‹ Leçons sur l'opération de la cataracteChapitre 25 sur 28 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

Des accidents qui peucent suroenir pendant et après l'extraction de la cataracte.

Accidents consécutifs

(Suite)

Quelle que soit la forme que prenne l'iritis et quelle qu'en soit la cause, on devra recourir tout d'abord au collyre d'atropine et aux compresses chaudes d'infusion de camomille ou de belladone. L'inflammation de l'iris qui est la conséquence d'un enclavement ou, ce qui est le cas le plus fréquent, de la rétention d'une partie des masses corticales, n'apparaît guère qu'au moment où la plaie est déjà réunie, au moins en partie, et l'on peut alors, sans grand inconvé- ^ nient, supprimer le bandage roulé ouaté, pour le remplacer par un simple bandeau de toile, facile à enlever et à remettre en place, de manière à pouvoir répéter fréquemment les instillations de collyre, sans trop fatiguer le malade. Il suffit, en général, que ces instillations soient faites de quatre à six fois par jour ; huit ou dix fois au plus, dans les cas très aigus. Je trouve inutile de les répéter toutes les 10 ou 1.5 minutes, ainsi que cela se pratique dans certaines cliniques. L'action bienfaisante du mydriatique est loin d'être en raison directe de la fréquence de son emploi, et les attouchements trop fréquents

des paupières par des mains souvent inhabiles, ne sont pas sans inconvénients.

Les compresses chaudes devront être laissées en place pendant une heure, deux heures au plus, trois fois par jour. Ces fomentations, pour être efficaces, doivent être faites avec certaines précautions : les compresses seront mouillées fréquemment, de manière à se maintenir constamment chaudes et humides, et la température du liquide ne devra pas descendre au-dessous de 40° C.

Si les soulTrances des malades sont modérées, une potion calmante avec 30 grammes de sirop diacode, ou de sirop de chloral, sera administrée par cuillerées à soupe, d'heure en heure. Mais si l'iritis se présente à l'état aigu, accompagnée de douleurs ciliaires violentes, on ne devra pas hésiter à recourir aux injections hypodermiques de morphine, pratiquées à la tempe, de préférence. Un quart de seringue de Pravaz, de la solution suivante :

représentant 1 centigramme de morphine, suffit en général, pour calmer les crises les plus douloureuses et procurer un sommeil paisible. Au besoin, on fera deux injections par jour.

Les douleurs ciliaires prennent parfois un caractère névralgique, à type intermittent; en pareil cas, il est indiqué d'associer la quinine à la morphine et je prescris habituellement les pilules suivantes :

Pour 10 pilules. De 1 à 3 chaque jour.

Les émissions sanguines locales, après avoir été longtemps en faveur, sont tombées dans un discrédit peut-être immérité. Assurément, elles pourraient être plus nuisibles qu'utiles chez les vieillards cachectiques, affaiblis par l'âge et les pri-

Eau distillée

Chl. de morphine

10 grammes.

40 centigr.

Suif, de quinine.

Chl. de morphine

i gramme.

10 centigr.

vations, mais elles rendent parfois de précieux services chez les sujets robustes, à tempérament sanguin, et, pour ma part, je n'hésite pas à y recourir, à la période de début des iritis franchement inflammatoires, lorsque ni l'atropine, ni la morphine ne suffisent à modérer l'acuité des symptômes. En pareil cas, on devra recourir de préférence à la ventouse de Heurteloup ; les applications de sangsues ont l'inconvénient de donner lieu, chez certains malades, à de véritables petites hémorrhagies (^u'on a parfois de la peine à arrêter, et les piqûres deviennent fréquemment le point de départ d'inflammations érvsipélateuses qui gagnent d'autant plus facilement les paupières, que, souvent déjà, celles-ci sont œdématiées par le fait de l'iritis.

Il est peu de praticiens qui, aux moyens précédemment indiqués, ne joignent l'emploi d'une pommade mercurielle, en frictions sur le front et la tempe. Souvent même, le calomel est administré à l'intérieur, à doses fractionnées. (5 centir/r. d'hcm'e en heure). Dans une aff'ection à marche aussi rapide que l'est celle de l'iritis, le défaut capital de cette médication est d'agir avec une lenteur extrême; bien avant que les préparations mercurielles aient pu manifester leur action, des svnéchies ont eu le temps de se former et de s^organiser.

