‹ Leçons sur l'histologie du système nerveuxChapitre 8 sur 179 · EXAMEN DANS TEAU · texte numérisé non relu

EXAMEN DANS TEAU

central, n'en a pas moins pris rang parmi les choses démontrées.

Celle idée, qui est encore aujourd'hui acceptée par tous les histologistes, et qui se Irouve reproduite dans tous les traités classiques, est entièrement fausse, comme nous le verrons en étudiant en détail la fibre nerveuse.

Après ces quelques données historiques et critiques, passons à rétude hislologique de la fibre nerveuse elle-même. Nous en ferons la description en analysant successivement les aspects qu'elle nous présentera après l'application des différenls procédés d'examen que nous emploierons. Puis nous donnerons un résumé des connaissances que nous aurons ainsi acquises.

Nous commencerons par l'examen de la fibre nerveuse dans l'eau.

Le nerf sciatique de la grenouille, que nous allons prendre comme exemple, est constitué au haut de la cuisse par un seul faisceau. Les tubes nerveux y sont donc contenus dans une seule gaine. Enlevons délicatement un segment de ce nerf, sans y toucher autrement qu'à ses extrémités. Celte précaution est très-imporlante. En effet, toute partie d'un nerf qui a été touchée un peu rudement ou soumise à une traction un peu forte, présente des modifications considérables qu'il ne faut pas risquer de confondre avec la structure normale. Ce segment étant disposé sur une lame de verre dans une goutte d'eau, appliquons à sa partie moyenne deux aiguilles agissant en sens inverse; en écartant ces aiguilles, nous déchirerons la gaînc, et les fibres nerveuses, mises en liberté, apparaîtront sous la forme d'un chevelu.

Voici un autre procédé également bon* A la partie infé*

^ TUBES XEEJEIX i 1IILI5E.

rîetirr it h caisse, le nerf sctatîque se divise en deux brandies. On ooope le IroDc principal et les deux branches, de wm^Btèrt â t5aler on segment de nerf en forme d'Y. Tirant alors sar les deux jambes de FY arec deux pinces, on les écarte et oo arrire à fendre ainsi la gaine du tronc nerveux lû-flKfoe, et à dégager de leur enrdoppe les fibres nenreiises sacs leur aToir lait subir une altération considérable.

Ces détails, je tous le répète, sont très^mportants. Si looles ces précautions ne sont pas prises, Fc^pérateiir aura «oiis ks yeux des tubes nerreux plus ou moins altérés. Cest pour le^ axoir négligées que, même dans ces derniers temi^s^ plusieurs auteurs ont décrit comme des dispositions normales des altérations dues au procédé de préparation.

Lorsi{ue la gaine a été divisée, on continue la dissodation en ayant soin d*appliquer toujours les aiguilles à la même extrémité, de manière à ne pas toucher les parties sur lesquelles devra porter Tobsenalion. Les nerfs étant suffisamment dissociés, on recouvre avec la lamelle, en prenant la précaution de mettre assez d'eau pour que Tattraclion capillaire qui sVxerce entre la lame et la lamelle ne puisse pas comprimer d'une façon nuisible les éléments délicats.

Examinons maintenant les phénomènes qui se produisent, et suivons leur développement pendant au moins une heure.

A Textrémilé de section qui est restée nette et intacte, la myéline se dégage sous forme d*un peloton enroulé de fils transparents. Ces fils se gonflent peu à peu ; leurs contours deviennent moins nets; ils semblent se fondre les uns dans les autres, et, au bout d'une demi-heure à une heure (plus rapidement chez le lapin, plus lentement chez la grenouille^ les pelotons sont devenus des boules de formes variées, avec un borJ Irès-réfringent et des stries o^ncentriques rappelant

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incomplëlemcnt les fils qui les composaient. Ces masses de myéline onl les formes les plus diverses, depuis la cylindrique jusqu'à la sphérique; les détails bizarres qu'elles présentent défient toute description et ne peuvent être rendus que par des dessins (fig. 2, PI. I).

Dans cette transformation successive de la myéline, rien ne ressemble à une coagulation. Il semble bien plutôt qu'il y ait un gonflement de toutes ces fibres transparentes et une fusion des unes avec les autres, jusqu'à produire les boules à double contour et à large bord réfringent. La myéline gonflée qui fait saillie à Textrémité de section y adhère d'abord sous forme d'un champignon plus ou moins irrégulier, constitué par les pelotons que nous venons de décrire. Lorsque, par la fusion de leurs fils, ces pelotons se sont transformés en boules réfringentes, ces boules se détachent et flottent isolées dans la préparation. Mais, à mesure que le champignon se désagrège par sa partie libre, de nouvelles quantités de myéline sortent du tube nerveux pour le reconstituer et pour l'augmenter.

