‹ Leçons sur l'hommeChapitre 13 sur 22 · REMARQUES · texte numérisé non relu

REMARQUES

Aitken Meigs.

Aitken Meigs.

Morton.

Aitken Meigs.

Welcker.

Morton .

Aitken Meigs.

Morton.

Morton .

Aitken Meigs.

Aitken Meigs.

Broca.

Broca.

Morton.

Broca.

Aitken Meigs.

"Welcker.

Welcker.

Broca.

Aitken Meigs.

Broca.

Broca.

Aitken Meigs.

Broca.

Aitken Meigs.

Crânes du xixe siècle.

Du xne au xvme siècle.

Provenant d'un caveau.

Crânes du xix» siècle.

Crânes du xixe siècle.

Provenant d'un dolmen.

Cette liste exige quelques éclaircissements. Les résultats de Morton et de Aitken Meigs ont été tirés en grande partie de la collection de Morton, achetée par l'Académie des sciences de Philadelphie, et qui s'est très-peu augmentée depuis. Plusieurs des différences qu'indique ce tableau, entre les deux observateurs, peuvent provenir de ce que les mesures, primitivement données en pouces cubes anglais, ont été réduites en centimètres cubes d'une ma-

TROISIÈME LIiÇOV 111

nière un peu différente. Les résultais, ainsi que ceux de Welcker, ont été obtenus de ia même manière, en remplissant le crâne de grenaille, et en l'agitant, jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus recevoir.

Broca a remarqué dans ses recherches, qu'on n'obtient pas ainsi des mesures rigoureusement exactes, car le même crâne, mesuré plusieurs fois de suite de cette manière, donne des résultats qui varient de 30 - 35 centimètres cubes, ce qui provient de ce que, clans beaucoup de crânes du moins, quelques portions de la cavité interne se trouvent plus élevées que le niveau du trou occipital, par lequel on introduit la grenaille. Pour éviter cet inconvénient, Broca, après avoir introduit le plomb, le pressait successivement en tout sens, au moyen d'un long instrument Conique, jusqu'à ce que le crâne fût rempli de grenaille, et qu'aucune compression ultérieure ne fût possible. Les'résultats de Broca, tout à fait comparables entre eux, donnent donc des chiffres un peu plus forts que ceux des autres observateurs, fait qu'il ne faut point oublier. D'autre part, les résultats donnés par les observateurs américains ont été obtenus de crânes choisis, tandis que Broca a obtenu les siens sur des crânes pris au hasard, et provenant, de fouilles d'anciens cimetières.

Broca a utilisé une de ces occasions rares d'étudier un nombre considérable de crânes, trouvés à Paris, en creusant les fondations du nouveau tribunal de commerce, dans un caveau fermé, et situé à trois mètres de profondeur , sur une place qui était déjà couverte de maisons du temps de Philippe-Auguste.

Ces crânes peuvent donc provenir au plus tard du xne siècle. 11 est même vraisemblable, qu'un grand nombre d'entre eux remontent même jusqu'à l'époque carlovingienne. En tous cas , ils ont dû appartenir à des personnes dans une position élevée, car ils ont été trouvés dans

un caveau fermé. Ils montrent les deux types bien distincts des tètes longues et courtes, et aussi un grand nombre de têtes moyennes qui offrent la moindre capacité crânienne, tandis que les têtes longues se placent sous ce rapport entre les moyennes et les courtes, celles-ci donnant le chiffre le plus élevé. Tous ces crânes sont indiqués dans le tableau, comme parisiens du xne siècle.

Broca a pu encore observer une deuxième série de crânes, provenant du remaniement d'un ancien cimetière, le cimetière des Innocents, qui fut ouvert sous Philippe- Auguste, donc au xne siècle, et utilisé jusqu'au xvme. Enfin le cimetière de l'Ouest, beaucoup plus récent, et qui a servi de 1788 à 182/i, a fourni à Broca une troisième série de crânes, qui sont indiqués sur le tableau comme parisiens du xixe siècle.

Ces deux cimetières étaient réservés à la classe pauvre; cependant Broca a pu distinguer, dans les crânes du cimetière de l'Ouest, trois séries différentes, à savoir -.les crânes de la fosse , où l'on ensevelissait les cadavres exposés à la Morgue, et provenant donc en grande partie de suicidés et de malheureux inconnus; les crânes de la fosse commune, où l'on enterrait les corps des pauvres gens; et enfin, les crânes de tombes particulières, pour la conservation desquelles il fallait payer une certaine taxe, et qui ont donc appartenu à des gens aisés, chez lesquels on peut supposer un degré de développement plus élevé.

Si on compare les résultats obtenus par Broca, on remarque, avant tout, que les crânes des suicidés sont ceux qui offrent la moyenne la plus forte, ce qui montre bien, que, chez ces malheureux, les maladies cérébrales sont le motif déterminant le suicide. Mais ce qui est surtout frappant, c'est la différence entre les crânes de la fosse commune et ceux des tombes particulières,, car elle peut aller jusqu'à 80 centimètres cubes , chiffre considé-

rable, si on réfléchit que la capacité totale n'atteint pas 1,500 centimètres cubes.

On doit donc conclure de là, que les individus qui, par leur position sociale, sont appelés às'occuper d' arts et de sciences, possèdent une plus grande capacité cérébrale que les simples ouvriers, résultat confirmé d'ailleurs par d'autres recherches, sur lesquelles nous aurons à revenir plus tard.

L'ensemble des observations de Broca présente encore ce résultat remarquable, que le crâne de la population parisienne a évidemment augmenté de capacité dans le cours des siècles. Si on compare les crânes du xne à ceux du xixe siècle, la capacité crânienne s'est accrue, même malgré la circonstance défavorable de l'inégalité des positions, et elle est encore assez prononcée dans les crânes du cimetière des Innocents, pour que sa prépondérance puisse être affirmée. Ce seul fait n'est pas suffisant pour qu'on en puisse tirer une conclusion générale, mais il fournit toutefois une indication, qui, dans le cas où d'autres faits viendraient concourir dans le même sens, autoriserait la conclusion que dans le cours des siècles, sous l'influence des progrès de la civilisation, la capacité crânienne d'une race peut augmenter graduellement. On peut affirmer que les différentes capacités crâniennes dont ces recherches démontrent l'existence, ont pour cause le mélange des différentes races qui se sont établies à Paris. Il est en effet certain qu'il ne peut y avoir aucune population pfus mélangée que celle d'une ville aussi populeuse, mais un simple coup d'œil sur la population suffit pour montrer que le mélange a pénétré assez également dans toutes les couches de la population. La classe ouvrière , à Paris, est aussi mélangée que les classes supérieures ; tous les peuples européens lui fournissent leur contingent, dont les pertes sont annuellement réparées par de nouvelles immi-

114 LEÇOITS SIR L'HOMME.

grations: ce qui se passe aujourd'hui avait déjà lieu il y a six cents et mille ans; Celtes et Germains, Slaves et Romains affluaient déjà sur les bords de la Seine, et les différentes formes crâniennes trouvées dans le caveau du xne siècle, nous montrent aussi que le mélange était le même.

