VINGT-DEUXIÈME LEÇON
Spermatogenèse chez les Mammifères. — Historique : travaux de Kœlliker, de Henle, de Merkel, de von Ebner, de Neumann et de Sertoli. — Eléments des canalicules séminifères du testicule chez Tembryon et les jeunes animaux. -* Cellules épithéliales et ovules primordiaux.
Il ne nous reste plus, pour tennîner Thistoire de la sécrétion spermatîque chez les Vertébrés, qu'à passer en revue les principaux travaux qui ont été faits sur cette question chez les Mammifères, et à exposer les résultats de quelques recherches personnelles que j'ai entreprises à ce sujet.
Les premières observations dont nous ayons à nous occuper sont dues à Kœlliker. Dans son mémoire -de 1846, Kœlliker admettait tout d'abord, comme nous l'avons déjà dit en étudiant la spermatogenèse en général, que le spermatozoïde prenait naissance dans l'intérieur d'un noyau de cellule, par formation endogène. Plus tard, en 1856, Kœlliker modifia sa manière de voir et fit provenir le spermatozoïde de la transformation du noyau tout entier. Cette théorie est encore soutenue dans ses Eléments d'histologie humaine^ dont la seconde traduction française a paru en 1868. Il décrit, dans les canalicules spermatiques de l'Homme, une rangée de cellules polygonales d'apparence épithéliale placée contre la paroi . Ces cellules sont le siège d'une prolifération active, par suite de laquelle elles donnent naissance à de nombreuses générations de cellules filles qui sont de plus en plus repoussées par les nouvelles générations naissantes vers Taxe du canalicule. Les éléments les plus intérieurs sont les uns de petites cellules à un^seul noyau, d'autres des cellules plus volumineuses à deux ou cinq noyaux, et enfin de grandes vésicules, ou vésicules séminifères, contenant jusqu'à dix et vingt noyaux. Tous ces éléments sont les véritables lieux de formation des corpuscules de la semence ; h l'époque de la puberté, on les trouve à toutes les périodes de leur transformation en filaments spermatiques. Il résulte de cette distribution des éléments formateurs de la semence dans un même canalicule, que les phases de développement se suivent, d'après Kœlliker, de la périphérie vers le centre ou l'axe du canalicule.
Henle avait remarqué, dès 1866 (1), un autre mode d'agencement des éléments intérieurs des canalicules séminifères chez THomme. Il constata que les cellules du canalicule ne sont pas disposées irrégulièrement, mais qu'elles forment des séries régulières dirigées suivant les rayons du conduit. Il a vu, de plus, que les spermatozoïdes ne se rencontrent pas seulement au centre du canalicule, mais qu'il y en a aussi dans les couches périphériques, en contact avec la paroi, et qu'ils forment des faisceaux dirigés transversalement ; la formation des spermatozoïdes se ferait donc sur place et non en s'avançant par un processus centripète vers l'axe du canalicule. De plus, Henle, admettant que la tète du spermatozoïde provient du noyau, attribue la production de la queue au protoplasma de la cellule.
Kœlliker a fait, depuis son mémoire de 1856, de nouvelles observations sur la manière dont le spermatozoïde se développe par transformation du noyau. On les trouve consignées dans la dernière édition de son Handbuch der Gewebelehre^ 1867. Il a vu, chez le Taureau, que le noyau, en se développant, s'allonge d'abord à un de ses pôles en un tube délicat, qui se perfore ensuite d'une ouverture à son extrémité. Le filament caudal est une excroissance du contenu nucléaire, laquelle se montre dans l'intérieur du tube en question sous la forme d'un corpuscule conique, d'où naît ensuite le filament. La tête du spermatozoïde est alors coiffée par la membrane du noyau; plus tard, celle-ci et son appendice en forme de tube se détruisent et le spermatozoïde se présente sous sa forme ordinaire.
En 1864, Sertoli(2), en pratiquant des coupes sur des testicules durcis par le sublimé corrosif, et en dissociant les éléments dans l'eau, découvrit des éléments qui n'avaient pas encore été décrits avant lui. Outre les grandes cellules arrondies que nous connaissons, il vit des cellules allongées qui se terminent, vers la paroi des canalicules, par une base élargie, épatée, et dontl'extrémitéinterne, dirigée vers Taxe du canalicule, est irrégulièrement divisée en ramifications ou lacérations plus ou moins nombreuses. Ces cellules peuvent s'anastomoser avec des cellules semblables par leurs ramifications et former un réseau dont les mailles renferment de grandes cellules. Sertoli a vu aussi ces éléments ramifiés flotter dans le liquide de ses préparations, mais il ne s'est pas rendu compte de ce qu'elles peuvent représenter; il pensa qu'elles ne prennent aucune part à la formation des spermatozoïdes, et les appela simplement, d'après leur forme, cellule ramificate.
(1) Henle, Handbuch der Eingeweidelehre, 186(». (i) Sertoli, // Atorgagni, 1864.
Merkel (1), en 1871, retrouva les cellules ramifiées de Sertoli sur des coupes du testicule durci de rHomme. Il les représente comme formant, dans les canalicules, une sorte de charpente qui donne à ces dernières une structure d'apparence réticulée. Entre elles, ces cellules laissent des espaces dans lesquels on trouve les grandes cellules rondes. Merkel compare ces cellules ramifiées au tissu conjonctif des glandes lymphatiques et leur donne nom de cellules de soutien {Stûtzzellen).
Pour Mihalkovics (2), les cellules ramifiées de Sertoli et les cellules de soutien de Merkel ne proviendraient que de la coagulation du liquide albumineux interposé entre les cellules rondes, coagulation résultant de Faction des réactifs durcissants. Mihalcovics commet une erreur en niant Texistence de ces éléments, car ils répondent à une disposition réelle. Les réactifs durcissants produisent bien une coagulation granuleuse du liquide des canalicules, mais il est impossible de confondre cette production artificielle avec les cellules ramifiées.
