Bisnop, p. 310-3H
3. VOrdo VI (ix'-x" siècle), qui est comme VOrdo U un ordo romain transporté en pays carolingien, marque que le coi;-.o:al doit
Le pontife descend alors de sa cathedra, il descend en s'appuyant de la main droite sur le primicier des notaires, de la main gauche sur le primicier des défenseurs, il descend à la balustrade [cancelli] qui, au bas des marches de Tabside, sépare le clergé de l'assistance. 11 faut imaginer l'assistance divisée en deux : du côté du midi les hommes, de l'autre côté les femmes.
Le pape va d'abord aux hommes, l'on donne à ce côté le nom de senatoî-ium (« qiwd est locus principum », dit VOrdo I/l), parce qu'aux premiers rangs sont les laïques appartenant à la noblesse. Les mots survivent aux institutions : ce qui restait du vieux sénat de Rome a disparu au vi^ siècle : désormais le mot senatas désigne l'aristocratie romaine, ainsi en est-il au viii" siècle. Notre Ordo 1 mentionne que le pape reçoit les oblations des princes dans l'ordre des préséances, « suscipit oblationes principum per ordinem archium ». On était à Rome très attentif à l'ordre des préséances. Les nobles qui viennent à l'offrande, offrent chacun une burette [amula] de vin, et un pain. Le pape passe chaque burette à l'archidiacre, qui la vide dans un grand calice (que porte un sous-diacre régionnaire), et ce calice lui-même quand il est plein est vidé dans un scyphus que porte un acolyte. Le pape passe chaque pain au diacre régionnaire (de la
couvrir toute la surface de l'autel : t ... ex puro lino contextum esse débet, quia sindone munda corpus Domini legitur involutum in Bepulcro, et tanlae quantitatis esse débet ut lotam alfaris superficiem capiat ». — Innocent HI parle rie corporales pallae et il explique que « duplex est palla quae dicilur corporale, una quam diaconus super altare totam exlcndit, altéra quam super calicem plicatam imponit » (II, 56).
région qui est de service ce jour), et ledit diacre le passe à un sous-diacre, qui le met dans une nappe [sindoii] tenue par deux acolytes. Quand les nobles ont achevé leur offrande, c'est au tour du peuple à faire la sienne : pour épargner le pape, l'offrande du peuple est reçue par un des évêques assistants.
Pendant ce temps, le pape va de l'autre côté, mais il doit pour cela passer au pied de l'autel, ante confessionem : là, il reçoit l'offrande du primicier et du secondicier (des notaires), ainsi que du primicier des défenseurs. Il arrive enfin aux matrones, noèilissimae matronae, dont il reçoit l'offrande comme il a fait pour les nobles. Nous imaginerons que les femmes du peuple viendront ensuite, comme a fait le peuple du côté des hommes.
L'offrande des fidèles est terminée. Le pontife, s'appuyant sur le primicier et le secondicier (des notaires), regagne sa cathedra et lave ses mains. L'archidiacre, qui vient aussi de se laver les mains, se présente devant le pape, et sur un geste du pape, va à l'autel. Les sous-diacres régionnaires lui passent les oblaiiones qui ont été offertes par l'assistance : l'archidiacre les dispose sur l'autel [componîl altare), ou, comme dit VOrdo III, il met sur l'autel autant d'oblats qu'il en faut pour suffire au peuple (qui doit communier). Nous entendons par oblats disposés sur l'autel, les pains. — Le tour du vin va venir : sur l'autel un calice vide est posé, dans lequel rarchidiacre verse la burette qui est l'offrande personnelle du pontife [amulam pontlficls) et les burettes qui sont les offrandes personnelles des diacres... Un sous-diacre va demander de l'eau [fontem] à la Scola, il la reçoit des mains
de V archiparaphonista, et la porte à l'archidiacre, qui en verse ce qui convient dans le calice, en faisant une croix. — Le pontife n'offrira-t-il pas personnellement son pain? Nous y voici : le pape se lève de sa cathedra, vient à l'autel, salue l'autel, reçoit les oblatae des diacres ; puis il reçoit de l'archidiacre les oblatae (les deux pains) qu'il doit luimême offrir, et il les place lui-même sur l'autel ^ . — L'archidiacre rapproche alors le calice, qu'il met à droite des pains du pape. Le calice, nous apprend VOrdo /, est un calice à anses, et ses anses sont enveloppées d'un offertorium, qui est un voile, peuton penser 2.