Si l'on considère le tableau sous le-point de vue des races, on remarque cette circonstance, que toutes les nations européennes sans exception, possèdent une capacité crânienne supérieure à 1,400 centimètres cubes, tandis qu'en dehors des nations européennes, il n'y a que les Malais et les Esquimaux qui dépassent ce chiffre. Ceux-ci sont près de la limite, les crânes malais, mesurés par Welcker se trouvent au milieu des nations européennes et près des Allemands. Mais il y a peut-être quelque doute à élever sur cette mesure, qui diffère déplus de 100 centimètres cubes, des résultats obtenus par Morton, chiffre trop considérable pour s'expliquer par une particularité individuelle. Peutêtre le crâne que Welcker a eu à sa disposition, ne provenait-il pas d'un individu de race pure, mais d'un métis, ayant dans ses veines directement ou par ses ancêtres, du sang européen. Dans le voisinage des colonies hollandaises des iles de la Sonde, il y a peu de Malais dont la souche n'ait pas été greffée sur du sang européen.

Abstraction faite de ces petites exceptions, on remarque une série presque régulière dans la capacité crânienne des nations ou races qui, depuis les temps historiques, n'ont pris que peu ou point de part à la civilisation. Les Australiens, Polynésiens, et Hottentots, ces peuples encore plongés dans la barbarie, commencent la série, et personne ne pourra dire que la position qu'ils occupent par leur capacité crânienne, et le poids de leur cerveau qui en dépend, ne corresponde pas au rang que leur assignent leurs facultés intellectuelles et leur civilisation. Notre tableau est encore

très-incomplet, car il ne tient compte ni du sexe ni de l'âge, ni de la taille moyenne des peuples, dont il donne les mesures crâniennes. En tous cas, il offre une indication importante, en ce que le premier coup d'œil qu'on y jette suffit pour prouver que ce genre de recherches fournit des données qui ne sont pas à dédaigner pour l'histoire naturelle scientifique de l'homme.

Je dois encore vous faire remarquer un point digne de la plus grande attention. La capacité crânienne du nègre né en Afrique est, d'après Aitken Meigs, plus considérable que celle du nègre esclave, né en Amérique. Serait-ce donc là l'effet de cette exécrable institution qui réduit l'homme à l'état de bétail et de marchandise en le privant de sa liberté, qui seule peut le conduire vers un état de développement supérieur? Comme l'esclavage n'exerce pas une influence moins pernicieuse surle maître que sur l'esclave, il ne serait pas impossible qu'une comparaison entre les capacités crâniennes des habitants des États libres et des États esclaves ne donnât des résultats analogues. Les gigantesques massacres qui ont eu lieu dans ces derniers temps fourniront aux observateurs à venir assez de matériaux pour une recherche de cette nature. Puissent ces matériaux être utilisés avant qu'ils aient pris le chemin des moulins à os et des fabriques d'engrais artificiels.

Structure du cerveau. — Parties élémentaires de la substance cérébrale. — Cervelet. — Le cerveau, siège de l'activité intellectuelle. — Localisation des différentes fonctions. — Application à la phrénologie. — Ditférents lobes cérébraux. — Les circonvolutions de la surface supérieure. — Leurs rapports avec l'intelligence et la taille. — Plan fondamental de la formation des circonvolutions. — Leur arrangement d'après Gratiolet et Wagner. — Opinion de Huschke. — Recherches comparatives sur différentes conformations de cerveaux. — Différentes cavités du cerveau. — Discussion sur ce sujet, surtout en Angleterre.

Messieurs ,

Quelque opinion qu'on puisse avoir au sujet des fonctions de l'esprit, qu'on les considère comme manifestations d'une âme indépendante, que le système nerveuxpeut seul transmettre, ou comme fonctions de ce dernier, et de ses différentes parties constituantes, toujours est-il qu'il faut en revenir à regarder le cerveau comme l'organe dont proviennent les facultés intellectuelles. Il ne peut y avoir de doute, que tout dérangement dans le cerveau, quelle qu'en soit l'origine, se reflète immédiatement dans les fonctions spirituelles, que toute lésion entraîne des suites déterminées, qui peuvent être en partie prévues d'avance, et que tout changement d'état, dans le cours de la circulation, par exemple, occasionne immédiatement des modifications dans les manifestations de l'activité cérébrale. Si cela est exact, — etcela n'est pas douteux, car on peut à chaque instant en faire l'expérience sur des animaux, et les faire tomber en état d'épilepsie ou d'abrutissement, etc., —

il faut bien supposer que la structure du cerveau, et de ses différentes parties, est en rapport intime avec les fonctions intellectuelles, et que d'une manière ou d'une autre, cette connexion pourra être déterminée, au moins d'une manière approximative. La structure du cerveau est extrêmement compliquée; il n'y a dans le corps humain aucun organe, qui, avec un nombre proportionnellement aussi petit d'éléments anatomiques constituant sa substance , possède une si grande quantité de parties différemment conformées, et prouvant évidemment, par leur forme extérieure, leur structure interne , leur position , et leurs rapports mutuels, qu'elles président à des fonctions spéciales, à la fixation desquelles on n'est pas encore arrivé.

Quant aux parties élémentaires qui composent la substance cérébrale de l'homme et des animaux, elles forment deux groupes principaux : une substance grise, tantôt plus ou moins noirâtre ou jaunâtre, qui offre à l'œil nu une apparence assez homogène ; et une substance blanche, dans laquelle l'œil nu peut distinguer des faisceaux plus ou moins apparents, courant clans des directions déterminées.

La substance grise est composée de cellules, pourvues d'un noyau central et d'un contenu granuleux, desquelles rayonnent une foule de fils se divisant en filaments excessivement déliés, qui enfin, forment entre eux un réseau très-fin et très-compliqué ou se rendent immédiatement dans les faisceaux de la substance blanche. Ces cellules nerveuses (fig. 28) sont assez variables dans leur forme, apparence et grosseur, lesquelles sont probablement en rapport avec leurs fonctions, ce qui est d'autant plus vraisemblable, que la substance grise forme certainement le foyer principal de l'activité nerveuse; la blanche, par contre, paraît être la partie conductrice.

Tous les faisceaux de la substance blanche, tous les nerfs qui se rendent au cerveau, s'y terminent enfin dans

des nœuds et des renflements de substance grise, qui sont ou répartis dans la masse interne du cerveau, ou étalés à sa surface externe. S'il s'agit de concevoir les rapports de la structure cérébrale avec développement intellectuel, c'est surtout sur la substance grise et sur les points qui sont en grande partie formés par elle, qu'il faut porter de préférence son attention.

