QUATORZIÈME LEÇON
Cicatrisation du follicule de Graaf après rémission de l'œuf. — Formation et évolution des corps jaunes chez la Femme et les femelles des Mammifères. • Corps jaunes de la grossesse et corps jaunes de la menstruation. — Histologie du corps jaune. — Métamorphose régressive des rollicules de Graaf non rompus.
A la description de Tovisac se rattache celle de la production à laquelle prennent part les enveloppes du follicule et qui est connue sous le nom de corps jaune. Un corps jaune n'est autre chose qu'un follicule modifié après s'être rompu et avoir laissé échapper son ovule.
A chaque époque du rut, un nombre variable d'ovules abandonnent l'ovaire ; dans l'espèce humaine, à chaque époque menstruelle, il y a rupture d'un follicule de Graaf; ces follicules se cicatrisent après leur rupture et donnent naissance à des corps jaunes. Cette transformation n'a lieu que chez les Mammifères. Dans l'ovaire des Oiseaux la capsule ovarique disparaît par simple résorption. La cicatrisation particulière qui s'observe chez les Mammifères peut tenir à la grande quantité d'éléments conjonctifs que contient l'ovaire de ces animaux.
Les corps jaunes, ainsi désignés à cause deleurcoloration, sont connus depuis très-longtemps ; ils furent d'abord signalés par Fallope, puis par Volcher Coiter et Sténon ; mais les anatomistes ignoraient leur signification. Régnier de Graaf (1), en 1672, en donna le premier une bonne description et les attribua à une cicatrisation des follicules rompus. De Graaf croyait, en effet, que le germe était une membrane remplie de liquide, qui s'échappait du follicule pour pénétrer dans la trompe; après sa sortie, le follicule se cicatrisait.
C'est Malpighi (2) qui a donné à ces corps le nom qu'ils portent; mais il les regarda comme des organes destinés à sécréter l'œuf et à présider à son expulsion hors de l'ovaire. Pour lui, les corps jaunes étaient une
(1) RÉGNIER DE Graaf, De mulierum organis generationi inset^ientifjus, Lugduui Batav., 1C72.
(2) Malpighi, Opéra omnia^ I, append., Londini. 1C86.
réunion de glandes. HalpigM voyait des glandes daos toutes les parties du corps animal.
Haller (1) se rapprocha beaucoup plus de la vérité que ses prédécesseurs ; il croyait que le corps jaune était produit par un épaississement de la membrane interne du follicule, mais II se trompait en pensant qu'il n'apparaissait qu'au moment de la fécondation.
Pour avoir une description exacte et la véritable signification des corps jaunes, il faut arriver aux travaux de de Baer (1827), Valentin (1833), R. Wagner (1841), Zwicky (1844), Bischoff (1843), Pouchet (1847), Coste (1847), Dalton (1851), Ch. Robin (1861), His (1865), Waldeyer (1870), Slaviansky (1 874) et de Sinéty (1 877).
M. Coste est celui de tous ces auteurs qui a donné la meilleure description macroscopique .des corps jaunes ; il a pu suivre leur évolution et on a donné une histoire complète que nous allons résumer brièvement.
Aussitôt après la rapture du follicule, le liquide qui s'est écoulé est remplacé par une masse liquide exsudée de toutes les parties du follicule et que M. Coste regarde comme étant de la lymphe plastique. Cette lymphe est souvent mêlée à un peu de sang ; mais cette hémorrhagie est accidentelle. Chez quelques animaux cependant, comme chez la Truie, il se produit un écoulement de sang abondant qui remplit toute la cavité du follicule; c'est sur ce fait, comme nous l'avons vu, que Pouchet avait fondé sa théorie relative àl'expulsion de l'ovule.
Le liquide que contient le follicule rompu est filant comme du verre fondu, puis il devient peu à peu plus ferme et prend une certaine consistance. Ce n'est pas aux dépens de cette masse que se forme le corps jaune, mais c'est la tunique interne du follicule qui joue le rôle le plus important dans la production du phénomène de cicatrisation qui se passe dans le follicule. ^- .„ ^ , , .