On assiste ainsi, pendant une heure et plus, à la sortie continue de filaments par l'extrémité sectionnée, à leur groupement en pelotons, à leur transformation en boules, et ce processus ne s'arrête que lorsque le tube nerveux, complètement vidé de son contenu de myéline sur une longueur plus ou moins grande, n'est plus formé à ce niveau que par la gaînedeSchwann, au milieu de laquelle on distingue vaguement le cylindre-axe.

L'issue de la myéline que nous venons de décrire ne saurait être attribuée à un retrait élastique de la gaîne de Schwann. Des que le champignon est formé, en effet, on remarque qu'en arrière de lui, sur une certaine longueur, où le tube nerveux présente une diminution notable de diamètre, la gaîne de Schwann est revenue sur elle-même,

a%:iTiER, STST. 5env., t. i. 3

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Don pas à la façon d'un tube élastique, mais comme une membrane souple, car elle présente des plis nombreux et de direction variée. Elle ne peut donc pas exercer une pression sur la myéline. La même observation suffît à faire comprendre que le gonflement du cylindre-axe qui se produit dans cette expérience n'est pas non plus la cause du départ de la myéline. Du reste, ce phénomène n'est évidemment pas dû à une compression mécanique, car il ne s'arrête pas au voisinage de la section, mais se prolonge alors que la gaine de Schwann est toute plissée, et ne s'arrête que quand elle est à peu près vide.

Il est possible qu'il y ait là une action de la myéline hydratée sur celle qui est encore contenue dans le tube ; celte action serait analogue, par exemple, à l'attraclion capillaire de deux surfaces mouillées, qui les fait glisser Tune sur l'autre jusqu'à ce qu'elles soient en contact par .leur plus grande étendue, ou bien encore à l'attraction grâce à laquelle un liquide répandu sur une table suit la trace mouillée faile par le doigt, etc. Je n'insiste pas. Ce n'est là qu'une hypothèse; je l'indique seulement pour poser la question et solliciter de nouvelles recherches.

Nous venons d'observer ce qui se passe à l'extrémité sectionnée et dans son voisinage le plus immédiat. Mais plus loin, que se passe-t-il? Et d'abord plus loin, qu'y at-il? La myéline, par exemple, se poursuit-elle d'une façon continue dans toute la longueur du tube nerveux?

Si la myéline liquide était continue dans toute la longueur du tube nerveux, dans le nerf sciatique de l'homme, par exemple, qui, dans noire altitude habituelle, est disposé verticalement, elle descendrait par son propre poids jusque dans la partie la plus déclive; il n'en resterait plus rien à la partie supérieure du nerf. Aussi n'en est-il pas ainsi; la gaîne de myéline est interrompue de distance en distance

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par des cloisons transversales qui la retiennent. Ces cloisons sont visibles, même dans l'eau, tout à fait au début de l'observation .

Je reviendrai plus en détail sur leur structure dans la la suite. II me suffira de vous dire qu'elles se montrent au niveau de points rétrécis que j/ai nommés étranglements annulaires. En ces points, le tube nerveux ne contient pas de myéline, de sorte que le cylindre-axe s'y trouve en rapport plus intime avec la membrane de Schwann. L'eau peut donc pénétrer directement et rapidement jusqu'au centre du tube nerveux et y amener des modifications analogues à celles que nous venons d'observer à l'extrémité sectionnée.

C'est, en effet, ce qui se produit. Il se forme des deux côtés de l'étranglement des fils pelotonnés qui masquent peu à peu le cylindre-axe. Seulement, comme ici la membrane de Schwann est intacte, la myéline ne peut pas sortir du tube pour constituer un champignon. Son gonflement par l'eau a dès lors pour effet de distendre la gaîne membraneuse, qui est renflée en ampoule à ce niveau, et de comprimer le cylindre-axe, que l'on voit présenter en ces points un diamètre moins considérable que dans le reste de la fibre.

Au milieu de chaque espace eritro deux étranglements, le tube nerveux présente un noyau environné d'une couche de proloplasma. Sigmund Mayer* a signalé dans cette masse proloplasmique chez la grenouille la présence de granulalions pigmcntaires. Celte observation est exacte, mais nous ne pouvons en dire autant de la conclusion que l'auteur on a tirée. Partant de ce fait que les cellules nerveuses contiennent habituellement du pigment, il a pensé que cette analogie suffisait à établir que la masse proloplasmique en question constitue une cellule nerveuse. Celle déduction

* Siginiind Mayer, Die periphcrische Nerventelle und dos sympalhische Servcnstjilem. — Arch. f. Psychiatrie, 1870^ p. 561.

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