Pig. 28.

Cellules multipolaires avec leurs prolongements, du cerveau humain. — 1. Cellule dont le prolongement a va former le cylinder-axis d'un tube nerveux b, pourvu de son étui. — 2. Deux cellules a et b, réunies par un prolongement. — 3. Trois cellules aa, réunies par les commissures b et donnant naissance aux tubes nerveux c. — 4. Cellule multipolaire contenant du pigment.

11 n'y a aucun doute qu'un grand nombre des noyaux gris qui se trouvent dans l'intérieur du cerveau, ne sont pas en rapport, dans le sens strict du mot, avec les fonctions intellectuelles, mais le sont avec celles des organes nerveux et des sens. L)e même que les masses grises, qui

se trouvent dans la moelle épinière, sont nettement séparées par leurs fonctions, les unes présidant à la sensibilité, les autres au mouvement, de même, on trouve clans le cerveau de gros noyaux gris iscflés, dont on peut, avec une grande précision, déterminer les relations avec des fonctions distinctes. Dans la partie de la moelle qui est au niveau du trou occipital, et qu'on nomme moelle allongée, les noyaux gris qui s'y trouvent président aux mouvements de la respiration et du cœur ; plus en avant, nous voyons d'autres parties dont les relations avec les mouvements du corps, les organes des sens et les autres parties de la tête ont pu être établies par des expériences directes et positives. Tous ces points de détail ne peuvent ici nous intéresser au point de vue des recherches qui nous occupent, qu'autant qu'une quelconque de ces fonctions, l'ouïe ou la vue, par exemple, viendrait à se montrer plus développée chez une race humaine que chez d'autres. Si nous devons parfois nous étonner de la finesse des sens, dont plusieurs races sauvages donnent des preuves si extraordinaires, cette finesse semble pourtant être plutôt le résultat de l'exercice que d'une aptitude primitive, cardes hommes d'autres souches, forcés par leur profession à saisir les moindres changements de la nature qui les environne, comme les chasseurs et les marins, font également preuve de cette même finesse de la vue et de l'ouïe.

Si on examine la face inférieure d'un cerveau humain, on voit à sa partie médiane, une portion plus blanche, en forme de tige, qui passe par le trou occipital, et qu'il faut couper pour pouvoir sortir le cerveau de sa cavité crânienne. Cette tige est la moelle allongée, renfermant dans son intérieur plusieurs noyaux gris, et des bords de laquelle partent plusieurs nerfs crâniens, et notamment le nerf vague ou trisplanchnique, qui envoie ses ramifications au cœur, aux poumons et à l'estomac. Plus en avant.

elle se continue avec une autre partie, nommée le pont de Varole, dont les fibres sont transversales, qui fournit la plus grande partie des nerfs crâniens, et d'où rayonnent plusieurs faisceaux blancs, qtù se rendent dans d'autres points du cerveau et qu'on nomme pédoncules du cerveau. On peut désigner l'ensemble de ces parties blanches avec leurs prolongements antérieurs et supérieurs qui sont cachés dans la masse cérébrale sous le nom de tronc du cerveau, d'autant plus qu'elles en constituent la portion primitive, et sont les premières à se montrer lors du développement du cerveau dans l'embryon. La masse principale du cerveau, comme l'enseignent l'histoire du développement, ainsi que l'anatomie comparée, se compose de parties voûtées qui surgissent peu à peu du tronc du cerveau, et finissent? par se réunir sur la ligne médiane, formant ainsi un tout unique, qui conserve toujours dans son intérieur un système de cavités, dont l'étendue se réduit d'autant plus, que la masse cérébrale se développe davantage.

Les recherches physiologiques ont établi d'une manière certaine que le tronc du cerveau est sensible dans la plus grande partie de son étendue, et que l'ensemble des portions qui constituent la voûte cérébrale sont insensibles, fait qui conduit à la conclusion évidente, que confirment les recherches anatomiques, que les nerfs cérébraux proviennent des noyaux gris du tronc du cerveau, et s'y terminent, et que c'est donc cette partie fondamentale qui est chargée des fonctions, relativement en sous-ordre, du mouvement et du sentiment.

Si on continue l'examen de la face inférieure du cerveau, on aperçoit en arrière, et immédiatement sur le tronc du cerveau, des deux côtés de la moelle allongée, une masse assez grosse, divisée en lobes, et partagée par une série de sillons profonds, transversalement obliques, en feuillets distincts. C'est le cervelet qui, chez l'homme et la

plupart des singes, est assez peu développé pour se trouver entièrement recouvert par le cerveau, et par conséquent être invisible, lorsqu'on examine le cerveau par sa face supérieure, après avoir enlevé la calotte du crâne. Si on pra-

Fig. 29. — Cerveau humain, tu par sa face inférieure.

. Lolies antérieurs. — 2. Lobes moyens. — 3. Lobes postérieurs de l'hémisphère du cerveau. — 4. Cervelet. — 5. Partie moyenne du cervelet. — 6. Lobule antérieur distinct du cervelet. — 7. Fissure longitudinale inférieure du cerveau. — 8. Nerfs olfactifs ( première paire). — 9. Sortie des nerfs olfactifs du tronc. — 10. Chiasma des nerfs optiques (deuxième paire). — ll.Éminences grises. — 12. Corps mamillaires, deux renflements de la face inférieure du tronc du cerveau derrière le chiasma. — 13. Nerf des muscles oculaires (oculû-moteur) [troisième paire]. — 14. Pont de Varole. — 15. Pédoncule cérébelleux. — 16. Nerf trijumeau (cinquième paire). Immédiatement en avant se trouve la quatrième paire très-petite. Nerf pathétique. — 17. Nerf abducteur de l'œil ( sixième paire ). IX. Nerf facial et nerf acoustique (septième et huitième paire). — 19. Pyramides de la moelle allongée. A côté d'elles, en dehors, les corps olivaires. — 20. Nerf glossopharyngiens vagues et accessoires (neuvième, dixième et onzième paire). — 21. Nerfs hypoglosses (douzième paire). — 22. Premier nerf cervical.

tique dans le cervelet une coupe perpendiculaire à la direction des feuillets, on voit que la partie centrale de ceux-ci est blanche et enveloppée par la substance grise, d'où résulte pour la coupe une apparence arborescente,

îoo LEÇONS SIR L'HOMME.

que les anciens anatomistes ont désignée sous le nom d'arbre de vie. Les cordons de matière blanche ou pédoncules du cervelet, qui, prenant naissance dans le tronc du cerveau, viennent s'épanouir dans le cervelet, sont encore sensibles, mais les parties feuilletées de cet organe ne le sont pas. Toutes les recherches qui ont été entreprises jusqu'à présent semblent indiquer que le cervelet n'est en rapport qu'avec le mouvement. Si l'on pratique une lésion d'un coté, il se produit des phénomènes de paralysie à la suite desquels le corps est poussé du côté opposé ; si l'on détruit le cervelet entièrement, la colonne épinièreet le corps tout entier perdent leur force de sustentation, et l'animal oscille même debout; sa marche ressemble à celle de l'ivresse, les mouvements deviennent précipités, irrégulièrement exécutés, et manquent tout à fait de la simultanéité et de l'accord nécessaires. Les observations pathologiques qu'on a pu faire sur des cas de malades, dont le cervelet avait été lésé par une cause quelconque, confirment ces faits. Les rapports avec les fonctions génératrices, que les phrénologistes ont autrefois voulu attribuer au cervelet, et qui, dans l'ouvrage de Gall sont un article de foi, ne se sont pas confirmés.

