GRIPPE DE L’HIVER
Messieurs,
On rappelait tout récemment la définition suivante, donnée par Broussais, de la grippe: «Grippe, invention de gens sans le sou cl de médecins sans clients, qui, n’ayant rien de mieux à faire, se sont amusés à créer ce farfadet1 2.»
L’occasion me parait bonne pour vous démontrer la fausseté de celle définition, l’erreur contenue dans cette phrase sarcastique de Broussais.
Vous venez d’assister, nous assistons encore h l’un de ces grands événements médicaux qui frappent le monde entier, s’imposent à l’attention de tous, et que l’enseignement clinique a le devoir de souligner au passage.
On ne peut nier l’importance nosologique et palhogénique des grandes épidémies populaires. L’épidémie actuelle, en raison de sa généralisation et de l’intensité des réactions qu’elle détermine, ne saurait faire exception.
Un mal qui se répand dans tout l’univers, à l’action duquel peu de personnes échappent, qui parlui-méme ou par ses complications, et malgré les prévisions optimistes de la presse ofïi -
1 Leçons faites, du 13 au 31 janvier, dans l'Amphithéâtre des Cliniques, à l’hôpital Saint-Éloi Suburbain.
2 Cité par Ltuchard, in Rev. gén. de Clin, et Thërap., ‘26 déc. 1889.
11 GlIASSET ET 11AUZIEH.
ciolle, porie de 3,941 (décembre 1888) à 6,239 (décembre 1889j le nombre des décès à Paris, qui double à Montpellier le chiffre de la morlalilé quotidienne (13 décès par jour au lieu de 7), ne doit pas être indifférent. Ce qui accroît encore l’importance de cette étude, ce sont les problèmes nosologiques qu’elle soulève.
Je crois donc utile de consacrer à l’épidémie régnante les premières leçons de ce trimestre.
C’est le 19 décembre que j’ai eu l’occasion devoir à Montpellier mes trois premiers cas de grippe; ces cas ont surgi en des points tout à fait différents de la cité : l’un dans la rue Salle— l’Évêque, un autre place Louis XVI, le troisième rue Valfère. Tous trois avaient débuté la veille.
Les malades avaient été frappés brutalement. La dame de la rue Salle -l’Évêque se trouvait en visite chez sa fille, quand, prise subitement d’une horrible céphalalgie, elle fut obligée de s’aliter sans avoir le temps de rentrer chez elle. — Le malade de la place Louis XVI avait assisté, le 18 au malin, aux obsèques du général Maissiat, et n’avait éprouvé aucun malaise durant celle longue cérémonie; il fut brusquement atteint dans l’après-midi du même jour et, le soir, présentait le tableau complet de la maladie. — L’enfant de la rue Valfère avait été frappé avec la même brusquerie.
A ce début brutal on reconnaissait la maladie dont les journaux politiques, à défaut de la presse médicale, avaient donné la première description et signalé les principaux symptômes. Pouvaiton méconnaître la fièvre ardente, — l’horrible céphalalgie, — les douleurs vives partout, dans les reins, dans les jambes, dans les genoux, — la congestion delà face, — le mal de gorge, qui en caractérisent l’invasion?
Le lendemain, 20 décembre, je voyais six nouveaux cas.
A partir de ce moment, la généralisation est devenue extrême. J’apprenais presque aussitôt qu’au Crédit lyonnais dix employés sur cinquante étaient atteints ; bientôt, chacun de nos Confrères enregistrait un grand nombre de cas.
GRIPPE DE l’hiver 1889-90. 7
C’est alors que nous arrivait 1 le compte rendu île la séance académique, où l’on venait, pour la première fois, de porter à la tribune laquestion de l’épidémie régnante (16 décembre).
Il était facile, en comparant le tableau de nos malades h la description des cas observés ù Paris, de voir qu’il s’agissait de l’arrivée ii Montpellier de celle même épidémie, de celte inlluenza, dont on discutait la nature et la parenté, soit avec la grippe, soit avec la dengue.
C’était bien la maladie qui, partie de Russie, avait envahi les capitales, pénétré en France par Paris, et qui , depuis, s’esldilfusée dans toute l’Europe et même en Amérique.
L’épidémie, en envahissant toute notre ville, a gagné les hôpitaux ; l’Hôpilal-Général a été le premier et le plus complètement atteint ; le personnel de l'hôpital Suburbain n’a été frappé que plus lard .
Vous avez pu observer dans les services un grand nombre île malades ; le champ d’observation, très limité dans les salles de civils, a été vaste et varié chez les militaires. Les cas multiples de bronchite, de broncho-pneumonie, de pneumonie vraie que nous avons constatés, vont nous permettre d’étudier à fond les complications de la maladie.
En présence d’une telle abondance de faits cliniques, l’occasion est bonne, semble-t-il, de synthétiser un peu et d’étudier la maladie dans son ensemble.
