QUINZIÈME LEÇON
Constitution du fluide séminal. — Spermatozoïdes des Vertébrés : leur forme et leur structure chez les Mammifères, Oiseaux, Reptiles, Âmphibiens anoures et urodèles^ Plagiostomes, Téléostéens, (^yclostomes et Âmphioxus.
La liqueur séminale est le produit de la glande sexuelle du mâle, c'est-à-dire du testicule. Le testicule est au mâle ce que l'ovaire est à la femelle ; les produits de ces deux glandes exercent l'un sur l'autre une action réciproque, qui a pour résultat la formation d'un nouvel individu.
L'existence de mâles dans une espèce animale entraîne celle de femelles ; mais la réciproque n'est pas vraie. Il y a des espèces dont on ne connaît que les femelles et chez lesquelles on n'a jamais vu de mâles. Ainsi, parmi les Crustacés, la Lymnadia Hermanni ne possède que des femelles ; les mâles sont inconnus dans cette espèce. Chez les Apus^ les mâles sont très-rares et n'apparaissent que de temps en temps. Dans la classe des Insectes, des faits semblables s'observent assez fréquemment. Parmi les Hyménoptères gallicoles, on connaît une trentaine d'espèces de Cynips dépourvues de mâles. Chez certains Hémiptères de la famille des Coccides, entre autres chez le Lecanium hesperidum^ on ne connaît pas de mâles. Depuis trois ans que j'étudie le Chermes abietis^ îe n'ai pu rencontrer un seul individu mâle, quelle que soit l'époque de l'année.
Il existe donc des animaux qui peuvent se reproduire sans le concours du mâle ; on a donné à ce mode de reproduction le nom de parthéno* genèse. Nous verrons si l'on ne peut pas expliquer ce phénomène par la présence, chez la femelle, de certains éléments qui joueraient le rôle d'éléments mâles.
Les animaux dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent, les Vertébrés, se reproduisent toujours avec le concours des deux sexes. L'Anguille seule semblerait faire exception; mais cette exception est probablement tout apparente; les mâles de cet animal ont, sans doute,
des caractères distinctifs très-peu marqués, qui n'ont pas permis jusqu'ici de les différencier des femelles .
Le produit sexuel du mâle, liqueur séminale, semence ou sperme, n'est jamais un liquide homogène. Pris en dehors du testicule, il se trouve mélangé avec les produits des glandes annexés de l'appareil génital, glandes de Gowper, glandes de la prostate, etc.
Le sperme éjaculé est un liquide blanchâtre, plus ou moins épais et visqueux. Son odeur, chez l'Homme, rappelle celle de l'os raclé, ou celle du pollen de l'Epine-vinette ; sa réaction est toujours alcaline. La composition chimique du sperme a surtout été étudiée chez les Poissons, où elle constitue la laitance. Frerichs, Grohe, Miescher en ont donné des analyses. Ce dernier auteur (1) a séparé, par filtration, la partie solide de la partie liquide de la laitance du Saumon, et il a trouvé, pour 100 parties d'éléments solides, 48,68 de nucléine, substance phosphorée qui existe aussi en grande proportion dans les leucocytes, les globules du pus et les noyaux de cellules ; il en a retiré aussi de la protamine, de l'albumine, de la lécithine, de la cholestérine, de la graisse, etc. La partie liquide est presque entièrement formée d'une solution d'aliumine et de sels alcalins.
Au point de vue de sa composition histologique, qui nous intéresse plus que sa composition chimique, le sperme peut être considéré comme une émulsion formée de petits corpuscules figurés et animés de mouvements plus ou moins vifs. Chez certains animaux, la plupart des Crustacés et quelques Nématoïdes, les corpuscules spermatiques sont immobiles ou présentent de simples mouvements amiboïdes. Ce sont les éléments figurés du sperme qui lui donnent son aspect blanchâtre ou même d'un blanc éclatant comme celui de la laitance des Poissons. Cette blancheur est le résultat d'un phénomène d'optique semblable à celui que présentent d'autres liquides de l'économie tenant en suspension des corpuscules solides très-fins, tels que le lait, le pus, le chyle et les émulsions de matières grasses.
