OBSERVATION A L'ÉTAT VIVANT
Analyse morphologique du segment interannulaire, fondée sur la comparaison avec la cellule adipeuse. — Existence, sous la membrane de Schwann, d'une couche protoplasmique continue, réfléchie au niveau de Télranglement et Uipissant le cylindre-axe où elle forme la gaîne de Mauthner. — Les incisurcs correspondent à des cloisons protopiasmiques qui 8épai*ent la myéUne en différentes masses.
Messieurs,
Nous avons commencé, dans la dernière leçon, Tétude des nerfs à Tétat vivant. Après vous avoir indiqué la meilleure méthode à suivre, je vous ai signalé un premier fait important, à savoir que les tubes nerveux à myéline vivants, normaux, examinés sur un poumon dans lequel la circulation continue son cours, présentent un double contour évident.
Parmi les autres faits qui, dans cette observation, doivent attirer votre attention, le premier dont nous nous occuperons est relatif aux ^étranglements annulaires. Vous avez pu reconnaître ces étranglements sur les tube; nerveux du poumon de grenouille qui a été disposé devant vous. Ils sont d'autant plus nettement visibles que le poumon est plus distendu. Comme je vous l'ai fait remarquer, un des avantages de l'appareil de Holmgren consiste en ce que la distension du poumon est tout à fait à la disposition de l'observateur. Quand l'extension n'est pas complète, les nerfs sont revenus sur eux-mêmes et, sur les tubes nerveux repliés en zigzag, on reconnaît que la membrane de Schwann présente des plis, ce qui prouve, pour le dire en passant, qu'à l'état vivant, comme après l'action d'un certain nombre de réactifs que nous avons employés, cette membrane est souple, et ne possède qu'une élasticité limitée. Dans ces conditions, les étranglements annulaires sont serrés, et l'on n'y distingue que les extrémités convexes des deux seg-
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ments qui les limitent. Mais quand le poumon est dans un état de distension complète, les nerfs sont tendus et les étranglements s'étalent, pour ainsi dire, de manière à bien montrer tous leurs détails. On reconnaît nettement dès lors les poches de myéline qui renflent les extrémités des segments, et, sur l'étranglement lui-même, la strie transversale, claire quand on éloigne Tobjectif, obscure quand on le rapproche, que nous avons signalée comme l'expression optique du renflement biconique.
Un second fait, que vous pourrez observer sur ces nerfs vivants et dont je ne vous ai pas encore parlé, c'est la division d'un tube nerveux. Vous verrez assez souvent se détacher, d'un nerf constitué par quatre ou cinq tubes à myéline, un tube isolé qui prend une direction perpendiculaire ou oblique à celle du faisceau dont il émane. Examinez attentivement son origine, vous remarquerez qu'elle se fait au niveau d'un étranglement annulaire. Cet étranglement se reconnaît à première vue par l'interruption du double contour de la myéline et par la forme arrondie et renflée que présentent les extrémités des segments qui se font face. Le tube nerveux de bifurcation prend naissance à ce niveau par une extrémité renflée semblable aux deux autres.
Je me conlente, pour le moment, de vous signaler ce mode de division d'un tube nerveux, parce que j'aurai l'occasion, à propos des terminaisons des nerfs, d'y revenir plus en détail.
Lorsqu'un nerf constitué par un seul tube à myéline est visible sur un long trajet à la surface du poumon, on peut, en déplaçant un peii la planchette sur laquelle est placée la grenouille, le suivre sur la longueur de plusieurs segments interannulaircs dont on pourra aussi distinguer nettement les noyaux. Ces noyaux se montrent tantôt à gauche,
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tantôt à droite, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du même tube nerveux ; leur alternance sous ce rapport n'a rien de régulier. La masse do protoplasnia grenue qui entoure le noyau se distingue aisément, bien qu'ici les contours de ce dernier ne soient pas aussi nettement limités que sur des préparations colorées au carmin.
Les incisures de Schmidt sont aus^i parfaitement visibles; mais, pour les étudier, un grossissement considérable est nécessaire. Je vous les montre ici avec un objectif à immersion qui donne un grossissement de 800 diamètres. Dans ces conditions, le double contour du nerf vous apparaîtra avec des dimensions sufGsantes pour que vous en puissiez suivre aisément tous les détails, et en particulier les stries obliques claires qui correspondent aux incisures en question.
EnCn, et pour terminer ce qui a trait à l'observation des nerfs vivants, je dois vous rendre attentifs à un autre fait, sur lequel j'aurai l'occasion de revenir plus tard, mais que je ne dois pas laisser échapper ici à votre examen. En considérant les faisceaux composés d'un petit nombre de tubes nerveux à myéline, vous verrez que ces tubes ne sont pas toujours disposés parallèlement les uns aux autres. Ils s'entrecroisent, surtout aux points où ils vont se séparer ou bien lorsqu'ils sont en rapport avec des cellules nerveuses. Cet entrecroisement, facile à constater, est évidemment normal. S'il s'agissait de nerfs isolés, on pourrait croire qu'il s'est produit une torsion par suite de la dissociation, mais ici les tubes sont tendus dans la membrane elle-même, et un déplacement de ce genre n'y est pas possible. L'entrecroisement est donc bien réel.
Dans les gros nerfs, on ne constate pas d'entrecroisement analogue, et, s'il y existe, ce dont je doute, il ne doit pas s'y faire en forte proportion. Il se montre au contraire
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presque constamment dans les branches terminales des nerfs. J'aurai Toccasion d'y revenir.
Parmi les faits que nous venons d'observer sur les nerfs vivants, quelques-uns, les plus intéressants, ont été reconnus d'abord à l'aide des méthodes complexes que nous avons indiquées auparavant. L'expérience que nous venons de faire nous montre donc que, lorsqu'un détail de structure a été étudié à fond et bien vu, on peut le reconnaître même sur des objets beaucoup moins favorables. Je ne veux pas dire par là que dans tous les cas on puisse retrouver sur l'organe vivant tout ce que l'on a constaté à l'aide de procédés plus ou moins complexes, mais il en est ainsi dans le cas spécial des nerfs observés dans le poumon . En second lieu, puisque nous avons pu distinguer sur le nerf vivant tout ce que nous avaient montré les réactifs que nous avons employés, nous avons le droit d'en conclure que ces réactifs sont bons et que les résultats qu'ils nous ont donnés méritent confiance. II n'y a pas en elTet de diflercnce fondamentale entre un nerf tendu examiné vivant au moyen de l'appareil de Ilolmgren et un nerf tendu fixé par l'acide osmique. J'emploie à dessein le mot fixé, car je mets de côlé ici la coloration que donne l'acide osmique et je ne parle que de la fixation du nerf dans sa forme.
A.vec l'examen des tubes nerveux à myéline dans le poumon de la grenouille, j'ai terminé la série des procédés d'étude de ces cléments. Jusqu'à présent je me suis borné strictement à vous indiquer les faits qui nous étaient révélés par telle ou lelle méthode, sans insister sur la constitution du tube nerveux. J'ai maintenant à vous donner le résumé des connaissances que nous avons acquises. La synthèse des résultats que nous avons obtenus par celte analyse minu-