‹ Leçons sur l'hommeChapitre 14 sur 22 · POIDS EN GRAMMES · texte numérisé non relu

POIDS EN GRAMMES

Wagner remarque avec raison, que cette série d'observations est trop incomplète, le nombre des mesures trop faible, et les sources d'erreur trop considérables, pour qu'on puisse en tirer des conclusions complètement satisfaisantes. Cependant, elle montre du moins qu'une compensation semble avoir lieu, qu'elle a probablement lieu chez la femme, et que peut-être elle peut exister de même chez quelques races humaines qui, comme les Hindous, se font remarquer au milieu des autres races par un crâne très-petit et peu spacieux, se rapprochant pour ainsi dire du type féminin.

Si l'on examine les circonvolutions qui occupent la surface du cerveau, en arrière des circonvolutions centrales, et qui forment le lobe pariétal, on remarque qu'elles partent de la circonvolution centrale postérieure. Ces circonvolutions plus pelotonnées, très-sillonnées dans l'intérieur,

crénelées extérieurement, présentent aussi une division en trois étages, dont le supérieur, bl, paraît n'être qu'un lobe de la circonvolution centrale postérieure. En examinant le cerveau en dessus, cet étage supérieur s'étend en arrière, jusqu'à un petit sillon transversal, la scissure postérieure Y, qui est peu étendue dans l'homme, mais

Fig. 31. — Cerveau de la Vénus hottentote, vu en dessus.

pénètre d'autant plus profondément. Cette scissure a une très-grande importance, car elle apparaît chez l'embryon de très-bonne heure, et immédiatement après les scissures de Sylvius et de Rolando, à une époque où il existe encore à peine des traces des autres sillons sur les lobes frontaux; d'autre part, chez les singes, elle est très-apparente et très-profonde, et sépare si fortement le lobe

144 L Ii ÇOH S SÛR L' H 0 M M E.

occipital du pariétal , que le premier forme une espèce d'opercule caractéristique, qui vient empiéter d'arrière en avant, sur le bord postérieur du pariétal, et recouvre en ce point quelques circonvolutions qui sont à découvert chez l'homme.

La seconde circonvolution moyenne b% , du lobe pariétal, principalement apparente dans le cerveau, vu de côté, se recourbe ordinairement en crochet autour de l'extrémité de

^ Y.JL l-i--. .'iô. — Cerveau de la Vénus hottentote, vu de côte.

la scissure parallèle, dont nous parlerons à propos des tempes, raison pour laquelle Gratiolet l'a nommée pli courbe.

La troisième circonvolution du lobe pariétal, ou l'inférieure b3, semblable à un tubercule triangulaire enclavé dans les branches de la scissure deSylvius, correspond, par sa situation, assez exactement, aux protubérances pariétales du crâne.

Les circonvolutions du lobe temporal, sont assez simples, et très-évidentes dans la vue latérale du cerveau. Le bord supérieur de ce lobe est, comme nous l'avons déjà vu, borné par branche horizontale de la scissure de

Sylvius. Parallèlement à celle-ci, sur ce lobe se trouve un profond sillon, nommé sillon parallèle (P. S. clans les figures), qui se dirige en arrière vers le lobe occipital, se continue vers la scissure transversale, et sépare l'étage supérieur cl des circonvolutions temporales de l'étage moyen c-.

Un second sillon, beaucoup plus petit, souvent interrompu, sépare l'étage moyen de l'inférieur c3, lequel repose sur la base du crâne. Dans les cerveaux peu compliqués, ces étages sont des bourrelets presque droits, et à peine crénelés sur leurs bords; dans les cerveaux riches en circonvolutions, les crénelures de celles-ci deviennent, au contraire, presque des sillons secondaires, qui cependant, ne sont jamais assez profonds ni assez considérables pour effacer la division primitive des trois étages.

Le lobe occipital, paraît, sous tous les rapports, celui où la systématisation des circonvolutions est la moins certaine. ' Comme sa limite n'est indiquée dans le cerveau humain que par une très-petite scissure verticale, il se confond avec le lobe pariétal d'une part, avec le lobe temporal d'autre part, sans séparation visible. Il est très-petit, ses circonvolutions sont irrégulières et asymétriques, tandis que chez les singes, au contraire, il est nettement circonsconscrit par une scissure verticale bien prononcée, et parait régulièrement sillonné.

A la limite des lobes, Gratiolet distingue jusqu'à quatre circonvolutions ou plis de passage, dont le premier, ou supérieur (que Wagner nomme la première circonvolution du lobe postérieur d^se trouve sur la ligne médiane, derrière la première circonvolution du lobe pariétal, et envoie vers la pointe postérieure du lobe occipital quelques plis secondaires, que Gratiolet signale comme l'étage le plus supérieur des circonvolutions du lobe postérieur. Les trois autres plis de passage de Gratiolet sont considérés comme étage moyen cl1, par Wagner, qui en trouve au-des-

sous encore un troisième d\ qui n'est que peu apparent, termine toute la série, et repose immédiatement sur la tente du cervelet.