Le sperme de tous les animaux, depfuis les Zoophytes jusqu'à l'Homme, renferme donc des particules solides, qui en sont les éléments les plus essentiels. La découverte de ces particules date de deux siècles. C'est chez l'Homme qu'elles ont été constatées pour la première fois, en 1677, par Louis Hamm, étudiant de Leyde. L'année suivante, Leeuwenhoek, à qui Hamm avait fait part de sa découverte, annonçait avoir trouvé de semblables éléments dans le sperme d'un grand nombre d'espèces animales.
(1) Miescher, Verhandhmgen der naturforschenden Ges, zu Basel, VI, 1874.
y a pas de découverte physiologique qui fit plus de sensation que os éléments figurés du sperme. Leeuwenhoek crut, en effet, avoir les germes préexistants chezle mâle. Dès lors, les physiologistes surent en deux camps, relui des ovistes, qui plaçaient dans l'œuf able germe ou animal préformô ; celui des spermatistes^ qui adent ce germe dans la semence. On regardait les corpuscules du e comme des animalcules ayant une existence indépendante et os à devenir plus tard des animaux semblables à ceux dont ils laient. Chez l'Homme, cet animalcule était V/tomunciilus, considéra pendant longtemps les corpuscules séminaux comme limaux. Von Baer les appela des spermatozoaires {\ 827). Certains nistes les regardèrent comme des parasites vivant normalement la liqueur spermatique; telle était l'opinion de Valentin, Henle, r, Dugès, etc. On crut même y reconnaître des traces d'une orgaon analogue à celle des animaux, et il faudrait des volumes pour er toutes les idées, plus bizarres et plus fausses les unes que les 5, qui ont été écrites à ce sujet. Ainsi, Poucliet avait vu un intesans les animalcules spermatiques ; Valentin y avait reconnu la nce d'une bouche et d'un anus ; Gerber y décrivait même un
renberg avait d'abord placé les corpuscules spermatiques parmi ifusoires polygastriques ; plus tard, il les rangea à côté des Tréma- , à cause de leur ressemblance avec les Cercaires. Bory de Saint- *nt et de Blainville les classaient aussi parmi les Douves : tout le le considérait alors les éléments figurés de la liqueur séminale ne des animaux.
pendant, dès 1837, Dujardin(l) avait émis des doutes sur Tanimaie ces corpuscules, et les regardait comme un produit de la couche ne des tubes séminifères. Duvernoy leur donna, dans son cours du ge de France, en 1841, le nom de spermatozoïdes^ nom générant adopté aujourd'hui et qui a l'avantage de ne rien préjuger delà redeces éléments. A la môme époque, Lallemand et Kœlliker réait également contre la doctrine de l'animalité des spermatozoïdes s considérèrent comme des particules élémentaires des tissus vis. C'est surtout Kœlliker, en étudiant leur mode de dévelopent, qui démontra que les spermatozoïdes sont des éléments his- ^iques, ayant la valeur morphologique d'une cellule; il crut que éléments prennent naissance, par voie endogène, dans d'autres ^les, et il proposa de les qj^^qIqv A,^^ filaments spermatiques [Saifxderi).
DujARDiN, Annales des Se, naU^ 2« série, VIII, 1837.
Aujourd'hui, tous les traités d'histologie enseignent que les spermatozoïdes sont des éléments libres, analogues aux globules du sang. Nous verrons bientôt que cette opinion n'est pas absolument juste et qu'il y a quelque chose de vrai dans l'ancienne théorie qui faisait considérer les corpuscules spermatiques comme des animalcules. Je me fonderai, pour le prouver, sur le mode de développement des spermatozoïdes, et nous verrons que ces éléments proviennent de la conjugaison de deux cellules, qu'ils prennent naissance, comme les animaux, par une sorte de génération sexuelle. Avant d'aborder ce sujet, nous devons étudier leur constitution histologique.