Tel était Tétat de nos connaissances sur la structure intérieure des canalicules séminifères, lorsque, en 1871, V. von Ebner (3) fit paraître un important travail qui jeta un jour tout nouveau sur le mode d'origine des spermatozoïdes. Von Ebner choisit pour objet de ses recherches le Rat, qui avait déjà été recommandé par R. de Graaf pour l'étude de la structure du testicule. Les canalicules séminifères du Rat sont, en efi'et, très gros, car ils mesurent jusqu'à 0'"",40 de diamètre. En outre, par leur grande taille et la forme caractéristique de leur tête (recourbée en crochet ou en hameçon), les spermatozoïdes sont bien visibles et ne peuvent être confondus avec d'autres éléments, tels que des noyaux de cellule par exemple.
Ebner a fait durcir les testicules dans la liqueur de MQller pendant plusieurs semaines et môme plusieurs mois ; puis dans l'alcool absolu, pendant vingt-quatre heures . Pour empêcher les éléments des canalicules, sans connexion entre eux, de tomber hors de la coupe , il a imprégné les pièces d'un mélange de cire fondue et d'huile. Puis, après avoir pratiqué des coupes, il les colora par l'hématoxyline et les observa dans la glycérine.
Suivant Ebner, la couche en rapport avec la paroi du canalicule n'est pas unépithélium véritable et régulier; elle est constituée par une substance protoplasmique réticulée, dans laquelle sont plongés deux sortes d'éléments, des noyaux et des globules granuleux. Ebner donne à
(1) Merkel, Archiv f, AnaU und Physiologie, 1871.
(2) Mihalcovics, BericAfe d, math. — phys. Classe d. K. Sœchs. Ges. di Wiss,, 1873.
(3) V. VON Ebner, Reliefs Untersuchungen aus dem physioL Institute in Graz, 2. Heft,
celle couche le nom de réseau germinatif [Keimnetz), Le bord interne du réseau germinatif est irrégulier, comme dentelé ; il s'en détache des prolongements qui s'avancent vers le centre du canalicule et se divisent à leur extrémité interne en digitations ou lobes, ordinairement au nombre de huit à douze. Ebner appelle spermatoblastes ces prolongements lobés ; ils représentent les cellules ramifiées de Sertoli, les cellules de soutien de Merkel. Dans chaque lobe du spermatoblaste se forme un spermatozoïde. On voit que le nom de spermatoblaste a été appliqué à des productions très-différentes. Pour Neumann, en effet, le spermatoblaste est une cellule, dont le protoplasma se divise en un faisceau de spermatozoïdes (Grenouille) ; pour Semper, c'est une cellule renfermant un grand nombre de noyaux (Plagiostomes) ; enfin Ebner désigne ainsi de simples prolongements protoplasmiques de la couche périphérique des canalicules (Rat).
Ebner décrit ainsi qu'il suit, le développement du spermatoblaste en spermatozoïde. On voit d'abord apparaître dans chaque digitation un globule brillant et arrondi, provenant d'une condensation du protoplasma, c'est l'ébauche de la tête. Puis le globule prend la forme d'un petit clou, et bientôt celle d'un petit crochet ; on reconnaît alors la tête en hameçon du spermatozoïde du Rat. A l'extrémité libre du lobe on voit ensuite pousser un filament qui sera la queue. Quant au segment moyen, il se forme dans l'intérieur du spermatoblaste, qui disparaît peu à peu en laissant ses débris autour de la partie moyenne du spermatozoïde. Bientôt le pédicule qui portait les spermatoblastes s'atrophie et les spermatozoïdes deviennent libres. Pendant ce temps, d'autres spermatoblastes se forment aux dépens du réseau germinatif, et repoussent les spermatozoïdes mûrs vers le centre du canalicule.
Quant aux globules granuleux contenus, outre les noyaux, dans la couche germinative, Ebner explique de la manière suivante leur origine et leurs transformations. Ces globules sont des éléments blancs du sang qui du dehors ont pénétré à travers les parois des canalicules jusque dans la couche germinative. Bientôt ils apparaissent dans l'intérieur des tubes séminifères ; là ils grossissent, perdent leur aspect granuleux et deviennent le siège d'une prolifération active. Les cellules filles de plus en plus petites qui en proviennent se transforment en globules albumineux et ceux-ci se dissolvent pour former la partie liquide du sperme, à laquelle Ebner attribue pour fonction de nourrir les spermatozoïdes. La prolifération de ces cellules se produit en même temps que la maturation des spermatozoïdes.
En résumé, d'après Ebner, il se passe dans le canalicule spermatique deux séries de phénomènes : 1° une végétation de la couche germina-
tive vers Tintérieur du canalicule et une production de spermatozoïdes aux dépens de cette couche ; 2° une immigration de globules blancs du sang dans la couche germinative, leur multiplication dans le canalicule et leur transformation ultime en liquide albumineux.
Nous pouvons le dire dès à présent, autant la première partie des observations d'Ebner est exacte et a réalisé un grand progrès dans l'étude de la spermatogenèse, autant ses conclusions, quant aux cellules de la couche germinative, sont erronées. Ces cellules ne sont pas des globules blancs ; elles ont une tout autre signification et une tout autre origine, comme nous le verrons bientôt.
Neumann (1), en 1875, a étudié aussi le testicule du Rat et est arrivé à des résultats dont les uns concordent avec ceux d'Ebner, tandis que d'autres en diffèrent totalement. Pour Neumann, la couche périphérique du canalicule n'est pas formée par une substance réticulée, mais bien par une couche de cellules très-régulières, un épithélium véritable et continu. Les cellules ont cependant une structure particulière qui a induit Ebner en erreur : leur protoplasma est amassé au centre autour du noyau et présente une apparence étoilée. Entre les prolongements rayonnants du protoplasma s'étend une mince couche de substance cellulaire ; la forme des cellules elles-mêmes est très régulière, hexagonale, et leurs parties amincies sont produites par la pression exercée par les cellules rondes placées au-dessus.