11 résulte de tous ces faits, qu'au point de vue qui nous occupe ici, le cervelet n'aura pas à contribuer à l'éclaircissement des questions que nous avons à examiner, puisqu'il n'est aucunement en relation avec les fonctions intellectuelles.

Il ne nous reste donc plus que le cerveau proprement dit, qui forme à lui seul la plus grosse masse de l'organe total, celle qui, vue par-dessus, recouvre toutes les autres parties, et s'en distingue, au premier coup d'œil, par les singuliers bourrelets intestiniformes dont sa face supérieure est pourvue.

Le cerveau est partagé eu deux hémisphères latéraux

par un sillon profond qui suit sa ligne médiane et dans lequel pénètre un repli de la dure-mère nommé la faux du cerveau. Un second repli de la même membrane nommé tente du cervelet , est tendu horizontalement dans la région postérieure de la tète, et sépare le cervelet des

Pig. 30. — Cerveau de la Vénus hottentote, morte à Paris, d'après Gratiolet. vu en dessus.

!.. Scissure longitudinale. — /?. Scissure de Rolando. — V. Scissure postérieure, transversale. — F. Lobes frontaux. — P. Lobes pariétaux. — 0. Lobes posté- — T. Lobes temporaux. — Po. Pont de Varole. — C. Cervelet.

lobes postérieurs du cerveau qu'elle supporte. Le cerveau proprement dit forme donc ainsi un tout complet qui, ainsi que le montrent le développement embryologique et l'anatomie comparée, s'étend et finit par dominer et comprimer sous lui toutes les autres parties. Cette extension augmente dans la série des animaux à mesure que ceux-ci

s'élèvent dans l'échelle, avec une tendance marquée vers le type du cerveau Immain. Chez les vertébrés inférieurs, les poissons, le cerveau n'est qu'un noyau gris, placé en avant des autres noyaux du tronc cérébral, et de même importance qu'eux. Semblable à une vessie de caoutchouc insufflée, le cerveau se distend de plus en plus chez les vertébrés plus élevés, recouvre successivement les noyaux gris du tronc cérébral, puis la formation incomplètement voûtée du cerveau moyen, primitivement distinct, et qu'on a désigné sous les noms de tubercules quadri jumeaux ou couches optiques, envahit le cervelet qu'il dépasse enfin et qu'il refoule toujours plus vers sa face inférieure. Une coupe menée suivant l'arcade zygomatique, qui séparerait le crâne des autres parties de la tête, correspondrait assez exactement à la face inférieure du cerveau. Une pareille coupe n'intéresserait pas le cervelet, parce qu'il se trouve dans la partie postérieure du crâne, qui correspond aux attaches des muscles de la nuque.

Le cerveau est entièrement insensible ; les pédoncules cérébraux et les couches optiques paraissent seuls être sensibles. Dans des blessures profondes de la tète n'intéressant que le cerveau, on peut toucher la surface de ce dernier, même en enlever des morceaux, sans que le sujet éprouve aucune douleur. Par contre, les recherches que l'on a faites à ce sujet sur les oiseaux, ont montré que le cerveau est évidemment le siège unique de l'intelligence. On peut conserver des pigeons vivants pendant des semaines après l'ablation du cerveau. Je ne m'étendrai pas plus longuement ici sur les phénomènes qu'offrent les pigeons ainsi privés de leur cerveau, et dont vous pourrez trouver le résumé dans les ouvrages de physiologie. Mais il en résulte qu'un animal ainsi privé de son cerveau, se trouve dans un état de sommeil continu et profond. Les mouvements sont conservés, leur combinaison a encore lieu jusqu'à un certain

point, la douleur est encore ressentie et suivie des mouvements nécessaires pour l'éviter. Mais l'animal est stupide et indifférent, comme dans un état de rêve qui exclut la conscience. La combinaison des sensations ressenties et leur manifestation extérieure est impossible, et l'animal pourrait, pour se servir des expressions d'un observateur récent, mourir de faim devant son auge pleine de nourriture, parce qu'il ne peut pas combiner l'image de la nourriture et le besoin qu'il éprouve de manger, avec les mouvements nécessaires à accomplir.

Le cerveau est donc, sans aucun doute, le siège de l'intelligence, de la conscience, de la volonté, soit de toute l'activité intellectuelle. Les faisceaux blancs qui s'y trouvent servent probablement à relier entre elles les différentes parties de substance grise , car ils sont insensibles comme celle-ci. Mais on peut se demander si les différentes fonctions intellectuelles se rapportent à différentes régions du cerveau, et auxquelles. Les recherches faites sur les animaux n'ont fourni que peu de renseignements ; si on enlève les lobes cérébraux peu à peu et couche par couche, les différents phénomènes d'une stupidité croissante deviennent toujours plus évidents, sans qu'on puisse déterminer, dans aucune direction, quelque action particulière. L'ablation d'une moitié du cerveau ne paraît pas avoir d'influence appréciable, ce qui indique, qu'au moins pour quelque temps, l'autre moitié, étant entière, peut remplacer la moitié enlevée. On remarque cependant que la fonction s'épuise plus promptement que lorsque le cerveau est entier, ce qui montre que l'opération influe sur la quantité et non sur la qualité des manifestations de l'organe. Quelques physiologistes ont affirmé, et peut-être pas sans raison, qu'un pareil jeu alternatif des deux hémisphères, peut avoir lieu aussi dans l'homme vivant, l'une des deux moitiés dormant, pour ainsi dire, et se reposant, pendant

126 LEÇOTia S PS L'HOMME.

que l'autre veille et agit. Mais les faits sur lesquels s'appuie cette opinion sont en trop petit nombre pour qu'on puisse l'accepter comme sûrement fondée.