Chez tous les Vertébrés, les spermatozoïdes ont l'aspect d'un filament plus ou moins long, muni d'une partie renflée, la tête, et d'une partie effilée, la queue ; mais ces éléments présentent une grande variété de formes, d'une classe, d'un genre, et même d'une espèce à l'autre ; on peut même reconnaître certaines espèces d'après la forme de leurs spermatozoïdes.
Ainsi, chez les Amphibiens, les spermatozoïdes des Urodèles diffèrent de ceux des Anoures, et, parmi ces derniers, presque chaque espèce a une forme spéciale de corpuscules séminaux. Le spermatozoïde de la Grenouille rousse [Rana temporaria) a une tête effilée, à peine plus épaisse que la queue; celui de la Grenouille verte [R, esculenta) a, au contraire, une tête en forme de bâtonnet, nettement distincte de la queue ; celui de la Rana agilis a une forme intermédiaire entre celui des deux espèces précédentes . Enfin, une espèce de Grenouille, très-voisine de la Rana temporaria et de la Rana agilis^ la Rana arvalis^ qui n'existe que dans le nord de l'Europe, possède un spermatozoïde dont la tête cylindrique rappelle celle du spermatozoïde de la Grenouille verte.
Il en est de même chez les Mammifères. Tandis que les œufs de ces animaux se ressemblent tous et ne présentent que quelques légères différences dans leurs dimensions, les spermatozoïdes, au contraire, varient d'une espèce à l'autre. Le spermatozoïde de l'Homme a une tête cordiforme; celui de la Souris et du Rat a une tête en forme de faux; la tête du spermatozoïde du Hérisson est rectangulaire, arrondie au sommet, et la queue s'y insère sur l'un des bords. Cette variété de formes a même été invoquée par Leeuwenhoek comme une pr.euve de l'animaUté des éléments spermatiques ; certains physiologistes pensent aussi que l'aptitude des spermatozoïdes à ne féconder que des œufs de l'espèce à laquelle ils appartiennent, tient à une spécificité due à leur forme variable.
Pendant longtemps on n'a décrit que deux parties dans les sperma-
la tète et la queue. En 1865, Schweigger-Seidel (1) publia un mportant, dans lequel il s'attacha à prouver que les spermaont une structure plus compliquée qu'on ne l'avait cru juset qu'ils présentent, dans leurs diverses parties, des différences osîtion chimique. Entre la tête et la queue il signala l'exisine partie moyenne qu'il appela le serment médian {Mittel-
la RoTut esculenta, ce segment se montre à l'union de la tête queue. C'est une petite portion de la tête qui se distingue par !ct plus clair et moins réfringent. Dans certains cas la tête du ozoïde se détache de la queue, le segment médian reste alors à. la queue .
les Mammifères, le segment moyen paraît n'être qu'un léger
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lent de la queue ; il se présente sous la forme d'un petit bftau-dessous de la tôle. Ce segment est nettement visible à l'état ans certaines espèces ; dans d'autres, au contraire, il n'apparaît js l'influence de réactifs.
trois portions du spermatozoïde, tête, segment médian et queue, emportent pas de la même façon en présence des réactifs. Dans a tôle seule se gonfle, tandis que le segment médian ne se moas. L'acide acétique, au contraire, gonfle le segment médian,
awEiGflER-SBDEi., Arckiv f. mikroakop. Analomie, I,18G5.
dissout en partie la queue, et, dans quelques cas, fait apparaître peu à peu autour de la tète une sorte de membrane d'enveloppe commune au segment médian et à la tète. Le carmin ne colore que la tète.
Si Ton fait dessécher du sperme sur une plaque de yerre, le segment médian apparaît alors nettement et se différencie de la tète et de la queue par son aspect brillant.
Chez THomme, la tète du spermatozoïde a la forme d'une amande ; elle mesure 0'"",005 de longueur, le segment moyen 0"",006, et la queue 0"",040. Parmi les Mammifères, ce sont les Murides (Souris, Rat) qui ont les spermatozoïdes les plus longs : leur queue mesure 0»",088 chez la Souris.
Bûtschli a vu aussi le segment moyen dans les spermatozoïdes des Insectes (1).
