‹ Leçons sur l'opération de la cataracteChapitre 26 sur 28 · STATISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE

pratiqués à l'Mpital Saint- André, en 1881 (1''^ Année).

Lorsqu'on parcourt les statistiques des opérations de cataracte, on est frappé de ce fait que, pour les services hospitaliers, les documents font défaut d'une manière à peu près absolue. Les spécialistes qui dirigent des cliniques libres sont les seuls à publier les résultats de leur pratique.

Cela ne laisse pas que de causer quelque embarras à la critique.

Les chiffres de 95 et même de 97 p. 100, indiqués dans les récents traités d'ophtalmologie, comme étant la proportion des succès représentent-ils bien réellement une moyenne applicable à la généralité des opérations de cataracte ? Il est permis d'en douter, à en juger par le silence que gardent nombre d'opérateurs, peu pressés sans doute de publier des statistiques moins brillantes que celles de leurs confrères.

Et ces statistiques elles-mêmes, comment sont-elles faites ? Eu exclut-on les cataractes dont l'extraction présente des difficultés particulières, ou qui s'accompagnent d'affections pouvant influer sur les résultats de l'opération?

En principe, rien ne serait plus légitime. Il est incontesta-

ble qu'on ne saurait mettre sur le même rang : d'une part, les cataractes séniles simples, sans complication, et d'autre part, celles qui s'accompagnent de blépharo-conjonctivite granuleuse ou lacrymale, de lésions des membranes profondes et, à plus forte raison, les cataractes traumatiques, régressives, diabétiques, etc. Reste à savoir comment se fait le triage. Suivant la manière de procéder, les résultats statistiques peuvent être bien différents. La question mérite qu'on s'y arrête; je prends un exemple :

Supposons que sur cènt vingt-cinq cataractes, cent se présentent dans des conditions absolument régulières, et que les vingt-cinq autres se compliquent de lésions quelconques qui diminuent les chances de réussite. Si le chiffre des insuccès se trouve être de trois pour la première série, et de cinq pour la seconde, la moyenne serait en définitive de 8 sur 125, c'est-à-dire de 6,5 p. 100 environ.

Mais un calcul aussi simple ne ferait pas le compte de la plupart des opérateurs. Les uns, laissant complètement en dehors de leur statistique le groupe des cataractes compliquées, se borneront à dire, en pareil cas, qu'ils ont obtenu 97 p. 100 de succès, sans entrer dans plus de détails.

Déjà cette manière de procéder mérite un reproche sérieux, c'est de laisser croire à la plupart des médecins que l'extraction du cristallin cataracté est une opération des plus innocentes, qui doit réussir presque à coup sûr, tandis qu'en réalité, par suite de l'existence, beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit, de complications oculaires ou autres, les échecs ne sont pas absolument rares.

D'autres opérateurs établissent leurs statistiques d'une manière encore plus ingénieuse. Le procédé est d'ailleurs fort simple, comme on va le voir :

Les vingt-cinq cataractes compliquées ont donné cinq insuccès. Ces insuccès, on les élimine, sans en parler d'ailleurs, en se donnant à soi-même pour raison qu'on ne saurait imputer à la méthode opératoire ou aux pansements en usage, des échecs qui sont âien probablement la conséquence des complications plus ou moins graves dont s'accompagnent les cataractes. Par contre, on enregistre chaquô guérison avec une

satisfaction d'autant plus vive que le succès était moins certain. Il en résulte qu'en fin de compte, sur cent vingt-cinq opérations, il se trouve n'y avoir que trois insuccès, c'est-àdire 2,5 p. 100.

En résumé, trois opérateurs placés dans les conditions que je viens de spécifier, avoueront, suivant la manière dont ils auront dressé leur statistique :

Le premier, environ 6,b p. 100 d'insuccès. Le second — 3 p. 100 — Le troisième — 2,5 p. 100 —

En réalité, la seule manière de procéder, absolument correcte et à l'abri de toute critique, la seule aussi véritablement instfuctive, est celle qui consiste à enregistrer toutes les opérations, sauf à indiquer pour cliacune d'elles les particularités et les complications relatives soit à l'état local, soit à l'état général. C'est la conduite quej'ai cru devoir tenir en dressant le tableau qui termine ces leçons et résume nos opérations de 1881.

Je n'ai pas, d'ailleurs, la prétention de vouloir, avec cinquante-cinq extractions de cataracte, établir la supériorité d'un procédé opératoire ou d'un méthode de pansement; j'ai seulement voulu montrer que la chirurgie oculaire, contrairerement à une opinion assez répandue, pouvait être pratiquée dans les grands hôpitaux avec les mêmes chances de succès que dans les cliniques libres ou les Instituts oplitalmiques les mieux tenus.

L'hôpital Saint-André de Bordeaux, dans lequel se trouvent la plupart des Cliniques de la Faculté, compte plus de 600 lits et doit suffire pour les maladies aiguës et les affections chirurgicales, aux besoins d'une population de 120,000 âmes. Les enfants au-dessous de 15 ans, les varioleux et les femmes syphilitiques en sont seuls exclus. Aussi l'administration se voit-elle parfois obligée de placer des couchettes supplémentaires.

