Enarr. mps.cvi, l, et cxlvui, 1. Cf. Victor. Vit. I
2. On le sait par le diacre romain Jean, auteur de VEpistula ad Senarium virum illustrem, 13 (P. L. Lix, 406), que l'on date du début du VI* siècle — En 410, saint Jérôme conteste à Vigilantius, le droit de dire qu'il ne faut chanter Alléluia qu'à Pâques. Contra Vtgilantium, 1.
peu plus tard institua la règle de le chanter les dimanches et fêtes de l'année ^
L'Alleluia s'accompagne d'un verset. Ce verset qui ne tient pas la place d'un psaume, et dont maintes fois le texte n'est pas pris au psautier, même pas à rÉcriture sainte, n'est là sans doute que pour justifier la reprise de l'Alleluia. Le principal de l'Alleluia est moins l'Alleluia lui-même que les neumes ou vocalises prolongés qu'il revêt, et que les liturgistes du Moyen Age ont identifiés avec le chant que saint Augustin appelait iubilatio. Le iuhilus, écrivait-il, est signe que le cœur conçoit ce qu'il n'arrive pas à dire : chanter in iubilatione, c'est être dans l'impossibilité de traduire en paroles intelligibles ce que l'on sent et chante avec son cœur, à la façon des moissonneurs ou des vendangeurs qui de joie se mettent à chanter des chansons, mais qui ont tant de joie qu'ils ne peuvent latraduire en paroles, renoncent aux syllabes des mots, et se répandent en jubilation inarticulée, <■<. avertunt se a syllahîs verborum eteunt in sonum iubilationis » [Enarr. in ps. xxxii, i, 8).- Les neumes sont une chose plus savante que le /abilus d'illettrés décrit là par saint Augustin. Les vocalises d'un Alléluia étaient pour plaire à l'esthétique de l'Orient plus encore qu'au goût romain : saint Grégoire^, qui se défend d'avoir imité Cons-
li II est arrivé ensuite que, aux dimanches post Pascha et aux fêtes de saints du temps pascal, l'Alleluia et sou -verset ont évincé le graduel. Toutefois, ni nos Ordines romains du vui«-ix« siècle, ni l'Antiphonaire Grégorien, ne connaissent celte éviction du graduel.
2. Toujours dans la lettre à Jean évêque de Syracuse. Le reproche est, on s'en souvient, « quiaalleluia dici ad missas extra Pentecostes tempora (les cinquante jours du temps pascal) fecistis ». Le pape répond : « ...ut alléluia hic diceretur, de Hierosolymorum ecclesia, ex beati Hieronymi tradttione tempore beatae memoriae Damasi papae
tantiaople en , faisant chanter r Alléluia à la messe en dehors du temps pascal, relève que le chant de l'AlIeluia est à Rome « amputé » de beaucoup de ce qu'il est chez les Grecs, ce qui peut s'entendre de vocalises plus brèves et plus discrètes.
Il est des messes qui n'ajoutent pas l'Alléluia au graduel, celles des dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime, de la Quinquagésime, et des dimanches du Carême : elles ont à la place le tractus (comme l'appelle déjà VOrdo romanus I). Ce terme obscur traduit en latin, conjecture-t-on, le mot stpfAo'i;, qui servait aux musicographes grecs à désigner des mélodies toutes faites auxquelles on ajustait des paroles variableâ '. Au jugement de certains, le trac-' tus serait plus archaïque que le graduel, et proprement la forme primitive du graduel. Littérairement, il est pour nous un psaume (écourté toujours de quelques-uns de ses versets) , un psaume chanté en solo et sans qu'aucun répons s'y intercale, un psaume dont la mélodie est ornée, mais d'un caractère grave comme il convient à un chant de pénitence. Le trait de la Septuagésime est ainsi une partie du psaume De profundisj celui du dimanche des Rameaux une partie du ipsoMmeDeus deusmeusrespice. Les fériés de carême ont toutes un graduel; elles n'ont pas
Iraditur tractum : et ideo m^gis in bac re illam consuetudinem amputarimus quae a Graecis i'ueràt tradjta ». — Ici encore la prétendue tradition de saint Jérôme a sa source dans la correspondance apocryphe de Damase et de Jérôme.
