‹ Leçons sur l'histologie du système nerveuxChapitre 50 sur 179 · INJECTIONS INTERSTITIELLES DANS LES FAISCEAUX NERVEUX · texte numérisé non relu

INJECTIONS INTERSTITIELLES DANS LES FAISCEAUX NERVEUX

rexpérience devant vous avec cette masse, et vous pouvez constater qu'elle nous donne une injection plus complète, plus étendue, plus régulière que celle que nous avons faite avec la solution simple du bleu de Prusse.

Nous avons injecté suivant ce procédé le nerf sciatique et le nerf pneumogastrique du chien. Us ont été placés ensuite à l'état d'extension dans une solution d'acide chromique à 2 pour 4000, et le durcissement a été complété par l'alcool (voy. p. 77). Vous constaterez que les nerfs ont acquis une consistance suffisante pour qu'il soit facile d'en faire des coupes. Pratiquons successivement dans chacun d'entre eux une série de sections transversales sur différents points de la longueur où a pénétré la masse colorée, en commençant par les plus voisins de l'endroit où nous avons fait la piqûre. Dans la première, vous remarquerez au centre du vaisseau injecté une figure bleue qui n'atteint pas jusqu'à la gaînelamelleuse; sur une section faite un peu plus loin, vous observerez une figure analogue, un peu moins étendue; plus loin, la figure est plus étroite encore, et finalement nous arrivons à une section où le bleu ne forme plus qu'un cercle très-restreint au milieu du faisceau.

Cette observation faite à l'œil nu suffit déjà à nous prouver que la masse à injection n'est pas maintenue latéralement par la gaîne lamelleuse, puisqu'elle occupe seulement le centre du faisceau.

Le fait que nous venons d'observer paraît en rapport avec la manière de voir de Bogros, qui admettait, vous vous en souvenez, rexislenco d'un canal limité au centre de chaque faisceau nerveux. Mais si vous considérez que sur la section la masse injectée a une figure irrégulière, qu'elle est loin de posséder partout la même dimension, et qu'enfin elle n'est pas constamment au centre, mais souvent sur le bord du faisceau nerveux (car c'est un cas qui se pré-

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sente aussi souvent et que j*ai omis à dessein tout i llMsre dans ma description, pour ne pas la compliquer), il suivrait de là que le canal de Bogros, s'il existait réellement, serait très-irn%ulier dans sa forme, dans son diamètre et dans sa situation. Je n*insiste pas; il est complètement inotile de poursuivre cette discussion, car Texamen au'micraseï^ des coupes transversales sur lesquelles nous disttogoenMS les tube» nerveux, les gaines, le tissu conjonctif intrafasdh culaire et périfasciculaire, nous permettra de reoonoattre parfaitement la situation de la masse injectée par rapport i ces divers éléments.

Faisons des coupes transversales, soit i main levée, soit au microtome, sur différents points de la longueur injectée du nerf, et examinons-les par transparence i un faible grossissement. Sur certaines d'entre elles, nous verrons la masse colorée dans le milieu du faisceau. Tantdt elle v forme

une figure centrale irrégulière, limitée par les tabei nerveux refoulés, entre lesquels elle s*est répandue de manière à les dessiner nettement sur le fond coloré. Tantôt, au contraire, on n'observe pas de figure centrale bien délimitée: la masse s*est répandue d'une façon plus diffuse dans tous les interstices, mais elle est toujours en quantité plus noiable au centre qu'à la périphérie. Vous pourrez examiner s^ius ces microscojvs des préparations où se rencontrent ces diverses dispositions.

