‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 37 sur 97 · cf. Basil. De Spiritu sanclo · texte numérisé non relu

cf. Basil. De Spiritu sanclo

de s'agenouiller le jour du Seigneur, jour de sainte allégresse, et pareillement les cinquante jours du temps pascal.

Dans la messe romaine, toute oraison est une conclusion. La secrète ou Vora.ison Super oblata tevmine l'offrande des fidèles, à l'offertoire. L'oraison après la communion, qui porte dans le Sacramentaire Grégorien le nom d'oraison Ad complendum, termine la communion du célébrant et de l'assistance. L'analogie suggère que la collecte est aussi une conclusion, la conclusion de la litanie.

Le nom de collecte ne se rencontre pas dans VOrdo romanus I, qui dit simplement oratio ; de même VOrdo de Saint-Amand ; VOrdo romanus ///appelle la collQQiQ prima oratio . Ces trois documents représentent l'authentique usage romain du viii* siècle ^ Au contraire, àaxisV Ordo romanus II, qui représente l'usage romano-carolingien du ix* siècle, il est parlé de 1' « oratio prima quam collectam dicunt », ce qui donne à penser que le terme exact était en vérité oratio prima, et que le terme de collecte était adopté dès lors cependant dans le pays pour lequel a été rédigé VOrdo II. Le Sacramentaire Grégorien ne donne pas de nom spécial à la première oraison ad missam, fidèle en cela à l'usage attesté par VOrdo I.

Mais il nous révèle l'origine du mot collecte. Le 2 février, à Rome, la fête de l' Ypapanti (la Purification), qui se célèbre à la basilique Libérienne, comporte une procession qui part de la basilique de Saint-Adrien pour se rendre à Sainte-Marie-Majeure. Le sacramentaire Grégorien marque : Missa ad

1. Le mot collecta chez saint Léon {Sermo, vi-xi) désigne une quête» qui était fixée au 6 juillet.

sanctam Ma?Ham maiorenij et donne les trois oraisons (le ladite messe (la première, l'oraison Super oblata, l'oraison Ad complendum). En outre, il donne une oraison préalablement dite à Saint- Adrien : Oratio ad collectam ad sanctum Adrianum. Le mercredi des cendres, où la station est à Sainte- Sabine, le rendez-vous est à Sainte-Anastasie, CoU lecta ad sanctam Anastasiarriy et une oraison est dite à Sainte-Anastasie. Ainsi des quelques autres collectae du Sacramentaire Grégorien. Le mot collecta est donc synonyme de convocation, rendez-vous, rassemblement, et désigne le rassemblement des fidèles [plehs collecta), d'où les fidèles partent en procession, à certains jours, pour la basilique où se célèbre la messe stationale.

Collecta, participe passé, — saint Cyprien appelait son peuple assemblé collectam fraternitatem, — a donné le substantif co//ec^a, d'où oratio ad collectam *, qui s'est abrégé en collecta. La liturgie a bien souvent ainsi accepté des termes de formation populaire, dont le sens se fixe sans égard pour leur étymologie.

La prière liturgique, à Rome, revêt deux formes maîtresses, celle des préfaces et celle des oraisons, et sous ces deux formes elle constitue une littérature de sacramentaire qui remonte au v' siècle et sans doute plus haut. Encore au temps du De catechizandis rudîbus de saint Augustin (c'est-à-dire en 400), les formules de la liturgie ne sont pas toutes écrites et fixées. Augustin veut que l'on prie les

1. Dans la passion des martyrs d'Abitina, on voit que les chrétiens d'Afrique appellent collecta ce que les Grecs appellent synaxe, les Romains station, l'assemblée liturgique, t Ego sum auctor in culus domo collectae factae sunt », dit un des martyrs au juge. Passio Abz» tinen. 14. Cf. Hierontu. Epùtul. LT, 1 et 9.

convertis, s'ils sont gens de lettres, d'être indulgents» « aux évêqaes et ministres de l'Église qui invoquent Dieu avec des barbarismes et des solécismes, ou n'entendent pas bien les paroles qu'ils prononcent et coupent la phrase à contresens :. non que ces fautes ne doivent pas être corrigées, si Ton veut que le peuple comprenne ce à quoi il répond Amen, mais il faut réfléchir, si on est lettré, que dans l'Église laf benedictio est dans le sentiment, tandis qu'au forum elle est dans les mots, et que la bona dictio d'un avocatn'est pas toujoui'sune benedictio » [De catech. nid. 13). Jolie leçon, non sans une pointe de préciosité, à l'adresse des gens qui ont le goût difficile. Et, de plus, indication liturgique : il est des formules toutes faites que l'officiant prononce et qu'il convient qu'il ponctue intelligemment, il en est d'autres qu'il improvise et oii l'on voudrait qu'il ne fît pas de fautes de latin de son cru.