En général, lorsque un traitement actif a été institué sans retard, le symptôme douleur cède assez rapidement, la photophobio, le larmoiement et l'injection diminuent, et l'on pourrait croire que l'iritis a été jugulée, si l'examen de la chambre antérieure ne montrait la pupille déjà rétrécie, déformée et soudée par dés synéchies aux lambeaux capsula:res et aux masses corticales gonflées.

Le plus souvent, l'iritis ou l'irido-cvclite qui est la conséquence do la rétention de débris corticaux, présente, dès ses débuts. Ips caractères d'une iritis purement plastique et l'humeur aqueuse reste assez transparente pour permettre au chirurgien d'observer l'état de la pupille ; mais, dans certains cas. l'inflammation présente tout d'abord les caractères mixtes de la forme séreuse et plastique; l'iiumeur aqueuse se trouble, des dépôts se forment sur la membrane de Descemet, et ce

n'est qu'après leur disparition qu'il est permis de se rendre compte de l'étendue des désordres. Parfois tout se borne à une déformation plus ou moins prononcée de la pupille, due à des synéchies (jue l'emploi prolongé de l'atropine finit par rompre en tout ou en partie, à mesure que les masses corticales se résorbent; mais, le plus souvent, on trouve le champ pupillaire occupé par des exsudats en voie d'organisation, et dont la disparition devient de moins en moins probable, à mesure que l'on s'éloigne de l'époque de l'opération. Cependant, il ne faut désespérer trop vite de la guérison, et si le peu d'acuité des symptômes permet de temporiser, on devra se borner à continuer les instillations d'atropine, en les réduisant toutefois à une ou deux par jour, pour éviter de produire à la longue une conjonctivite folliculaire, ce qui arrive parfois à la suite de l'emploi prolongé et trop fréquent du collyre. Il n'est pas rare que des opérés, hors d'état de compter les doigts huit ou quinze jours après leur opération, nous reviennent après quelques semaines de ce traitement bien simple, avec une acuité relativement bonne, et qui, après deux ou trois mois, peut devenir excellente, par suite de la complète résorption des masses corticales et des exsudats qui occupaient le champ pupillaire.

L'iritis ne prend pas toujours un caractère aigu, ni même subaigu. Il est fréquent d'observer des malades chez lesquels les phénomènes réactionnels qui sont habituellement la conséquence d'une inflammation de l'iris, se manifestent à peine; les douleurs ciliaires, le larmoiement, la photophobie et jusqu'à l'injection périkératique, peuvent man([uer complètement, et si le chirurgien n'avait pas la précaution d'explorer le champ visuel, le développement des synéchies passerait inaperçu. Ces iritis indolentes s'observent surtout chez les opérés très âgés, à tissus flasques, à tempérament lympliatique.

Par contre, chez d'autres malades, on voit les accidents inflammatoires prendre un degré d'intensité extrôme, et l'iritis, de plnstique qu'elle était tout d'abord, devenir suppurat!ve. Un hypopion se forme, et si la choroïde se prend à son tour, une fonte purulente de l'œil peut en être la conséquence.

Ces hvpopions réclament le même traitement que ceux qui résultent d'une infection de la plaie : une large paracentèse devra être pratiquée sans retard.

Il est assez rare que, dans lïritis uniquement due à la rétention d'une partie des masses corticales, la tension intra-oculaire se trouve assez sensiblement accrue pour rendre nécessaire la ponction de la chambre antérieure. Cependant, si après quelques jours d'un traitement actif les douleurs ciliaires persistent très intenses, il est absolument indiqué de recourir à la paracentèse, à la seule condition que la chambre antérieure ait repris ses dimensions normales, et, à plus forte raison, si sa profondeur semble augmentée. Il suffit de l'évacuation de quelques gouttes de liquide pour qu'aussitôt les malades se trouvent soulagés, au moins pour quelque temps; du reste, si les douleurs ciliaires reparaissent, les évacuations peuvent être répétées à plusieurs reprises, à quelques jours d'intervalles. Par suite du renouvellement plus rapide de l'humeur aqueuse qui en estla conséquence, la résorption des masses corticales se trouve activée, et, peu à peu, se produit une détente qui met fin aux accidents.