^ '^ Fig. 59. — CogpeicbénMtiqna
Dès que le liquide folliculaire et 1 ovule se sont d'nn corps j.uii9 récent, o,
échappés, les parois du follicule, jusque-là forte- "reîi'raVog'flbr'liii'duïoi'-
ment distendues, reviennent sur elles-mêmes et ii™ia de Gtasf-.c. touiiiet
se rétractent. La tunique externe, formée d'élé- Z ^X'e^""°lmembLTe
ments fibreux et beaucoup plus élastique, se Bruiiii«u,e;e v.i,8e»upro-
■^ "^ 2 ,, . pra du roUionls da Groif.
rétracte plus que la tunique interne. Celle-ci, épaisse, molle et non rétractile, ne peut suivre le mouvement de retrait delà tunique externe; elle se plisse, se crispe et forme des
(1) Hallbr, Elemmla physiologie corporit Aumoiii, VIII, Benia^, 1768.
replis nombreux, que M, Coste compare à des circonvolutions cérébrales. En même temps qu'elle se plisse, la tunique interne s'hypertrophie ; Pouchet a insisté sur cette hypertrophie et l'attribue avec juste raison à une multiplication des cellules de la couche interne.
Les circonvolutions deviennent de plus en plus épaisses, se rapprochent et se soudent entre elles ; la lymphe plastique, placée au milieu d'elles, finit par disparaître par résorption.
Le corps jaune possède alors un très-grand volume, surtout chez les animaux qui ne produisent qu'un petit à la fois ; chez la Truie cependant, qui donne naissance à plusieurs petits, les corps jaunes sont assez volumineux ; ils font saillie à la surface de l'ovaire, qui prend presque l'aspect d'un ovaire d'Oiseau. Parmi tous les Mammifères, c'est la Femme qui présente les corps jaunes relativement les plus gros ; ils occupent souvent la moitié de l'ovaire, et même plus. M. Coste a rencontré certains corps jaunes si développés, que la portion restante de l'ovaire n'égalait pas le sixième de leur volume.
Dans l'ovaire de la Femme enceinte, il faut un mois pour que la cavité du follicule soit comblée par les circonvolutions de la tunique interne. Cette membrane, d'abord rouge, devient ensuite jaune-citron. La couleur jaune n'existe pas chez tous les animaux. Ainsi, chez la Brebis, la tunique hypertrophiée du follicule est rose ; chez la Vache, jaune orange ; chez la Jument, brun sale ; chez la Lapine, gris jaunâtre.
La coloration jaune a pour siège les cellules de la tunique interne; elle se présente sous forme de petites granulations jaunes autour des noyaux, et de globules disséminés. Pouchet et Raciborski ont attribué cette coloration aux éléments du sang qui est exsudé dans le follicule au moment de sa rupture. Il n'en est rien, car la plupart du temps le sang épanché est en trop petite quantité pour pouvoir donner naissance à la matière colorante.
Suivant de Baer, la transformation de la tunique interne commencerait avant la rupture du follicule ; elle aurait déjà à ce moment une teinte jaunâtre bien qu'étant encore fort mince et sans replis. Spiegelberg(l) a soutenu plus récemment la même opinion, et pense même que la tunique interne s'épaissit et se plisse avant la rupture du follicule ; le contenu de celui-ci serait ainsi comprimé et poussé vers le sommet, ce qui contribuerait à amener la déchirure de la paroi.
Chez la Femme enceinte, le développement du corjis jaune arrive à son apogée du trentième au quarantième jour de la grossesse d'après M. Coste, et reste ensuite stationnaire jusqu'à la fin du troisième mois.
(1) SpieoelberG) Monatss-hrift fur Geburtskunde^ XXVI, 1866.
A cette époque, commence la période de déclin ou de résorption, le corps jaune tend à disparaître en présentant les phénomènes suivants : les circonvolutions de la tunique externe se condensent et constituent une masse compacte ; les nombreux vaisseaux qui pénètrent dans le corps jaune se trouvent comprimés et s'atrophient ; il en résulte une nutrition moins active des éléments anatomiques et au bout d'un certain temps la masse totale est réduite à un noyau jaunâtre, puis à une petite masse fibreuse qui persiste pendant très-longtemps. Le corps jaune n'arrive ordinairement à cet état qu'après la parturition. M. Coste a mesuré le volume du corps jaune aux différentes époques de la grossesse : vers la fin du quatrième mois, il a déjà diminué d'un tiers ; au cinquième mois, de moitié ; du sixième au neuvième mois, le corps jaune n'a plus que le tiers de son volume primitif; enfin quelques jours après l'accouchement, il est réduit à un tubercule de 7 à 8 millimètres de diamètre.