Nous allons passer successivement en revue :
1° Le tableau clinique et la symptomatologie des formes les plus fréquemment observées ;
2° L’étiologie, l’évolution, les modes de naissance et de propagation de la maladie ;
3° Sa nature, ses rapports nosologiques avec la grippe et la dengue ;
4° Le diagnostic, le pronostic et les complications;
5° Le traitement.
1 Semaine médicale du 18 déc. 1889.
GItASSET ET IIAUZ1ER.
Je ne vous étonnerai pas en déclarant d’emblée que tous les cas ne présentent pas une symptomatologie identique, qu il existe môme une grande variété morphologique. On peut cependant ramener les formes les plus habituelles à quelques types cliniques bien définis, autour desquels on groupera toutes les espèces
observées .
Voici tout d’abord le premier type que j’ai observé, celui que j’ai constaté le plus fréquemment, et qui reste pour moi le prototype de l’épidémie actuelle.
Dans celte forme, le début est souvent brusque ; la maladie commence par des frissons; puis, surviennent une fièvre ardente, une céphalalgie des plus violentes, des douleurs un peu partout (principalement dans les lombes ou le ventre, les jambes, les genoux), un mal de gorge intense, quelquefois des nausées et des vomissements. L’agitation est extrême, l'anxiété grande, l’insomnie habituelle. Les nuits surtout sont mauvaises. Il semble que l’on commence une très grave maladie.
Et pourtant, dès le lendemain, le tableau s atténue: la fiè\re diminue vers le matin; quelquefois môme, elle tombe complètement; mais il reste une lassitude extrême, de l’abattement, un invincible besoin de dormir.
Le soir, les phénomènes d’excitation reparaissent; l’agitation et le malaise se montrent à nouveau. Dans les cas complets, on assiste ainsi à deux ou trois reprises vespérales, suivies de nuits
très pénibles. , .
Puis, tous les symptômes aigus disparaissent; et alors, ou mon
l’on est entièrement guéri (ce qui est rare), ou bien il reste pendant quelque temps une grande lassitude, une faiblesse et une fatigue extrêmes, comme si l’on relevait d une grave et ongue
indisposition. . . ■
En même temps s’établit et persiste une toux qui, dans .
GRIPPE de l’hiver 1889-90.
forme que je décris actuellement, ne s’est pas manifestée dès le début. C’est une toux pénible, nerveuse, par quintes, quelquefois coquel uclioïde, qui peut durer assez longtemps.
Tel est le tableau général de lu première forme morbide ; reprenons-en quelques traits.
Le début est habituellement brusque, quelquefois très brusque. Rappelez-vous le fait, tout à l’heure énoncé, de cette dame qui, subitement atteinte au cours d’une visite chez sa fille, fut obligée de s’aliter sur-le-champ. — Je vous citerai encore le cas d’un malade qui, la veille de Noél, s’était rendu, en pleine santé, à la messe de minuit, se promettant pour l’heure du retour un «. réveillon » dont il avait soigneusement préparé le menu ; à une heure, il rentrait tout frissonnant, et substituait à son menu une bassinoire et une infusion.
Dans d’autres cas, un léger malaise précède de deux ou trois jours, de vingt-quatre heures souvent, l ‘apparition de la fièvre. C’est un rhume léger, une angoisse vague, sans caractère précis, qui sert de prodrome h la maladie.
Puis la fièvre s’allume. Celle fièvre monte vite et haut. Couramment, on observe des températures de 40° ; dans un cas, notre collègue Estor, usant d’un thermomètre vérifié, a noté 41°, 5. Comme dans la fièvre intermittente ou les fièvres éruptives, la fièvre est donc élevée, et rapidement élevée, dans la maladie qui nous occupe.
Ce qui domine ensuite dans la symptomatologie, ce qui, au point de vue clinique caractérise le tableau morbide, ce sont les phénomènes nerveux ; le système nerveux est brutalement atteint dès le début.
La douleur occupe le premier rang parmi les symptômes initiaux. Il existe des douleurs de lôte atroces, spécialement localisées dans les globes oculaires, dont les mouvements ou la compression provoquent les sensations les plus pénibles. La céphalalgie peut être totale ; d’autres fois, elle est partielle, en forme de casque ou de couronne. On note également des douleurs lombaires, dont l’intensité dépasse souvent la rachialgie delà variole; — une soullrance vive dans les genoux, qui sont comme
GRASSET ET RAUZIER.
« cassés »; — dos phénomènes algésiques intenses du côté des autres articulations et des masses musculaires ; enfin, un endolorissement, un brisement général.
Les malades présentent, en même temps, une agitation et une angoisse extrêmes.