Les observations qui ont pu être faites sur l'homme, soit dans des cas de blessures, soit de maladies internes, comme l'apoplexie, n'ont encore fourni aucun éclaircissement satisfaisant sur la localisation des différentes fonctions intellectuelles dans les diverses parties du cerveau. On a beaucoup discuté la question de savoir, par exemple, si le langage, ou pour mieux dire, le pouvoir d'articuler des sons pour les manifestations de la pensée, de la volonté et des sentiments, n'était pas localisé dans les lobes antérieurs du cerveau, invoquant à l'appui quelques observations sur des modifications pathologiques de ces organes, qui se trouvaient accompagnées de la perte de la parole. Mais on oublie trop facilement ce que nous avons fait remarquer plus haut, d'après les expériences faites sur les animaux, à savoir qu'une des moitiés du cerveau peut suppléer à l'autre, et on ne pense pas qu'il est excessivement rare qu'une blessure ou même une maladie intéresse également les deux hémisphères ou les mêmes points dans Iqs deux. C'est cependant une condition fondamentale pour l'appréciation d'un pareil cas, car la fonction, qui peut être troublée d'un seul côté par la lésion accidentelle ou pathologique, peut être conservée de l'autre, et quoique plus promptement épuisable, peut momentanément agir sans affaiblissement apparent. En effet on a réuni plusieurs observations d* hommes qui, à la suite de profondes blessures latérales de la tête, suivies de pertes de substance cérébrale, n'ont éprouvé aucune diminution de leurs facultés, mais s'épuisaient rapidement et étaient forcés, après un court travail intellectuel, de s'arrêter et de se livrer à un repos complet, ou même au sommeil.

Si les observations directes ne peuvent jeter que peu

de lumière sur la question, on peut cependant avoir recours à certains faits qui doivent contribuer, d'une manière indirecte, à son élucidation. Mais il faut remarquer avant tout que les résultats de pareilles comparaisons ne peuvent remplacer ni valoir les observations directes. Elles ont néanmoins quelque valeur, et ne doivent pas, par conséquent, être laissées complètement de côté.

Il y a des états normaux où certaines parties du cerveau sont moins développées que d'autres; ces cas peuvent avec raison être utilisés pour l'analyse des facultés intellectuelles. Nous pouvons peut-être trouver que, chez des hommes dont les facultés seront très-développées, tel ou tel lobe du cerveau le sera plus qu'un autre: que les circonvolutions de la surface cérébrale seront autrement disposées chez les hommes très-intelligents, que chez d'autres, condamnés par leurs occupations à rester clans les limites étroites d'une position inférieure. Des recherches semblables peuventêtreétendues successivement aux autres races humaines et même aux animaux, bien qu'il faille remarquer, que les conclusions seront d'autant plus incertaines, les analogies d'autant plus trompeuses, qu'on s'éloignera davantage du type humain. Nous pouvons encore tirer parti des cas cle ces malheureux, chez lesquels des causes pathologiques encore inconnues ont déterminé un arrêt clans le développement normal du cerveau, qui reste alors à l'état du cerveau embryonnaire incomplet, et dont l'activité intellectuelle rabaisse l'homme au niveau de l'animal. Lorsqu'on recherche par une analyse exacte de la structure du cerveau de ces malheureux idiots, quelles sont les parties qui ont été frappées d'arrêt dans leur développement , et que l'on compare avec les résultats cle cette recherche les diverses manifestations d'activité intellectuelle dont ils sont capables, on peut encore de cette manière arriver à quelques conclusions assez sûres, quant a la signi-

128 LEÇOTVS SUR L'HOMME.

tication et les fonctions de diverses parties du cerveau.

La science phrénologique s'appuie, comme on le sait, sur des conclusions de cette nature, mais elle a le grand tort de vouloir, d'une part, indiquer du doigt les facultés sur le crâne même, et d'autre part, prétendre pour ces dernières, à une localisation, qui ne s'accorde en aucune façon, ni avec les propriétés de l'activité intellectuelle, ni avec les détails de la structure du cerveau. Si juste que puisse être le principe fondamental sur lequel s'appuie la phrénologie, à savoir que les différentes fonctions doivent aussi correspondre à différentes portions de l'organe, l'application qu'elle en a faite, n'en est pas moins éminemment défectueuse. Si on examine le cerveau vu de dessus, chaque hémisphère semble former une masse distincte, présentant à sa surface une quantité de sillons contournés, séparant des bourrelets intestiniformes ou circonvolutions, mais n'offre pas d'autres divisions. Il en est autrement lorsqu'on l'examine par sa face inférieure ou latéralement.

En dessous, on remarque dans sa moitié antérieure, un profond sillon sur la ligne médiane , allant du bord antérieur du cervelet au bord antérieur du cerveau même ; ce sillon le partage ainsi en deux lobes, qui, si on considère le cerveau par côté , descendent beaucoup plus bas que les lobes antérieurs. La base de ces derniers, ou lobes frontaux, comme on les nomme également, repose sur le toit des orbites, tandis que les lobes inférieurs ou temporaux, occupent une fosse profonde de la base du crâne, qui se trouve placée de chaque côté de la selle turcique, et est formée par le sphénoïde et le temporal. On remarque en outre, dans le cerveau humain, vu par dessous, le bord postérieur des hémisphères cérébraux qui déborde en arrière du cervelet, et forme ainsi un lobe, qu'on nomme le lobe occipital. Enfin on peut encore, entre ces deux lobes

occipitaux, distinguer un lobe médian, assez nettement limité et qui, chez les singes, est séparé par un sillon transversal profond; on le nomme le lobe pariétal.

Fig. 31. — Cerveau du célèbre mathématicien Gauss, vu de côté, d'après Wagner.

S. Scissure de Sylvius. — H. Scissure de Rolando. — C. Cervelet. — F. Lobe frontal. — P. Lobe pariétal. — 0. Lobe occipital. — T. Lobe temporal.

Dans le cerveau, vu de côté, le sillon profond qui sépare en dessous le lobe temporal du lobe frontal, se divise dans son prolongement vers le haut, en deux branches dont l'une monte presque verticalement, et se perd peu à peu dans la masse des lobes frontaux ? l'autre, par contre, se dirige en arrière, presque horizontalement d'abord, et après avoir émis plusieurs ramifications, va se terminer dans les circonvolutions du lobe pariétal. Ce sillon, ou scissure, porte le nom de l'anatomiste Sylvius, qui l'a le premier signalé comme un point important pour l'orientation du cerveau, en ce qu'il donne dans sa partie inférieure un point précis, et détermine exactement la limite entre les lobes frontal et temporal. Vu de dessus, le cerveau est donc divisé en trois segments se suivant et qui sont d'avant en arrière : les lobes frontal, pariétal et occi-

pital. Yu de côté, il y aurait à ajouter à ces lobes, le lobe inférieur temporal, et en outre, un petit lobe caché qu'on a nommé l'île, ou lobe central. Ce lobe n'est pas visible du dehors, sans préparation ; on y arrive en écartant les bords de la scissure de Sylvius, et en enlevant un lobule latéral du lobe pariétal qui le recouvre.

