‹ Leçons sur la grippe de l'hiver 1889-90Chapitre 8 sur 10 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

Moyenne

de mortalité

• kJ

celle des neuf années les plus voisines (1830 à 1839, 1837 restant 5 part). Il a trouvé la moyenne suivante :

Moyenne ordin. 1837

Février 102 107

Mars 111 265

Avril 101 105

D’après Caizergues, on peut, dans l’épidémie à laquelle il fait allusion, attribuer à la grippe 165 décès, soit, en comparant ce chiffre au total de la population, qui était alors de 44,370 habitants, t décès sur 268 habitants.

Or, le choléra de 1835 n’ayant enlevé que 95 personnes, soit un habitant sur 467, Caizergucs en conclut mathématiquement que la grippe cause plus de ravages que le choléra.

GRASSET ET RAUZIER.

Certainemenl les chilTres ont du bon, mais il n’en faut point abuser. Or, la conclusion de Caizergues me parait approcher de l’abus. Sa proposition est vraie d’une manière absolue, en tenant compte des chiffres dans toute leur brutalité. Mais ces chillres ne représentent nullement le coefficient de létbalilé des deux maladies. Pour juger de la gravité d’une affection, il faut rapporter le nombre des morts, non pas au chiffre de la population, mais au chiffre des individus atteints. Dans ces conditions, les résultats sont entièrement différents, et la mortalité due au choléra reste bien supérieure à la mortalité de la grippe.

Ce n’est pas seulement à Montpellier que l’épidémie a exagéré le chiffre des décès. Partout il en a été de même. A Paris, où la statistique est très bien laite, Bertillon 1 a fait une élude fort instructive de la mortalité comparée des dernières années. Voici son tableau, semaine par semaine, des décès en 1886, 1887, 1888 et 1889, auquel j’ai simplement ajouté la moyenne des trois années qui précèdent la nôtre.

au 7 décembre..

Moyenne

A Paris, comme à Montpellier, comme partout, nous arrivons donc à voir doubler, et au delà, le chilïre habituel de la mortalité.

Bertillon a cherché à se rendre compte de l’influence du sexe, de l’âge, de l’habitat, etc., sur la mortalité. Il est arrivé, pour l’âge, aux conclusions très remarquables que voici :

irc semaine 2° semaine 3e semaine

4° semaine

0 à 4 ans. . .

Au delà de GO

Bulletin medical, 1890, pag. 21.

GniPi’K de l'hiver 1889-90. G.'i

(la première semaine de décembre pouvant Cire considérée comme une normale).

Voilà une constatation bien intéressante: de 0 a 5 ans, la mortalité ne varie presque pas; de 5 à 19 ans, elle s’accroît légèrement ; de 20 à 60 ans, elle triple ; au delà de 60 ans, elle est double de la moyenne ordinaire. Sans être grand amateur de statistique et de chiffres, on ne peut qu’ôlre frappé de ces résultats.

En janvier', le nombre des décès diminue à Paris, tout en restant supérieur au chiffre habituel.

Durant la première semaine, on compte encore 2,683 décès (au lieu de 970 constatés l’année précédente). Au point de vue de l’dge, ils peuvent se décomposer comme il suit :

4 ans

. . 374 au lieu de

Au

delà de 60 ans. . . .

Au cours de la seconde semaine, on enregistre 2,065 décès (soit 61 8 de moins que la semaine précédente), et, relativement à l’Age :

Moyenne des K premières 2« semaine 1890 semaines 1889

0 à 5 ans 299 28G

Au delà de 60 — 729 297

De tous ces documents cliniques et positifs nous pouvons conclure que la lélhalilé de la grippe, peu élevée en soi vu le nombre immense de personnes atteintes, est cependant considérable en tant que chiffre absolu, et élève réellement le taux de la mortalité générale dans les régions où s’abat la maladie.