Quelquefois, le délire apparaît ; c’est une sorte de délire vigil, à conceptions suivies et raisonnées, sinon raisonnables. — Une lillelte de 10 ans parle, durant une journée entière, de ses prochaines funérailles; elle insiste avec complaisance sur celte idée, donne tous les détails et fait avec soin le dénombrement des personnes qui devront assister à la cérémonie. — Un jeune homme se dispose à sortir en chemise de sa demeure pour obéir à l’idée dominante de son délire, et n’est maintenu dans son lit qu’avec peine. — Une jeune lille réalise tout d’un coup une crise d’hystérie à forme délirante qui dure une heure et demie; elle se plaint d’un froid intense dans la tête, d’une sensation de brûlure vive en d’autres points ; elle marmotte d’une façon continue, s’agite, déchire ses draps; ses jambes sont raides et arquées; puis, elle s’évanouit. — Une quatrième malade, voyant entrer un médecin appelé à la soigner (et qui n’était pas, du reste, son médecin ordinaire), se met ù pousser des cris de terreur, qu’elle explique en invoquant une relation d’esthétique entre notre honorable confrère et le diable.
L’évolution de ce délire est rapide ; il ne témoigne en aucune façon d’une gravité plus grande de la maladie et paraît en rapport avec le tempérament du sujet. Il est bon d’être prévenu de pareils faits et de leur peu d’importance pronostique. Au début de l’épidémie, si la presse politique, utile celle fois, n’avait fait grand bruit autour de phénomènes de cet ordre, nous aurions pu en être préoccupés.
Dans quelques cas, j’ai noté, comme symptôme d’invasion, un vertige brusque et intense; ce phénomène a été particulièrement accentué chez un de nos confrères.
Du côté de l’appareil respiratoire, le type qui nous occupe ne présente aucun signe physique à l’auscultation. Les malades se plaignent souvent d’un violent mal dégorgé qui n’a guère pour
giiippe de i/hiver 1889-90.
substratum anatomique qu'une congoslion légère de l’arrièregorge. Quand la loux apparaît, après le stade fébrile, elle est quinteuse, déchirante, très pénible, s’accompagne souvent d’une douleur rétro sternale, mais ne coexiste pas avec les signes de la bronchite.
Le catarrhe, au sens anatomique du mot, est rare dans cotte forme; quelquefois on observe un larmoiement de courte durée dont mon chef de clinique, M. Ilauzier, nous offrait l’autre jour, à la visite, un type très accentué; mais le coryza, la bronchite humide, sont loin d’ôlre la règle.
Le pi us souvent, la face est congestionnée, vullueuse, d’un rouge spécial, presque cramoisie.
Le tube digestif est fréquemment atteint : on observe quelquefois des vomissements, souvent des nausées; la plupart des malades ont a le cœur sur les lèvres ». Dans beaucoup de cas, il existe un défaut absolu d’appétit; durant deux, trois jours, les malades refusent de prendre aucun aliment; plus rarement, l’anorexie est tenace, elle persiste jusqu’au complet rétablissement et ne cède qu’à une purgation finale.
On observe assez souvent des épistaxis ; celles-ci peuvent reconnaître une double origine : elles sont provoquées par l’éréthisme circulatoire de la première période ou déterminées par la violence de la toux.
Des troubles urinaires peuvent être constatés ; les urines sont habituellement boueuses et uraliques ; elles renferment quelquefois un peu d’albumine. Certains auteurs ont noté des hématuries; pour mon compte, je n’en ai jamais observé.
La convalescence de la maladie survient quelquefois brusquement, et les malades passent sans transition de la phase aigué à la santé parfaite ; mais c’est l'exception. Le plus souvent, on voit persister pendant plusieurs' jours une extrême lassitude, une faiblesse insurmontable, une loux persistante. L’humeur et le caractère s’en ressentent ; j’ai vu des hommes du meilleur monde, d’une aménité charmante à l’étal normal, faire partager à leur entourage, durant cette période, l’ennui que leur procurait cette convalescence traînante.
GRASSET ET RAl'ZIER.
Los rechutes sont fréquentes, surtout quand les malades commettent l’imprudence de se lever ou de sortir prématurément. La toux subit alors une recrudescence, et l’on assiste quelquefois à une nouvelle évolution lébrile.
On a beaucoup parlé d'éruptions au cours de l’épidémie actuelle. Pour ma part, je n’en ai observé que deux cas : il s’est agi, dans l’un, d’un érythème scarlatiniforme de durée éphémère ; dans l’autre, d’un prurit, avec rougeur consécutive, localisé à une seule cuisse. Plus récemment, vous avez vu, dans le service, deux cas d’urticaire à la suite de la maladie.
Permellez-moi, en terminant celle analyse symptomatique de notre premier type, de vous lire, partiellement du moins, l’aiiloobservalion, soigneusement recueillie, d’un de nos internes, M. Z. . .
Le 23 décembre, j'éprouve un léger sentiment de fatigue, avec diminution de l’appétit, qui d’habitude est fort bon.