Gratiolet a reconnu aux plis de passage une trèsgrande importance, lorsqu'il a étendu ses recherches aux singes. Dans ces animaux, la scissure verticale se prononce fortement et le bord antérieur du lobe postérieur se développe peu à peu en un opercule qui s'avance sur le lobe pariétal, et recouvre ainsi plus ou moins les plis de passage. Il faut écarter cette espèce de couvercle qui offre du reste, sur sa face interne, une structure toute particulière, pour pouvoir distinguer les plis de passage dans la profondeur de la scissure, clans laquelle ils sont enfoncés. Gratiolet a même voulu élever cette conformation à la hauteur d'un caractère particulier, propre à séparer rigoureusement le cerveau des singes de celui de l'homme, sans réfléchir que la formation de cet opercule n'apparaît que graduellement chez les singes, que les plis de passage sont trèsvariables et souvent différents dans les deux hémisphères, au point que , selon l'opinion d'un autre observateur, on devrait attribuer une moitié du cerveau à une espèce, l'autre à une autre, si on voulait n'avoir égard qu'à l'arrangement de ces plis, et enfin, qu'il y a des singes chez lesquels les plis de passage sont autant à découvert que chez l'homme, et qu'il faudrait alors compter parmi les hommes si réellement on devait attribuer un caractère humain à ces circonvolutions... Mais ces singes, d'après les propres observations de Gratiolet, sont les Atèles, très-voisins des singes Hurleurs. 11 est vrai qu'à entendre certains enfants, un tel rapprochement ne manque pas d'une véritable exactitude.

Pour l'intelligence des débats récents sur les différences entre l'homme et les singes, il faut que nous examinions encore un point de l'organisation du cerveau qui a acquis dans ces derniers temps une importance particulière.

Nous avons déjà vu que les hémisphères se développent en partant du tronc cérébral, et s'étendent au-dessus de lui en formant une voûte qui, clans l'origine, suit les parois du crâne, et se garnit ensuite intérieurement de substance, jusqu'à ce qu'enfin les deux parties, tronc et voûte, finissent par se joindre de façon à ce qu'il ne reste entre elles qu'un système de fissures étroites, nommées ventricules. Dans l'hydrocéphalie des enfants, ce sont ces cavités qui se remplissent d'eau et sont ainsi fortement distendues. Dans l'état normal et sain, ces cavités ne sont que des fentes dont les parois se touchent presque, à peine séparées qu'elles sont par l'épaisseur de la membrane vasculaire.

Si on enlève les hémisphères par couches horizontales ou latéralement par des coupes verticales et parallèles à la ligne médiane, on atteint bientôt le plus grand système de cavités des hémisphères, les ventricules latéraux, qui sont séparés sur la ligne médiane par une double paroi mince et fine, mais du reste tout à fait symétriques. On distingue, dans ces cavités bizarrement contournées, trois parties désignées sous le nom de cornes, dont une antérieure, la corne frontale, qui s'étend dans le lobe frontal en avant, et recouvre les corps striés; une corne latérale qui se rend dans le lobe temporal, et dans l'intérieur de laquelle on aperçoit un renflement recourbé, dit corne d'Animon ; et enfin une corne postérieure se rendant dans le lobe postérieur, où elle enveloppe un renflement recourbé analogue, mais plus petit, auquel on a donné plusieurs noms dont ceux de petite corne d'Amman, petit Hippocampe, d'ergot de Mo)Yind, sont les plus usités.

Dans la préparation suivante, où la partie supérieure de l'hémisphère droit a été enlevée, on voit très-distinctement les cornes antérieure et postérieure avec l'ergot de Morand, ainsi que l'entrée de la corne latérale qui s'enfonce en dessous, dans laquelle pénètre la tige de la corne d'Ammon ainsi

que la membrane vasculaire. En pratiquant la coupe verticalement, on peut suivre les connexions des trois cornes, et se faire une idée nette de l'étendue de la corne latérale.

Fig. 36. — Cerveau humain vu d'en haut. L'hémisphère droit a été ouvert par une coupe horizontale pour montrer le ventricule latéral. Les désignations de gauche sont les mêmes que dans les figures précédentes. A droite : cf.. Corps strié, formant le fond de la corne antérieure du ventricule. — ca. Corne d'Ammon, qui se recourbe en dessous pour suivre la corne latérale du -ventricule. — Itm. La petite corne d'Ammon ou ergot de Morand, qui forme le fond de la corne postérieure.

J'ai dû vous signaler ces faits anatomiques, car un des plus grands anatomistes de notre époque, Richard Owen, a cru trouver dans l'existence d'un lobe postérieur, d'une corne postérieure et d'un ergot de Morand, des caractères uniques particuliers au cerveau humain, et a nié avec une obstination remarquable, malgré de nombreuses preuves du contraire, l'existence de ces parties dans le cerveau simien.

Une école plus récente d'anatomistes anglais, qui peutêtre avait moins de ménagements à observer envers l'Eglise et ses dogmes qu'Owen, a combattu ce dernier, et depuis quelques années, chaque réunion des naturalistes anglais assiste à un duel entre Owen et Huxley, sur lequel le Times et les autres journaux rapportent aussi consciencieusement que sur les luttes de boxe, l'antique honneur de

Fig. 37. — Figure d'un cerveau de chimpanzé, d'après Marshal. Dessin et préparation comme dans la figure précédente.

l'Angleterre. Il n'est jusqu'à présent rien résulté de ces débats, mais pour montrer quel est le côté qui a pour lui les faits, j'ajoute ici (fig. 37), comme terme de comparaison, un dessin, fait d'après une photographie, du cerveau d'un chimpanzé, d'après Marshal, réduit aux mêmes dimensions que la figure précédente, et avec les mêmes désignations. Comparez... et jugez.