Chez les malades qui refusent absolument de se soumettre à une nouvelle opération, quelle qu'elle soit, on pourra essayer des injections hypodermiques de pilocarpine. Je commence par un quart de seringue de Pravaz, de la solution suivante :

pour arriver, dès la seconde injection, si le médicament est bien supporté, à un tiers de seringue, ce qui représente 1 centigramme et demi environ de pilocarpine. Peu de sujets supportent facilement 2 centigrammes. Les injections sont pratiquées tantôt à un bras, tantôt à l'autre, le matin à jeun, et autant que possible pendant dix jours consécutifs.

Je dois dire que ce médicament, si vanté contre les inflammations du tractus uvéal, et particulièrement contre les inflammations à forme séreuse, ne m'a donné qu'assez rarement des résultats bien nets.

Eau distillée.

Nitr. de pilocarpine

10 grammes.

40 centigr.

L'iritis qui est la conséquence d'un enclavement reste rarement purement séreuse; presque toujours des synéchies s'établissent, des exsudats apparaissent et l'inflammation prend un caractère mixte. Ici encore, de même que pour l'iritis consécutive à la présence de masses corticales, les accidents ont une origine toute mécanique ; mais tandis que la résorption des débris cristalliniens met fin à la compression qui s'exerce sur l'iris, l'enclavement de cette membrane donne lieu à des phénomènes irritatifs d'une durée extrêmement longue, par suite des tiraillements incessants qui sont le fait de la rétraction cicatricielle, et souvent les malades ne sont débarrassés de leurs douleurs ciliaires que lorsqu'il est survenu une atrophie de l'hémisphère antérieur de l'œil.

Il est moins facile d'expliquer pourquoi l'enclavement d'un fragment capsulaire peut entraîner les mêmes conséquences fâcheuses. Faut-il attribuer l'apparition des accidents à ce que le lambeau de membrane vitreuse emprisonné dans le tissu scléro-cornéen y joue le rôle d'un corps étranger? A ce que, enclavé d'un côté dans une plaie en voie de cicatrisation, adhérent de l'autre à la zonule, ou même à l'iris, si des synéchies se sont produites, il en résulte des tractions sur la zone ciliaire ? Peut-être y à-t-il de tout cela. Ce qui est certain, c'est qu'en pareil cas l'emploi de l'atropine, si utile dans la plupart des iritis, a pour résultat d'aggraver la situation, au lieu de l'améliorer, et cela, selo i toute apparence, parceque la dilatation pupillaire a pour effet d'accentuer les tractions qui s'exercent sur l'iris et sur la zone ciliaire. Ce qui semble l'indiquer, c'est que les m arnes malades chez lesquels l'instillation du collyre d'atropine a pour eff'et de provoquer une recrudescence des douleurs, se trouvent au contraire immédiatement soulagés par l'ésérine (5 ceiitigrammes pour 10 (jrammes, une ffovtte matin et 5on"). Mais il est bien rare que l'emploi de ce collyre suffise pour amener la guérison; en général, quoi qu'on fasse, les phénomènes irritatifs reprennent peu à peu le dessus ; souvent même les paracentèses de la chambre antérieure ne donnent qu'une amélioration passagère, et il ne reste d'autre ressource, pour mettre fin aux souff'rances des opérés, que de rouvrir largement la plaie

avec un couteau à cataracte, de manière à faire cesser l'enclavement.

U. — La rétention d'une partie des masses corticales, de m^me que l'enclavement des lambeaux capsulaires dans la plaie, étant la conséquence de la kystitomie, on a pu dire avec raison que l'ouverture de la capsule était la pierre d'achoppement des procédés opératoires aujourd'hui en usage. Aussi a-t-on fait des tentatives réitérées d'extraction du cùsiallin dans sa capsule, soit à l'aide d'instruments de traction {Curette de Critchet ou de Pagenstecher), soit en s'efforçant, après une large section à lambeau, de faire sortir la cataracte par une pression convenable exercée sur le globe {Spérino).

Il est certain que lorsque une opération de ce genre peut être conduite à bonne fin, la guérison est en général rapide, et l'acuité visuelle souvent supérieure à celle que l'on obtient après ouverture préalable de la cristalloïde, ce qu'explique l'absence de toute opacité dans le champ pupillaire. Mais l'extraction du cristallin dans la capsule a aussi sa pierre d'achoppement : l'issue du corps vitré, presque inséparable de ce mode opératoire. La cristalloïde antérieure est, en effet, presque intimement adliérente à l'hjaloïde, et l'on ne saurait, sans rompre cette membrane, extraire la capsule en totalité.