Le 25 décembre, à 4 heures du soir, violent mal de tête subit qui m’oblige à m’allonger sur mon lit ; il me semble qu’avec un cercle de fer on me serre fortement la tête; les yeux et la région périorbitaire sont très douloureux à la pression.
Me sentant de plus en plus mal, je me déshabille et me couche.
Les jambes, qui jusque-là ne m’avaient pas fait souffrir (sauf un léger sentiment de lassitude dans la partie antérieure des cuisses, dans les membres et non dans l’articulation), deviennent douloureuses, les articulations de la hanche, du genou sont le siège d’une sensation de brisement, d’agacement difficile à exprimer. Je ne puis rester immobile dans mon lit, et agite mes jambes comme si je marchais, le contact des couvertures m'étant pénible.
L’estomac me pèse, mais je n’ai pas envie de vomir ; la bouche est amère, la langue sèche, le ventre ne me fait pas mal ; je u ai pas envie de tousser.
Vers 6 heures, je prends de l’oranger chaud pour essayer de suer ; mais en vain.
A 7 heures, la température axillaire est de 39°, 3; les pulsations au nombre de 85 ; la respiration fréquente, bien que facile.
Le mal de tête et les douleurs aux jambes deviennent de plus en plus forts, m’obligent à pousser des cris et à prendre mille positions dans mon lit.
GRIPPE DE l'hiver 1889-90.
L’estomac me pèse ; j'essaye de vomir après avoir absorbé quantité d’eau tiède, je ne puis même pas rendre l'eau absorbée.
A partir de minuit, le mal augmentant toujours, je me découvre, je saute de mon lit, je vais et viens dans ma chambre, malgré le veilleur, qui veut me faire recoucher et auquel je tiens des discours parfaitement déraisonnables.
Je veux lui expliquer ce que je ressens et me livre à une série de divagations que j’interromps de temps à autre pour lui dire : N’est-ce pas que je déraisonne?
J'ai parfaitement conscience de mon état délirant, mais il m’est impossible de m’exprimer comme je le voudrais.
A ce moment-là, j’étais, paraît-il, très rouge.
Enfin à une heure, n’y tenant plus et après avoir vainement essayé de m’entourer la tête avec un linge mouillé, je prie le veilleur de vouloir bien aller me prendre des sinapismes à la pharmacie.
Le pharmacien a la bonté de les apporter lui-même, et j’en place immédiatement un sur le foie, un sur chaque cuisse, un sur chaque jambe; je les laisse le plus longtemps possible.
La tête se dégage peu à peu, le front seul continue à me faire mal; l’agacement des jambes disparaît complètement; je m’endors enfin pour quelques instants vers 3 heures, je me réveille et reste ainsi jusque vers 8 heures.
A ce moment-là, je commence à suer; la température est de 39°; le front me fait toujours mal, mais la douleur est bien supportable.
Je me rendors encore et suis réveillé, à 9 h. 1/2, par M. le professeur Kiener, qui a bien voulu venir me voir.
Je suis tout suant, tout mon corps est rouge, le front me brûle; M. le Principal y reconnaît une éruption à liséré bien marqué, que je puis suivre avec le doigt à la douleur ressentie.
Allé deux fois à la selle, scybales et diarrhée.
Je ne ressens plus qu’un léger mal de tête et de la fatigue générale.
Je reste au lit toute la journée; le soir, la température est de 38°, 3.
Urines normales comme quantité, fortement chargées en urates.
La nuit est bonne, je repose assez bien.
Le matin (27 décembre', la température étant de 37°, 7, me trouvant bien, je me lève pour reprendre mon service; mais M. le Principal me prie de garder encore la chambre.
GRASSET ET RAUZIER.
L'appétit, qui était nul, est revenu. Je puis dîner avec les internes et passer la journée près de mon feu.
Le soir, tenip. 37°, 2. Nuit bonne.
28 au matin, temp. 36°,9. Fortement enrhumé.
J’ai tenu h vous lire ce petit lableau clinique, d’observalion exacte et compétente, pour illustrer et préciser la description que je viens de faire.
A côté de ce type complet, que l’on observe fréquemment dans toute son intégrité, il existe un second type assez différent et d’allures plus réduites: c’est celui que j’ai personnellement réalisé.
La maladie débute, comme un rhume vulgaire, par un coryza que l’on promène, sans aucune préoccupation, pendant deux ou trois jours; on n’éprouve alors ni fièvre ni perle d’appétit. Puis survient une sensation de froid persistante, qui remplace les Irissons du début et subsiste môme au coin du feu. Enfin la toux arrive, et, d’emblée, elle se manifeste avec un caractère qui vous oblige à en tenir compte et à suspendre vos occupations.