i. THALROFKR-EisENnoFER, t. II, p. 91. A. GASTOVÉ, Lesoriçin^s du chant romain (1907), p. ci.
toutes un trait (les mardis, les jeudis, n'en ont pas, les samedis non plus); celui qu'elles ont est uniformément le même [Domine non. secundum peccata nostra...), les lundis, mercredis, vendredis. Pourquoi ces différences? On ne le sait pas^
La lecture de l'Évangile à la messe solennelle est réservée au diacre, et elle est faite à l'ambon. U Ordo romanus I marque que le diacre demande d'abord au pontife sa bénédiction en baisant ses pieds, et que le pontife le bénit avec la formule aujourd'hui encore en usage : Dominas sit in corde tuo et in labiis tuis... Dans VOrdo romanus F/(xi^ siècle), qui n'est point romain de Rome, le diacre, quand il prend l'Evangile sur l'autel, doit adorer Dieu en disant : Domine, labia mea aperies et os meum annuntiahit laudem tuam. A la même époque, ou trouve indiquée déjà dans des missels la prière :
4. Le Missel Romain a fait siennes quatre séquences : le Victimac paschali (attribué au prêtre AVipo, chapelain des en}pereurs Konrad H et Henri ni, x° siècle) pour le jour et la semaine de Pâques ; le Vent sancte Spirilus (auteur inconnu, peut-être Etienne Langton, archevêque de Cantorbéry f 4228) pour le jour et la semaine de la Pentecôte; le Dies irae (du compagnon et historié graphe de saint François, Thomas de Celano) pour la messe des morts; le Lauda Sion (de saint Thomas d'Aquin) pour la fête et l'octave du Saint-Sacrement. Ces séquences sont donc des acquêts tardifs de la liturgie. Le Stabat mater (de Jncopone de Todi), qui est attache à la messe de la fête des Sept Douleurs, n'est au Missel Homain que depuis Benoit xni (1727), mais on signale son utilisation liturgique dès le xv" siècle'. TlIAUIOFER-ElSENIlOFEn, t. II, p. 80-89.
Munda, Domine, co?' meum... (Ebner, p. 300). Dans VOrdo romanus 1, et aussi bien dans VOrdo i^oma-' nus III ou àaxi^VOrdo de Saint-Amand, donc dans la liturgie pure romaine du viii® siècle, le diacre ne dit pas Dominus vobiscum avant de chanter l'Évangile, tandis que VOf^do j^ontanus II, qui est romanocarolingien (ix° siècle), prescrit au diacre le Dominus vohiseum, puis l'annonce de l'Évangile [Sequentia sancti Euaiigelii secundum...), puis le signe de croix sur le front et sur la poitrine (il n'est pas question de se signer les lèvres). Au temps d'Innocent III (II, 46) ces rubriques sont observées à Rome, y compris le signe de croix sur les lèvres. L'encensement de l'évangéliaire par le diacre est signalé au XI*' siècle par Jean d'Avranclies.
Nous aimerions que le Gloria tibi Domine que le chœur répond à l'annonce de l'Évangile fût une acclamation ancienne. Il est mentionné pour la première fois dans le complément de VOrdo romanus I (n. 27) et par Amalaire (III, 18). Il est, selon toute apparence, la survivance d'un usage gallican, attesté à la fin du vi® siècle par saint Germain de Paris.
Ce que les Grecs appellent homélie, les Latins l'appellent sermon : saint Augustin ne met aucune différence de genre entre l'ôfxtXia grecque et le sermo latin [Enarr. in psalm. cxviii , prooem.). Sermo a pour synonyme latin tractatus\ Pas de grand'messe sans sermon : telle est la règle en Afrique au temps de saint Augustin, et partout ailleurs dans la catholicité : au v* siècle, Rome ferait exception, car à Rome, si nous en croyons Sozomène (vu, 19),