Le corps jaune qui se forme après chaque menstruation, et qu'on appelait autrefois faux corps jaune, par opposition au vrai corps jaune de la grossesse, se forme de la même manière que celui qui s^observe chez la Femme enceinte. Il n'y a donc pas lieu de faire de distinction entre le vrai et le faux corps jaune; tous les deux sont identiques, la durée seule de leur évolution est différente : tandis que le corps jaune de la grossesse met plus de neuf mois à se résorber, celui de la menstruation disparaît au bout de vingt-cinq à trente jours. M. Coste, qui a eu souvent l'occasion d'examiner les corps jaunes de la menstruation sur les ovaires de femmes suicidées, attribue cette différence à l'activité plus grande de l'ovaire pendant la gestation, activité due à la congestion sanguine dont les organes génitaux internes de la Femme sont le siège à cette époque.
Bischoff (1) explique au contraire cette différence d'une façon tout à fait inverse. Suivant lui, pendant la gestation, l'utérus est seul le siège d'un surcroît d'activité nutritive et détourne à son profit les matériaux qui affluaient vers les ovaires. Ceux-ci étant moins bien nourris, sont petits, pâles, peuvasculaires. Leurs fonctions s'arrêtent, comme l'indique la cessation de l'ovulation pendant toute la durée de la gestation. Ces conditions physiologiques sont peu favorables à un travail de résorption, aussi le corps jaune prend-il un grand développement et la résolution ne commence que lorsque, après la parturition, l'ovaire retrouve ses conditions normales de circulation et de nutrition. Dans l'état de vacuité, au contraire, l'action nutritive, un instant
(1) BisCHOPF, Schmidt*i JahrbûchePj 1851.
ralentie dans Tovaire par le fait de la menstruation, s'y manifeste bientôt de nouveau avec son intensité première, le sang y revient, les échanges de matières s'y accomplissent comme auparavant et constituent des conditions favorables à une résorption rapide du corps jaune.
Cette explication de Bischoff n'est pas en accord avec l'observation. Le corps jaune, loin d'être exsangue et mal nourri comme il le suppose, est au contraire très-vasculaire. His y a démontré l'existence de nombreuses lacunes lymphatiques et vascul aires, et les capillaires forment un riche réseau dans toute l'épaisseur de sa substance. Du reste, comment expliquer la prolifération des éléments de la membrane interne par un défaut de nutrition? A vrai dire, nous ignorons la cause véritable de la différence qui existe entre le mode d'évolution des corps jaunes de la grossesse et ceux de la menstruation. Chez les animaux, Bischoff avait constaté depuis longtemps que cette différence est très-peu marquée, et elle est à peu près nulle pour les petits Mammifères.
M. de Sinéty (1) a avancé récemment que l'examen histologique permettait de distinguer les corps jaunes de la grossesse de ceux de la menstruation. Nous parlerons de ses observations lorsque nous aurons étudié la structure histologique de ces corps. Le même auteur a observé que Tétat de gestation amène, en même temps que la production d'un corps jaune dans le follicule rompu, l'atrésie d'autres follicules bien développés renfermant un ovule. M. de Sinéty pense que ces phénomènes sont dus à un état particulier dans lequel se trouvent, nonseulement l'ovaire, mais encore tous les organes de la Femme enceinte.
Nous avons admis jusqu'à présent avec M. Coste que le corps jaune est formé uniquement aux dépens de la tunique interne du follicule . C'est en effet l'opinion de la plupart des histologistes modernes depuis de Baer.
Suivant d'autres auteurs, comme H. Meckel, R. Wagner, Bischoff, Pfluger, le corps jaune serait produit par une prolifération des cellules de la membrane granuleuse ; on sait en effet que, au moment de Is rupture du follicule, une partie de cette membrane est entraînée avec l'ovule et le liquide folliculaire, mais qu'il en reste des lambeaux dans le follicule.
D'autres observateurs, tels que Luschka, Schrôn et Waldeyer, font provenir le corps jaune à la fois de la tunique interne et des restes de membrane granuleuse.
(1) Sinéty, Comptes rendus de VAcad, des sciences^ 6 août 1877.