Du milieu épaissi de chaque cellule épithéliale s'élève un prolongement protoplasmique qui s'avance vers le centre du canalicule . Ces prolongements correspondent aux spermatoblastes de von Ebner, et Neumann leur conserve ce nom. Ils ressemblent à des colonnes élancées ^ reposant, par une base élargie, sur les cellules épîthéliales. La partie qui représente le fût de la colonne n'est pas régulièrement cylindrique; mais présente des dépressions concaves séparées les unes des autres par des saillies en forme de pointes ou d'épines. Ces dépressions sont formées par les empreintes des cellules rondes placées dans les intervalles des spermatoblastes. Enfin à leur extrémité centrale, tournée vers l'axe du canal, ceux-ci sont divisés en lobes claviformes plus ou moins nonabreux.
C'est dans l'intérieur de ces lobes que, suivant Neumann, se forment les spermatozoïdes. Il se produit d'abord, à la base de chaque lobe, une condensation nucléiforme du protoplasma, qui prend successivement la forme d'un globule réfringent, puis celle d'un clou et enfin d'un crochet, qui est celle de la tête du spermatozoïde mûr du Rat. De l'ex-
(1) Neumann, Archiv f. mikroskop, Ânatomie, XI, 1875.
trémité du lobe ncdt le filament caudal , tandis que le segment moyen se produit dans son intérieur.
Quant aux cellules rondes placées dans les intervalles des spermatoblastes, Neumann repousse Thypothèse de von Ebner, qui en fait des leucocytes immigrés de Textérieiu'. Il pense que ce sont des lobes détachés des spermatoblastes et qui continuent à évoluer en spermatozoïdes, à peu près comme des fruits tombés de l'arbre achèvent de mûrir au pied de celui-ci. Par cette explication, Neumann croit pouvoir concilier Tancienne opinion qui plaçait dans les grandes cellules rondes des canalicules le siège de la formation des spermatozoïdes et la manière de voir nouvelle qui fait des spermatoblastes le lieu de leur production.
Le travail le plus récent sur la spermatogenèse des Mammifères est un nouveau mémoire de Sertoli, publié en 1877-1878 (1). C'est encore le Rat qui a servi aux observations de Sertoli.
Les canalicules séminifères renferment, d'après cet auteur, deux sortes de cellules distinctes au point de vue de leurs fonctions et de leurs formes . Les unes sont des cellules fixes^ qui persistent pendant toute la vie, soumises seulement, comme tous les autres éléments des tissus, à la rénovation organique générale ; les autres sont en voie de transformation continuelle : ce sont les cellules mobiles. Les cellules fixes ne sont autre chose que les cellules ramifiées [cellule ramificate)^ que Sertoli a découvertes en 1864. Il regarde aujourd'hui ces cellules comme constituant l'épithéliumducanalicule. Ces cellules fixes, cylindriques ou cylindro-coniques, envoient un prolongement vers le centre du canalicule et forment les spermatoblastes d'Ebner.
Les cellules fixes s'appuient par une base élargie sur la paroi du canalicule, tandis que leur extrémité libre, centrale, limite la lumière de ce même canalicule. Leur disposition est celle des cellules d'un épithélium cylindrique ; cependant elles ne se touchent que par leur extrémité périphérique ou basilaire, plus large, et laissent entre leurs corps des espaces libres que remplissent les cellules mobiles. Chacune de ces cellules épithéliales renferme à sa base un noyau assez gros, entouré de granulations graisseuses dont la présence n'est pas constante, car elles disparaissent lorsque les spermatozoïdes sont en voie de développement.
Les cellules fixes n'ont pas d'enveloppe, ni sous forme de membrane, ni sous forme de protoplasma condensé. Leur protoplasma est très-mou et très-visqueux, ce qui fait qu'elles retiennent facilement à leur surface les éléments (cellules et spermatozoïdes) qui les entourent dans
(1) Sbrtou, Archivioper lescimxe medichef II, 1877-1878.
les canalicules. Cette adhérence est surtout très-forte sur les coupes de testicules durcis. Sertoli pense qu'elle est tout artificielle et due au durcissement du protoplasraa, tandis que normalement les spermatozoïdes sont simplement accolés aux cellules fixes.
Le corps ou prolongement des cellules épithéliales présente des dépressions concaves qui ne sont pas préformées et destinées à loger les cellules rondes, comme le suppose Merkel, mais que Sertoli considère comme des empreintes produites, sur les pièces durcies, par la pression des cellules rondes sur la substance molle des cellules épithéliales. C'est un artifice de préparation analogue qui produit l'aspect ramifié de l'extrémité centrale des cellules fixes. Le durcissement du testicule par les réactifs a pour efTet de presser contre cette extrémité les éléments cellulaires, c'est-à-dire les cellules séminales à leurs divers degrés de développement qui se trouvent en contact avec elle, et de les faire pénétrer plus ou moins dans le protoplasma mou qui la compose. Lorsque ces cellules sont tombées par l'action de l'instrument tranchant, il reste les cavités ou niches qui les logeaient, et que séparent les unes des autres des cloisons simulant des ramifications de l'extrémité centrale de la cellule épithéliale. Comme preuve de* la production artificielle de ces ramifications, Sertoli cite ce fait que, lorsqu'on isole les cellules par dilacération du tissu testiculaire frais, par conséquent dans des conditions où elles n'ont à subir aucune pression de la part des éléments ambiants, elles se présentent avec une forme cylindrique parfaitement régulière et une extrémité centrale lisse et arrondie.
La seconde espèce de cellules que Sertoli décrit dans les canalicules séminîfères, les cellules mobiles ^ ne sont que les cellules rondes ou séminales des autres auteurs. On peut distinguer, d'après cet observateur, trois formes provenant de la transformation de ces cellules : des cellules germinatives^ des cellules séminîfères et des nématoblastes (1).