Recherches sur les autres parties du corps. — Le bassin , les extrémités. — La peau, sa coloration, sa structure, son odeur, poils. — Parties molles. — Le visage. — Yeus, nez, bouche, lèvres, joues menton et oreilles. — Organes internes.

Messieurs,

Lorsque dans un corps animal il existe une différence saisissante et constante, portant sur une partie essentielle, on peut être sûr qu'on en trouvera un écho dans les autres organes. Les particularités de l'espèce sont, il est vrai, surtout empreintes sur quelques points spéciaux , mais comme il doit toujours régner une certaine harmonie dans le corps entier, le changement principal qui se fixe sur un seul organe est toujours accompagné de quelques modifications correspondantes souvent peu apparentes. Il est souvent possible de démontrer les rapports de ces modifications secondaires dans le corps de l'animal; mais dans la plupart des cas, et dans l'état actuel de nos connaissances, il faut nous contenter de reconnaître comme faits ces différences d'organisation, sans pouvoir en rechercher les causes. Nous pouvons, par exemple, fort bien comprendre qu'il doit y avoir une relation déterminée entre telle forme de crâne et telle conformation du bassin,

parce que la tête de l'enfant doit, lors de sa naissance, se frayer un chemin au travers de cet organe; tandis que d'autre part, nous ne pouvons nous expliquer pourquoi telle ou telle espèce aura le pied plus plat, le bras plus long ou le nez plus large. Ces modifications distinctes semblent souvent soumises à une pensée directrice, à un plan de formation générale qu'on a cherché, avec peu de succès, à justifier par la supposition d'un créateur pensant; mais souvent elles se jouent de toutes les tentatives qu'on pourrait faire pour les subordonner, soit à une idée directrice, soit à une finalité. En tous cas, on trouve partout dans les corps, des différences, dès que celles-ci sont démontrées dans un organe déterminé, et leur représentation donne la mesure de l'importance des modifications que l'organe isolé a subies.

Dès qu'on veut arriver à fixer les caractères essentiels qui ont de l'importance pour l'étude de l'histoire naturelle de l'homme, il faut, après le crâne et le cerveau, prendre en considération les autres parties du squelette, parce que les proportions des différentes régions du corps sont dépendantes les unes des autres.

Lorsque nous apprenons, par exemple, que certains peuples de l'Amérique du Sud, notamment les Quichuas, qui habitent les plaines élevées des Andes, se distinguent par un développement extraordinaire de la cage thoracique qui leur donne un aspect étrange et bizarre, nous trouvons là un motif pour porter notre attention vers la conformation de la colonne vertébrale, des côtes et du sternum; il pourrait fort bien se rencontrer des particularités caractéristiques dans ces parties entre les différentes races humaines. Cet exemple montre précisément combien il faut se garder de vouloir reporter à des finalités distinctes des conformations particulières. Les Quichuas, a-t-on dit, vivant sur les hauts plateaux des Cordillères, dans un air

152 LEÇQNS SUR L'HOMME.

relativement raréfié , sont comme tous les habitants de montagnes, vifs et agiles, grimpent sans efforts et n'éprouvent pas la moindre difficulté de respiration, à des hauteurs qui dépassent celle du Mont-Blanc.

11 n'y a donc rien d'étonnant que chez eux la poitrine se soit graduellement étendue et ait acquis un plus grand volume, car, vivant dans un air raréfié, il leur fallait aspirer un volume plus considérable d'air que les habitants des plaines pour y retrouver le même poids d'oxygène, conclusion à laquelle il n'y a aucune objection à faire, mais à laquelle la nature se trouve opposer des peuplades habitant les bords de la mer glaciale et les plaines basses de la Sibérie, qui ont la cage thoracique aussi développée et aussi longue que les Quichuas. Il en est de même, pour le dire en passant, d'un grand nombre de particularités qu'on attribue trop légèrement, d'après quelques observations isolées, à l'action du climat, du genre de vie et d'autres influences, puisqu'on les découvre ensuite par des recherches plus exactes chez des hommes vivant d'ailleurs sous les influences les plus diverses.

Le bassin, comme on l'a déjà remarqué, est la partie du corps qui correspond le plus au crâne, celle chez laquelle on peut donc espérer de trouver des renseignements sur diverses particularités des races. Le bassin est formé de plusieurs os qui, chez l'adulte, sont soudés en un seul, mais qui, dans le jeune âge, jusqu'à sept ans environ, sont encore distincts et séparés par des sutures. Ces différents os sont: les os iliaques, ischions et pubiens, qui constituent, par leur soudure réciproque, une sorte d'anneau fermé en avant par un ligament, en arrière par les dernières vertèbres de la colonne épinière, élargies et soudées, formant ce qu'on a nommé le sacrum. Le bassin représente ainsi un entonnoir élargi en haut, échancré en avant, sur lequel, dans la station verticale, les intestins

reposent en partie, et sur les côtés duquel deux profondes cavités servant à l'articulation des cuisses, se trouvent supporter le poids du corps entier.

Fig. 38. — Bassin normal d'un Européen, vu de devant.

«. Os du sacrum. — b. Os iliaque. — c. Cavité articulaire du fémur. d. Symphyse pubienne. — e. Tubérosités ischiatiques.

