lusTiN. Apolog. LXVU, 3-S
Il s'en faut que, saint Justin mis à part, nous ayons aucun témoin romain aussi ancien qu'Augustin ^
On peut produire du Kyrie eleison romain un témoin qui remonte aux premiers decennia du vi® siècle 2. C'est un canon du concile tenu à Vaison en 529, concile présidé par saint Césaire d'Arles et pénétré de la dévotion à Rome que Césaire personnifiait avec tant d'autorité. N'est-ce pas un canon de ce concile qui prescrit aux évêques et aux prêtres de faire à la messe mémoire du pape régnant? Mais ce canon n'est pas celui que nous voulons citer. « Parce que, lisons-nous dans le canon 3, tant dans (la liturgie qu'observe) le Siège apostolique, que dans les Églises orientales et les provinces de l'Italie, la douce et très salutaire coutume s'est introduite de dire Kyrie eleison, en le répétant à plusieurs reprises [frequentius) avec beaucoup d'affection et de componction, il nous a plu (de décider) que dans toutes nos Églises aussi cette si sainte coutume^ serait introduite aux messes : Plaçait etiam nabis ut in
1. Il faut écarter, en effet, le texte qu'on a coutume d'alléguer et qui est pris à la notice du pape Célestin (422-432) dans le Liber pontificalis, A l'en croire, l'usage aurait été à Rome jusqu'au temps de ce pape de lire t avant le sacrifice » l'apôtre Paul et l'Évangile, rien d'autre : Célestin aurait le premier fait chanter les psaumes à antienne. De là est venue l'opinion qui attribue au pape Célestin la création de l'introït. On se rappellera que les assertions de l'auteur du Liber sur les origines liturgiques sont toutes sujettes à caution. Ici l'assertion dépend de la lettre apocryphe de Damase à saint Jérôme.
^. La formule est d'ailleurs biblique, mais elle appartient aussi bien à la piété païenne. J. J. Doelger, Sol salutis^^ (1928), p. 60-103.
omnibus ecclesih hostris ista tant sancta consuetudo... ad mîss-as... admittatur ». Le mot missae employé là par le concile a dans la langue de saint Césaire le sens de notre mot messe.
Le grand évêque d'Arles tourne ses regards vers Rome, considère attentivement ce qui s'y pratique, et ne demande qu*à transplanter en Provence les usages romains. Chanter Kyrie eleison est un de ces «sages romain». Les tejrmes du canon de Vaison suggèrent, à vrai dire., qu© l'usage ne devait pas être très ancien à Rome, ni en Italie.
Dans le livre x et dernier de son Hi^toria Francorum (il aj^dû être écrit en 591), notre Grégoire de Tours raconte l'élection du pape saint Grégoire, d'après le récit d'un de ses diacres de Tours qu'il avait vers ce tempsxlà envoyé à Rome. La peste sévit à Rome, au moment où saint Grégoire est élu : son premier acte à peine élu, et avant même d'être béni (c'est-à-dire fait évêque, il n'était que diaere), est d'ordonner une station à la basilique de Sainte- Marie (Majeure) , où tout le clergé et tout le peuple de Rome sera invité à supplier Dieu d'arrêter le fléau. La station s'ouvrira au point du jour {dilueulo] par une litanie. L'ho-mélie de saint Grégoire est citée, dans laquelle il donne ses instructions au peuple à ce sujet.
LjC clergé s'assemblera à la basilique de Saints- Côme-et-Damien, avec les prêtres de la VI' région ; tous les moines, leurs abbés en tête , à Saints- Gervaiset-Protais, avec les prêtres de la lY* région ; toutes les abbatissae et leurs communautés à Saints-Pierre-et- Marcellin, avec les prêtres de la I" région.; tous les enfants {infantes), à Saints-Jean-et-Paul, avec les prêtres de la II* région; tous les laïques [laici) à
Saint-Étiônne, avec les prêtres de la VIP région; toutes les veuves à Saiûte-Euphémie, avec les prêtres de la V* région; toutes les femmes mariées à Saint-Clément, avec les prêtres de k III* région. Les fidèles ainsi partagés en sept groupes devront partir, à tierce, des diverses basiliques où ils ont rendezvous, et, trois jours de suite dont le premier est un mercredi, se rendre à la Basilique Libérienne « avec prières et larmes » , pour y supplier longuement le Seigneur par une litanie septiforme {septiformis îitania). — Donc, « à l'heure de tierce venaient à l'église (de Sainte-Marie-Majeure) l'un et l'autre chœur de psalmodiants, clamant à travers les rues de la ville Kyrie eleison^ t>.
Le pape saint Grégoire ordonne une lilania^ une procession de supplication. Rome ne connaissait pas les Rogations, qui, création gallo-romaine du v^ siècle, ne furent introduites à Rome que sous le pape Léon m, vers l'an 800. La litanie du 25 avril apparaît à Rome pour la première fois sous le pape saint Grégoire, en 598^. La litanie extraordinaire de 590 montre que, à Rome, supplication ou litanie a pour expression populaire l'acclamation grecque Kyrie eleison. Saint Benoît dans sa règle (c. ix), parlant du Kyrie, ne l'appelle-t-il pas « supplicatio Utaniae »? Mais ces deux mots, Kyrie eleison, supposent une invocation dont ils sont la réplique, et ainsi le Kyrie eleison de la messe « peut être considéré comme le résidu de la prière litanique ou dialoguée » entre le clergé et les fidèles ^ : « Veniebant utrique chori
1. Grecor. Hist. Franc, x, 1 (éd. Omost, p. 409-412J, 3. DucuESSE, Origines, p. S77.