Les cellules germinatives sont toujours placées à la périphérie du canalicule, entre la tunique propre et les cellules épithéliales. Elles présentent un noyau clair contenant des granulations. Leur forme est aplatie et étoilée ; elles s'anastomosent par leurs prolongements et constituent un réseau. Les cellules fixes sont enchâssées dans les mailles de ce réseau, de sorte qu'elles ne se touchent pas par leur base. Mais ces cellules fixes étant plus grandes que les cellules germinatives, elles envoient un prolongement latéral au-dessus de ces dernières ; ces prolongements
(1) Sertoli a donné le nom de nématoblastes à ces éléments^ parce qu'il admet que c'est dans leur intérieur que prennent naissance les corpuscules séminaux, désignés par les anatomistes italiens sous le nom de nemaspermi.
s'unissent à ceux des cellules voisines de manière à former une sorte de voûte au-dessus de chaque cellule germinative. Les cellules fixes ne sont donc en contact avec la paroi du canalicule que par leur centre, et ne se touchent que par leurs bords au-dessus des cellules germinatives. Les prolongements de ces dernières cellules suivent le contour des cellules épithéliales.
Les cellules germinatives se multiplient par voie de division et deviennent de plus en plus petites. Elles passent alors au deuxième stade de leur développement et se présentent comme de petites cellules rondes, à grand noyau et peu de protoplasma, disposées par rangées en chapelets de trois ou quatre autour des bases des cellules épithéliales, qu'elles entourent comme d'une sorte de réseau incomplet, à mailles communiquant les unes avec les autres. Elles sont toujours placées au contact de la tunique propre, en dehors des cellules épithéliales, mais de leurs bords seulement, lesquels se rejoignent au-dessous d'elles, c'est-à-dire vers le centre du canalicule. Après avoir subi toutes ces transformations, les cellules germinatives abandonnent la membrane propre, traversent les cellules épithéliales et apparaissent à l'intérieur du canalicule, entre les bases ou extrémités périphériques de ces cellules. Elles sont alors devenues des cellules séminifères, qui, à la suite de nouvelles transformations, vont produire les spermatozoïdes. Pendant ce temps, d'autres cellules germinatives apparaissent à la face interne de la membrane du tube séminifère, et s'y disposent en une nouvelle couche de cellules anastomosées en réseau destinée à remplacer celle qui a disparu.
Sertoli n'a rien pu découvrir de certain touchant l'origine des cellules germinatives. Entre les cellules lamelleuses qui composent la paroi des canalicules, il "a aperçu seulement des éléments formés de petites masses protoplasmiques, à contours indistincts, comme efTacés. Ces masses renferment un noyau granuleux et envoient des prolongements délicats entre les lamelles de la paroi. Sont-elles destinées à la régénération des cellules germinatives ou bien à la formation de la membrane propre? C'est ce que Sertoli n'a pu élucider.
Les cellules séminifères sont formées par les cellules germinatives après que celles-ci ont traversé l'épithélium. Sertoli y distingue trois stades de développement. Dans un premier stade, ce sont des cellules rondes, formées d'une mince couche de protoplasma entourant un noyau volumineux, mais peu distinct. Elles sont alors placées à la périphérie du canalicule entre les cellules épithéliales, dont les bases les séparent de la membrane propre. Dans leur deuxième stade, ces cellules ont grossi sans se multiplier, leur noyau a encore augmenté de volume et
leur protoplasma est devenu plus abondant. Elles ont pris une forme plus allongée et se sont rapprochées davantage du centre du canalicule. Enfin, dans leur troisième stade, les cellules séminifères se présentent comme de gros globules de 0"",020, formés d'un protoplasma finement granuleux, dépourvus de membrane d'enveloppe et munis d'un ou deux noyaux, à contour délicat, renfermant un très-petit nucléole. A cette phase de leur développement, les cellules séminifères sont disposées en deux couches entre les |cellules épithéliales, tandis qu'aux deux stades précédents elles ne formaient qu'une rangée simple. Cette disposition tient non pas à ce que leur nombre a augmenté, mais uniquement à l'accroissement de volume qu'ont subi ces cellules.
Les cellules du troisième stade deviennent alors le siège d'une multiplication active par un processus de segmentation intérieure. Des noyaux, au nombre de deux à dix, apparaissent d'abord dans l'intérieur de la cellule mère ; puis le protoplasma se sépare en deux portions : l'une granuleuse, qui entoure les noyaux de nouvelle formation ; l'autre hyaline et transparente, qui forme une enveloppe commune autour des cellules filles. Celles-ci s'échappent de la cellule mère et la masse protoplasmique hyaline se dissout pour former la partie liquide de la semence. Les petites cellules filles, nées des cellules séminifères, restent en place et représentent les cellules formatrices des spermatozoïdes, ou les nématoblastes de Sertoli.
Les nématoblastes forment dans le canalicule séminifère trois ou quatre rangées, placées entre les prolongements des cellules épithéliales. Sertoli les distingue en simples et composés. Ces derniers ne sont autre chose que des nématoblastes simples demeurés dans leur cellule de développement ou cellule mère. Ils sont peu nombreux et finissent par se séparer en leurs cellules composantes, quelquefois seulement après que les spermatozoïdes ont déjà commencé à se développer dans leur intérieur. Les nématoblastes simples sont de petites cellules sphériques formées d'un protoplasma granuleux et d'un noyau rond et clair, pourvu d'un petit nucléole bien distinct.
Voyons maintenant comment, d'après Sertoli, le spermatozoïde se forme dans le nématoblaste.
Dans le voisinage du noyau de la petite cellule apparaît un corpuscule opaque et lisse, ovale, qui ressemble à un nucléole. En même temps, sur un point de la périphérie du nématoblaste se montre un filament.