Ainsi que dans le crâne, les différences sexuelles sont très-nettement prononcées dans le bassin, et cela d'autant plus que cette partie du squelette est en rapports étroits avec la parturition. Le bassin de la femme est toujours plus léger et plus mince que celui de l'homme, et en particulier les portions épanouies et évasées des os iliaques sont plus grandes et paraissent plus minces. Dans le bassin femelle, ce sont les dimensions transversales qui dominent; chez le mâle, les dimensions longitudinales. Les os iliaques s'élèvent, chez l'homme, plus en hauteur, tandis que chez la femme ils s'étalent davantage ; l'ouverture supérieure du bassin paraît, chez l'homme, presque cordiforme, chez la femme, transversalement ovale ; l'ouverture inférieure est, sous tous les rapports, absolument et relative-

154 LEÇQNS SUR L'HOMME.

ment plus grande chez la femme que chez l'homme. Les ischions, ainsi que les cavités articulaires pour la cuisse, sont beaucoup plus écartés chez la femme, d'où cette particularité que la cuisse est toujours plus oblique et recourbée en dedans que chez l'homme, de sorte que la conformation des jambes qu'on a l'habitude, dans la vie ordinaire, de désigner sous le nom de cagneuse, est normale chez la femme, et provient de la largeur du bassin. Il n'y a pas de doute que, même chez les nations européennes d'une conformation normale, on ne puisse distinguer plusieurs formes différentes de bassin qui, certainement, seraient en rapport plus ou moins intimes avec la forme de la tête. De même qu'il ressort des mesures crâniennes, qu'il y a des extrêmes approchant de mesures qui deviennent normales dans des races caractérisées; de même que, par exemple, il peut se trouver chez les Allemands des têtes longues, atteignant presque les dimensions de la tête du nègre, de même on trouve parmi les bassins des Européens des formes voisines de celles d'autres races. L'application exacte et suivie d'une bonne méthode de mensuration, conduite comme pour le crâne, donnerait, sans aucun doute, un résultat semblable qu'on peut déjà pressentir, par la seule inspection des formes; à savoir, qu'il existe pour chaque race et dans les deux sexes une forme normale caractéristique du bassin, autour de laquelle se groupent les formes divergentes les plus éloignées. Le professeur Weber de Bonn distingue quatre formes principales de bassins : les ovales, les ronds, les quadrangulairesetles cunéiformes, et d'après lui, la forme ovale serait la plus fréquente chez les Européens; chez les Américains la ronde: la quadrangulaire chez les Mongols ; et la cunéiforme chez les races noires. La distinction de ces différentes formes ainsi que leur application aux races ont besoin d'être encore discutées, parce que les observations n'ont encore porté que sur un

nombre trop restreint de bassins. Si on considère la série animale, il ne peut y avoir de doute qu'on doive prendre comme mesure de la conformation du bassin, non-seulement la forme des ouvertures qui intéresse essentiellement l'accoucheur, et que Weber a prise pour base de ses divisions, mais toute la conformation, et principalement celle des parties, qui se rapportent à la situation de l'être. Ici ce sont les os iliaques surtout, et leur étendue en longueur et en largeur qui méritent une considération spéciale, de façon à n'avoir à distinguer que deux formes principales de bassins, les aplatis et les allongés ou coniques. Si on examine à ce point de vue les différences qu'offrent les bassins suivant les sexes, on voit aisément que l'homme possède une forme de bassin normal plus approchant de la forme animale, tandis que le bassin féminin est celui dans lequel se trouve le mieux empreint le type humain. J'aurai occasion plus tard de montrer que le rapprochement des formes animales se trouve aussi fortement prononcé dans le bassin, toujours conique et allongé, du nègre et de la négresse, que dans tous les autres caractères.

Les conformations et les relations des extrémités n'ont pas une moindre importance. La particularité caractéristique de l'homme consiste beaucoup moins, comme nous l'expliquerons dans une leçon suivante, dans l'existence des mains que dans le fait qu'il n'a que deux mains, et deux pieds, uniquement chargés de porterie poids du corps. Par ce fait, les relations réciproques des extrémités entre elles deviennent tout autres qu'elles ne le sont chez les singes anthropomorphes. Les bras, n'étant plus destinés à être des organes d'appui ou de suspension, deviennent plus courts et plus grêles relativement aux jambes, dont les os acquièrent plus de poids, les muscles plus d'ampleur. Dans la vie ordinaire, on n'est habitué qu'à observer la conformation des mains et des pieds; une petite main bien faite

et un pied correspondant passent pour être le plus bel ornement. Mais aussi, la longueur du bras et de la jambe, les rapports du bras à l' avant-bras, ceux de la cuisse à la jambe, ont une grande importance, soit pour la conception juste du type humain et pour sa distinction de celui des singes anthropomorphes, soit pour caractériser les différentes races humaines et leurs particularités spéciales. Lorsque Walter Scott, dans quelques-uns de ses romans, célèbre les brigands sauvages des Highlands, tout particulièrement destinés, par la longueur disproportionnée de leur bras qui dépassait le genou, à porter l'épée, il glorifie dans l'homme le type simien; comme la pieuse école de peinture de l'époque byzantine, qui donnait à ses sauveurs et madones et à tout leur cortège de saints, des mains et des pieds de singes et de vrais bassins d'orang-outangs, garantie certaine d'une virginité immaculée, vu l'impossibilité d'y faire passer aucune tête d'enfant.