Le pape, qui est à l'autel et fait face aux fidèles, regarde alors la Scola et lui fait signe de se taire. Cette indication vient un peu tard dans VOrdo 1 pour nous apprendre que, tout le temps de l'offrande, la Scola a chanté.
1. Au temps d'Innocent ni on plaçait encore le calice à di'oite de l'hostie : « Calix ponitiir ad dextrum lalus oblatae, quasi sangui- «em suscepturus qui de latere Christi dexlro creditur vel cernitur profluxisse »(II, 58). Innocent m ne parle que d'une hostie. — Le Cérémonial des évêques fait présenter à l'évêque parole diacre deux hosties, comme dans VOrdo rom. I, mais une seule est retenue pour la consécration, et cette rubrique n'est plus guère comprise, car on suppose que celle que le célébrant ne relient pas doit être consommée par le clerc sacristain, afin d'être bien sûr que le dit clerc n'a pas servi des hosties empoisonnées. C'est un enfantillage. SI nous en croyons Amalaiie (III, 49), des deux oblatae du pape, l'une est pour l»pape, l'autre pour son diacre.
2. Dan» la mosaïque de Saint-Yital de Raveane représentant le «acrifice de Melchisédech, sur l'autel sont placés deux pains, et entre les deux pains est un calice à anses. — Lire 6. de Jehphanion, Le calice d'Antioche (1920), ù propos du prétendu calice de la cène, calice tout au plus du \" siècle, bonne élude sur les calices les plus anciens.
Si VOrdo 1 n'a pas parlé plus tôt de l'antienne del'offertoire (et du psaume où elle s'insère), la raison en est que VOrdo n'est pas fait pour régler le chant : il ne supplée pas l'Antiphonaire. Il ne supplée pas davantage le Sacramentaire, et par là s'explique qu'il ne mentionne pas l'oraison Super ohlata (ou secrète) que les sacramentaires placent ici comme conclusion 4e l'offrande.
La secrète dite à voix basse s'achève par le Per omnia saecula à voix haute. — UOrdo I note que les sous-diacres régionnaires -se sont, à la fin de l'offertoire, placés rétro altare, c'est-à-dire entre l'autel et la nef : ils répondent Amen. Ils répondront de même aux autres paroles du pontife et ils chanteront le Sanctus. Ils sont debout jusqu'au Sanctusj où ils s'inclinent, et ils demeureront inclinés ainsi tout le canon ^ — Les diacres sont debout derrière le pontife en flèche sur deux files (si je comprends bien), l'archidiacre en tète de la file de droite, le second diacre en tète de la file de gauche, et ainsi des autres. Quant aux évèques et aux prêtres, j'ai des hésitations sur la place qui leur est assignée. Ils sont certainement debout derrière le pontife célébrant, comme les diacres, mnis gardent-ils pour autant leur place au presbyterium, ou se sont-ils rapprochés de l'autel?
i. Dans VOrdo de Saint-Amand on voit que le reste du clergé, qui n'est pas du nombre des diacres, des évoques, des prêtres, dont il va être parlé, se placé sur les marches de l'abside : « Similiter et alius clerus revertitur subtus tabula ».
Au clergé ainsi disposé il manque les acolytes. UOrdo de Saint- Amand, plus complet sur ce point que VOrdo /, signale les acolytes debout derrière les diacres, à droite et à gauche : ils ont une nappe sur les mains [involati cum sindonibus)^ disons une écharpe de lin, et ils portent les uns des saccula ou petits sacs (nous en verrons bientôt l'emploi), les autres des scyphi (contenant le vin trempé d'eau qui, mélangé de quelques traits du précieux sang pris au calice de l'autel, servira à distribuer la communion au peuple). Toutefois l'un des acolytes se distingue des autres : il est placé le premier, il porte sur les mains une écharpe de soie décorée d'une croix [involutus de p alla cum cruce sirica)^ et il tient contre sa poitrine une patène ' . — Pourquoi tant .d'honneur rendu à une patène vide? Elle est certainement vide, en effet, àsinsVOrdoJI, c'està-dire dans la liturgie romaine émigrée en pays carolingien, mais on peut douter qu'elle ait été vide à Rome à l'origine de la rubrique qui la concerne. Je conjecture qu'elle contenait les Sancta, que nous retrouverons dans un instant.