Celle toux est quinteuse, sèche, horriblement pénible, creuse, angoissante; elle s’accompagne d’oppression, d une sensation de cuisson vive en arrière du sternum, quelquefois d’une douleur au niveau de l’bypocbondre. Tout le corps est péniblement secoué ; le malade est souvent obligé de se plier en deux en attendant la fin de la crise. On a vu survenir, dans ces circonstances, des épistaxis et des hémorrhagies conjonctivales.
El cependant, on peut, dans cette forme, conserver l’appétit et rester sans fièvre durant toute l’évolution morbide; mais, ce que l’on ressent toujours, c’est une sensation de faiblesse, de lassitude, qui persiste quelque temps et retarde la convalescence.
Imaginez maintenant, entre ces deux types morbides, tous les termes de transition, d’atténuation ou de mélange, et vous aurez une idée des nombreuses variétés qui se présentent à I observation.
Lorsque j’ai, pour la première fois, songé ;’i la façon de vous
grippe de l’iiiveii 1889-90.
présenter l’élu. le de la grippe, j ai décidé de me borner à ces deux types cliniques. Depuis, une observation plus prolongée m’a amené à constater un troisième type, plus fréquent aujourd’hui qu’au début : c’est le type gasiro-inlestinal.
Sous celte dénomination, je n’entends point les cas dans lesquels on observe des nausées ou des vomissements ; je ne fais rentrer dans cette forme que les faits dans lesquels les accidents gaslro -intestinaux ont été le phénomène dominant. Dans certains cas, je me suis trouvé en présence du syndrome cboléri(|ue presque parfait.
Ce qu’il y a de très remarquable dans ce type, c’est que la convalescence, traînante comme dans les autres formes, se caractérise exclusivement par des phénomènes de même ordre, c’està-dire par des troubles gastro -intestinaux et non par de la toux.
Une observation de M. le Dr Coustan schématise à merveille cette variété morbide; chez un malade, observé parce distingué confrère, la maladie s’est traduite uniquement par une diarrhée intense qui, durant près d’une semaine, s’est reproduite chaque nuit, la toux et la céphalalgie faisant complètement défaut.
Tels sont, dans leur ensemble cl sans parler encore des complications, les principaux types que nous avons constatés.
Celte description se rapproche, sur presque tous les points, de tout ce qu’ont observé mes confrères hors de Montpellier.
A la Société médicale des Hôpitaux (13 décembre), Legroux a insisté sur notre premier type. — Sevestre a confirmé celle description, en ajoutant que les éruptions cutanées lui ont paru fréquentes : chez un tiers de malades, il a constaté des plaques scarlatiniformes ou rubéoli formes, sur la face et le tronc.
La séance du IG décembre, à l’Académie de Médecine, n’a pas révélé de symptômes nouveaux.
Bucquoy alhrme avoir vu nombre d’éruptions analogues au rash variolique.
G. Sée distingue trois formes : 1° une forme nerveuse ; 2° une forme catarrhale (ce sont là nos deux premiers types; — la désignation de la deuxième espèce me semble défectueuse, car dans
GRASSET ET IiAUZIER.
IG
celle forme on lousse plus qu’on n’a de calarrhe) ; 3° une forme gastrique, pour laquelle je préférerais la dénomination degastro • intestinale, puisque ce sont les phénomènes intestinaux qui dominent.
Enfin, Rochard attribue la production des manifestations éruptives à l’anlip) r inc - je ne saurais partager celte opinion.
En somme, que semble-t-il se dégager de cette description symptomatique ?
Dans la grippe ordinaire, vous le savez, on observe, en général, deux éléments combinés: un élément catarrhal et un élément nerveux. Eh bien ! ce qui me parait être la caractéristique de
l’épidémie actuelle, c’eut Y énorme prédominance de V élément ncrveucô sur l'élément catarrhal.
Dans notre premier type, le fait est évident : la fièvre intense, la céphalalgie atroce, le délire, les douleurs partout, constituent tout autant de manifestations intenses d’une irritabilité excessive du système nerveux.
M. le Dr Couslan, médecin-major au 122e de ligne, a bien voulu me communiquer un certain nombre de cas, dans lesquels toute la symptomatologie de la grippe se réduisait à d horribles migraines ; il s’agissait, dans ces laits, d’anciens migraineux chez lesquels l’influence épidémique se traduisait simplement par une exagération d’intensité notable de leur accès habituel. J’ai vu un cas analogue.
Notre deuxième type lui-même n’échappe pas à la règle. L’état nerveux joue, là encore, un rôle prédominant: la toux est quinteuse, sonore, coqueluchoïde, alors que le catarrhe, à proprement parler, peut être des plus réduits.
Tous les auteurs, ceux de France et ceux de 1 étranger, sont unanimes à proclamer l’importance de l’élément nerveux dans la
grippe actuelle.
