‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 31 sur 97 · VOrdo I ccrii faciens crucem III vicibus manu sua super · texte numérisé non relu

VOrdo I ccrii faciens crucem III vicibus manu sua super

calicem (ponlifex) mittit Sancta in eum. » L'Ordo II ne dit rien des

vent être ces Sancta, demanderons-nous, sinon les espèces eucharistiques réservées d'une messe antérieure, que l'on a présentées au pape quand il entrait dans la basilique, et qui assurent en une forme sensible la continuité du sacrifice?

Cette énigme n'est pas la seule. On ne voit pas, en effet, en quoi la commixtion des Sancta de la veille au calice du jour se rattache à la parole Pax Dominisit semper vohiscum. Le Pax Domini est essentiellement une formule pour le baiser de paix. Et en effet sitôt que le pape a prononcé Pax Domini, l'archidiacre donne la paix au premier des évêques assistants, puis la paix passe aux autres à tour de rôle, et enfin au peuple. Notez que le pape n'a pas donné la paix à l'archidiacre, il a seulement prononcé le Pax Domini. On peut imaginer qu'un tas- . sèment s'est produit; que la commixtion des Sancta au calice se faisait d'abord en silence ; puis venait la paix donnée par le pontife à l'archidiacre et qui passait de proche en proche à toute l'assistance, paix dont le Pax Domini donnait le signal et qui était la préparation prochaine à la communion.

signes de croix et seulement : < ... mittit in calicem de Sancta, sabiungens : Fiat comraislio et consecratio corporis et sanguinis » etc. l/Ordo de Saint-Amand a laissé tomber celte rubrique. —, VOrdo II note qne la patène présentée à l'archidiacre est vide (patena nuda), et il écrit ensuite que rofficiant « mittit in calicem de sancta oblata», ne comprenant plus le sens de Sancta et en faisant une épilhète à oblata. On a passé du rite désuet à un rite nouveau, celui-là même qui s'est perpétué. — Mabillop, qui a très bien tu que les Sancta sont l'eucliiarislie réservée d'une messe antérieure, rapproche ce que dit rOrdo I des rites observés à Kome quand la messe est célébrée par un évéque, au lieu d'être célébrée par le pape ; « Quando dici débet Pax Dominisit semper vobiscum, deporlatur a subdiacono oblationario particula fermenti quod ab aposlolico consecratum est, et datur archidiacono, ille vero porrigit episcopo. At ille, consignando tribus vicibus et dicendo Pax Domini sii semper voûiscitm, mitUtin calicem ».

Un dernier geste : le pontife prend une de ses deux oblatae, il la rompt de manière à laisser une portion {particulam) SUT l'autel, et il dispose ce qui reste des deux oblatae sur la patène, — Il quitte alors l'autel et retourne à sa cathedra. — Le geste par lequel le pape vient de détacher une /?«r?/ca/a de l'un des deux pains qu'il a consacrés, n'est pas encore la fraction, à laquelle il procédera bientôt et avec plus de solennité. Amalaire (III, 35) sait que cette particula restera sur l'autel jusqu'à la fin de la messe. VOrdo I explique ce rite en disant que l'autel ne doit pas demeurer sans sacrifice [altare sine sacriflcio non sit) tant que dure la solennité de la messe ^ . Cette explication n'explique pas grand'chose. Peut-être serat-on plus près de la solution, en conjecturant que cette parcelle eucharistique est réservée à la messe d'un autre jour à titre de Sancta.

Le pontife étant retourné à sa cathedra, l'archidiacre est demeuré à l'autel. 11 commence par soulever le calice (dans lequel est le vin que le pontife a consacré), et ce calice, confié à un sous-diacre régionnaire, est posé à l'extrémité droite de l'autel. Puis s'approchent, à droite et à gauche de l'autel, les acolytes portant les saccula que nous avons vus entre leurs mains dès le moment de la préface : les sous-diacres ouvrent ces sacs devant l'archidiacre, qui y dépose les ohlatae consacrées qui sont sur

1. Au XIII» siècle, cette rubrique n'est plus observée, assure saint Thomas, ni, lxxxiii, 5, ad 8 : « Hic tamen ritus non servalur modo, ut scilicet pars servetur usque in finem missae, proptcr periculum ». n est curieux de noter que la disparition de cette observance coïncide avec l'apparition (xii" siècle) de la suspension disposée au-dessus de l'autel et dans laquelle on place désormais la réserve eucliaristique. On en voyait une telle à l'autel majeur de Notre-Dame de Paris encore au ï:viii« siècle

l'autel. Les acolytes distribuent ces sacs entre les évêques et les prêtres parce qu'évêques et prêtres vont avoir à rompre les pains (qui sont dans les sacs). Le pontife lui-même ne rompt pas de pain, mais la patène est portée devant le pontife (par deux sous-diacres) aux diacres qui sont près de lui, et ces diacres rompront le pain au lieu et place du pontife. Tout est prêt pour la fraction du, pain. Les regards sont tournés vers le pape, et, sur un signe de lui, on rompt le pain, tous les pains.