Je ne citerai que pour mémoire une quatrième hypothèse, émise par les anciens auteurs, Négrier, WarLhon Jones, etc., mais complètement abandonnée aujourd'hui, d'après laquelle le corps jaune serait dû à l'organisation d'un caillot sanguin produit au moment de la rupture du follicule. Parmi les partisans de cette théorie, les uns admettaient que le sang s'épanchait entre les deux membranes de la vésicule ovarienne, les autres, que l'hémoirhagie se faisait dans son intérieur même. Ces auteurs ont été induits en erreur par la couleur du corps jaune ; ils croyaient que la matière colorante jaune provenait du pigment sanguin. Cette opinion, qui a eu pour principal défenseur Henle (1845), a été abandonnée depuis les travaux de Zwicky, qui montra que l'hémorrhagie intra-foliiculaire ne jouait aucun rôle dans la formation du corps jaune, et que celui-ci était dû tout entier à un accroissement de la membrane interne.
Après avoir étudié la conformation macroscopique des corps jaunes, il nous reste à voir quelle est leur structure hiatologique
Si l'on fait une coupe à travers un corps) jaune volumineux et bien développé, de la Vache par exemple on y remarque une disposition rayonnée. La masse jaune forme des cônes ou des pyra mides, dont les bases sont confondues à la périphérie du follicule, et dont les som mets aboutissent au centre du corps jaune. Ces masses pyramidales ne sont autre chose que les circonvolu lions de la tunique interne hypertrophiée ; elles sont
séparées les unes des au- pig. 60.-Sectionlrai..ï8r»1edoloï«irBd6l»VMh9.a,ootp. très par des espèces de J^netéoem; *,.on noï.uflb«u.; c.Wb«< =orp»i.OM; , . f., d, ïBnaeïui iymplwliquM injeclés ; e, Btroms du hUe ren-
cloiSOnS fibreuses, prOlOn- tarm.ntdaiiombrBn.Bila™iieaMpill»irM ;;',/■./, tollioiileB
gements de la tunique ex- 'i»<5'"ft^''P''*'Hii).
terne et d'un noyau fibreux occupant le centre du follicule.
Les prolongements fibreux contiennent, comme l'ont montré surtout les belles injections de His, un grand nombre de sinus lymphatiques et de vaisseaux sanguins, artères et veines, qui viennent s'aboucher avec ceux de la tunique externe du follicule, et dont les ramifications forment un réseau très-riche dans l'intérieur des masses jaunes. Le corps jaune est en effet une des parties les plus vasculaires de l'organisme.
Entre les mailles de cette charpeDte fibreuse très-développée, on trouve deux sortes d'éléments cellulaires: des cellules fusiformes et des ^ -^J-^ ^^ , cellules plus grandes. Les cellules fusiformes
1 j ressemblent à celles du stroma de l'ovaire,
^ ^ mais elles sont plus gonflées, plus épaisses et
plus molles ; elles renferment un noyau elliptique. Les grandes cellules, déjà connues de Schwann, ont été bien étudiées par Zwicky, par M. Robin ()} et plus récemment par His (2).
foiikuia bien déteEoppé de lu *ï- Robin les a désignées sous le nom de cel- IV'T-su™ .^""cdiai^!'"»,' fo " ^"'''^^ ^^ i'oariule (3) ; elles sont allongées, po- °Zl', ''Tpiiis'i™ rrecHuio t lygonales, et s'étirent à leurs extrémités en dam noyaux. filameuts plus OU moius nombreux ; leurs con-
tours entre les prolongements sont représentés par une ligne courbe. His a supposé que les prolongements de ces cellules forment un réseau qui les réunit entre elles, et les relient aux vaisseaux sanguins. D'après ^ le môme observateur, le grand axe des grandes cellules
serait dirigé dans le sens des secteurs de substance jaune ; je n'ai pu vérifler l'existence de cette disposition. Les grandes cellules possèdent un noyau et un nucléole, et on en rencontre qui ont
:> (d-aprÈi 1
deux noyaux, ce qui prouve qu'elles sont en voie de division.
Les cellules de l'oariule renferment la matière colorante jaune ; celle-ci se présente sous la forme de granulations moléculaires trÈsflnes, placées autour du noyau de la cellule . Au moment de la résorption du corps jaune, on trouve parmi ces granulations moléculaires, au milieu du protoplasraa de la cellule, de petits globules, de volume variable, contenant une substance huileuse, de couleur également jaune. L'étber et le chloroforme dissolvent les globules huileux et enlèvent leur coloration aux granulations moléculaires, mais celles-ci persistent décolorées autour du noyau ; il semble donc qu'elles soient comme imprégnées par la matière colorante.