Des accidents extrêmement graves, dûs, les uns à la perte d'une quantité plus ou moins considérable d'humeur vitrée, les autres, à l'introduction dans l'intérieur de l'œil d'instruments de traction volumineux qui ont contusionné la région ciliaire, sont fréquemment la conséquence de ce mode d'extraction, et les résultats statistiques publiés jusqu'ici ne sont pas de nature à engager les chirurgiens dans cette voie.

Dans le but d'atténuer les inconvénients de la kvstitomie, au moins en ce qui a trait à l'enclavement des fragments capsulaires, divers opérateurs ont cherché à modifier le manuel opératoire. Gaijet et Knapp, entre autres, pour n'être pas exposé à entraîner dans la plaie le lambeau triangulaire que détache en général le crochet du kjstitome, ont proposé d'inciser en boutonnière la capsule, le long de la section

scléro-cornéenne, en facilitant cette manœuvre par une légère pression exercée sur le globe, de manière à amener le bord du cristallin vers la plaie. D'autres ont inventé des instruments plus ou moins ingénieux destinés à extraire la cristalloïde; mais il ne semble pas, jusqu'à présent, que l'on ait trouvé une solution vraiment pratique de ce petit problème opératoire.

V. — Le pincement de l'iris dans la plaie, ou même une véritable hernie de cette membrane, sont des accidents fréquemment observés par les chirurgiens qui ont la fâcheuse habitudes de pratiquer l'iridectomie en un seul coup de ciseaux, ce qui rend à peu près impossible une excision complète de l'iris aux extrémités de la plaie. Les petites iridectomies, en forme de bombe, enflammée, ou même de simple fente, que quelques opérateurs cherchent aujourd'hui à mettre à la mode, après avoir préconisé autrefois les larges colobomas en tfou de serntre, semblent avoir été inventée uniquement dans le but de justifier l'emploi de l'ésérine après l'extraction de la cataracte, tant il est difficile, sans le secours de ce myotique, d'obtenir le retrait et le maintien des angles de l'iris dans la chambre antérieure. Par malheur, on n'est jamais bien certain, dans les premiers jours qui suivent l'opération, et alors que la cicatrice est encore peu résistante, que la pression intra-oculaire, exagérée par une cause quelconque, ne viendra pas désunir les lèvres de la plaie et y engager l'iris. D'autres fois, c'est à la suite d'un effort ou d'un choc sur l'œil, que se produit l'enclavement.

On évitera presque sûrement cet accident, en se conformant pour l'iridectomie au manuel opératoire que j'ai décrit. Je puis affirmer qu'à la clinique de l'hôpital Saint-André, des mois entiers se passent parfois, sans que nous ayons à constater un seul cas de hernie de l'iris.

Indépendamment d'une iritis proprement dite, ces enclavements peuvent avoir encore pour conséquence des désordres plus ou moins graves dans la région de la cicatrice sclérocornéenne.

En supposant même qu'il n'y ait pas de hernie, le premier effet de la présence de l'iris dans la plaie est d'en retarder la réunion, et plus tard, lorsque celle-ci paraît assurée, il n'est pas rare de voir survenir de temps à autre des poussées inflammatoires dues aux tiraillements exercés sur la cicatrice pendant la contraction de la pupille. De plus, l'iris enclavé, empêchant le contact immédiat des lèvres de la section, il en résulte une déformation de courbure des parties voisines de la cornée, nécessairement plus considérable qu'après une opération normale, et qui se traduit par un astigmatisme souvent irrégulier.

Enfin, l'iris emprisonné dans la plaie, tend à porter insensiblement dans cette direction, attiré par la rétraction cicatricielle; la pupille devient de plus en plus périphérique, se déforme, se rétrécit, et, lorsque l'extraction a été faite par la partie supérieure de la cornée, se trouve finalement masquée par la paupière. Le plus souvent, du reste, en pareil cas; sous l'influence d'une iritis généralement sub-aiguë, conséquence presque inévitable de ces tiraillements, desexsudats se forment dans le champ pupillaire et la vision se perd peu à peu.