Quoique ce lobe intermédiaire ou central n'appartienne qu'au plan de conformation cérébral de l'homme et des singes, et n'ait pas encore été trouvé chez les autres animaux, nous pouvons, pour le moment, le laisser de côté, car l'anatomie comparée du cerveau, en tant qu'il s'agisse des races humaines, n'a pas encore pénétré au delà de la surface.

On a souvent cherché à établir des relations entre le développement des divers lobes cérébraux et les particularités intellectuelles des peuples, îles races, et même des individus, sans qu'il soit résulté rien de satisfaisant de ces tentatives. Les trois vertèbres crâniennes, soit les vertèbres frontale, temporale et occipitale, ont été rapportées aux trois lobes principaux du cerveau, et quelques auteurs ont voulu distinguer des races frontales, pariétales, occipitales, suivant la prédominance des lobes frontaux, pariétaux ou occipitaux, prédominance qui se traduit extérieurement par la conformation du crâne.

On est allé encore plus loin, et, s'appuyant sur le développement des vertèbres crâniennes et des lobes cérébraux correspondants, on a proposé l'homme de jour, du crépuscule, de la nuit, affirmant ingénieusement que le front de l'homme correspondait au jour, l'occiput par contre au côté nuit de la nature. Le pôle nord, le pôle sud, le point d'indifférence magnétique, jouent un rôle important dans ces théories embrouillées, que nous laisserons de côté, ayant mieux à faire qu'à employer notre temps à des spéculations de cette nature. Les seuls faits qui résultent jusqu'à

QUATIUÈME LEÇON. 131

présent des différentes recherches, semblent se réduire à ceux-ci : que les lobes frontaux sont dans les rapports les plus étroits avec l'intelligence, et que leur forme et leurs dimensions doivent être avant tout prises en considération, lorsqu'il s'agit de porter un jugement sur l'activité intellectuelle.

Le développement des circonvolutions à la surface du cerveau parait avoir une grande importance. J'ai déjà fait remarquer que la surface entière du cerveau est recouverte d'une couche épaisse de substance grise, sous laquelle seulement on aperçoit la substance blanche. Lorsqu'on enlève peu à peu les hémisphères, on arrive à un noyau blanc interne, crénelé en tous sens par les sillons pénétrant entre les circonvolutions, et dont toutes les crénelures et saillies sont régulièrement entourées de substance grise. Lorsque les circonvolutions qui s'étendent à l'extérieur sont larges, on trouve dans leur partie centrale un rayonnement de substance blanche ; mais si elles sont petites ou incomplètes, elles sont uniquement formées de substance grise.

La membrane vasculaire mince qui enveloppe extérieurement le cerveau, pénètre jusqu'au fond des sillons, de façon que chaque sillon soit de la sorte revêtu d'un double feuillet de cette membrane. La dure-mère, par contre, s'étend sur la face cérébrale sans pénétrer dans les sillons, de sorte que la surface inte rne du crâne n'offre qu'une empreinte indécise des plus grands traits des circonvolutions. Plus celles-ci sont grossières, plus les sillons qui les .séparent sont larges et profonds, et plus leur empreinte sur la face interne du crâne est distincte. Cependant le moule qu'on tire d'un crâne pour avoir cette empreinte, ne peut jamais que remplacer bien incomplètement la vue du cerveau et de ses circonvolutions.

Les circonvolutions servent à augmenter la quantité de substance grise qui est répartie à la surface cérébrale. De

mêmeque, dans les glandes secrétaires, lasurface sécrétante s'augmente par la division du sac primitif simple, en branches et ramifications tabulaires, de même la surface du cerveau, en se repliant et se contournant sur elle-même,' peut arriver ainsi à un développement superficiel très-considérable, et dépassant de beaucoup la capacité de la boîte crânienne.

Si donc il est vrai que la substance grise seule soit le vrai foyer de l'activité nerveuse, s'il est vrai que la substance grise superficielle soit intimement en rapport avec l'activité intellectuelle, les noyaux internes gris du cerveau étant plus en rapport avec les organes des sens et les nerfs qui proviennent du cerveau, il faut aussi, d'autre part, que la multiplicité des circonvolutions soit en rapport avec le développement et l'étendue des facultés, qui trouvent leur substratum dans la substance grise ainsi augmentée. On a comparé les circonvolutions, et avec raison, à la figure que donnerait l'introduction forcée dans le crâne d'une vessie à parois épaisses et d'une surface beaucoup plus grande. On peut pousser la comparaison plus loin, et dire que, plus il y aura de substance grise dans le cerveau, plus seront grandes les manifestations intellectuelles, et on pourrait venir à cette conclusion, qu'un animal sera d'autant plus intelligent, que ses circonvolutions seront plus nombreuses et compliquées, et les sillons qu'offre son cerveau, plus profonds.

Si l'on formule la proposition ainsi dans sa grossièreté primitive, un seul coup d'oeil jeté sur les circonvolutions du cerveau, dans la série des mammifères, suffit pour la renverser immédiatement. Il est vrai que, dans les ordres inférieurs de mammifères, les édentés et les marsupiaux, par exemple, il n'existe presque pas de circonvolutions, tandis que chez les carnivores et chez les singes, il y en a toujours, à peu d'exceptions près. Si l'on examine la chose de plus près, on remarque que dans les ordres qui peuvent

avoir des circonvolutions, le développement de celles-ci est en rapport avec la grandeur du corps. On ne peut pas, à la vérité, affirmer que tous les grands animaux soient plus intelligents que les petits, et si l'on réfléchit, que l'âne, le mouton et le bœuf, qui tous trois ne passent pas seulement clans le monde de la fable pour des exemples de stupidité, ont le cerveau plus riche en circonvolutions, que le castor, le chien ou le chat, il peut sembler que la proposition de la dépendance entre l'intelligence et les circonvolutions cérébrales soit fortement compromise.

Heureusement qu'ici les mathématiques viennent à notre secours. Si Ton veut comparer entre eux deux corps semblables de forme, mais différents de grosseur, leurs volumes respectifs sont entre eux comme les cubes des diamètres, tandis que leurs surfaces ne sont entre elles que comme les carrés de ces diamètres, ou en d'autres termes : le volume d'un corps qui s'agrandit, par exemple celui d'une sphère, croît plus rapidement que la surface, et celle-ci plus rapidement que le diamètre. Ainsi un boulet de 12, quoique trois fois plus pesant qu'un boulet de/i, n'a cependant pas un diamètre triple.