(1) Robin, Mém. de l'Acad. de médecine, 1861. (1) His, Archiv f. mikrogk. Analoiaie, I. 1B65. (3j De Âxficui ovule, cùX«, cicalrice.
Les grandes cellules se multiplient par division ; M. Robin admet aussi qu'elles prennent naissance par formation libre. Au milieu de la substance granuleuse qui sépare les cellules, des noyaux apparaîtraient qui s'entoureraient d'une petite masse de protoplasma et constitueraient de nouvelles cellules. M. Robin est le seul observateur qui ait signalé ce fait.
His a très-bien étudié et décrit les rapports des cellules fusiformes et des grandes cellules. Il a vu que les cellules fusiformes accompagnent les vaisseaux et constituent comme une tunique adventive aux capillaires ; elles sont tantôt rangées en cordons irréguliers, tantôt elles forment une couche qui entoure complètement les vaisseaux ; les cellules sont séparées les unes des autres par une substance amorphe claire. Le réseau formé par les capillaires et les cellules fusiformes est très-serré ; une ou deux grandes cellules suffisent pour en remplir chaque maille.
On voit, d'après la description que nous venons de donner, que le tissu qui constitue la masse principale du corps jaune a la même structure que la membrane interne du follicule .
Quant au noyau central du corps jaune, qui envoie des cloisons fibreuses dans la tunique interne hypertrophiée, M. Goste le faisait provenir de la lymphe plastique épanchée dans le follicule. Suivant Pouchet, ce noyau serait le résidu du caillot sanguin qu'il supposait se former toujours au moment de la rupture du follicule. M. Robin attribue l'origine du même noyau à un produit de sécrétion épaissi.
Pour His, la masse centrale du follicule aurait une tout autre origine, et serait formée aux dépens de la tunique interne du follicule. Sur une coupe d'un follicule en voie de cicatrisation, dont la cavité existe encoro, on voit en effet que ce sont les cellules les plus rapprochées de la surface interne qui sont le plus en. voie de prolifération ; c'est dans cette région que se trouvent les éléments les plus jeunes, qui ressemblent beaucoup aux cellules du tissu adénoïde. D'après His, ce seraient ces cellules embryonnaires qui se transformeraient plus tard, après la disparition de la cavité folliculaire, en éléments fibreux et constitueraient le noyau central.
M. de Sinéty pense aussi que le noyau fibreux est le résultat d'une néo-formation conjonctive ; mais il ne dit pas de quelle manière ce tissu conjonctif prend naissance (1).
M. Coste avait bien remarqué qu'il reste dans le follicule, après sa rupture et l'émission de Fœuf , des fragments de la membrane granuleuse, mais il ne faisait jouer aucun rôle à ces fragments dans la forma-
(1) De Sinéty, Comptes rendus de VAcad, des sciences, LXXXV, 1877.
tion du corps jaune. Waldeyer, au contraire, pense que la membrane granuleuse et la tunique interne du follicule prennent une part égale à la formation du corps jaune. Après la rupture du follicule, ces parties présentent bientôt des phénomènes que Waldeyer compare à ceux qui se passent à la surface des muqueuses enflammées : prolifération active des cellules épithéliales, bientôt suivie de leur dégénérescence granuleuse; émigration en masse de globules à travers la paroi des vaisseaux du follicule ; bourgeonnement de ces vaisseaux au milieu de la masse çellulo-granuleuse ; dans la dernière période du processus, résorption graduelle de cette masse, et développement de tissu conjonctif fibreux qui oblitère la cavité du follicule. Tels sont, d'après Waldeyer, les phénomènes qui caractérisent l'évolution du corps jaune et amènent la cicatrisation du follicule rompu (1).
Dans un travail plus récent, Waldeyer (2) considère les cellules du corps jaune comme appartenant au groupe de cellules de tissu conjonctif qu'il désigne sous le nom de cellules plasmiques [Plasmazellen], Ce sont des cellules rondes et volumineuses, riches en protoplasma. Elles se caractérisent en outre par leur tendance à naître sur le trajet des vaisseaux et à se remplir de granulations graisseuses. A ce groupe de cellules appartiennent aussi, suivant Waldeyer, les cellules des capsules surrénales, celles de la glande carotidienne, de la caduque sérotine, les cellules interstitielles du testicule, etc.