Nous aurons, dans une prochaine leçon, occasion d'expliquer de quelle manière s'établit l'analogie des mains et des pieds avec les mêmes organes dans les singes, et qu'on ne doit pas seulement chercher dans la conformation du squelette, dans la longueur des doigts, dans l'aplatissement du pied, la liberté et la mobilité des longs doigts ou dans l'opposabilité du gros orteil, mais encore en grande partie dans la rotation des extrémités et leur situation vis-à-vis du sol. Lorsque le singe prend la position verticale, ce qui est rare, il marche autrement que l'homme, notamment sur le bord extérieur du pied, et non sur sa plante, torsion qui se reproduit aussi chez l'enfant, et cela d'une façon d'autant plus apparente que l'embryon est plus jeune. 11 en résulte donc pour l'enfant une certaine ressemblance avec l'animal, ou chez celui-ci un arrêt à un degré inférieur de développement ; et toute tendance vers une telle conformation, tout rapprochement vers l'égalisation de la main et du pied qu'on

pourra observer chez des races humaines, devra être étudié avec la plus grande attention. Car nous ne devons pas oublier que, dans la période de formation de l'embryon humain, comme du reste chez tous les embryons, les extrémités sont complètement semblables entre elles, et ont la forme de palettes élargies qui ne se développent que plus tard, chacune dans sa direction particulière.

ha, peau, sa couleur et ses poils, ont été de tous temps considérés comme des caractères essentiels des différentes espèces d'hommes, parce qu'ils frappent au premier coup d'oeil. On ne peut nier que les différentes nuances de coloration, depuis la peau incolore au travers de laquelle le sang paraît rose, jusqu'au noir le plus intense, ne se trouvent disséminées sur toute la terre, passant par tous les tons de jaune, de brun et de cuivré, sans qu'il paraisse y avoir de rapports avec les circonstances climatériques. En général, cependant, on trouve les peuples bruns et noirs plutôt dans les régions chaudes, les blonds et jaunes plutôt clans les régions tempérées, sans qu'on puisse reconnaître de règle précise, et de nombreuses exceptions montrent que les circonstances de climat, et notamment l'action de la lumière, n'exercent qu'une faible influence.

Quant à la peau, sa structure n'est pas essentiellement différente de celle des mammifères, et en ce qui concerne les diverses races humaines, elle ne diffère entre elles que parle groupement des éléments, et nullement par l'introduction d'éléments spéciaux. On a été assez ridicule pour vouloir, dans l'ignorance complète où l'on était des choses, que les différentes couches de la peau fussent constituées d'éléments entièrement différents dans les différentes races humaines, oubliant ainsi complètement qu'il aurait été difficile de trouver des différences aussi considérables dans des genres, ou même des ordres différents de mammifères. Voulant chercher des éléments différents dans la peau

d'un chien et celle d'un singe, conclura- t-on, si on n'en trouve pas, que ces deux animaux appartiennent à la même espèce ? Nous irons même plus loin, et nous affirmons que les peaux de deux espèces quelconques de mammifères, appartenant au même genre , présenteront moins de différences dans l'arrangement des éléments de leur tissu que nous n'en remarquons entre la peau du blanc et du nègre.

Fig. 39. — Coupe de peau d'un blanc.

a. Couche épidermique extérieure. — h. Couche intérieure, ou muqueuse. — c. Papilles du derme: celle du milieu renferme un corpuscule du tact; les autres, des lacis vasculaires. — d. Vaisseaux. — e, f. Conduits excréteurs des glandes sudoripares. — g, h. Graisse. — î. Nerfs.

La peau humaine est essentiellement composée de deux couches : le derme et l'épidémie; ce dernier étant aussi formé de deux couches, la couche muqueuse et la couche cornée ou épidémie extérieur, qui ne sont pas nettement délimitées. Les cellules de la couche muqueuse sont des vésicules arrondies, à parois minces, fortement distendues,

pourvues d'un noyau, de forme lenticulaire ou ronde, et qui, par leur accumulation, s'aplatissent réciproquement et forment une couche plus ou moins épaisse reposant sur le derme, et se moulant exactement sur toutes ses aspérités ou ses creux. La couche cornée, qui s'étend sur la couche muqueuse, paraît provenir des cellules de cette dernière qui, complètement aplaties tant par la dessiccation que par la compression, forment des couches feuilletées qu'on peut regonfler par l'action de certains réactifs, et sur lesquelles on distingue alors les noyaux.

La coloration de la peau réside essentiellement dans les cellules les plus inférieures de la couche muqueuse, dont les noyaux paraissent bruns par suite des granulations foncées qu'ils renferment. Ces granulations augmentent peu à peu et finissent par envahir les cellules complètement dans les points les plus foncés. Chez les races blanches, ce phénomène n'a lieu que sur quelques points déterminés, comme les mamelons , le scrotum, qui offrent parfois une coloration d'un brun intense, ne dépendant évidemment pas de l'influence de la lumière. La même coloration se présente dans les taches de rousseur, avec la même organisation ; et dans certaines conditions pathologiques, elle se développe au point que le corps entier peut en devenir entièrement noir. Il y a quelques années qu'on a pu observer en Suisse, pendant un hiver très-rigoureux, une maladie toute particulière qui s'était manifestée chez les vagabonds et les rôdeurs, et se distinguait par une profonde coloration de la peau comme chez les nègres, portant, non sur les points découverts du corps, comme le visage et les mains, mais au contraire sur l'abdomen et la poitrine, où la maladie se déclarait d'abord et dans toute sa force.