Pendant cette cérémonie (distribution des saccula et fraction des pains), la Scola, sur un signe de l'archidiacre, a attaqué et continue le chant de VAgnus Dei. Je rappelle que le chant de VAgniis Dei est à Rome une création du pape Sergius (687- 701), qui, dit le Liber pontificalis (t. [, p. 376), institua que l'on chanterait pendant « la confraction du corps dominical » Agnus Dei qui tollis peccata mundi miserere nobis. Innocent III (VI, 4) nous instruit que de son temps la tradition ancienne de la Scola cantorum, qui s'observe en beaucoup d'Églises et notamment dans celle de Latran, dit-il, est de chanter le texte trois fois tel quel, sans dire la troisième fois Dona nobis pacem, qui s'est introduit ailleurs, pour conjurer les « adversités et les terreurs de l'Église ».

Remarquons l'ampleur donnée encore au viii^ siècle par le cérémonial au rite de la fraction du pain. Le pape y procède assis à sa cathedra. Ses prêtres y sont associés. Toute l'assistance a les yeux attachés sur le geste auguste, renouvelé du Sauveur.

Après la fraction du pain, la communion.

Le pontife communie le premier. Un diacre lui présente la patène, Parchidiacre le calice. Le pape se communie sous l'espèce du pain \ puis l'archidiacre le communie avec le calice, « confumatur ah archidiacono ». Remarquez le mot « confirmer », au sens de donner la communion à quelqu'un sous l'espèce du vin.

Le calice auquel le pape vient de boire est Tunique calice qui ait été consacré par lui sur l'autel. Si large que soit ce calice, il ne pourrait suffire à communier tous les communiants. L'archidiacre le rapporte donc à l'autel ^, et il verse un peu du précieux sang qu'il contient dans un scyphus (que porte un acolyte). Pendant ce temps, le clergé vient à la file à la cathedra et reçoit du pape la commimion sous les espèces du pain, les évoques d'abord, les prêtres ensuite, et ainsi des autres ^. Le premier des évêques

1. VOrdoI^t YOrdo de Saint-Amand (pas VOrdoIII) énoncent que le pape reçoit les espèces consacrées du pain sur la patène, puis qu'il en détache avec les dents une parcelle, et qu'il met cette parcelle dans le calice qne tient l'arcliidiacre, en disant : Fiat commistio et consecratio etc. Amalaire note ce rite (Iir, 31), dont il avoue ne pas saisir la signification, étant donné que la commixtion du pain «t du vin a été faite déjà une fois. Il est curieux que l'Ordo /// ne fasse pas mention de cette seconde commixtion. Elle se perpétua cependant à la messe papale. Innocent III (VI, 9) la mentionne, en avouant n'en pas comprendre le sens. Il ajoute qu'on lui en a donné une raison qui lui paraît sans autorité et qu'il croit mieux de ne pas rapporter.

2. En arrivant à l'aulel, l'arcliidiacre annonce au peuple la prochaine station : «... (.venit) ad cornu altaris et annuntiat stationem », dit l'Ordo I. Autant VOrdo de Saint-Amand. Cette rubrique n'a pas émigré en pays carolingien.

3. VOrdo de Sainl-Amand précise : d'abord les évêques, ensuite les prêtres, puis l'archidiacre, puis les autres diacres, puis les deux pri-

qui a communié prend le calice des mains de l'archidiacre, et, se tenant à la corne de l'autel, présente le dit calice à chacun de ceux que le pape a communies (sous les espèces du pain). La communion du clergé achevée, l'archidiacre reprend le calice des mains de l'évêque, et vide dans le scyphus ce qui reste (du précieux sang) ^ .