Les travaux de Schweigger-Seidel sont venus apporter un appui à la
théorie de Kœlliker et ont fait comparer le spermatozoïde à une cellule ;
la tète serait le noyau de la cellule, le segment moyen le protoplasma,
et la queue un cil vibratile.
Les recherches récentes de Miescher et d'Eimer ont démontré dans
A le spermatozoïde des détails de
Structure qui avaient échappé à Schweigger-Seidel; je les exposerai quand nous aurons étudié la genèse des spermatozoïdes, ces détails s'expliquant par le développement de ces éléments.
Dans la classe des Oiseaux, on peut distinguer deux types différents de spermatozoïdes; le premier type appartient à la majeure partie des Oiseaux ; ce sont des spermatozoïdes à tète
Fig.66.-Spermato«>ïdeB des 0ise«ix. a, tête ; *, wg- Cylindrique Suivis d'unO qUCUC,
ment médian; c, queue. — a, du Coq : 1, filament in- ressemblant à CCUX do la GrCtact; 2 et 3, filaments traités par l'acide acétique. — .„ - ,
B, du Pinson: 1, filament intact; 2-5, filamente traités nOUllIe VCrtC. LC SeCOUd typC SC
par la glycérine diluée. (D'apréaSehweigger^idel.) rencontre chCZ IcS PaSSereaUX
conirostres et dentirostres , qui renferment la plupart des petits Oiseaux chanteurs; la tète du spermatozoïde est hélicoïdale à tours
(1) Bûtschli, Zeitschr. /. wiês, Zool^ XXI, 1871.
spire plus ou moins nombreux; chez la Mésange et la Grive, i ont de longs spermatozoïdes, la t6te a environ dix tours de ire, et chez les Fringillides (Bruant, ^ ^ a b
Qson, Moineau, etc.), il n'y en a que )is ou quatre. Dans ses Icônes physio^ pcâs (1839), R. Wagner a figuré les ermatozoldes d'un hybride de Serin
de Chardonneret; la tète diffère de ile des spermatozoïdes des deux espèces nt il provient. Ce fait est intéressant, r généralement il ne se produit pas de ermatozoîdes chez les hybrides des anilux supérieurs, ce qui explique leur inféadité, celle du Mulet mâïe par exemple.
Schweigger-Seidel a étudié plus spéilement les spermatozoïdes duGoq et du [ison. Chez le premier de ces animaux, l'union de la tête cylindrique avec la eue, il a reconnu l'existence d'une Fig. e?. - a, spenn»-
.. 1 Al 1 1 • X tosolde da Lézard;
rtie plus p&le, plus granuleuse, qm est ,, ipermatosoide de segment moyen. L'acide acétique ne ^* couionvre. sse intacte que la tète ; celle-ci se colore aussi seule : le carmin.
Dans le spermatozoïde du Pinson, la tète est spiroïde le segment moyen est difficilement visible à l'état Is ; mais dans la glycérine, la tète se gonfle beauip, elle devient vésiculeuse, et le segment moyen )araît alors comme une vésicule plus petite placée dessous d'elle.
Les spermatozoïdes des Reptiles ressemblent beauip à ceux du premier type des Oiseaux; ils ont 3 tète cylindrique en forme de bâtonnet, avec une 3ue plus ou moins longue.
Lies éléments spermatiques des Âmphibiens sont plus Èressants que ceux des Reptiles, à cause de la vaté de leurs formes. On peut distinguer, chez ces maux, deux types de spermatozoïdes qui difièt par la forme de la queue. Ceux dès Urodèles ont 3 tète allongée en forme de poinçon et légèrement recourbée, ume une faux ; leur queue est très-longue et munie d'une crête gitudinale insérée parallèlement h l'axe de la queue. On con-
Fig. 68. —A, spermatozoïde du Triton ; b, spermatozoïde de r Axolotl. a,tète; 6, segment médian ; e, qneue.
sidère cette crête comme une membrane enveloppant la queue et faisant saillie sur l'un de ses bords. Dans l'eau pure, le spermatozoïde s'altère et il se produit sur la queue une série de petites vésicules; cette action nuisible de l'eau prouve bien que la fécondation doit être instantanée chez ces animaux, ce que l'observation a du reste déjà démontré.