Je vous citerai, au sujet de la peau dans les différentes races humaines, les propres paroles de Kœlliker, un des

LECOISS SLR L'HOMME.

savants les plus compétents dans cette matière : « Chez « le nègre, » dit-il, « et les autres races de couleur, il n'y « a que l' épidémie qui soit coloré, tandis que le derme se « comporte comme celui des Européens; la matière colo- <( rante est plus foncée et plus répandue. Chez le nègre, où, « sous le rapport de la disposition et de la grandeur, les « cellules de l'épidémie sont comme chez le blanc, les cel- « Iules perpendiculaires de la partie profonde de la couce che muqueuse sont d'un brun noirâtre foncé, formant « une bordure obscure qui suit les sinuosités du derme, et « offre un contraste tranché avec la transparence de ce- « lui-ci.

Fig. 40. — Coupe de la peau de la cuisse du nègre, d'après Kœlliker.

a. Papilles du derme. — b. Couche profonde de la couche muqueuse, formée de cellules colorées en noir. — c. Cellules plus transparentes de la même couche. — ri. Couche superficielle de l'épiderme .

« Au-dessus de la couche noire, on remarque des celte Iules plus claires, quoique toujours brunâtres, qui sont « surtout abondamment accumulées dans les enfoncements « entre les papilles, quoiqu'elles forment encore quelques « couches au-dessus et autour de celles-ci; enfin, l'espace

<( compris entre ces cellules et l' épidémie proprement dit « est occupé par des cellules jaunâtres, souvent très-pâles, « et formant une couche plus transparente. Toutes ces cel- « Iules sont, à l'exception de leur membrane, colorées parr tout, mais surtout autour du noyau, qui, dans les couches « profondes, est toujours le point le plus foncé. L' épidémie « du nègre tire aussi sur le jaune ou le brun ; j'ai trouvé, en « examinant la peau colorée d'une tête de Malais, de la <( collection anatomique de Wûrzbourg, la même apparence « que celle qu'offre le scrotum d'un Européen. Il en résulte « que la peau des races colorées ne se distingue, sous au- « cun rapport essentiel, de celle des parties colorées de « la peau du blanc, avec laquelle elle concorde compléte- « ment. »

Les modifications dans la couleur qui se remarquent chez les différentes races, peuvent être produites de diverses manières par des éléments semblables, non-seulement par l'accumulation des cellules muqueuses pleines de pigment, mais l'épaisseur de l'épidémie, la coloration des feuillets qui le forment, sont autant de faits qui peuvent contribuer à modifier le ton du pigment sous-jacent.

Chez le nègre en particulier, les feuillets épidermiques sont enfumés, comme couverts de suie, coloration qu'on retrouve aussi dans d'autres organes, comme dans la substance même et les enveloppes du cerveau.

Les exhalaisons de la peau ont aussi leurs caractères particuliers qui, dans certaines races, ne disparaissent dans aucun cas, même devant la propreté la plus scrupuleuse. Ces odeurs caractéristiques de race ne doivent point être confondues avec ces exhalaisons qui proviennent du genre de nourriture, et qu'on peut constater dans la même race. L'Italien ou le Provençal, qui mangent beaucoup d'oignon, d'ail et de céleri, ont certainement une tout autre odeur que l'Islandais ou le Norwégien, qui vivent de

162 LEÇON? SLR L'HOMME.

poisson, d'huile de baleine et de beurre rance, et s'ils ont cela de commun, qu'ils sentent tous deux très-mauvais, leurs exhalaisons sont du moins essentiellement différentes, et peuvent se modifier sous l'influence d'un changement de régime. 11 n'en est point ainsi de l'odeur spécifique du nègre, elle demeure la même, quelques soins de propreté ou quelque nourriture qu'il prenne. Elle appartient à l'espèce comme le musc au chevrotain qui le produit, et tient à une sécrétion spéciale des glandes sudoripares , qui du reste, à part leur grandeur et leur nombre, sont disposées comme celles des autres races humaines.

11 y a plusieurs particularités de conformation de la peau, sur lesquelles l'anatomie comparée des races n'a encore donné aucun éclaircissement. On peut y compter entre autres le toucher particulier de la peau qui, chez le nègre, a un moelleux analogue à celui du velours, comme si les inégalités de la peau étaient plus fines et plus accumulées (pie dans les autres races. Cela pourrait peut-être provenir, soit de la plus grande quantité des glandes sudoripares et des follicules sébacés, soit du développement spécial des papilles du derme et de leur plus grande longueur.

Lorsque, pour l'explication des diverses nuances qui se rencontrent dans la peau des races humaines, on a invoqué l'existence de ces cas anormaux, connus sous le nom d'albinos ou kakerlaques, on a complètement méconnu le problème essentiel de l'histoire naturelle. Il arrive souvent, exceptionnellement dans le monde animal, que par une influence pathologique dont on ne peut préciser la cause, la matière colorante qui est propre à l'espèce vienne à faire défaut à quelques individus. Cette anomalie peut se propager par hérédité, quoiqu'il puisse se trouver dans la descendance des cas fréquents où les jeunes reviennent à l'espèce et reprennent la coloration de la souche primitive.