Il est intéressant de rapprocher le tableau de la ma.adie, présente par les différents observateurs, des faits que nous avons constatés ici. ,
En France, il existe une analogie à peu près complète entre
oniPPE de l’hiver I 889-90.
les diverses descriptions. Il suffît, pour se rendre compte du caractère univocpie de l’épidémie dans notre pays, de parcourir les travaux récents de la Société médicale des Hôpitaux, de 1 Académie de Médecine et des autres Sociétés. Ilucliard , Lereboullet1 2, présentent un tableau tout il fait comparable à celui que je vous ai tracé ; Potain 3 signale, en outre, l’augmentation de volume de la rate dans un certain nombre de cas.
A l’étranger, les constatations sont les mêmes, le tableau morbide est identique.
En Autriche, Nolhnagel, dans une communication faite, le 3 janvier 1890, à la Société império-royale des médecinsde Vienne4, trace de l’épidémie un schéma à peu près analogue au nôtre. Il insiste, en plus, sur la fréquence des névralgies consécutives. J’ai eu, pour ma part, l’occasion de vérifier le fait et de voir des névralgies tenaces du trijumeau survivre pendant quelque temps à l’atteinte de grippe. Il signale également des accès d’asthme survenant au cours de la maladie; ceci rentre dans le cadre des complications ou localisations respiratoires de la grippe, auxquelles je consacrerai un chapitre spécial.
En Russie, d’où sont parties les premières observations, le tableau symptomatique est le même. Il suffît, pour s’en rendre compte, de consulter la première Notepubliée par Winocourolf5 *. Plus récemment, à la Société des médecins russes de Saint-Pétersbourg8, Kalzcheir insiste sur les névralgies secondaires; Bybalkin a observé des paralysies périphériques, et même des lésions médullaires; Pocrofsky s’étend sur les douleurs oculaires; Sokoloir, sur les phénomènes douloureux en général.
Dans la séance suivante7, Morilz décrit trois formes morbides : une forme nerveuse, une forme catarrhale et une forme
1 Huchard; Rev. gén. de Clin, et de Thérap.
2 I.ereboullet ; Gaz. hebd., 20 et 27 déc. 1889.
3 Potain; Union médicale, cit. in Gaz. hebd. de Montpellier, 28 déc.
* Nolhnagel ; Bulletin médical du 8 janvier 1890.
6 Winocourolf ; cit. in Semaine médicale, 25 décembre.
0 Médecine moderne, n° du 9 janvier.
7 Mercredi médical, n° du 8 janvier.
GRASSET ET ItAUZIER.
gastrique ; Lieven insiste sur la fréquente absence du catarrhe et la prédominance des phénomènes nerveux.
En Belgique*, le tableau de la maladie ne diffère en rien des descriptions précédentes.
L’Allemagne est intervenue de bonne heure dans la discussion. A la séance du 16 décembre de la Société de Médecine interne de B rlin '1 2, Renvers décrit trois types symptomatiques : son premier type est analogue au nôtre; le deuxième également. Quant au troisième, qu’il appelle type nerveux avec étal typhique, et dont l’évolution ressemble à celle de la dolhiénentérie, nous n’avons pas eu l’occasion de le constater. Hier, cependant, pour la première fois, je me suis trouvé en présence d’une lièvre typhoïde qui semble avoir débuté comme une grippe; son évolution, d’ailleurs, parait normale.
Les types de Renvers ont été discutés par la série des observateurs qui, après lui, ont abordé la tribune; mais tous ont confirmé, dans l’ensemble, sa description symptomatique. Leyden, qui a tracé de main de maître le tableau de la maladie, insiste sur la lenteur de la convalescence, le découragement exagéré et |a mauvaise humeur qui envahissent les malades durant celle
période. t
L’Angleterre, relativement épargnée jusqu’ici, ne s est point
écartée du tableau habituel, si l’on en croit les descriptions de
Sisley et Bezly Thorne3.
Il en a été de môme à Varsovie et en Pologne, d apiès le Dr Dunisi4.
Nous pouvons donc conclure de cette première partie de notre étude, que les symptômes de l’affection observée à Montpellier concordent pleinement avec les diverses descriptions de la maladie qui règne actuellement dans le reste de la France et a
l’étranger.
1 Semaine médicale, 25 décembre,
s Semaine médicale, 25 décembre.
3 Médecine moderne, janvier 1890, n° 9
4 Eod. loc.
GRIPPE Dlî l'hiveu 1889-90.
La première partie de celle élude nous a conduit 5 admettre, (>n raison des analogies symptomatiques, l'identité de I ’n ILeclion actuellement dominante dans notre ville et de la maladie qui frappe en ce moment la Russie, Paris, le monde entier.
J’en ai fini avec la description clinique de celle entité morbide, qu’on peut appeler l’épidémie de 1889-1890, et que je vous ai présentée réduite à ses types les plus concrets, indépendamment de toutes ses complications.
