. 11 crée pour ainsi dire de toutes pièces le système de construction le mieux approprié à l'emploi des matériaux lapidaires de grandes dimensions. Le temple du

LART EGYPTIEN

sphinx est à cet éj^ard un type de construction bien raisonnée : ses piliers isolés ont l'écartemcnt qui convient pour soutenir, sur des architraves allant d'un pilier à l'autre, la couverture en dalles jointives qui forme le plafond et qui pouvait fournir à la sculpture et à la peinture les emplacements les plus favorables.

Un tel système ne nécessitait pas l'emploi de la voiitc, que l'on ne rencontre guère avant l'époque thcbaine. Encore, soit à Deir-el-Bahari, soit dans les sanctuaires parallèles d'Abydos, la voûte est -elle construite par encorbellements; les grandes pierres qui la composent ont leurs lits horizontaux, et l'intrados seul est taillé circulairement.

Mais les Egyptiens disposaient d'une autre matière, le limon du Nil, qui, bien malaxe et mélangé de paille hachée, pouvait être débité en briques séchées au soleil, et fournir, pour les habitations privées, les éléments de la construction des murs.

Ainsi sont encore construites les habitations des fellahs. Des couches minces de terre argileuse, étendues sur chaque lit de briques sèches, formaient liaison.

Sur ces murs reposait un plafond formé de brai\ches jointives ou de troncs de palmiers qu'on recouvrait de terre battue; mais souvent aussi on employait la voûte formée de briques séchées, qu'on posait par encorbellement ou par tranches inclinées, pour couvrir l'espace entre les murs.

Les matériaux lapidaires n'étaient employés dans l'habitation que pour les portes cvidées dans un pylône, pour les portiques, les corniches, et encore n'étaient-ils en usage que pour les habitations luxueuses.

Sous les dynasties memphites il semble que la pierre ait été réservée aux demeures définitives et, si l'on veut avoir une idée du mode de construction des habitations, c'est sur les chambres funéraires qu'il convient de l'étudier.

Le sarcophage de Mykerinos qui disparut dans un naufrage, lors de son transport en Angleterre, mais dont le dessin a été conservé, avait l'aspect d'une construction de terre et de bois. Les portes figurées sur les murs des chapelles funéraires des mastabas reproduisent aussi une sorte de fa»;ade

Portrjil Ju fon.:tion (Louvre.)

re Kji. V- dNrwMK.

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en pans de bois, ou l'on distinj^ue des poteaux, des traverses, et même des panneaux de rcinplissaji^e. décores par la sculpture (hj^;. S).

le bois, moins rare dans le Delta que dans la Haute-Egypte, fut sans doute plus cin|iiové pour les habitations sous les dynasties memphitcs que

sous les dynasties thébaines.

La perkction de 1 art durant la période archaïque est surtout attestée par la sculpture. Jamais l'artiste n'a étudie la nature avec plus de conscience, et n'a su en donner une expression plus hdele.

Taillé dans le roc.

le Sphinx de Gizeh (hg. t»), a corps de lion et à tète humaine, conserve . malgré les injures du temps, une telle intensité de vie.

un tel caractère de puissance, qu'il faut bien le considérer, maigre sa date très ancienne.comme l'oeuvre d'un art déjà maitrc de tous ses moyens.

L'étude des basrcliefs, pour lesquels l'artiste a su imaginer une réduction proportionnelle des saillies dans les ^imitcs du contour, ne donne pas une preuve moins convaincante des ressources dont disposait alors la sculpture. Les scènes représentées témoignent d'une justesse dans l'observation des gestes et d'une liberté dans lexpressic^n qui ne concordent )>ucre avec l'idée fausse d un art immobilise dans des conventions, il sultit de rcv;ardcr les parois du mastaba recueilli au Louvre : marins suspendus .iu\ cor>.lagcs. serviteurs poit.iiit lies provisions, ânes a I abreuvoir, oiseaux

St.iiiic Je bois du surintendant Ramkc <Sh<ik-cl-Ucl<dV IV' dyiijslic. (Muscc du Cairt.)

LART liGYPTIKN

pris au piège, tout est rendu à merveille. Voyez encore, sur des bas-reliefs delà VI' dynastie, au musée du Caire, des musiciens et des danseuses égayant le repas d'un défunt (fig. 8). N'est-ce pas une scène charmante de grâce et de naïveté ?

Le sculpteur sait donner un caractère absolu de vérité aux scènes familières qu'il retrace sur les parois des chapelles funéraires. Il a le souci de conserver à ses figures l'expression de la vie, et dans ce but il colore par la peinture le visage et le costume, ou il fait choix de matériaux colorés. C'est ainsi que les yeux des statues sont enchâssés dans une monture de bronze.

L'artiste doit d'ailleurs donner a chaque personnage l'attitude et l'expression qui lui conviennent. Le scribe accroupi du Louvre (fig. q) est saisi sur le vif, comme aussi le fonctionnaire assis qui semble suivre les spectateurs du regard (fig. lo).

La sculpture sur bois accuse la même recherche du caractère. Une statue, celle du surintendant des travaux Ramké (fig. i i), que les fellahs baptisèrent » Shcik-el-Beled » au moment de la découverte, parce qu'il ressemblait au maire de Saqqarah, caractérise bien le personnage de classe moyenne dont le sculpteur avait reproduit les traits.

Le décor de l'architectu.c n'est pas moins caractéristique. L'artiste l'emprunte à la flore du Nil. Il a eu souvent l'occasion d'admirer les

bouquets de lotus formant un faisceau de tiges droites réunies par une ligature sous les boutons entr'ouverts. C'est ainsi qu'il en fait l'application à la colonne découverte dans le tombeau de Ptah-Shepses à Abousir (fig. 12). ouvrage de la V' dynastie, et l'observation de l'artiste est si attentive, qu'il nous montre sous la ligature les tigettes de petits boutons remplissant les vides entre les grandes tiges, qu'il sait rendre avec une extrême délicatesse les superpositions ou les adhérences des ccpales et des pétales de la fleur.

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