Mais si, de cette façon, on peut fonder une race dura-

CINQUIEME LECO.N. 163

ble privée du pigment coloré, en faisant reproduire entre eux des individus blancs, par exemple des lapins ou des souris, et en écartant soigneusement tous les individus de la descendance qui rappelleraient la coloration de la souche primitive; il ne faut pas d'autre part oublier qu'il se rencontre des albinos clans toutes les races humaines, sans exception, que le nègre albinos n'est pas le moins du monde semblable au Caucasien, mais, au contraire, à l'albinos de race blanche, et cela encore, seulement sous le rapport de la couleur, mais point sous celui des autres particularités. Une maladie commune à toutes les espèces, connue depuis longtemps chez les Européens avant qu'on l'eût remarquée chez d'autres races, ne pourrait donc en aucune façon provoquer le passage d'une race à une autre, mais modifier seulement toutes les races d'une manière analogue.

La disposition du poil est aussi une circonstance qui mérite d'attirer l'attention, avec d'autant plus de raison, que plusieurs observateurs ont voulu fonder sur ce seul caractère la division du genre humain. En effet, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a proposé deux groupes principaux, parmi les différentes espèces humaines : le premier, le groupe des cheveux lisses {Leiolriqaes), auquel appartiennent la plupart des races blanches, brunes, jaunes et rouges; et le second, le groupe des cheveux crépus (Ulotriques), comprenant les nègres, les négiïtes (races noires de la mer du Sud), les Hottentots et les Boschimans. La distinction est peut-être un peu trop tranchée, car on trouve des conformations intermédiaires, et notamment cette conformation toute particulière de cheveux en balai, qu'on rencontre chez quelques peuples de la mer du Sud, et que les Français ont qualifiée de têtes en vatr ouille.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas moins certain que l'arrangement des poils peut fournir des caractères essentiels.

La distribution de cet ornement est déjà très-variable. Tandis que chez le Nègre et le Mongol, la tête exceptée, on trouve à peine des traces de poils aux aisselles et à la région pubienne, et que même tout duvet manque entièrement; que, chez l'Européen, les poils couvrent le corps en se répartissant régulièrement sur des points déterminés; il existe une petite peuplade des îles Kuriles, qui est sur le point de s'éteindre, les Aïnos, dont le corps est entièrement couvert de touffes de poils. Cette particularité a donné naissance, au Japon, à une tradition qu'on trouve reproduite dans de nombreux dessins, et d'après laquelle les femmes Aïnos, en allaitant de jeunes oursons, les transforment, à force de soins, en hommes.

La distribution des poils peut même être invoquée comme un des caractères du type humain, quoique d'une importance peu considérable. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a fait remarquer avec raison que, chez aucun animal, le poil n'est aussi inégalement réparti que chez l'homme, qui a la plus grande partie du corps presque nue ou seulement couverte d'un léger duvet, tandis que les cheveux atteignent, surtout chez les femmes, une longueur proportionnellement beaucoup plus grande que chez aucun animal; une autre différence se présente encore, en ce que l'homme est plus velu sur la face pectorale de son tronc que sur la face dorsale, tandis que tous les mammifères, en conformité de leur position, portent des poils plus longs sur le dos que sur le ventre. La répartition des poils, ainsi que la longueur qu'ils peuvent atteindre, ne sont donc pas à négliger.

On peut trouver des différences, non-seulement dans la distribution, mais encore dans la structure même des poils. Les cheveux des races humaines qui les ont lisses, sont cylindriques, leur coupe se présente sous le microscope comme entièrement ronde et pourvue d'un canal médullaire central. Le cheveu du nègre est, au contraire, aplati sur

les côtés, de sorte que sa coupe forme une ellipse assez allongée, sans canal médullaire central. C'est cet aplatissement latéral qui donne à ces cheveux leur apparence laineuse et crépue, parce que l'aplatissement ne suit pas directement l'axe du cheveu, mais monte en décrivant une courbe spirale, assimilant ainsi le cheveu à un ressort spiral aplati, qui reprend toujours sa courbure et son état primitif après qu'on l'en a écarté en l'étendant. Un travail récent de M. Pruner-Bey a donné des détails très-circonstanciés sur la structure des poils chez les différentes races, en y montrant des différences fondamentales.

La disposition des parties molles n'est pas moins nécessaire pour la caractérisation des différentes races. La distribution des muscles sur le tronc et les membres paraît être de la plus haute importance dès qu'on veut les comparer aux parties correspondantes des singes. La chute du ventre de quelques races inférieures, chez lesquelles un homme fort ressemble, sous ce rapport, à une femme de race caucasique épuisée par de nombreux accouchements, indique une tendance vers la conformation simienne, aussi bien que l'absence de mollet, l'aplatissement de la cuisse, la forme aiguë des fesses, la maigreur du bras qu'on peut observer dans d'autres races. Il faut cependant que l'observateur se garde bien de prendre pour des différences originelles de races, des modifications que la faim et la misère ont pu imprimer à une race à la suite de quelques générations. Les Australiens, les Boschimans et quelques souches américaines moins connues, ne soutiennent la lutte pour l'existence qu'avec les plus grands efforts ; leur accroissement, vu le manque de nourriture, est impossible ; à peine si les naissances viennent combler les vides que la faim et la misère renouvellent toujours; que ces influences hostiles fassent un pas de plus, et toute la race périt. Il y a donc ici des conformations, entre autres la

maigreur du système musculaire, qui sont la conséquence des circonstances dans lesquelles la race s'est trouvée pendant des années, et ce n'est qu'avec beaucoup de prudence qu'il faudrait en déduire un caractère primitif. Mais là où, comme chez beaucoup de peuples nègres, la nourriture est suffisante et les besoins satisfaits, on peut sans inconvénient faire entrer le système musculaire dans le cercle des caractères distinctifs.