La membrane n'a pas plus de S millièmes de millimètre de largeur dans sa partie la plus large, à son niveau d'insertion au-dessous de la tête ; elle s'étend jusqu'à l'extrémité de la queue. Son bord libre estplus long que son bord adhérent, il en résulte qu'elle est froncée et présente des ondulations sur son bord libre.
Spallanzani (1), qui avait entrevu ces ondulations, croyait que c'étaient des cils, et il a représenté le spermatozoïde du Triton comme hérissé de poils. Mayer et R. Wagner avaient adopté la manière de voir de Spallanzani et admettaient des cils à la surface de la queue du spermatozoïde. Siebold, en 1837 (2), crut que la ligne spirale représentée par le bord libre et plissé de la membrane était la queue du spermatozoïde, et que celle-ci s'enroulait autour du corps de l'animalcule. Cette opiaiou fut aussi acceptée par Leuckart et Wagner (3).
Amici, le premier, en 1844, dans un dessin envoyé à Mandl, représenta la membrane ondulante de la queue du spermatozoïde du Triton comme une véritable crête insérée sur la queue. Pouchet, en 1847(4), en donna aussi une bonne figure. Czermak, en 18S0 (8), vérifia l'existence de cette membrane, et enfin Leuckart, en 18S3, dans son article Génération^ du traité de physiologie de Wagner, se rangea à cette dernière opinion (6).
Schweigger-Seidel a démontré dans les spermatozoïdes des Urodèles l'existence d'un segment moyen ; c'est un petit bâtonnet très-court placé à l'union de la tête et de la queue, mesurant 6 millièmes de millimètre et se colorant seul par le carmin. Aussi Schweigger-Seideï se demande si le bâtonnet est bien le segment moyen et si ce ne serait pas plutôt la tête, dont la position serait intervertie. L'acide chlorhydrique dissout la tête du spermatozoïde; l'acide acétique ne laisse, au contraire, que la tête intacte.
(1) Spallanzani, Opuscules de phyéique animale et végétale^ II, 1787.
(2) Wagner et Leuckart, article Semen in TodcCs Cyclopadia, IV, 4847-1849.
(3) Siebold, Froriep's neue Notizen, II, 1837.
(4) Pouchet, Théorie positive de V ovulation spontanée, 1847.
(5) Czermak, Zeitschr. f, wiss. Zoologie, II, 1850.
(6) Leuckart, article ZEUGUNoin Wagner' s Handwœrterbuch der Physiologie, l^t 185H.
Le spermatozoïde de l'Axolotl est très-semblable à celui du Triton ; la tête et le segment moyen sont seulement un peu plus longs.
La queue des spermatozoïdes des Batraciens anoures est en général simple et filiforme ; il y a cependant des exceptions.
js des Amphibiena anonras. *, Rima lemporaria .-b, S. eiculeala! c, B. agillt!
E, Pclodylii panctalia; r. Peloialis faïaii ; o, Bafo valgarisi a, AlgUi oitttirietua; igneuê ; i, Ifyla arborea. [D'après Le^dig, 9sd[ fig. O.}
Chez le Sonneur {Bombînator igneus), ' Siebold (1), Eimer {2} et Ley- ^g (3} ont vu que la queue est entourée d'une membrane ondulante, et qu'elle est insérée sur la tête à angle aigu, de sorte qu'elle se rapproche de l'extrémité supérieure de cette dernière et semble être tendue entre les deux extrémités de la tête, comme la corde d'un arc.
Chez le Crapaud accoucheur {Alites obstetricans), Spengel (4) et Leydig ont décrit aussi une membrane ondulante autour de la queue du spermatozoïde.
Le spermatozoïde de la Rainette [Hyla arborea) a une tête légèrement recourbée et se continuant en une queue filiforme. Sur l'un des côtés de la lÊte, il y a une membrane plissée, qui est plus large à la partie
(1) Siebold, Zeitsc/ir. f. wtss. Zoologie, II, 1850.
(îl BiMEB, Zoolog. Unlersuc/i., 1 Heft, 1S7(.