Ces mêmes accidents peuvent survenir, cà plus forte raison, lorsqu'il s'est produit un véritable prolapsus de l'iris. De même que le simple enclavement, la hernie se forme presque constamment aux extrémités de la cicatrice et résulte généralement de ce que l'iridectomie n'a pas été pratiquée avec tout le soin désirable. Parfois cependant, dans les yeux durs, à tension glaucomateuse, une excision aussi complète que possible des angles de l'iris, ne met pas à l'abri d'un enclavement ultérieur, soit que le prolapsus se produise pendant la période de cicatrisation, soit que la plaie se rouvre, à peine fermée.

Si la hernie est peu volumineuse, ne dépasse guère, par exemple^ le volume d'une tête d'épingle, et se trouve masquée par la paupière supérieure, on s'efforcera d'enrayer son développement en prolongeant le plus possible l'applicafion du bandeau compressif. Parfois même, [)ar ce moyen, on arrive à produire le ratatinement et l'atrophie de la petite

tumeur, qui se réduit alors à une tache noirâtre plus disgracieuse que gênante.

Si, au contraire, la hernie se développe et que la compression se montre inef3cace, il est à peu près inutile d'essayer des ponctions répétées, et des cautérisations au nitrate d'argent conseillées par quelques opérateurs. L'excision de la tumeur est le plus souvent nécessaire pour mettre fin aux phénomènes irritatifs qui résultent du pincement de l'iris, pour empêcher le rétrécissement graduel de la pupille et son déplacement vers la plaie.

Deux procédés, sensiblement différents, peuvent être mis en usage pour l'ablation de ces prolapsus iridiens. Le plus expéditif consiste à saisir la petite tumeur avec une pince à griffe, et à l'exciser au ras du globe, à l'aide d'un couteau de Grœfe, les paupières étant écartées et l'œil fixé comme pour une opération de cataracte. Bien que des chirurgiens de mérite paraissent se contenter de ce mode opératoire, je n'hésite pas à le considérer comme absolument défectueux. On a supprimé, il est vrai, la hernie proprement dite, mais la plaie est restée ce qu'elle était, et il n'y a pas de raison pour qu'une réunion plus intime se fasse au niveau do la portion enclavée; aussi, malgré l'application rigoureuse du bandeau compressif, voit-on le plus souvent la tumeur se reproduire.

Au lieu de se borner à une simple ablation du prolapsus, il est infiniment préférable, à mon avis, de rouvrir largement la plaie, à Taide d'un couteau à cataracte, de manière à dégager l'iris complètement, et à l'exciser le plus loin possible, en plaçant ainsi les lèvres de la section dans de bonnes conditions de coaptation. C'est toujours ainsi que je procède, et avec un succès constant, contre les hernies de l'iris ou les cicatrices cystoïdes survenues à la suite d'opérations de cataracte pratiquées le plus souvent, il est bien permis de le dire, ailleurs qu'à la clinique de l'hôpital Saint-André.

X. — Une des conséquences fréquentes du prolapsus de l'iris est de donner lieu à la formation de cicatrices dites ci/stoïdes. Ici, la saillie n'est plus formée seulement par l'iris coitfé de la conjonctive; elle renferme, en outre, une quantité

plus ou moins considérable d'un liquide transparent provenant de la filtration de l'humeur aqueuse à travers une partie de la plaie qui ne s'est pas réunie, par suite de l'interposition de l'iris.

Plus rarement, la petite tumeur est constituée uniquement par un liquide séreux, sans qu'il y ait le moindre enclavement iridien. Par suite d'une circonstance quelconque: excès de tension intra-oculaire, interposition d'un lambeau capsulaire, etc., les lèvres de la plaie scléro-cornéenne ne se sont pas réunies, du moins dans toute leur étendue, la conjonctive s'est seule cicatrisée, et l'humeur aqueuse, s'infiltrant audessous d'elle, la soulève sous forme d'une ampoule généralement bosselée qui constitue un véritable diverticulum de la chambre antérieure.

Lorsque les cicatrices cystoïdes ne se trouvent pas compliquées d'enclavements de l'iris, elles peuvent parfois persister indéfiniment sans entraîner de conséquences extrêmement fâcheuses ; mais elles déforment la cornée, déterminent souvent un astigmatisme irrégulier qui abaisse notablement l'acuité visuelle, et, si leur volume est considérable, elles gênent les mouvements des paupières et entretiennent une irritation permanente de la conjonctive. Enfin, chez certains sujets, peut-être prédisposés, on a vu des cicatrices de cette nature, devenir, après des années d'innocuité, le point de départ d'inflammations extrêmement graves, non-seulement pour l'œil opéré, mais encore pour son congénère. D^une façon générale, l'excision de la vésicule est donc indiquée, et on y procédera comme pour les hernies de l'iris, c'est-à-dire en s'eflbrçant d'aviver les lèvres de la plaie, de manière à obtenir une réunion immédiate.