Ce corpuscule avait déjà été signalé par La Valette Saint-George (1)
(1) La Valette Saint-George, Archiv f, microsk. Anat., III, 1867, et St7Hcker*s Handbuch der Lehre von den Geweben, 1, 1871.
et par Merkel (1). Je l'avais vu également, en 1868, chez les Articulés (2). Ces auteurs et moi l'avions mis en rapport avec la formation de la tète du spermatozoïde. La Valette Saint-George suppose que ce petit corps se transforme en une petite capsule qui coiffe une partie du noyau, mais qui disparaît plus tard; il lui donne, pour cette raison, le nom de capuchon céphalique {Kopfkappe), Pour Merkel, ce corpuscule est un épaississement local du protoplasma au contact de la membrane du noyau et constitue l'extrémité de la tète {Spitzenknopf) du spermatozoïde. Quant à moi, je pense que c'est le corpuscule lui-même qui devient la tète, à la formation de laquelle le noyau ne prend aucune part. Sertoli admet que ce globule ne joue aucun rôle et qu'il disparaît avant que le spermatozoïde ait atteint son entier développement.
La première portion du spermatozoïde qui | apparaît, d'après Sertoli, est donc le filament caudal. Le noyau, jusque-là indifférent, se porte vers la partie de la cellule opposée à l'insertion du filament; sa membrane acquiert une épaisseur plus grande sur une partie de sa périphérie. Le noyau devient ovalaïre et fait en partie saillie hors de la cellule. Cette portion saillante s'allonge, se recourbe à son extrémité et prend la forme caractéristique en crochet de la tête du spermatozoïde du Rat. En même temps, le protoplasma de la cellule se condense et se dispose au-dessous du noyau en un filament qui devient le segment moyen.
Pendant que les spermatozoïdes se développent dans les nématoblastes, ceux-ci sont refoulés vers le centre du canalicule par la production de nouveaux éléments à la périphérie; ils finissent par arriver au sommet des cellules épithéliales, où ils restent attachés à leur protoplasma visqueux.
Sertoli admet donc, avec Ebner, que les cellules rondes des canalicules évoluent dans une direction centripète; mais il ne partage pas l'opinion de cet auteur, qu'elles sont exclusivement destinées à former la partie liquide du sperme. D'un autre côté, Sertoli s'accorde avec Neumann pour considérer les spermatoblastes d'Ebner comme les prolongements centraux des cellules épithéliales des canalicules ; mais il diffère de lui relativement à l'origine des cellules rondes. Pour Neumann, ce sont des lobes détachés des speri^iatoblastes continuant à se transformer en corpuscules séminaux dans les espaces situés entre ces derniers. Pour Sertoli, elles ont, au contraire, une origine périphérique et s'avancent graduellement, pendant leur évolution, vers le centre des canalicules, où elles peuvent même se mettre accidentelle-
(1) Mehkel, Untersuch. aus dem anat. Institut zu Rostockf 1874.
(2) Balbiani, Ann. des sciences nat., 5« série, 1869, et Jowmal d'anat. et de physioL de Ch. Robin, V, 1868.
ment en rapport avec les extrémités internes âes cellules épithéliales. La différence est donc aussi tranchée que possible dans la manière de voir des auteurs au sujet de la provenance et de la signification des éléments aux dépens desquels se développent les spermatozoïdes des Mammifères. Entre des opinions aussi diamétralement opposées, le seul parti à prendre était de recourir à des investigations personnelles. Guidé par mes recherches antérieures sur la spermatogenèse des Plagiostomes et des Amphibiens, j'ai résolu de contrôler, à l'aide des résultats acquis chez ces animaux, les phénomènes du même genre offerts par les Mammifères.
La première question dont nous ayons à nous occuper, avant d'aborder l'étude de la formation des corpuscules séminaux chez les Mammifères, est celle de savoir si l'on retrouve parmi les éléments constitutifs de leur organe sexuel mâle ces ovules primordiaux que nous avons vus jouer un rôle si important dans la spermatogenèse chez les Vertébrés inférieurs. La première apparition de ces ovules remonte, comme nous le savons, k une phase très-précoce du développement de la ' glande sexuelle, puisqu'ils sont déjà visiblesdans l'épithéliumgerminatif qui constitue le premier rudiment des organes génitaux . Chez les Mammifères, ce rudiment est représenté, comme chez les autres Vertébrés,
par un épaississement local de la couche épithéliale qui revêt la surface du corps de Wolff ; mais personne jusqu'ici n'a encore signalé dans cette partie épaisse la présence de ces cellules rondes et claires, relativement volumineuses, qui sont généralement interprétées comme de jeunes
ovules. Dans ses recherches sur le Lapin, Egli (i) dit expressément que ces cellules manquent dans l'épi thélium germinatif chez les embryons des deux sexes, et que, chez la femelle, les ovules se forment pour la première fois dans l'intérieur même du stroma de l'ovaire, par différenciation des cellules épithéliales émigrées de la surface dans la couche conjonctive sous-épithéliale . Je n'ai pas vérifié les assertions d'Egh relativement au Lapin; mais sur des coupes de jeunes embryons de Cochon d'Inde, longs de 1 cenfti ip, ir^ timètre, j'ai reconnu, dans la
>' i (V . i^Spv couche cellulaire qui tapisse la
' ' ' ~ ' «T*)^ surface inférieure du corps de
"""C ^^^ ■Wolff,quelquescellules rondes, plus volumineuses, larges de ' I 0°"",018, ayant tous les carac-
ij, ,i 't ~ j tères de jeunes ovules primor-
Wljij ^ diaux. Chez les embryons plus
avancés dans leur développement, chez les nouveau-nés ou
■ucfw» du teeticule dun embcyon de Mouton de lesjeunCS animaUX appartenant
Lt"'T*'«™uJrc!npïàU«rrtri%V"pM ^ différentes espèces de Mam- «qna /b toii,™ie.compQ.o.dua ovule «ni«i en mifères (Chien, Chat, Mouton,
loura de cellnlea apitnèliiOts B Oguro plus grossis . . ,
dnn des tollitolE» rsnfaitoé» dans Les tanaliculas Lapin, etC.), cheZ le fœtuS hu-
"""""""' main à terme, j'ai retrouvé les
ovules primordiaux dans l'intérieur des canalicules séminifères du testicule ; mais ils entrent alors dans la constitution de petits groupes cellulaires ayant la plus grande analogie avec les jeunes follicules deGraaf de l'ovab-e {2}. Chacun de ces groupes se compose, en effet, d'une grande cellule centrale ronde et de petites cellules périphériques, qui l'environnent exactement comme l'ovule est entouré dans l'intérieur de l'ovaire par les cellules de l'épithélium folliculaire. Nous avons déjà constaté cette disposition des éléments intérieurs des canalicules dans le testicule des jeunes Amphibiens (voyez pi, IV, fig, 1). Chez un embryon de Mouton de 9 centimètres, dont la figure ci-dessus montre une coupe transversale mince de la partie périphérique du testicule, les
(1} Eou, Beitrttge zw Anatomit imd Entujkklungsgesckickte dey Geschlechtsorgane. Zurich, 1876,
(ï) J(! signalerai encore d'une manifere spéciale la préaenoe d'ovules mllea dans les canalicules Béminil%re« d'un embryon de Mulet de neuT mois. Cette observation h de l'intérêt en raison de la slérililé bien aoonue de l'hybride de l'Ane et du Cheval, stérilité duH i l'abnenoe de spermatozoïdes bien aonrorméB dans le testicule de ci Comptes rendtm de la Société de Biologie, B* série, II, i87S, p. 25).