Le pontife descend maintenant de la cathedra, soutenu de la main par le priraicier des notaires et par le primicier des défenseurs, et il va communier (sous les espèces du pain) les communiants du senatorium. L'archidiacre les « confirme » ensuite, en d'autres termes les communie sous les espèces du vin, et ce au moyen d'un tube [pugillaris] qui permet à chacun d'aspirer quelques gouttes du précieux sang. Le pontife et l'archidiacre passent ensuite du côté des matrones pour les communier de même. Le peuple est communié par les évêques et par les diacres du côté des hommes, par les prêtres du côté des femmes^. — Sitôt qu'a commencé la distri-

miciers et les deux secondiciers. Le pape passe alors au senatorium.

1. n n'a donc été consacré qu'un calice parle pape. On verse du précieux sang qu'il contient dans un scyphus (et sans doute dans plusieurssc]/pAt)pour communier le peuple. L'OrdoJ/Js'en explique : • Yinum, etiam non consecratum, sed sanguine Domini coramistum, sanctificaUir per omnem modum >. Nous touchons ici à la question élucidée par M. Andrieu, Immixtio et consecratio, la consécration par contact dans les documents liturgiques du Moyen Age

a. Toute l'assistance communiai&elle à toutes les grand'm.esseB? Ce n'est guère vraisemblable. Âu ix' siècle, le pape Léon iv pose en règle que les prêtres doivent amener leurs paroissiens à communier <iuatre fois l'an (Noël, jeudi saint, Pâques et Pentecôte). I>an8 de grandes oc(^âions cependant tout le peuple présent se retrouve communier. Ainsi, en 799, à l'occasion du retour à Rome de Léon m après sa. visite à Chartemagne, le Liber raconte que tout le peuple va «u-deràBit du pape au pont Milvius « eum signi» et vandis », avec enseignes et bannières. Tout le peuple, et noua avons là une

bution par le pape au senatoriam, la Scola a entonné l'antienne pour la communion, qu'elle chante en alternant avec les sous-diacres, et qui dure avec le psaume où elle s'insère tant que dure la communion. Quand la lin de la communion est arrivée, le pontife fait un signe, les chantres disent Xq Gloria Patri, répètent le verset (de l'antienne) et s'arrêtent. — Le pape cependant, ayant communié les matrones de distinction, revient à son siège, où il communie les clercs régionnaires (sous-diacres etacolytes), il communie la Scola, l'archidiacre « confirme ».

L'antienne finie, le pape se lève de sa cathedra, et, le visage tourné vers l'Orient, il dit l'oràison que VOrdo I appelle l'oraison pour achever [oratio ad complendum), et que précède le Dominus vohiscmn. Quand elle est dite, celui des diacres qu'a désigné l'archidiacre fixe du regard le pontife, et, sur un signe de lui, dit au peuple : Ite missa^est. On répond : Deo grattas.

Retour au secretarium.

Entête, les sept acolytes portant les sept chandeliers, et le sous-diacre portant l'encensoir [thuribu' lum). — Le pape descend les marches de l'abside :

énuméralion des classes de ce peuple : le haut clergé {proceres dericofum), la masse du clergé {omnes clerici), Ja noblesse (op<tma(es et senatusj, les citoyens armés {militia), les citoyens non armés (universus populus romanus), les femmes vouées à Dieu (sanctimo' nîaîes et diaconissae), les femmes nobles {nobilissimae maironae), les femmes du peuple {universae feminae), les étrangers (scoiae peregrino7'um). Tout ce peuple escorte Léon III à Saint-Pierre où le pape célèbre la messe à laquelle tous communient : « Omnes pariter corpus et sanguinem Domini nostri I. G. fideliter participât! sunt. » Lib. pontif. t. II, p. 6.

les diacres l'accompagnent. Pendant qu'il descend, les évêques (prêtres et évêques restent à leurs places au presbyterium) lui disent : lube, domne, benedicere. Le pape bénit, en disant : Benedicat nos Dominus. Et les évêques répondent : Amen. Après les évêques, les prêtres font de même, et le ^ape leur répond de même. L'Ordo I mentionne que le pape est salué ainsi à tour de rôle par les moines {monachî}, par laScola, par les « milites draconai i id est qui signa portant » \ par les acolytes qui gardent la coupée des cancels, par les porte-croix (des régions), par les mansionarii iuniores (de la basilique). Et le pape bénit.