Y. — Les petites hémorrhagies qui se font dans la chambre antérieure, pendant l'opération, disparaissent en général rapidement ; en deux ou trois jours au plus la résorption est complète, sans qu'aucune réaction se manifeste du côté de l'iris. Mais il n'est pas rare de voir se produire dans le cours de la première semaine et quelquefois plus tard, chez des sujets dont l'opération n'avait présenté rien de particulier, des

épanchements de sang parfois assez abondants pour masquer la pupille. Ces épanchements peuvent présenter cela de particulier, qu'après avoir disparu, ils se reproduisent à diverses reprises, sans cause appréciable.

Selon toute apparence, le sang est fourni dans le plus grand nombre des cas, par les bords du coloboma de l'iris ; mais chez certains opérés il provient manifestement des petits vaisseaux du limbe, par suite de la réouverture de la plaie. Cet accident est presque toujours la conséquence d'une contusion du globe, et s'observe^surtout chez des sujets dont le sommeil est agité, et qui, sollicités peut-être par une influence réflexe, portent la main à l'œil opéré.

Le maintien du bandeau compressif finit en général par avoir raison de ces épanchements ; dans le cas contraire, on aurait recours à l'emploi des compresses chaudes, dans le but d'activer le travail de résorption.

Ces petites hémorrhagies intra-oculaires ne sont vraiment inquiétantes que dans les yeux à tension glaucomateuse. Elles peuvent alors persister avec une ténacité désespérante, en s'accompagnant de douleurs ciliaires que rien ne calme, et une irido-cyclite, suivie de la phtysie du bulbe, peut en être la conséquence.

Z. — Nous en aurons fini avec les accidents consécutifs à l'extraction de la cataracte, lorsque nous aurons dit que certains opérés tolèrent difïïcilement les instillations d'atropine, ce qui peut créer des difficultés sérieuses, en cas de complication. Le collyre détermine une hypérémie conjonctivale et bientôt une conjonctivite folliculaire extrêmement tenace qui oblige à en suspendre l'emploi. Chez quelques sujets, cette intolérance pour l'atropine atteint les proportions d'une véritable idiosynchrasie; il suffit d'une goutte de collyre pour produire une blépharo-conjonctivite intense, accompagnée d'eczéma des paupières, et j'ai connu un malade opéré successivement des deux yeux, par deux chirurgiens, et chez lequel les opérations ont complètement échoué à la suite d'ophtalmies violentes survenues dans ces conditions.

Il va sans dire qu'en pareil cas, on devra renoncer à l'em-

ploi du collyre d'atropine, en lui substituant, s'il y a nécessité absolue, une autre mjdriatique, la duioiiiine, par exemple.

D'autres opérés, et en particulier ceux dont le globe oculaire est profondément enfoncé dans l'orbite, ne peuvent pas supporter le maintien d'un bandeau compressif, même pendant deux ou trois jours, sans qu'il en résulte un entropiou dont les conséquences, surtout au début, sont généralement désastreuses.

11 faut alors supprimer le bandage ouaté, et le remplacer par une simple compresse de toile.

Si au lieu d'avoir affaire à un entropion sénile, on se trouve en présence d'une véritable blépharospasme que la suppression du bandeau ne suffit pas à faire disparaître, on devra recourir aux injections hypodermiques de morphine, et en cas d'insuccès, à la section de la commission externe.

On trouve encore énumérés, dans les traités classiques d'ophtalmologie, au nombre des conséquences possibles de l'extraction de la cataracte, un certain nombre d'accidents qui ont à peu près complètement disparus depuis les perfectionnements apportés aux méthodes opératoires.

De ce nombre sont les vomissements, dont nous n'avons observés, cette année, qu'un seul exemple sans gravité aucune, et les pneumonies hypostatiques, absolument inconnues des chirurgiens qui permettent à leurs opérés de quitter le lit dès le quatrième ou cinquième jour.

LEÇONS

SUR

Page 1