Appliquons ceci à la tête et au crâne des animaux. On remarque que dans chaque groupe naturel ou ordre de mammifères, la tête, et notamment la cavité crânienne, est en un certain rapport avec le corps, rapport qui est sensiblement le même, chez les différentes espèces. Les têtes du tigre et du lion sont dans les mêmes rapports à peu près avec leurs corps respectifs, que la tête du chat l'est au sien, bien que les tailles soient ici fort différentes. Il en résulte nécessairement que le volume de la masse cérébrale du tigre est à peu près, vis-à-vis de son corps, dans le même rapport que chez le chat; que la surface delà cavité crânienne se trouve donc proportionnellement plus petite chez le gros animal, et que par conséquent, pour

atteindre à un développement égal de la surface de la substance grise, il faut que chez le gros animal cette surface se replie et s'enroule, tandis qu'elle peut rester lisse et unie chez le petit. Gomme résultat de cette proposition purement géométrique, nous pouvons conclure, que lorsque chez deux espèces d'animaux de même grosseur, les circonvolutions sont différemment conformées, cette disposition est liée au développement de leur intelligence, tandis que, par contre, on peut d'autant moins comparer deux animaux de tailles différentes sous le rapport des circonvolutions, que cette différence de grandeur entre eux est plus considérable. Si donc l'homme, quoique son crâne soit proportionnellement au reste du corps beaucoup plus spacieux que celui des plus grands animaux, l'emporte néanmoins sur tous, par la richesse et la complication de ses circonvolutions cérébrales, ce fait est en rapport avec le développement de son intelligence, également de beaucoup supérieure à celle des autres animaux. Si on veut faire des comparaisons de ce genre, il ne faut pas sortir des groupes les plus voisins entre eux : on ne peut comparer que l'homme à l'homme, le singe au singe, tandis qu'étendre ces comparaisons d'un groupe à un autre est tout à fait inadmissible. Mais si l'on examine, par exemple, la série des singes, on aperçoit avec la plus grande évidence l'influence de la grandeur du corps; ainsi les petites espèces d'ouistitis possèdent un cerveau entièrement lisse, les guenons et les sajous, qui sont à peine un peu plus gros, l'ont très-peu plissé, tandis que les singes anthropomorphes, l'orang, le chimpanzé et le gorille, ont le cerveau pourvu de circonvolutions considérables.

Les anciens anatomistes n'ont accordé que peu d'attention au mode d'arrangement des circonvolutions, d'autant moins qu'ils n'avaient pas tardé à reconnaître que les deux hémisphères n'étaient pas entièrement symétriques. On

QUATRIÈME LEÇON. 13ù

considérait donc la distribution des circonvolutions comme fortuite, ou, selon la remarque d'un observateur, comme un tas d'intestins jetés au hasard, de sorte que les dessinateurs avaient l'habitude de les représenter sur les planches anatomiques, d'après un système purement conventionnel.

Les observations plus approfondies de ces derniers temps ont cependant appris que, au milieu de ce désordre apparent, il existe un plan défini, une certaine loi, qui jusqu'alors n'avait pas été remarquée, parce qu'on avait trop exclusivement borné les recherches à l'homme seul, et comme c'est précisément chez celui-ci que les circonvolutions atteignent leur plus haut degré de complication, de diversité et d'irrégularité, il était tout naturel qu'on n'ait pas pu y démêler le plan originel. Il arriva aux naturalistes ce qui arrive aux gens peu versés dans l'architecture, qui, au milieu de la profusion d'ornements qui surchargent un style, ne peuvent en déchiffrer le plan fondamental.

Dès qu'on se fut tourné vers les animaux, et qu'on eut cherché à analyser et à systématiser les faits, chez eux beaucoup plus simples, on arriva peu à peu à reconnaître, puis à se convaincre, qu'il existe dans chaque famille naturelle ou ordre de mammifères, un plan spécial d'arrangement des circonvolutions qui est caractéristique de l'ordre, et peut se démontrer nettement, aussi bien chez les formes les plus inférieures que chez les plus élevées. Dans le cerveau tout à fait lisse d'un petit ouistiti, on retrouve le même plan fondamental d'arrangement des circonvolutions que dans le cerveau déjà considérablement plissé de l'orang, et clans celui encore bien plus compliqué de l'homme.

Permettez-moi de m'arrèter un instant, sur ces acquisitions dues à de nouvelles recherches. 11 n'v a aucun

doute que l'homme, par le plan fondamental de sa structure cérébrale n'appartienne au singe.

« On pourra aisément remarquer, » dit Gratiolet, « en « examinant la série comparative des cerveaux d'hommes (( et de singes, l'analogie singulière que présentent dans « tous ces êtres les formes cérébrales. Le cerveau plissé « 'de l'homme et le cerveau lisse de l'ouistiti, se ressem- « blent par ce quadruple caractère, d'un lobe olfactif ru- « dimentaire, d'un lobe postérieur recouvrant compléte- <( ment le cervelet, d'une scissure de Sylvius parfaitement (( dessinée et enfin d'une corne postérieure au ventricule <( latéral. »(Gratiolet aurait pu encore ajouter un cinquième caractère, c'est l'existence du lobe central, qui se rencontre aussi chez tous les singes!)

« Ces caractères, » continue Gratiolet, « ne se rencontrent simultanément que dans l'homme et dans les singes.

< Dans tous les autres animaux le cervelet demeure à découvert, il y a en outre le plus souvent un lobe olfactif énorme, même dans Y éléphant, et à l'exception des makis, nul ne présentede scissure comparable à une scissure de.

< Sylvius enfermant un lobe central. » « Ainsi, il y a une forme du cerveau propre aux singes

et à l'homme, et il y a en même temps, dans les plis du cerveau, quand ils apparaissent, un ordre général, une disposition dont le type est commun à tous ces êtres. Cette uniformité dans la disposition des plis cérébraux, dans l'homme et dans les singes, est digne au plus haut point, de l'attention des philosophes. De même, il y a un type particulier de plissement cérébral dans les makis, les ours, les felis, les chiens, etc., et dans toutes les familles d'animaux enfin. Chacune d'elles a son caractère, sa norme, et clans chacun de ces groupes, les espèces peuvent être aisément réunies d'après la seule considération des plis cérébraux. »

Telles sont les paroles de Gratiolet. A ce qu'il me semble, il ressort de là la nécessité d'étudier de plus près les circonvolutions, surtout, comme nousle verrons plus tard, parce que leur complication et leur développement sont en rapport étroit avec celui du type humain et de son intelligence.

Pour s'orienter dans ce dédale, il faut examiner le cer-

T.JQ

Fig. 3-2. — Vue latérale du cerveau de la Vénus hottentote.

Les désignations qui suivent s'appliqueront à toutes les figures de cerveau comprises dans cette leçon. — F. Lobes frontaux. — P. Lobes pariétaux. — O. Lobes' occipitaux. — T. Lobes temporaux. — Po. Pont de Varole. — C. Cervelet.

— Y. M. Moelle allongée. — 5. Scissure de Sylvius. — R. Scissure de Rolando.

— V. Scissure transversale. — L. .Scissure longitudinale. — PS. Scissure parallèle.