Nous avons vu qu'à un certain moment le corps jaune devient le siège d'une métamorphose régressive. Pour His (3), la cause de cette régression serait dans une modification graduelle qui se passe du côté des vaisseaux au moment où l'afflux sanguin diminue dans le corps jaune, c'està-dire vers la fin de la gestation et surtout après la parturition. Les artères, recevant moins de sang, reviennent, sur elles-mêmes, se contractent, leurs parois s'épaississent, leur calibre diminue et se réduit quelquefois au dixième du diamètre primitif. L'ischémie artérielle entraîne la stase du sang dans le réseau capillaire et dans les veines. Cette stagnation du sang détermine l'atrophie des cellules parenchymateuses et la production d'une matière pigmentaire brune caractéristique des vieux corps jaunes. Le pigment se dépose dans le sens des prolongements fibreux du noyau central, c'est-à-dire suivant le trajet des troncs vasculaires, et principalement des veines. Il est renfermé dans de petites cellules allongées, placées à la surface des veines et rangées
(1) Waldeyer, Eier stock undEi, 4870.
(2) Waldeyer, Ârchiv f. mikrosk. Anat,^ XI, 1874.
(3) His, Archiv f, mikrosk» Anat, 1, 1865.
aous forme d'un cordon ou d'une gaine complète autour de la veine. Cette matière colorante renferme quelquefois des cristaux d'hématoïdine. Quelques auteurs croyaient que c'était la matière colorante même du corps jaune, mais le parenchj-me est précisément la partie qui renferme le moins de ce pigment brun dont nous parlons, tandis
qu'on le rencontre surtout dans les cloisons fibreuses traversées par les gros troncs veineux qui séparent les circonvolutions les unes des autres. Il est donc plus naturel de le considérer avec His comme de la matière colorante du sang transsudé à travers la paroi des veines renfermant du sang en stagnation.
A une phase plus avancée de la métamorphose régressive, le pigment est résorbé, et le corps jaune se présente alors sous la forme d'une petite masse fibreuse, blanchâtre ou jaunâtre, que les anciens auteurs décrivaient sous le nom de corpus albidum . Le corps jaune persiste assez longtemps dans cet état; on le retrouve encore plusieurs semaines après !a menstruation, lorsqu'il est d'origine menstruelle, et plusieurs mois après l'accouchement, quand c'est un corps jaune
Les follicules de Graaf, rompus au moment de la menstruation, chez la Femme, ou du rut, chez les anùnaux, ne sont pas les seuls qui disparaissent dans l'ovaire ; il y a aussi des follicules développés qui avortent. Ce fait a été signalé chez le nouveau-né ou chez l'enfant par Henle (1), Slaviansky (2), M. de Sinéty (3); chez la Femme adulte par
(1) Henle, Handbueh def Emgeweidetehre, i' édit., 187ï.
(2) Slaviaksky, Virchow't Ai-chiv, Lî, 1870.
(3) De SmÈrt, Archives de phffsiologie, i' aérlc, 11,1875.
Reinhardt, Grohe, His (1) et Slaviansky (2). Pfltiger (3) a observé le même phénomène chezla Chatte, et M. de Sinéty chez divers animaux (Chienne, Chatte, Cochon d'Inde). Dans l'ovaire de la Femme, Henle a constaté l'existence de vésicules formées par une membrane plissée, trèssinueuse et brillante, qui limite un espace rempli d'un tissu fibreux particulier. Henle considère ces vésicules comme des follicules atrophiés avant d'avoir acquis leur maturité, mais la membrane plissée est restée une énigme pour lui ; il ne la croit pas formée par le chorion (zone pellucide) de l'ovule.
His a observé de semblables productions chez la Vache, la Brebis et la Femme. Dans l'ovaire d'une Femme morte deux jours après l'accouchement, il a vu des follicules de i centimètre de diamètre, dont les membranes étaient dépourvues de vaisseaux et renfermaient une grande quantité de pigment noirâtre. Les vaisseaux étaient oblitérés, et His en conclut que la régression des follicules avant leur maturité est due à des troubles vasculaires.