Dans d'autres cou[i*?s. et j'ai placé aussi devant vous des préparations sur lesquelles vous pourrez le reoinnaitre, la masse d'injection n'occujw plus le centre du faisceau; elle est rapprochée de la saine. Dans la zone qui y confine, vous vern^z K^ tubes nerveux s^-paiés les uns des autres par la masse bleue. Cette masse a même pénétré dans la gaine dont les lamelK's a^nsliluantt-s S'iml séparées par des couches de matière colorée. Entin elle s'csl répandue au dehors et

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osmique, a été dissocié, puis coloré par le picrocarminale. Vous pourrez reconnaître facilement la forme des cellules, leur bord frangé, leurs crêtes et leurs dépressions.

Je ne veux pas abandonner ce tissu sans poser le problème que soulève son origine. D'où viennent ces fibres et ces cellules plates que nous avons désignées sous le nom de tissu conjonclif intrafasciculaire proprement dit? Dépendentelles soit de la lamelle la plus interne de la gaine lamelleuse, soit des cloisons intrafasciculaires, ou, au contraire, n'en dépendent-oUes pas? Ce qui revient à se demander, en posant la question d'une façon plus générale : tout le tissu conjonctif que nous trouvons dans les nerfs provientil du tissu conjonctif ambiant, ou y a-t-il au contraire, en outre, un tissu conjonctif appartenant en propre au nerf lui-même ?

Cette question, qui au premier abord peut paraître facile à résoudre, est au contraire d'une difficulté extrême. Il est impossible de reconnaître si les fibres que nous venons de décrire se rattachent toutes aux divers ordres de lamelles dont nous avons parlé, et par conséquent si elles dépendent toutes, soit de la gaine lamelleuse, soit des cloisons intrafasciculaires. Tout ce que nous pouvons affirmer à ce sujet, c'est que, dans les diverses préparations, on ne voit se détacher des lames conjonctives qu'un nombre de libres Irèsrestreint et qui semble loin d'être en rapport avec la grande quantité des fibrilles qui forment autour de chaque tube nerveux le manchon dont nous avons signalé Texislence.

Je dois attirer votre attention sur une autre observation intéressante à propos de ces fibres connectives. Elles font presque complètement défaut chez l'animal nouveau-né, et ne se développent que tardivement. C'est chez l'adulte seulement qu'elles constituent autour de chaque tube nerveux le revêtement fibrillaire que je vous ai montré. En re-

liquides. Connaissant cette structure, il est facile de comprendre pourquoi la masse, quand elle arrive, après un trajet plus ou moins long, à atteindre la face interne de la gaîne lamelleuse, la traverse et s'échappe bientôt dans le tissu conjonctif périfasciculairc.

Pour terminer l'analyse que nous avons entreprise des éléments constitutifs des cordons nerveux, il nous reste à faire l'étude de leurs vaisseaux sanguins.

Il est largement pourvu à l'irrigation sanguine des nerfs. Leur travail ne peut s'exécuter sans un apport de matériaux de nutrition et de respiration aux éléments intimes qui les composent. En effet, comme Schiff et Funke l'ont prouvé, les nerfs, pendant leur activité, produisent de la chaleur et consomment de l'oxygène.

Déjà en 1840, Henle connaissait bien les vaisseaux des nerfs. Voici ce qu'il en a dit dans son Traité (Tanatomie générale : « Entre les éléments du tissu cellulaire marchent les vaisseaux ca|)illaires, qui forment des mailles fort allongées, el qui eu consé(jueiice parcourent de grandes distances sans cesser d'étie parallèles aux fibres nerveuses. Les vaisseaux ciii)illaires des nerfs sont au nombre des plus fins que l'on connaisse. A Tétat de vacuité, ils n'ont pas plus de 0,002 ligne de diamètre, et se composent uniquement de la membrane j)rimaire des vaisseaux, avec des noyaux de cellules ovales en long, (jui souvent alternent ensemble d'une manière Ibit régulière. Les faisceaux secondaires sont souvent accompagnés, de chaque colé, d'un vaisseau plus fort qui suit une direclion longitudinale. Les branches capillaires qui unissent ensemble les deux vaisseaux longi-

tuilinaux passent transversalement et obliquement sur la face supérieure et inférieure du faisceau ^ »