(31 Leïdiq, Die anuren Bairachier der deuischen Fauna, Bonn, 18T7.
(*) Spenobl, Arbeitert am dem loolog.-iootont. Institut in Wûrzburg, III, 1876.
antérieure de la tète qu'à la partie caudale. Leydig a constaté que cette membrane est parcourue par des ondulations si courtes et si pressées qu'elles font d'abord l'effet de mouvements ciliaires ou de courants protoplasmiques, et les sommets des ondes, lorsqu'on les examine à un fort grossissement, donnent à la membrane un aspect granuleux. Ces ondulations du voile membraneux déterminent mécaniquement des flexions de la tète et la rotation du spermatozoïde autour de son axe. Suivant Leydig, c'est un des plus beaux exemples de l'activité vitale du protoplasma, montrant comment des ondes contractiles peuvent produire rillusion d'une formation granuleuse.
Le Pelotâtes fuscus a un spermatozoïde décrit par Leuckart et Wagner (1), par Spengel (2) et par Leydig (3), qui se rapproche beaucoup de celui des Passereaux ; il a une tète spiroïde, suivie d'un assez long filament caudal.
Nous avons déjà vu quelle est la forme des spermatozoïdes des Grenouilles, forme qui est différente dans chaque espèce. Leydig croit avoir découvert aussi une membrane ondulante très-pâle et très-étroite autour de la queue des animalcules spermatiques des Grenouilles; mais personne n'a jusqu'ici confirmé cette observation. Le même observateur, en traitant les éléments du sperme de la Grenouille par une solution faible d'acide chromique, a vu apparaître au centre de la portion céphalique une série de petites vacuoles, ce qui prouverait qu'il existe à la périphérie une couche plus dense de protoplasma.
Les spermatozoïdes des Crapauds ont une tète allongée en forme de poinçon et légèrement recourbée. Pendant longtemps on ne leur a décrit qu'une seule queue, comme à tous les autres corpuscules séminaux ; mais, en 1876, La Valette Saint-George (4) prétendit avoir vu deux filaments attachés à la tète. Cette observation me parut extraordinaire; mais j'ai vérifié son exactitude, et j'ai vu que, normalement, les spe^ matozoïdes du Crapaud commun [Bufo vulgaris) et du Crapaud calamité (Bufo calamita) possèdent deux queues ; ces deux filaments s'insèrent même chacun séparément sur deux petits corps réfringents, placés à la partie postérieure de la tête, et qui paraissent être deux segments moyens accolés. (Voir ci-dessus fig. G.)
Tout récemment, Leydig (S) a décrit une membrane ondulante autour de la queue des spermatozoïdes du Crapaud. C'est là évidemment une
(1) Leuckart et Wagner, article Semen in Todcfs Cydopxdia^ IV, 1847-49.
(2) Spengel^ loc, cil,
(3) Leydig, loc. cit,
(4) La Valette Saint- George, Àrchiv f, mikrosk. Anatomief V, 1876.
(5) Leydig, loc, cit.
erreur (Inobservation, due à ce que souvent les deux filaments sont entortillés. On peut les voir écartés l'un de l'autre et s'assurer dans ce cas que Ton a bien affaire & deux filaments. Du reste, les spermatozoïdes du Crapaud ne sont pas les seuls qui présentent cette singulière conformation. En 1840, Doyère (1) avait déjà signalé chez un Tardigrade, le Macrobiotus^ de semblables spermatozoïdes ; le corpuscule spermatique de cet animal a une tète piriforme, terminée par une queue filiforme ; un second filament s'insère sur cette tète, tantôt à côté du premier, tantôt sur un point quelconque de la surface de la portion céphalique. Biitschli (2) a vu aussi des spermatozoïdes à deux queues chez un Goléoptère chrysomélien, le Clythra octomaculata, et La Valette Saint-George (3) en a également trouvé chez un autre Chrysomélien, le Phratora vitellinse. On connaît donc jusqu'à présent cinq espèces animales ayant des spermatozoïdes à deux queues.