Suivant Slaviansky, il se produirait toujours, aussi bien au moment des règles que pendant l'époque intermenstruelle, un développement et une maturation de follicules de Graaf . Le plus souvent, ces follicules disparaîtraient, avant leur rupture, par atrésie, c'est-à-dire par oblitération. Cet auteur, ayant observé des follicules atrésiés dans des ovaires de Femmes mortes à la suite de maladies aiguës, crut avoir affaire à un phénomène pathologique ; plus tard, il retrouva les mêmes productions dans des ovaires de Femmes mortes en bonne santé, et il en conclut que c'était là un fait constant et normal.
Les follicules atrésiés se montrent sur des coupes comme des taches grisâtres irrégulières. Slaviansky a suivi leur mode d'évolution; il a vu les cellules épithéliales devenir le siège d'une dégénérescence granuleuse, qui envahit ensuite les parois du follicule. Les vaisseaux disparaissent, s'atrophient, et dans la masse granuleuse qui remplit le follicule apparaissent de nouvelles cellules, que Slaviansky croit provenir du stroma de l'ovaire. Dans la cavité du follicule, c'est un tissu muqueux qui s'organise ; dans la paroi, c'est un tissu réticulé : les éléments de ce tissu réticulé se condensent et prennent l'aspect des éléments du tissu conjonctif sclérosé.
Si nous comparons maintenant la manière dont se cicatrise normalement le follicule de Graaf à la manière dont disparaît le follicule atrésié,
(1) His, Archiv f. mikrosk, Ânat., I, 1865,
(2) Slaviansky, Archives de physiologie y 2« série, I, 1874,
(3) Pflûger, Ueber die Eierstœcke der Sœugethiere xmd des Menschen, 1863,
noua voyons que dans les deux cas il y a formation de tissu conjonclif dans la cavité du follicule. Dans le corps jaune, c'est la tunique interne hypertrophiée qui forme la niasse principale qui oblilôre le follicule ; dans le follicule atrésié, au contraire, c'est le tissu conjonctif développé dans sa cavité qui à lui seul produit l'oblitération.
Eïiste-t-il une différence dans l'atrésie des follicules chez la Femme enceinte et chez la Femme à l'état de vacuité? M. de Sinéty (1) en admet une d'après lui, les follicules atrésiés chez la Femme enceinte, ont un aspect tout spécial, La cavité s'oblitère peu à peu par la formation de tissu muqueu\ comme chez la Femme à l'état de va / cuite ; mais la zone de tissu réticulé de " la paroi subit une hypertrophie d autant plus considérable que la groa^e se est plus avancée. C'est donc cette hyper trophie graduelle des tissus et des éle ments constituant la membrane propre du follicule, qui caractériserait aus*!!
bien le corps jaune que le follicule atrésié pendant la grossesse et les différencierait de ces mômes produits a l'état de vacuité,
La formation de corps jaunes ne s'observe que chez les Mammifères ^ chez les Ovipares, la capsule ovarique i»
s'atrophie après la chute de l'œuf mais on ne sait pas encore bien comment se "' fait cette disparition dans l*o^alre des Oiseaux. D'après la plupart des auteurs
rupture et l'émission de l'œuf, se rétracterait par suite de élasticité; ses parois se rapprocheraient et se souderaient comme par première intention, et la masse ainsi formée rentrerait peu à peu dans le tissu de l'ovaire.
Waldeyer (2} pense que le processus de cicatrisation n'est pas aussi simple; il admet que les cellules épithéliales, restées dans le follicule, prolifèrent, puis subissent une dégénérescence granuleuse ; que la tunique interne bourgeonne, et qu'il se forme ainsi une sorte de
(1) De Sinétï, CompUs rendus de l'Acad. des sciences, LXXXV, J877. (î) WAI.DBYER, Eierstock und Ei, 1B70.
(Dap SI k )
capsule ovarique après sa
corps jaune mdimentaîre, lequel s'atrophie ensuite peu à peu, comme chez les Mammifères.
Nous ignorons complètement de quelle manière les capsules ovariques disparaissent chez les autre^ Ovipares; cette étude reste tout entière à faire .
Avec la description du corps jaune nous terminons Tétude deTovaire et de Télément femelle de la génération ou Tceuf, chez les Vertébrés. Dans les leçons suivantes, nous nous occuperons de l'organe générateur mâle ou du testicule, de sa structure, de son mode de développement et de la manière dont naissent dans son intérieur les éléments essentiels de la reproduction chez le mâle, ouïes spermatozoïdes.