Néanmoins, pendant cette première année, pas un seul fait de contagion ne s'est produit dans notre clinique, bien que

les li^s aient été constamment occupés, et que nous soyons obligés d'admettre dans nos salles des malades atteints d'ophtalmie granuleuse, ou même purulente. Dans le seul cas où nous ayons eu à déplorer la perte d'un œil, il est certain que l'opérée, atteinte de blépharo-conjonctivite lacrymale chronique, s'est infectée elle-même.

Nous n'avons eu, en définitive, qu'un échec complet sur 57 opérations. C'est une série heureuse et je me garderai bien d'en conclure à une proportion habituelle de 2 p. 100 d'insuccès.

Je m'estimerai fort heureux si, pour l'année 1882, sur un chiffre d'opérations à peu près double de celui de l'année précédente, la proportion ne dépasse pas 4 à 5 p. 100.

J'ai rangé dans les demi-succès les résultats opératoires permettant aux malades de se conduire seuls, et même de se livrer à certains travaux n'exigeant pas une acuité visuelle supérieure à 1/10.

Il eut été assurément désirable de pouvoir exprimer le chiffre de l'acuité visuelle en fracMons de l'unité. La chose a été matériellement impossible, et cela pour plusieurs raisons .

La première, c'est que les malades quittent le service trop peu de temps en général, après leur opération, pour qu'il soit possible de déterminer méthodiquement l'état de la vision. Presque toujours, il existe à ce moment un peu de photophobie due à un certain degré d'hypérémie de la conjonctive ou de l'iris, et souvent, le champ pupillaire n'est pas encore complètement débarrassé de débris corticaux destinés à se résorber. D'un autre côté, l'astigmatisme cornéen qui succède si fréquemment à l'opération de la cataracte, est parfois extrêmement marqué pendant les premières semaines, et conduit à des résultats absolument erronés, si l'on se borne à mesurer l'acuité en faisant seulement usage de verres sphériques.

Mais la principale raison qui s'oppose à une détermination rigoureusement exacte du chiffre de l'acuité visuelle, même chez les opérés quivienaent nous retrouver au bout d'un certain temps, c'est que la plupart — les quatre-cinquièmes au

moins, — ne savent pas lire! Pour les cataractes de la région des Landes en particulier, je n'exagère rien en disant que la proportion des illettrés est au moins de 90 p. 100.

Je reste confondu d'admiration devant les statistiques publiées par certains opérateurs, et dans lesquelles l'acuité visuelle de tous les opérés de cataracte, sans exception, est notée à un vingtièïiie i)vès\ J'&yone qu'une pareille habileté me fait défaut; mais ce que je puis aflirmer, du huitième au quinzième jour d'une extraction de cataracte, en basant mon appréciation sur l'examen de l'œil et sur les réponses des malades, assez bons juges en pareille matière, c'est que l'opération a lien réussi, n'a réussi qu'à moitié ou bien a complètement échoué.

De tous les accidents immédiats dont il est fait mention dans notre tableau statistique, le [)rolapsus du corps vitré est de beaucoup le plus fréquent : une fois sur cinq opérations. La blessure de l'iris par le couteau pendant la section du lambeau, est dans une proportion moitié moindre : une fois sur dix. C'est encore beaucoup trop, bien que la chose soit sans grande importance.

La fréquence de ces accidents était la conséquence de la section très périphérique que j'ai pratiquée pendant presque tout le cours de l'année 1881. Cette fréquence est devenue beaucoup moindre depuis que j'ai reporté le lambeau un peu plus en avant.

Les épanchements de sang dans la chambre antérieure se sont montrés fréquemment à la suite dé la section du lambeau ou de l'excision de l'iris, mais sans uvoir de conséquences fâcheuses.

Comme accidents graves :

Deux extractions au crochet et une à la curette, nécessitées delix fois par le prolapsus du corps vitré, une fois par une sub-luxation préexistante du cristallin.

Trois cas de projection brusque du cristallin par suite des efforts des patients.

Les accidents cmsécutifs ont été relativement rares.

Quelques iritis sans gravité, dues ;i la présence de débris corticaux ou à l'action du froid.

Cinq cas d'irido-cyclite reconnaissant pour cause : un refroidissement, une conjonctivite chronique, un traumatisme de l'iris, un enclavement de cette m îmbrane, l'extraction d'une cristalloïde opaque à l'aide de pinces capsulaires. Quatre fois, ces irido-cyclites ont amené des occlusions pupillaires complètes ou incomplètes pour lesquelles deux iridotomies ont été pratiquées avec succès.

Deux cas d'hyalitis légères consécutives à la perte d'une certaine quantité de corps vitré.

Un cas de panophtalmite chez une opérée atteinte de dacryocjstite chronique.

Une suppuration partielle du sommet du lambeau, pour la nîème cause, avec acuité visuelle néanmoins très satisfaisante.

Un seul cas de cicatrice cystoïde (très peu saillante), par suite d'un léger enclavement de l'iris. Le malade n'en éprouve aucune géne.

Leçons cliniques. Observations. Mémoires.

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