Aujourd’hui, je vais étudier avec vous l’étiologie, c’est-à-dire I histoire et l'évolution de celte épidémie. Nous verrons comment elle est née, comment elle s’est propagée ; enfin je vous donnerai mon avis sur la question délicate de la contagion.
Les premiers cas ont été observés en Russie. Il ressort d’une Note adressée à M. Proust par le D1' Mcndelssohn ' , de Saint- Pétersbourg, que l’alFection a débuté dons les derniers jours du mois d’octobre; d’après Winocouroff 2 , les constatations initiales remonteraient même aux premiers jours d’octobre.
Au commencement de novembre, la maladie prend nettement le caractère épidémique ; elle se diffuse et se généralise ; au dire de Moritz3, elle était même, à celle époque, si bien installée dans tout le pays qu’un tiers environ de la population se trouve atteint. Vers la fin du même mois, le czar est frappé, et la presse s’empare de la question.
C’est également à la fin de novembre que la maladie éclate dans plusieurs capitales, notamment à Berlin et à Paris.
A Paris, les premiers cas de grippe sont constatés au Louvre, le 26 novembre ; le Rapport de MM. Brouardel et Proust précise nettement celle date.
Nous sommes loin, vous le voyez, de celle explosion simultanée sur l’Europe entière, de celte dilïusion plus rapide que tous les
1 Commua, à l'Académie de Médocine, IG décembre 1889.
Semaine médicale, n° du 25 décembre, pag. 47!,
3 Société des Médecins russes. Mercredi médical, n° du 8 janvier.
GRASSET ET RAUZIER.
moyens de transport, dont on a tellement parlé. Au commencement ou au plus lard à la fin d’octobre, les premiers cas sont observés en Russie; le 26 novembre, l’épidémie envahit notre capitale.
La maladie débute donc 5 Paris par les magasins du Louvre. Avant le 26 novembre, la moyenne habituelle des absences quotidiennes était de 120 sur 3,000 employés. A partir de ce moment, le nombre des absents subit un accroissement rapide ; il atteint les chiffres de 515,560, 670, les 8, 9 et 10 décembre.
Après le Louvre, c’est le tour du bureau central des Postes et Télégraphes. Jusqu au 5 décembre, sur un personnel composé de 550 hommes et 4-20 femmes, les absences sont exceptionnelles. Brusquement, du 6 au 7, le nombre des absents monte h quarante ; le 8, il s’élève à soixante et dix ; le 9, il comprend quatre-vingts hommes et cinquante femmes; le 10, quatre vingt-dix hommes et soixante femmes.
A ce moment, la diffusion dans Paris est complète et générale. Cinquante élèves de l’École centrale sont pris en quelques jours.
— A Saint-Louis, la maladie apparaît le 9: le 10, trente-trois élèves sont atteints; le 12, on enregistre vingt huit nouveaux cas, non compris trois professeurs, un répétiteur et deux garçons.
— A Sainl-Cyr, la moitié des élèves de l’École militaire sont frappés en huit jours. — L’École polytechnique n’est pas épargnée ; le 6, on constate le premier cas; du 6 au 12 décembre, cent soixante et dix élèves se succèdent à l’infirmerie.
A la même époque (12 décembre), la haute société parisienne est prise de tous côtés. Les journaux du moment annoncent que Mme Guyot, M"1C de Freycinet, la présidente M,n0 Carnot, sont atteintes. Bientôt, on annonce qu’il manque le quart du personnel des téléphones. Le 16, le préfet de police et plus de soixante employés de la préfecture de police sont frappés. Le 17, on compte 236 malades sur 1,122 agents attachés au poste central des télégraphes, et 87 absentes sur 253 employées des téléphones.
Le 20, l’École de Sainl-Cyr, où 500 élèves sont dispensés du cours, est licenciée. M. Carnot et quatre ministres se trou-
GRIPPE DE l’hiver 1889-90.
vciil à leur tour indisposés ; au palais de justice, trois Chambres sont fermées en raison de l'épidémie.
Pendant ce temps, l’Europe tout entière est progressivement envahie.
A Berlin, la maladie débute comme à Paris. Les premiers cas sont constatés vers la (in novembre, ainsi qu’il résulte d’une communication faite, le 26 décembre, par M. Leyden à la Société de Médecine interne de Berlin.
La maladie éclate presque aussitôt 5 Vienne ; elle envahit l’Autriche entière, et se diffuse sans larder dans le sud de la Russie, l’Italie, l’Espagne, le Portugal.
L’Angleterre est frappée plus tardivement et avec moins d’intensité.
Puis, une fois toute l’Europe envahie, l’Afrique est prise à son tour; l’épidémie se propage en Algérie, en Tunisie, dans le Maroc. Plus tard, enfin, on la voit se répandre dans le Canada, les États-Unis, toute l’Amérique du Nord en un mot.