La grippe étant par elle-même unealleclion bénigne, pourquoi et comment en meurt-on? Je répondrai tout de suite à cette

1 Médecine moderne, nos 4 et 5, 1890.

GRASSET ET RAUZIEH .

question : La grippe lue par ses complications, el surtout par ses complications du côté de l’appareil respiratoire. I! est temps maintenant de les étudier.

Les complications de la grippe portent principalement, je viens de vous le dire, sur les voies aériennes. Par le mol de complications, je comprends à la fois les localisations directes de la grippe sur l’appareil respiratoire el les complications proprement dites delà maladie par une autre infection dont la grippe aura préparé et favorablement adapté le terrain.

De tout ceci vous avez sous les yeux de nombreux exemples. Si le nombre dé malades civils observés à l'hôpital a été relativement restreint (faute de lits surtout, et encore pourrai-je faire allusion à quelques cas intéressants relevés dans celle catégorie de malades), en revanche les militaires nous ont fourni un champ d’observation merveilleux.

Mon interne, M. Caslagné, a bien voulu faire le relevé de tous les malades entrés dans les salles militaires pendant le seul mois de décembre, avec leur diagnostic.

Ce relevé démontre immédiatement le très grand nombre de sujets atteints d'affections des voies respiratoires.

Nous sommes donc en possession d’un bagage clinique considérable; c’est exclusivement à l’aide de ces matériaux que je vous décrirai les complications de la grippe.

Celte histoire est difficile ù faire et à concevoir ; pour rendre tna description aussi claire que possible, je diviserai les complications en:

1° Localisations respiratoires proprement dites de la grippe: bronchite, broncho-pneumonie, fluxion de poitrine grippale.

2° Complications par infections secondaires:

a. Infection pneumococcique: pneumonie, pleuro-pneumonie, infection générale.

b. Infection bacillaire : bronchite et pneumonie tuberculeuses, tuberculose aigué.

3° Retentissement sur l’appareil circulatoire, lésions du cœur droit, modifications de la tension artérielle.

4° Retentissement sur le système nerveux : délire, troubles

GiuPiE ne 1/ hiver 1889-DC.

trophiques, douleurs et arlhropalhies (rapports nosologiques du rhumatisme et de la grippe).

Le cadre est vaste, vous le voyez; je lâcherai de le parcourir aussi rapidement, aussi succinctement que possible.

I. — Les localisations respiratoires proprement dites de la grippe sont : la bronchite, \abroncho-pneumonie, la fluxion de poitrine grippales.

La bronchite aiguë, primitive, est rare. En dehors des bacillaires et des rougeoleux, je n’ai guère à ma disposition, en temps ordinaire, pour vous enseigner les signes cliniques Je la bronchite, que de vieux lousscurs, chez lesquels je vous fais constater des poussées aiguës ou subaiguës de bronchite, survenant au cours d’une bronchite chronique ou d’un emphysème.

Les rhumatisants présentent des poussées analogues ; vous en trouvez actuellement bon nombre d’exemples dans les salles. Enfin, il existe une bronchite catarrhale, que l’on observe peu à l’hôpital, mais dont on voit chaque année, h une certaine époque, un assez grand nombre de cas dans la clientèle urbaine.

Cette année, le tableau habituel s’est complètement modifié: le nombre de bronchites à l’évolution desquelles il nous a été donné d’assister a été énorme.

Je vous rappellerai en quelques mots les signes cliniques de la bronchite. Je ne fais point allusion ici à cet état des bronches qui se traduit simplement par de la toux en l’absence de signes stéthoscopiques, et qui appartient à la grippe simple, sans localisation prépondérante ni complication. Je parle de la bronchite vraie, de l’inflammation des bronches.

Vous entendez quelquefois, dès le début, des râles secs, sonores et musicaux ; leur intensité varie suivant le calibre des bronches qui leur donnent naissance, et vous percevez le plus souvent un mélange peu homogène de rhonchus, issus des grosses bronches, et des sibilants les plus aigus, originaires des fines ramifications bronchiques.

Cependant, la constatation des râles bronchiques, au début,

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