Les spermatozoïdes du Discoglossus pictus^ Batracien anoure des côtes méditerranéennes, sont les plus longs de tous ceux des Vertébrés ; ils mesurent 2 millimètres de longueur. La tête est en forme de tire-bouchon, et mesure à elle seule 1 millimètre. La queue possède une membrane ondulante. On connaît des spermatozoïdes encore plus longs chez les Invertébrés ; ainsi, d'après Zenker (4), ceux du Cypris ovum mesurent plus de 2 millimètres et ont une longueur trois fois plus grande que celle du corps de l'animal qui les produit. La tète seule du spermatozoïde peut entrer en ce cas dans l'œuf, et encore probablement en partie seulement. D'après quelques observations récentes, la tête paraît être en effet la seule partie fécondante du spermatozoïde.
Les éléments spermatiques des Plagiostomes ressemblent beaucoup à ceux des Passereaux ; ils ont une tète longue et contournée en hélice, Chez les Scyllium ou Roussettes, les tours de spire sont tellement fins et rapprochés les uns des autres que, lorsque les spermatozoïdes sont réunis en faisceaux dans les ampoules testiculaires, chaque faisceau rappelle l'aspect d'un faisceau musculaire strié. Chez d'autres espèces de Squales, telles que le Scyfnnus lichia^ le Squatina vulgaris^ chez les Raies et la Torpille, les tours de spire sont au contraire peu nombreux et allongés et rappellent davantage les filaments spermatiques des Oiseaux chanteurs.
Les spermatozoïdes des Poissons osseux ont une petite tête globu-
(1) DoYÈRB, ifrfmoirc sur les Tardigrades, mAnn, des Scienc, nat,f 2« série, XIV, 1840.
(2) BûTSCHLi, Zeitsch.f. wiss. Zoologie ^ XXI, 1871.
(3) La Valette Saint-George, Archivfûr mikrosk, Anatomie, X, 1874.
(4) Zenker, Archiv f. Naturgeschichte, XX,, 1854.
leuse et une queue extrêmement une, presque invisible sans le secours des réactifs. Chez la Loche d'étang (Cobttis /ossilis), au point où la queue s'insère à la tête, il y a un petit renflement conique, qui est peutêtre le segment moyen.
Torpédo narce; c, i
Fig. 7Î.— aporto»- Fig. T3. — SpennsloioïilM ù
loioïde du Petro- VAmphioxui *, ÛJunenli bub
myïon Pianeri.o, mùrsi s, flliuaenli Miapl*-
tète ; b, eegnnal ieauial déyaloppi)- (D'^i*
mojsn ; e, queue. Langerhani).
Le segment moyen existe d'une manière évidente chez les spermatozoïdes des Cyclostomes ou Lamproies, ou du moins chez une espèce de ce groupe, la Lamproie des ruisseaux [Petromyzon Phnerî], oîi il a été signalé récemment par Calberla {!). Les filaments spermatiques du P. /*/i!inen présentent une certaine ressemblance avec ceui de la Grenouille verte. Gomme chez ceux-ci, la tête est allongée, cylindrique, et présente un segment moyen de forme conoïde, suivi d'une queue assez longue ; il en est de môme chez le Petromyzon fluviatilis; le Petromyzon marinus a, d'après J. Millier, un spermatozoïde dont la tête est ovoïde. On voit encore là un exemple d'espèces animales très-voisines ayant des éléments séminaux différents.
Les spermatozoïdes de VAmphioxus ont été étudiés particulièrement par Kœlliker et, plus récemment, par Langerhans . Kœlliker (2)-
qui les observa le premier, en avril 1843, les décrit et les figure comme formés d'une petite tète ovalaire et d'une queue. D'après Langerhans (1), Kœlliker n'aurait pas observé des formes mûres; celles-ci ne se rencontrent que vers le milieu de mai dans les testicules de YAmphioxus. La tête est devenue alors cordiforme et la queue s'insère au milieu de la base du cœur. Souvent on trouve sur la queue, près de son point d'insertion, un petit globule protoplasmique, qui est un vestige de la cellule dans laquelle le spermatozoïde a pris naissance.
(1) Langbrhans, Archiv f, mikrosk, Anatomie, XII, 1875.