La conformation du visage est moins dépendante des circonstances extérieures. La forme générale du visage et les rapports entre ses différentes parties sont déjà extrêmement caractéristiques. 11 y a des visages qui représentent exactement la forme de l'œuf, le menton figurant la pointe, le front l'extrémité large de l'œuf. D'autres ressemblent à une ellipse allongée; dans d'autres on ne peut méconnaître, lorsque le front est large, un pentagone ; lorsqu'il a une forme pyramidale, un quadrilatère à angles arrondis, dont les pommettes forment les angles latéraux, le sommet du front et le menton les angles opposés. Les rapports entre les différentes parties du visage ont aussi de l'importance. Chez l'Européen bien conformé, les trois divisions du visage, le front, le nez et la partie inférieure de la face, sont à peu près égales en largeur, le front est prédominant. D'autres races présentent d'autres rapports : tantôt c'est le nez, tantôt le bas du visage qui prédominent et donnent au visage un caractère particulier.

La forme, la grandeur, la situation des yeux, sont importants à étudier pour le visage. On sait qu'il est certaines races, comme les Chinois et les Japonais, qui se distinguent par la position particulière de la fente des yeux, dont l'angle externe se dirige obliquement vers le haut. Il paraît que ce caractère est même exagéré par les artistes du pays , surtout lorsqu'il s'agit de faire ressortir aux yeux des barbares à cheveux rouges la beauté et la splendeur de

leur race. Il y a encore à tenir compte de la conformation de la troisième paupière qui, dans la race blanche, n'est représentée que par un petit repli dans l'angle interne de l'œil. Chez la plupart des mammifères, cette troisième paupière est notablement plus considérable que chez l'homme, et se développe jusqu'à devenir une membrane clignotante* complète chez les oiseaux. Il y a quelques peuples, surtout parmi les nègres et les Australiens, chez lesquels la membrane clignotante n'est pas moins grande que chez les singes, et indique donc une tendance évidente vers le type de l'animalité. Chez les souches non mélangées, la grandeur de la cornée, en rapport avec le globe de l'œil, ainsi que la couleur de l'iris, sont aussi caractéristiques que chez les différentes espèces animales, tandis que par contre les mélanges produisent, comme pour la couleur des cheveux, des différences importantes.

La grandeur et la forme du nez offrent, chez les peuples non mélangés, également des particularités caractéristiques. Chez les uns, il est haut, mince, tantôt droit, tantôt aquilin, chez d'autres, il est épais, noueux; chez d'autres encore, il est large, aplati, analogue à celui des singes. La position des narines varie suivant ces particularités de forme. Si on examine une face caucasique par-dessous, les narines forment presque deux triangles rectangles, dont les hypoténuses sont en dehors, la cloison médiane des narines formant le côté commun aux deux triangles. Vues de la même façon dans la face du nègre, les narines ont l'apparence d'une fente transversale ou d'un huit couché ( ^) séparé au milieu par une petite cloison. Ces formes nasales primitives sont précisément celles qui se montrent les plus tenaces dans les différents croisements, et reparaissent constamment. Ainsi, dans tous les croisements américains, le nez mince, proéminent et aquilin des Peaux- Rouges est un de ces caractères qui se conservent le plus

longtemps, et permettent de remonter sûrement à la source du mélange.

La forme et la grandeur de la bouche, la conformation des lèvres, l'inclinaison des joues, ne présentent pas moins des particularités caractéristiques. Il y a des peuplades chez lesquelles la bouche est si large que les joues paraissent fendues jusqu'aux oreilles; d'autres, dont les lèvres sont renflées au point que leur partie rouge remonte d'une part jusqu'au nez, et descend de l'autre jusqu'au menton. On m'objectera peut-être que cette forme de lèvres se trouve quelquefois passablement développée dans la race blanche, et que certainement on n'eût pas trouvé dans toute l'Amérique, même chez les Botocudos, une bouche aussi fendue et des lèvres aussi retroussées que celles de Dahlmann l. Seulement, je dois faire remarquer ici que de telles déviations se rencontrent chez tous les peuples mélangés, tandis que chez les souches qui ont conservé leur pureté primitive, les parties molles gardent chez tous les individus la forme propre à la race, de sorte que, comme on le sait du reste, les individus se ressemblent beaucoup plus entre eux que cela n'a lieu chez les peuples mélangés et civilisés. La saillie ou la fuite du menton, dont la présence est un des principaux caractères de la nature humaine, ainsi que sa forme, ne paraissent pas moins dignes d'attention. Le menton large et carré de plusieurs peuples nomades de l'intérieur de l'Asie, forme un contraste frappant avec les mentons pointus des races sémitiques ou avec le menton simien du nègre, qui ne présente presque aucune saillie.

Enfin, nous ne devons pas oublier de mentionner les oreilles. L'oreille, remarquablement petite, détachée et épaisse du nègre , forme un contraste frappant avec

Page 1