canalicules sémintfères avaient, en moyenne, une largeur de 0"", 04. Ils étaient presque rectUignes, plus ou moins flexueux seulement à leur extrémité externe, et convergeaient vers le centre du testicule, où ils aboutissaient à un réseau de canaux étroits formés par le rete testis. Chaque tube séminifère était rempli de jeunes follicules de Graaf mâles, qui en oblitéraient presque complètement la lumière et ne laissaient libre qu'un étroit espace dans l'axe du tube. Les ovules placés au centre des follicules avaient un diamètre de (l'°°',0)5 à 0"",018, et renfermaient un noyau vésïculeux, large de 0'"°',009, muni d'un nucléole brillant. Les cellules épitliéliales s'étendaient à la face interne du tube en une couche continue, qui se réfléchissait autour de chaque ovule pour lui constituer un revêtement cellulaire complet. Cette disposition des éléments dans les canalicules sérainifères des embryons des Mammifères présente une grande analogie avec celle des éléments de la glande femelle lors de la formation des tubes ovanques ou de PfiUger chez les jeunes de ces animaux; mais tandis quelle ne constitue qu'un état transitoire de l'ovaire, les tubeb testiculaires sont au contraire des formations permanentes et définitives de 1 organe mâle complètement développé,
La structure des canalicules sérainifères ne subit pas de modifications sensibles jusqu'aux approches de l'âge adulte Non seulement les ovules mâles persistent dans leur intérieur avec leur entourage de petites cellules épithéliales , mais tous ces élé ments ont dû se- multiplier d'une manière trèi; active en raison de l'accroissement en longueur des canalicules sérainifères avec les progrès de l'âge. Chez de jeunes Chiens, de jeunes Chats âgés de plusieurs raois, leur structure rappelle encore complètement ce qu'elle était au moment de la naissance ; on constate seulement f g tis - cogpo a oo csn«que les ovules ont pour la plupart augmenté de cuea"nch»tnnnadute. volume et atteignent souvent alors un diamètre ^a^-°o*"^ovuifl''''no™T de 0°"",030. J'ai même observé parfois certains i™eni développé; e. eeide ces éléments que leur taille et leur aspect eussent facilement fait prendre pour de jeunes œufs développés dans la glande femelle, si on les avait rencontrés à l'état isolé. C'est ainsi que, sur une coupe mince du testicule d'un jeune Chat, un des canalicules laissait voir à la surface de section plusieurs omles, dont l'un remplissait presqu'à lui seul la moitié de la lumière du conduit. 11 ne mesurait pas moins de 0'°'",062 en diamètre, taille que n'atteignent pas toujours les ovules contenus dans les follicules primitifs de l'ovaire de la
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Chatte adulte. Il se composait d'un véritable vitellue, abondant et ^anuleux, et d'un noyau ou vésicule germinative âeO'"'.03S. Nous avons déjà observé ce développement extraordinaire de quelques-uns des ovules mâles dans les tubes ou les ampoules des Batraciens. J'en ai rapporté des exemples ches la Grenouille et le Crapaud (voyez pi. IV, fig. 1 et 2).
Dans l'espèce humaine elle-même, les ovules primordiaux du testicule persistent longtemps après la naissance et ne disparaissent probablement qu'k l'époque de la puberté , BOUS l'influence des ' modifications ^ que la sécrétion spermatique détermine dans les éléments des cartalicules sëminifères, car on n'en trouve plus aucun vestige chez l'adulte.
Chez un enfant de dix ans, mort dans la plénitude de la santé, el dont les testicules ont été recueillis à la Morgue, de nombreux ovules, larges de 0"",01S à 0°°',024, existfûent encore dans tous les conduits spermatlques. Beaucoup de ces ovules présentaient encore leur couche de petites cellules périphériques ; et si, sur plusieurs, cette couche paraissait interrompue ou manquait môme entièrement, cette circonstance n'avait probablement d'autre cause que le défaut de fraîcheur de la pièce, qui avait déterminé la chute d'un * certain nombre de ces cellules (l).
Avant de suivre les ovules mâles dans leur évolution ultérieure, il nous reste à parler des petits éléments cellulaires qui les accompagnent dans les conduits spermatiques. Nous décrirons d'abord ces éléments pendant la période d'inactivité de la glande, et nous étudierons ensuite les modifications qu'ils éprouvent lorsque le testicule entre en action.