Voilà donc, brièvement énoncée, l’histoire de la maladie. Il ressort nettement de celle évolution qu’il s’agit là d’une véritable épidémie , d’une maladie populaire.
Par ce mol de maladie populaire, j’entends une affection frappant la population entière. Il ne s’agit pas là de peuple au sens vulgaire du mol, de plèbe ; on peut dire, au contraire, que la maladie actuelle mérite, au premier chef, le nom de morbus dominorum. Certainement le bas peuple n’est point épargné ; mais, à l’inverse de ce qui se passe dans la plupart des épidémies, la société est frappée à l’égal de la populace. Les ministres, les ambassadeurs, les souverains, sont atteints dès le début. Sans égard pour les distinctions gouvernementales, la maladie s’attaque en mémo temps au czar de Russie et au président de la République française. Aucun âge n’en est à l’abri, et l’on a pu voir, simultanément atteints, bien qu’avec un sort différent, la vieille impératrice Augusta et le petit roi d’Espagne.
Jamais épidémie ne s’est plus universellement répandue; jamais, pour ma part, je n’ai constaté de généralisation pareille. A-t-on
GRASSET ET RAUZIEU.
vu, dans d’autres circonstances, les services publics aussi complètement désorganisés ? les collèges fermés, les écoles d’application licenciées ; le fonctionnement de la poste, des télégraphes, du chemin de fer confié à l’armée ; les entreprises privées forcées de recruter des auxiliaires un peu partout ? Et dans les maisons, quel spectacle! Des familles entières frappées, maîtres et serviteurs; les moins malades obligés de rester debout pour soigner les plus atteints ! Des prières, des supplications adressées, du seuil de chaque appariement, au médecin qui pénètre dans ces hôpitaux privés.
Cette fois, on serait mal venu à parler de l’immunité médicale. Partout, les médecins ont payé leur tribut, sous la forme et dans la proportion ordinaires. Il y a quelques jours, je trouvais, dans un grand village de l’Aude où sévissait l’épidémie, la pharmacie fermée et le méJecin malade.
Ces exemples, Messieurs, graveront dans vos mémoires, bien mieux que des chiffres, le tableau de la maladie actuelle.
Donc, et ce sera là ma deuxième conclusion, la maladie que nous observons en ce moment, maladie tout à fait analogue à celle qui sévit partout, est une affection épidémique à diffusion rapide et à généralisation extrême.
Mais il est une troisième conclusion tout aussi importante à poser avant d’aller plus loin : si la dillusion de la maladie est rapide, extrêmement rapide môme, elle n’est pas instantanée, comme on a voulu le dire.
On a prétendu que l’épidémie se propageait plus vite que ne circulent les moyens de transport les plus perfectionnés. Leyden cite, en la déclarant très juste, l’image de Becker qui compare, au point de vue de sa propagation, I épidémie actuelle à la boite de Pandore brusquement ouverte et infectant d’emblée 1 humanité tout entière.
C’est là une inexactitude, une affirmation tout à fait contraire à la réalité des faits, infirmée par les documents officiels les plus authentiques.
Comment les choses se sont-elles passées dans notre ville ? Un
GRIPPE DE l'hiver 1889*90. 23
(le nos confrères rentre, le 8 décembre, de Paris où il a passé quelques jours; durant son séjour dans la capitale, il est allô faire quelques emplettes au Louvre. Le 9, il est pris de courbature et de céphalalgie ; puis la maladie s’affirme. Les jours suivants, quelques cas isolés éclatent. Le 18, l’épidémie éclate ù Montpellier ; ce jour-là, j’observe trois cas; le lendemain, je vois six malades ; puis le nombre en devient indéfini.
Vous le >oyez, un temps appréciable s’est écoulé entre le premier cas constaté et la diffusion complète.
A Paris, il en a été de même. C’est le 26 novembre que les premiers cas ont été observés au Louvre; tout d’abord, la maladie est restée limitée à ce foyer. Au bout de plusieurs jours, le 5 décembre seulement, le bureau des Postes a été envahi à son tour. El ce n’est qu’alors, après une période très nette d’invasion localisée, que l’épidémie a gagné le toul-Paris et la province.
Remontons encore en arrière. La Russie a été frappée en octobre, un mois avant notre capitale. Au début, les cas ont été assez peu nombreux pour que les médecins ne soient pas d’accord sur la date de son apparition* les uns la fixant au commencement, d’autres à la fin du mois. Dans la suite, le tiers de la population de l’empire est atteint.
Tout récemment, une fois l’Europe entière envahie, nous avons vu l’épidémie gagner l’Afrique et l’Amérique du Nord.
Il ressort de ces divers exemples que nous avons affaire à une maladie présentant une extension progressive.
On peut, semble-t-il, lui assigner quatre étapes :
1. Elle prend naissance à Saint-Pétersbourg et envahit la Russie ;