Le passage n'est pas long, et cependant la description des vaisseaux des nerfs y est assez complète. Jusque dans ces dernières années on n'a dit rien de plus précis à leur sujet. Kôlliker, dans son Traité (Taiiatomie microscopique^ a complété ces notions, et dans les éditions successives de son Manuel d' histologie il a* reproduit à peu près textuellement ce qu'il en avait dit dans ses premiers ouvrages. a Tous les nerfs d'un certain volume contiennent des vaisseaux, mais en nombre assez restreint. Ces vaisseaux ont, en général, une direction longitudinale, et forment un réseau peu serré de capillaires très-fins, de 4, & à 9 p de diamètre, réseau à mailles longitudinales, qui entoure les faisceaux de tubes, en envoyant des prolongements entre leurs divers éléments, mais qui n'enveloppejamais les fibres primitives isolées'. »

Le réseau vasculaire du faisceau nerveux avait donc été bien observé. Aussi ne comprend-on pas comment, en 1854, M. Robin, qui avait fait un livre sur les injections microscopiques, a pu dire, dans le mémoire que nous avons déjà cité, que le périnèvre qui entoure chaque faisceau nerveux est à ce faisceau ce que le sarcolemme est au faisceau primitif du muscle, et que jamais les vaisseaux sanguins ne le traversent.

Vous voyez, Messieurs, quel est le danger des conceptions à prioin.

Il est utile, à la vérité, dans notre science, de raisonner par analogie et de construire des hypothèses qui, par l'intérêt qu'elles excitent, encouragent au travail. Mais, avant

* Henle. Anafomie (jènêrale. — Enajclopédic anaiomiquCf Irad. française par Jourdan, ISiô, t. VU, p. lor).

* Koliîker, Traite d'Iiislologie, 'i'' édit. franc/aiî^o, p. 421 et i'i2.

de les considérer comme démontrées, il l'aut les soumettre au contrôle de l'expérience.

Ainsi, pour revenir à la question qui nous occupe, il était certes permis il y a vingt ans de supposer que les faisceaux nerveux possèdent une membrane amorphe analogue au sarcolemme, mais il fallait faire des observations directes pour vérifier cette hypothèse, et, mise en présence des faits, elle eût été bien vite abandonnée.

Ici l'expérience n'était pas d'une grande difficulté à réaliser. Il s'agissait simplement de faire une injection, même grossière, des vaisseaux sanguins des cordons nerveux. Déjà en 1867, un élève de M. Robin, M. G. Pouchet*, en examinant la langue d'un tamanoir qu'il avait injectée, pour y observer la disposition générale des v^sseaux sanguins, remarqua que les faisceaux nerveux primitifs y contenaient des capillaires. Le mérite de ce travail consiste surtout à avoir démontré l'erreur dans laquelle M. Ch. Robin était tombé; car, comme le prouvent les citations que je vous ai faites, on savait depuis longtemps que les faisceaux nerveux contiennent des vaisseaux capillaires.

En réalité, ces faisceaux peuvent contenir non-seulement des capillaires, mais niènie des arlcrcs et des veines d'un assez fort calibie pour qirdlcs soient visibles à Tœil nu. A cet é^^^ard, il convient de les diviser de la ra(;on suivante :

Les gros laiscenux, tels (jue le faisceau principal du nerf sciatique ou les faisceaux du ])lexus bracliial, qui contiennent des arUVes, des veines et des capillaires; les faisceaux j)etits ou moyens, qui ne contiennent (pie des capillaires, et enGn les [>lus petits fai^cea^lx, ceux (pii sont limités seulement par la gaine de llenle, qiii ne contiennent pas de

vaisseaux sanguins.

* G. Poijclicl. yote sur la rasrulariU' des fdisreau.r primitifs des nerfs périphériques. Journal de ranalomic cl de la }»liy>iolo^ie, t. IV, 1807, p. 458.

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