A. Circonvolution centrale antérieure.

B. » » postérieure.

a' Étage supérieur des circonvolutions du lobe frontal. a3 » moyen » »

du lobe pariétal.

inférieur

supérieur

moyen

inférieur

supérieur

moyen

inférieur

supérieur

moyen

inférieur

du lobe temporal.

du lobe occipital.

138 LEÇONS SUR L'HOMiME.

veau latéralement, et partir de la scissure de Sylvius, qui est des plus visibles sur tous les cerveaux d'hommes et de singes sans exception. (S. fig. 3*2 et 33). La scissure de Sylvius se continue latéralement et se divise en deux branches : l'une antérieure plus verticale, l'autre postérieure plus horizontale , mais qui cependant se relève ordinairement dans son trajet ultérieur, de sorte que dans son ensemble la scissure de Sylvius a à peu près la forme d'un V. Entre les deux branches de la fourchette du V se trouve circonscrite une partie descendante , formant un angle aigu, qu'on pourrait nommer lobe moyen latéral, attenant d'un côté au lobe frontal, et de l'autre au lobe pariétal. Sur ce lobe moyen latéral, on remarque toujours deux grosses circonvolutions sinueuses, qui montent presque verticalement, depuis la pointe du V, peuvent se suivre distinctement sur la surface du cerveau, et s'étendent jusqu'à la scissure longitudinale des hémisphères, où elles se terminent, à peu près dans la région moyenne de la suture sagittale. Ces deux circonvolutions, constituent principalement par leur partie inférieure le lobule dont "nous avons parlé comme recouvrant et cachant le lobe central, et on les a, pour cette raison, nommées circonvolutions centrales. Elles sont séparées par un sillon profond et sinueux, qu'on peut facilement trouver dans la plupart des cerveaux, même vus en-dessus, et à laquelle on a donné le nom de scissure de Bolando, du nom d'un anatomiste italien, qui a le premier attiré l'attention sur l'importance et la constance de ce sillon. Qu'on parte des scissures de Sylvius ou de Rolando, on pourra toujours trouver facilement la circonvolution antérieure À et la postérieure B, qui se font remarquer par leur direction et leur trajet, autant que par leur longueur, qui dépasse celle de toutes les autres circonvolutions. Dans les cerveaux très-riches en plis cérébraux, ces circonvolutions centrales, deviennent presque méconnais-

sables , par l'augmentation des plissements secondaires , tandis qu'elles paraissent d'autant plus distinctes, que le cerveau est plus pauvre en sillons, car elles occupent tout l'espace compris entre les deux branches de la scissure de Sylvius.

Fig. 33. — Vue latérale du cerveau de Gauss.

.S. Scissure de Sylvius. — /?. Scissure de Rolando. — C. Cervelet. — F. Lobe frontal. — P. Lobe pariétal. — 0. Lobe occipital. — T. Lobe temporal.

En avant de la circonvolution centrale antérieure, on trouve ordinairement le lobe frontal couvert d'une quantité de sillons, qui en général sont perpendiculaires à la circonvolution centrale, de manière à figurer, pour ainsi dire, un lobe dépendant de cette dernière. On peut admettre, dans ces circonvolutions frontales bouclées et ondulées, trois étages, dont l'inférieur «3 repose immédiatement sur le toit des orbites, le supérieur a1 est par contre en contact avec le toit du front. Dans les cerveaux pauvres en circonvolutions, on peut reconnaître que, vus de côté, ces plis cérébraux forment trois bourrelets superposés presque horizontalement, mais dans les cerveaux plus compliqués, ils sont en forme de boucles si enchevêtrées, qu'il est difficile d' y reconnaître la division en étages.

Les différences frappantes que présentent les cerveaux se montrent dans ces circonvolutions, et principalement dans les étages supérieur et moyen a1. La longueur du lobe frontal varie déjà beaucoup, de sorte que la scissure de Rolando change notablement de place, et se trouve tantôt plus en avant, tantôt plus en arrière. La complication de forme et d'arrangement de ces plis cérébraux ne varie pas seulement chez les différents individus, mais même aussi dans les deux moitiés du même cerveau. Wagner, le fils, a cherché à trouver une expression déterminée de ces rapports, en mesurant, d'une part, la surface des circonvolutions; d'autre part, le développement des sillons qui les séparent. La surface fut mesurée aussi exactement que possible, au moyen de petits morceaux de papier végétal de h millimètres de côté, soit 16 millimètres carrés de surface, méthode qui renferme évidemment bien plus de causes d'erreur que la suivante, où, de petites bandes de papier végétal, introduites à quelques millimètres de profondeur dans les sillons qui séparent les circonvolutions, en suivant toutes leurs sinuosités, donnent la mesure de celles-ci.

On peut regarder comme une loi générale que le sillonnement du lobe frontal donne la mesure de la richesse totale des circonvolutions du cerveau entier; il suffirait donc de mesurer seulement les sillons des lobes frontaux, ce qui a été fait sur un petit .nombre de cerveaux, et a donné des résultats assez remarquables.

Si on prend = 100, la longueur absolue de l'ensemble des sillons du lobe frontal du cerveau du mathématicien Gauss, on obtient pour celui du clinicien Fuchsle chiffre 96 ; pour celui d'une femme de 29 ans, sur l'intelligence de laquelle il n'y a pas de remarque, 85 ; pour celui d'un journalier ordinaire, 73 ; pour celui d'un idiot, mort dans sa 26e année, seulement 15: gradation qui, il faut en convenir, s'adapte

admirablement à l'admission d'une liaison entre le développement de l'intelligence et celui des circonvolutions du lobe frontal, et généralement du cerveau entier.

Je ferai encore remarquer que Wagner a cherché sur douze cerveaux le rapport entre la mesure de la surface convexe, dont l'étendue dépend aussi du développement des sillons , et le poids du cerveau. Comme résultat général, il a trouvé que le développement de la surface est d'autant plus grand , que le cerveau est plus pesant, et que chez le sexe féminin l'infériorité de poids qu'offre le cerveau, est compensée par un plus grand développement de la surface cérébrale. En mettant de côté les trois cerveaux de femmes, et ne considérant que les huit cerveaux d'hommes (le 12e appartenant à un idiot), on trouve de même une compensation analogue chez un homme qui, occupant la cinquième place par le poids de son cerveau, se trouve à la troisième par le développement de sa surface. Ce fait est encore plus frappant chez les femmes, car celle qui a le cerveau le plus pesant n'occupe que le huitième rang dans le tableau des poids, tandis qu'elle se trouve au deuxième rang clans celui où la série est ordonnée d'après la mesure des surfaces. De même, les femmes qui, dans le premier tableau, occupent les dixième et onzième rangs, remontent dans le second au neuvième et huitième. Je donne ici les deux séries des tableaux de Wag"ner, la première rangée par ordre de poids, la seconde rangée par surfaces, et d'après lesquels les rapports dont nous venons de parler deviennent très-apparents.

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