Fig. lîO.
se épUhéliales.
(1) M. le professeur Ch. Rougel, do Montpellier, s oommuniqué rècamment i I'Ae»démie des soiencee les résutlats de reohcrcbes éteaduea qu'il a enti'epriBei sur les ëlémenU femeiles de la glnnde mâle des Mammifères. M. Rouget B observé les ovules primordiaux dans le teBliciile des embryons de l'Homme et d'un grand nombre d'espèces animales. 11 les a retrouvés chez l'enfant et chez les jeunes animaux, et admet mAms leur existence dans le testicule oomplètemeat développa. Tout en diUéiant d'opinion sur ee dernier point avec l'habile bistologisle précité, je ne puis que me réjouir de U confirmation qu'il apporte aux vues que j'ai émises dnpuis plusieurs années sur la constitulion intine de la glande mâle des Vertébrés.
Chez les jeunes embryons, ce sont de petites cellules plates, à noyau rond ou ovalaire, tout à fait semblables aux cellules gui entourent les ovules primordiaux dans les tubes de Pflûger de Tovaire . Cette identité initiale s'explique par la communauté d'origine de ces cellules dans les deux sexes. Nous savons, en eifet, qu'elles proviennent de l'épithélium germinatif qui revêt l'organe génital à l'état d'indifférence sexuelle. Avec les progrès du développement, des différences s'accusent dans ces cellules suivant que l'organe devient un ovaire ou un testicule. Dans l'ovaire, elles forment la couche de cellules plates, puis cylindriques, qui constitue l'épithélium des follicules primitifs. Dans le testicule, elles s'accroissent vers l'intérieur des canalicules et prennent une forme plus ou moins allongée. Ce changement de forme des cellules épithéliales est déjà complètement opéré dans tous les canalicules vers la fin de la vie embryonnaire. Je l'ai observé chez des embryons presque à terme de Chien, de Lapin et de Cochon d'Inde. Il est toujours très-visible au moment de la naissance, comme on peut s'en assurer par la figure 10 de la planche V, représentant la terminaison d'un tube contourné (Te) en connexion avec l'origine d'un tube droit {Tr) du testicule d'un jeune Chat de trois jours. Chez l'enfant nouveau-né, les cellules épithéliales présentent la même forme que chez les embryons et les jeunes des Mammifères ; elles m'ont paru seulement relativement moins allongées que chez ces derniers, ce qui est probablement en rapport avec l'époque plus tardive à laquelle la glande mâle acquiert son développement complet dans l'espèce humaine.
Si nous examinons de plus près la forme de ces cellules, qu'on ne peut bien apprécier qu'en les isolant par dissociation, nous remarquons qu'un certain nombre ont un aspect fusiforme bien marqué. Le noyau ovalaire est logé dans la portion renflée, qui tantôt est placée vers la partie médiane, tantôt est plus ou moins rapprochée de la périphérie (pi. V, fig. 13, a). L'extrémité externe représente une sorte de pédoncule terminé par un épatement qui s'applique contre la membrane propre du tube ; l'extrémité centrale s'allonge en une pointe qu'on observe rarement dans son intégrité, mais qui le plus souvent paraît irrégulière, comme déchiquetée, ce qui tient à ce qu'elle est formée par un protoplasma mou, se détruisant facilement par les manœuvres de la préparation ou l'action des liquides mis en contact avec ces cellules.
D'autres fois leur forme est celle d'un cône allongé, qui s'applique par la base contre la membrane propre, et dont le sommet proémine plus ou moins dans la cavité du conduit. Le noyau, généralement sphérique, est contenu dans la partie basilaire ; l'extrémité centrale présente
les mêmes variations d'aspect que dans les cellules fusiformes, et paraît presque toujours brisée ou lacérée dans les préparations par dissociation (p. V, fig. 13, ô, c). Ces deux formes de cellules épithéliales sont reliées par de nombreuses formes intermédiaires qu'on trouve mêlées les unes aux autres dans un même canalicule. On pourrait les prendre pour des états de développement différents d'un même élément, si on ne les observait pas chez des embryons de tout âge, et chez les jeimes animaux appartenant aux espèces les plus diverses .
Les phases ultérieures de révolution de la glande mâle ne sont caractérisées que par l'allongement de plus en plus prononcé des cellules épithéliales vers l'axe du canalicule. Elles finissent ainsi par se rencontrer au centre des conduits et même par entre-croiser leurs extrémités déliées. Il en résulte que, sur les coupes minces du testicule, les canalicules paraissent comme striés en travers. Cette apparence est très-marquée aux approches de l'âge adulte chez l'Homme et les divers Mammifères, et pourrait facilement en imposer pour un développement de filaments spermatiques, si un examen attentif ne démontrait pas qu'il n'en existe encore aucune trace et que la striation dont il s'agit reconnaît bien pour cause la forme allongée, comme filamenteuse, des prolongements internes des cellules épithéliales. Dans le testicule de l'enfant de dix ans, dont il a été précédemment question, cet aspect s'observait avec une grande netteté sur la plupart des conduits spermatiques (1).
Un autre caractère du testicule impubère est la persistance des ovules
primordiaux placés entre les cellules de l'épîthélium. Il est facile, comme nous l'avons vu, de constater leur présence chez tous les Mammifères, avant que la sécrétion spermatique ait com- •^'Lïcui^.éSre' d-àÔ S'de'"ix ^encé, mais U n'en est plus de même
mois, e, e,,ceUule8 épithéliales à extré- (JaUS IC testiculC adulte, et tOUt indioue
mité interne lobée ; o, o, groupes ovu- i i j •
laires résulUnt de la prolifération des qUC ICS OVUleS OUt dlSparU à CO momeut.
primordiaux. Cctte disparitiou est toujours précédée
d'une multiplication active des éléments femelles, comme nous l'avons observé chez les Plagiostomes. A la place occupée par ces éléments, on aperçoit des groupes formés d'un nombre variable de cellules rondes, de même aspect que les ovules primitifs, mais plus petits que ceux-ci (pi. V, fig. 12, o'; fig. 14, ô, c, rf). Par quel mode ces groupes cel-
(1) J'ai observé le même aspect strié des tubes du testicule chez les jeunes Oiseaux, et me suis assuré qu'il tient également, chez ces animaux^ à la forme allongée des cellules épithéliales.
lulaires ont-ils pris naissance? L'observation directe lusse la question indécise, mais j'incline, par analogie avec ce que nous avons observé chez les Plagiostomes, à les attribuer k un bourgeonnement de l'ovule. Le processus est beaucoup moins évident chez les Mammifères et pourrait être aussi bien interprété comme une multiplication par division ou une formation endogène de cellules filles.