Les sept chandeliers et l'encensoir conduisent le pontife au secretarium et s'arrêtent devant la porte du secretarium, où pénètre le pontife et où il se dépouille de ses vêtements sacrés, que reçoivent les sous-diacres pour les passer aux cuhicularii. Pendant ce temps, les diacres, aidés par des acolytes, quittent leurs vêtements sacrés en dehors du secretarium. Ces détails sont donnés par VOrdo de Saint- Amand, qui en ajoute un autre plus familier. Le mansionarius prior de l'église où la station vient d'être célébrée, se présente : un mansionarius est (depuis le v^-vi^ siècle) le fonctionnaire laïque qui est chargé de la garde et du matériel d'une église : il offre au pape des petits pains [pastillos) sur un plateau d'argent. Viennent alors successivement les diacres, le primicier et le secondicier, le vidame, enfin les sous-diacres, et de la main du pape ils

1. Avec le P. Beissel (p. 324), lire draconarii, pas diaconarii : ce Bont des porte-drapeaux, seul iu.iice de la présence de gens de la milice romaine à la messe papale.

reçoivent de ces gâteaux. VOrdo sgoute : « Deinde miscitur pontiflci et ceteros suprascriptcs ». Ce qui signifie que l'on verse à boire au pape et aux susdits. Ce petit rinfrescho serait la fin de la solennité, si nous ne savions d'ailleurs qu'elle est suivie de deux repas : l'un est offert par le pape, l'autre par le vidame. C'est au moment où se chante VAgnus ûei que le pape a donné les noms des invités et que le nomenculatcr a intimé l'invitation à ceux qui viendront à la table pontificale [ad mensam pontificis], tandis que le notaire du vidame l'intimait à ceux qui sont réservés à la table du vidame {ad mensam vicedomini). h^Ordo II témoigne que la -liturgie romano-carolingienne n'a pas suivi cet usage bien romain, que VOrdo /et VOrdo de Saint- Amand décrivent avec autant de scrupule qu'ils font de rites plus sacrés.

Nous venons de décrire le cérémonial de la messe papale, tel qu'il est fixé à Rome, autour de l'an 700, et que le présente VOrdo romanus I. Partout où la liturgie romaine s'établit, la messe papale est la messe solennelle modèle. On la simplifie nécessairement. Déjà VOrdo romanus I prévoit que, si à Rome la mesise est célébrée par un évêque remplaçant le piape, l'évêque devra dire la collecte à l'autel, au côté droit de l'autel, et qu'il procédera à la fraction sur le corporal de l'autel. Joignez à cela qu'il ne devra pas s'asseoir dans la cathedra du pape. Toutefois, à ces détails près, il accomplit tout le reste

LE CÊRÉMOîsIAL DE L'ORDO ROMANUS I. 9»

comme le pape, « reliqua omnia similiter ut summus pontifex facit ». Quant aux évêques qui sont dans leur cité propre, ils font tout comme le pape : « Episcopi qui civitatibus praesident, ut summus pontifex ita omnia peragunt ». La messe papale a une ampleur exceptionnelle du fait du nombreux clergé, soit des titres, soit de la curie, qui y prend part, mais au vii®-vni® siècle la messe papale ne diffère pas d'une messe épiscopale. On comprend qu'elle «ii été adoptée telle quelle par les évêques carolingiens.

LtOrdo romanus I ajoute que, si la messe stationale est célébrée par un prêtre, ce prêtre n'a pas le droit de dire le Gloria in excelsis, sinon le jour de Pâques, mais que, pour tout le reste, il célèbre la messe comme la célèbre l'évêque qui remplace le pape. Ainsi la messe papale est aussi bien la messe d'un prêtre. A la limite, la messe privée n'est que la messe papale réduite à sa plus simple expression. Rien n'est plus juste que la maxime qui veut que les rubriques de la messe basse s'expliquent par les rubriques de la grand'messe, comme les rubriques de la grand'messe trouvent leur premier état dans les Ordines romains du viiie siècle.

Au livre xxn de la Cité de Dieu (ce livre xxii à dû être écrit en 426), saint Augustin^ rapporte un miracle qui s'est produit à Hippone, la guérison soudaine le matin de Pâques d'un étranger nommé Paul, qui, venu de Gésarée de Cappadoce, était arrivé à Hippone deux semaines avant Pâques, et émouvait la pitié de tous par le tremblement dont étaient secoués ses membres, effet, disait-on, de la malédiction qu'il avait encourue de sa mère. Ce malheureux venait chaque jour à l'église, et là il demandait sa guérison à des reliques récemment apportées à Hippone de saint Etienne premier martyr, en l'honneur de qui on avait construit une sorte de memoria ou inartyrium adjacent à la basilique. Le jour de Pâques arriva.

Le matin du dimanche, le peuple étant déjà nombreux dans l'église, on vit le malade qui priait en se tenant à la balustrade {canceUi) du martyrium, se prosterner soudain immobile comme un homme qui

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