COUPES. — PROCÉDÉS D'INCLUSION
libre il est possible d'en pratiquer de beaucoup plus minces, et il vaut mieux s'exercer à les faire de cette façon.
Le rasoir doit être mouillé pour que les coupes n'adhèrent pas à sa surface; on se sert à cet effet d'alcool ordinaire qui se répandra plus également sur la lame que de l'eau pure, parce qu'il dissout en partie la graisse qui reste à sa surface. Les coupes se font le plus commodément d'arrière en avant.
Un troisième procédé d'inclusion, que j'appellerai procédé mixte, consiste à creuser dans un morceau de moelle de sureau une petite cavité rectangulaire, ou à peu près. Le nerf y est fixé au moyen d'une épingle, et la cavité remplie avec le mélange de cire et d'huile. Après le refroidissement, l'épingle est retirée, et le tout forme une seule masse facile à tenir à la main.
L'inclusion dans la moelle de sureau ne doit être mise en usage que lorsquele nerf a une consistance ferme; autrement il est écrasé par la pression qu'exerce sur lui cette moelle lorsqu'elle se gonfle dans le liquide. Si le nerf n'est pas complètement durci, il vaut mieux se servir du procédé mixte que je viens de vous indiquer.
Ce procédé est certainement un des meilleurs, car il réunit les avantages de tous les autres. L'objet est maintenu solidement; de plus, comme la moelle de sureau est trèscompressible, on peut, pour donner plus de sûreté à la main, la refouler avec le rasoir en appuyant dessus et se servir de sa surlace comme d'un plan résistant sur lequel Imslrument est guidé. La moelle de sureau ainsi employée tient lieu de microtome, avec cette différence que sa surface est souple, et qu'elle peut être atteinte par le rasoir sans que le tranchant de l'instrument ait à en souffrir.
Après durcissement dans l'acide chromique, les coupes, faites à l'aide d'un des procédés que nous venons d'indiquer.
80 TUBES NERVEUX A MYÉUNE.
sont plonjgées pendant quelques minutes dans l'eau pour les laver. On peut les colorer à l'aide de différents réactifs; celui qui est le plus fréquemment mis en usage est le carmin. Quelques gouttes d'une solution ammoniacale de carmin sont ajoutées à de l'eau distillée jusqu'à ce que celleci prenne une coloration rose ; le liquide ainsi teinté est filtré et reçu dans une soucoupe, au fond de laquelle on a dispose une rondelle de papier à filtrer sur laquelle devront être placées les coupes.
Voici pourquoi. Si les coupes reposaient directement sur le fond du vase, elles y adhéreraient et, la solution ne pouvant se renouveler à leur face inférieure, elles ne seraient pas suffisamment colorées sur cette face. Le papier à filtrer empêche l'adhérence au fond de la soucoupe ; sa porosité permet le renouvellement constant du liquide et assure la coloration complète.
Cette coloration se fait lentement; elle est d'ordinaire suffisante au bout de 12 à 24 heures, et en général le temps nécessaire pour l'obtenir est d'autant plus long que les pièces ont séjourné plus longtemps dans l'acide chromique. Si ce séjour a été très-prolongé, la coloration ne se produit plus du tout. Dans ce cas, du reste, les pièces sont devenues cassantes et les coupes que l'on peut en faire ne valent plus rien.
Le picrocarminale produit une coloration beaucoup plus rapide; il suffit d'une demi-heure h une heure, suivant la durée du séjour préalable dans l'acide chromique. J'aurai Toccasion de vous parler encore de ce réactif à propos des autres procédés de durcissement.
Quand la coloration est complète, les coupes sont lavées dans l'eau pour enlever l'excès de la matière colorante (elles peuvent y séjourner plus ou moins longtemps sans inconvénient), puis elles sont déshydratées par immersion d'abord dans l'alcool ordinaire, puis dans l'alcool absolu. Mises
COUPES TRANSVERSALES APRÈS FACTION DE L'ACIDE CHROMIQUE. sï
alors sur la lame de verre, on y laisse tomber une goutté d'essence de térébenthine ou d'essence de girofle qui sesub^ slilue à l'alcool et rend l'objet transparent. Grâce à leur* haut indice de réfraction, ces substances, en imbibant toutes les parties du tissu, suppriment les différences de ré-: fraction, et c'est ce qui détermine la transparence. Pour les préparations non colorées, on ne pourrait se servir de ce procédé, car c'est précisément au moyen de leur diflerence de réfraction que l'on distingue les éléments; mais ici, il est sans inconvénient. •
Lorsqu'elles ont été éclaircies, les coupes sont conservées dans le baume du Canada dissous par le chloroforme, ou dans la résine de Dammar dissoute par l'essence de térébenthine.
Passons maintenant à l'étude des préparations et examinons d'abord des «eclions transversales. Un premier fait nous frappera : le cylindre-axe, qui jusqu'à présent noiis avait paru avoir une forme cylindrique et qui, par conséquent, sur une coupe transversale devrait être représenté par un cercle, a une forme étoilée (fig. 3, PI. II) ; ou, pour mieux dire, son bord est constitué par une série de lignes concaves limitant des angles saillants. Sur toutes les préparations faites après durcissement dans l'acide chromique, la plupart des cylindres-axes ont cet aspect. Nous devons nous demander quelle est la raison de cette forme singulière.
Il y a quelques années, Roudanowski^, qui avait observé cette même figure, non pas après durcissement des nerfs par l'acide chromique, mais après un autre traitement dont
* Roudano^ski, Observation sur la structure des tissus nerveux d'après une nouvelle méthode, — Journal de l*Ânatomie et de la Physiologie, t. Û, 1865, p. 225.
RA5VIER, SyST. !(ERV.^ T. t. 6
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nous allons parler, émit l'opinion qu'elle correspondait à la véritable forme [du cylindres-axe; il crut même voir des anastomoses transvei*sales entre les cylindres -a^es de tubes nerveux voisins.
Cette observation était contraire à tout ce qu'on savait jusqu'alors, car jamais, sur des nerfs dissociés par n'importe quelle méthode, on n'avait pu remarquer aucune trace de ces anastomoses.
Le procédé qu'employait Roudanov?ski consistait à pratiquer les coupes sur des pièces fraîches après les avoir congelées, et à les colorer par une infusion de cochenille. Puis il les plaçait sur la lame de verre où il les laissait sécher pour les déshydrater avant de les éclaircir par l'essence de térébenthine et de les inclure dans le baume. On conçoit aisément combien la dessiccation peut altérer les éléments délicats; du reste, déjà auparavant, l'action de l'eau contenue dans l'infusion de cochenille devait produire dans la myéline les altérations dont nous avons parlé (p. 32). On comprend sans peine comment, par suite de ces divei*ses causes d'erreur réunies, Roudanowski a dû arriver à des idées inexactes sur la structure du cylindre-axe.
Nous devons vous dire maintenant comment se produit, d'après nous, la forme éloilée des cylindres-axes que l'on observe sur les coupes transversales des nerfs traités par l'acide chromique. Faisons remarquer d'abord que, si nous prolongeons les lignes concaves qui limitent le cylindre-axe, nous arriverons à dessiner entre lui et la gaine de Schwann une série de cercles. Dès lors, on est conduit à penser que, sous l'influence du réactif, la myéline a donné naissance à une série de boules qui, en agissant sur le cylindre-axe encore mou, lui ont fait prendre la forme éloilée qu'il présente sur les coupes transversales.
Pour justifier noire opinion, nous devions faire des