Je n'insiste pas sur ce point, d'autant plus que ces ovules de nouvelle formation sont destinés à disparaître bientôt pour laisser la place libre aux cellules épithéliales, qui sont les véritables éléments de développement des corpuscules spermatiques.
J'ai observé d'une manière très-évidente le processus de disparition des ovules dans le testicule d'un jeune Chat âgé de cinq à six mois. Ce processus est celui de la dégénérescence par métamorphose graisseuse.
Sur un grand nombre de canalicules on voyait de petites masses réfringentes, ovalaires ou irrégulièrement arrondies, appliquées k la surface interne de la membrane propre. Ces masses n'étaient autres que les amas ovulaires aux différentes phases de leur métamorphose régressive. Dans quelques-unes, le protoplasma des cellules pj^, ,3, pngmtai de composantes ne formait plus qu'une seule masse «"«licuiB iéminifère <t'm
' r :i i;;l„j ijj j[j mois, vu p«r
homogène ou finement granuleuse, dans laquelle 1» «u-tsce. e, épitheiium les noyaux encore distincts apparaissaient comme "àg'.'ll'^m^^màî^^ des taches rondes et claires présentant à leur ™ . '"'" ^' régremion centre un nucléole brillant. Dans d'autres, les noyaux eux-mêmes avaient disparu en partie ou en totalité, et les nucléoles élargis subsistaient seuls encore sous forme de globules réfringents directement plongés dans la masse plasmique ambiante. Enfin de petits amas de substance claire et homogène, semblables à des gouttelettes huileuses appliquées contre la paroi des canalicules, indiquaient que le travail de résorption touchait à son terme. En même temps que les groupes d'ovules subissaient ces transformations, les cellules épithéliales qui les entouraient devenaient de moins en moins visibles et finissaient par disparaître entièrement. A côté de ces éléments en état de régression, on observait quelquefois dans un même canalicule des groupes ovulaires encore bien conservés, voire même des ovules primordiaux simples ou en voie de prolifération, de sorte que de nouveaux ovules se produisaient encore, alors que ceux déjà 4'ormés étaient arrivés aux diverses phases du travail rétroactif destiné à les faire disparaître. Mais le plus ordinairement tous ou presque tous les
éléments femelles renfermés dans une môme étendue d'un canalicule étaient frappés à la fois de dégénérescence ou présentaient encore leur aspect normal (1). Il est intéressant de rapprocher ces phénomènes régressifs des ovules m&les du testicule, de la disparition d'un certain nombre d'ovules aux diverses périodes de leur maturation dans l'ovaire de la Femme et des femelles de Mammifères, ainsi que cela résulte des observations
Fig. 132. — Eléments des cana- j n i j îir u x j n i x
liculea sémiaifôrea d'un Chat UO tiOSte, 06 WalUeyCr Ct de CeUCS plUS ré-
ttéûS[rr;.V'rrrott cemes de Slavianski (2).
laire» en Toie de régression D^jjg qq même testicule do icune Chat, cnii
graisseuse. "» •' t.
nous a permis d'étudier le mode de disparition des ovules primordiaux, les cellules épitbéliales présentaient une modification qui se rattachait probablement au développement des premiers spermatozoïdes. Dans un certain nombre de tubes ces cellules se terminaient par une extrémité effilée, simple, comme je l'ai décrit chez les jeunes animaux, mais dans un grand nombre d'autres canalicules cette extrémité paraissait multifide ou digitée, par suite de la division du protoplasma en lobes étroits plus ou moins nombreux.
Ces lobes ou digitations, très rapprochés les uns des autres, presque confondus môme et formés d'un protoplasma p&le, extrêmement fragile sur les préparations durcies, étaient très-difficiles h constater, mais je crois m'ôtre assuré d'une façon certaine de leur existence.
Ces divisions internes multiples des cellules épithéliales sont probablement les premiers spermatoblastes, mais le testicule était encore trop jeune pour permettre d'observer leur transformation en filaments spermatiques, aucun des canalicules ne renfermant encore de corpuscules séminaux en voie de développement. Je dois faire remarquer , au surplus , que les tubes testiculaires ne contenaient pas d'autres éléments que des cellules épithéliales et des ovules mâles. Les corps appelés par les auteurs cellules rondes du testicule^ et que la plupart, depuis Rœlliker, considèrent comme les cellules de développement des spermatozoïdes, y faisaient absolument défaut. Peut-être
(1) Une portion de ce testicule avait été conservée dans le bichromate d'ammoniaque, une autre dans Talcool absolu. On voyait également bien sur Tune et l'autre les diverses modiflcations des ovules que nous avons décrites ci-dessus. On ne peut, par conséquent, pas attribuer au liquide conservateur les changements que ces éléments présentaient dans le testicule examiné.
(2) SL\.\ikVisyiï, Archives de physiologie normale et pathologique,^^ série, I, 1874.
les a-t-on quelquefois confondus avec les ovules primordiaux, assez abondants parfois pour former une couche presque continue à la paroi des canalicules, mais c'est certainement par erreur, car les cellules rondes ont, comme nous le verrons, une origine, des caractères histologiques et une destination qui en font des éléments tout différents des ovules précédents.