Tout le clergé ainsi rangé, le pontife qui vient de dire jPer omnîa saecula saeculoî'um, poursuit : Dominus vohiscum, Sursum corda, Gratias agamus. La préface vient ensuite que conclut le Sanctus.
Le Sanctus exécuté, tout le clergé demeurant in-
i. L'Ordo I ne parle que de l'acolyte à la patène : * Quando (pontifex) inchoat canonem, venit acolytlms sub humero habens sindonem in collo ligatam, tenens patenam ante pectus suum, in parte dextra (altaris) usque In médium canonem ». Au milieu du canon, l'acolyte passera la patène au sous-diacre à la suite, qui la passera au sous-diacre régionnaire, qui la passera à l'archidiûcre.
cliné, le pontife seul se relève et il entre dans le canon, « surgit pontifex solus et intrat in canonem ». Cette expression solennelle est, pensonsnous, une façon d'assimiler le canon de la messe au sanctuaire du Temple où le grand prêtre, quand il y pénétrait, pénétrait seul.
VOrdo de Saint- Amand ici encore conserve la trace d'un état liturgique un peu plus ancien, quand il énonce que, aux grandes fêtes (Noël, Epiphanie, samedi saint, Pâques, lundi de Pâques, Ascension, Pentecôte, natale des saints Pierre et Paul), les évêques et les prêtres ont chacun un corporal à la main et chacun deux oblatae (soit deux pains à consacrer) : le pape, ajoute l'Orc^o de Saint- Amand, prononce les paroles du canon de telle sorte qu'il puisse être entendu par les prêtres et les évêques qui l'environnent, et qui consacrent leurs ohlatae, comme fait le pape (pour celles qui sont sur l'autel)^. Dans VOrdo de Saint- Amand, le rite est préservé de la concélébration du pape et des prêtres, rite qui dans VOrdoJ s'est évanoui. La concélébration ne subsiste plus aujourd'hui, sinon à la messe de l'ordination des prêtres et du sacre des évêques.
Revenons à VOrdo romajius I. Le pape dit le canon à voix basse. Il ne saurait être question de rien qui ressemble au rite de l'élévation, puisque ce rite
1. Le texte dit : « Et dicit pontifex canon(em) ut audiatur ab eis, et sanctificant (sanctificantur ms.) oblaciones quas tenent sicut et pontifex ».Amalaire atteste qu'il s'agit bien là de concélébration : « Mos estnomanae Ecclesiae ut in confectione immolationis Christi adsint presbyteri et simul cum pontilice verbis et manu conficiant .. Innocent ni (IV, 2S) écrit : « Consueverunt presbyteri cardinales romanum circumslare pontificem et cum eo pariter celebrare ». Lire l'article « Concélébration » de Dom de Puniet, dans le Dictionn. de Do m Gabrol.
9a LEÇONS-SUR LA MESSE.
s'inaugurera seulement vers l'an 1200, à Paris. II semble, à lire VOrdo /, que le pontife hausse un peu la voix au Nobis quoque peccatoribus, puisque à ce moment il est dit que les sous-diacres se relèvent. Au Per quem haec omnia, pareillement, car alora l'archidiacre se relève, prend le calice par les deux anses, et le soulève devant le pontife qui doit le toucher avec \QS,oblatae{sQB deux oblatde) en disant Per ipsum et cum ipso. Puis le pontife repose les obîatae à leur place, et l'archidiacre repose le calice à côté d'elles. On arrive ainsi au Per omnia saecula saeculoTmm, qui clôt le canon et qui précède le Pater.
Le Pater est accompagné du Libéra nos çuaesumus.
L'acolyte, que nous avons vu qui portait la patène au début du canon, l'a passée (au moment voulu) au sous-diacre régionnaire debout derrière l'archidiacre. Lors donc que le pontife prononce les paroles et ab omni perturbatione securiy l'archidiacre se retourne, prend la patène, qu'il baise, et la donne à tenir au second diacre (qui est à la gauche du pontife). Ce jeu delà patène serait une énigme (comme il l'est pour Amalaire, III, 27), si VOrdo I ne nous disait que, tout de suite, au Pax Domini sit semper vobiscum (et sans qu'il ait été encore parlé d'aucune fraction des oblatae) , le pontife fait de la main trois fois le signe de croix sur le calice, et met dans le calice les Sancta ^. Que peu-