La part laissée à l'improvisation du célébrant fut hientôt réduite à rien. Cette évolution se manifeste dan^ le canon 9 du concile de Garthage de 407, qui parle de formules approuvées en concile et obligatoires à tous, pour les preces, les praefationes, les comme ndationeSf les manus imposHiones*.

A Rome, le Liber pontificalis (t. I, p. 255) attribue au pape Gélase (492-496) la composition de praefa^ tiones et à'orationes. Le Sacramentaire dit Léonien, dont tant de formules se retrouvent dans le Sacramentaire Gélasiea et dans le Grégorien, est un répertoire d'oraisons et de préfaces romaines d'un temps où oraisons et préfaces étaient laissées encore au

i. Rapprocher le canon 23 du concile de Garthage de 397, qui se préoccupe des textes de prières suspectes qui circulexit.

choix de l'officiant, sinon à son improvisation : pour Noël il donne le choix entre neuf messes, quatorze pour la fête de saint Laurent, vingt-huit pour la fête des saints Pierre et Paul. Sans doute, au temps où il fut compilé, n'existait-il pas encore de sacramentaire officiel et authentique. Mais le style des oraisons et des préfaces romaines était fixé déjà définitivement.

Elles ont pour première caractéristique que le célébrant ne les prononce jamais en son nom individuel, mais au nom de toute l'Église présente : Oremus. Saint Cyprien exprimait cette règle déjà à propos de l'oraison dominicale ; « Notre prière est publique et collective, disait-il, et quand nous prions, nous prions non pour un seul, mais pour tout le peuple, parce que tout le peuple que nous sommes ne fait qu'un..., c'est la loi de la prière » [De domin. orat. 8).

Seconde caractéristique : oraisons et préfaces s'adressent à Dieu considéré dans son éternité, dans sa toute-puissance, Deus, Deus noster, omnipotens DeuSj omnipotens et misericors Deus, omnipotens sempiterne Deus, Dieu dans sa souveraineté, DcmineK Par une exclusive singulière, Dieu dans les oraisons romaines (je ne dis pas : les préfaces) n'est jamais appelé Père, pas même dans les oraisons où le Fils, son Fils, est mentionné 2. Aucune oraison ne

1. El cela rappelle une règle édictée par le concile de Cartilage de 397, qui veut que, à Tauiel, on s'ad^e^se toujoura au Père : € Cum altari assistitur, aemper ad Patrem dirigatur oratio » (Canon 23). FOLGKNT. Rusp. AdMonim. 11, 5, défend celte règle contre le soupçon d'arianiame. Hiuir. Fragm. op. hist. IX, 3.

2. Le Sacraraentaire Léonieu à quelques exceptions. Fet.toe, p. 76. 119, 124, 12S, 127, 132.

s'adresse au Fils (sauf quelques très rares exceptions) ^ aucune au saint Esprit. Les oraisons romaines s'adressent toujours à Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, application du précepte évangélique qu'il faut demander au nom du Fils^.

Troisième caractéristique : oraisons et préfaces romiaines ont un style à elles. Laissons de côté les préfaces, que nous retrouverons, et no considérons que les collectes. Elles ont toutes le même dessin : 1** Dieu est invoqué; 2° le plus souvent ce vocatif s'accompagne d'un rappel du mystère du jour, ou d'un rappel des martyrs dont c'est le natale, ou de la mention d'un attribut de Dieu ; 3° vient la demande que Ton adresse à Dieu en connexion avec ce mystère, ce natale, cet attribut; 4» la clausule finale. Prenons comme modèle la collecte de la première messe de Noël :

Deus, qui hanc sacratissimam noctem veri luminis fecisti inlustratione clarescere, da quaesumus, ut cuius lucis mysteria in terra cognovimus, eius quoque gaudiis in caelo perfruamur. Qui tecum.

1. Le Sacranientaire Grégorien ne donne la clausule Qui vivis el régnas qu'à quatre oraisons : la collecte du premier dira, de l'Avent {Excita), celle du mercredi des Quatre-Temps de l'Avent {Fcstina), celle du vendredi {Excita), celle du quatrième dimanche [Excita), WiLSON, p. 113, 114, 115. Le Sacramentairc Gélasien n'a qua la troisième de ces quatre collectes et elle lui donne la clausule Per. Le Sacramentaire Léonien ne connaît pas la clausule : qut vivis et régnas, qui est, peut-on penser, une clausule gallicane. La liturgie gallicane, en effet, avait nombre d'oraiaons qui s'adressaient à notre Seigneur : voyez notamment le Sacramentaire d'Aulun [Missale gothicum, yn« siècle), où l'on en trouve de très belles, comme le Post nominu de la fêle de l'Invention de la sainte croix.

2. lOA. XIV, 13 et XVI, 23. Voyez Optât. III, 11 (p. 99) : « ... qui Deum patrem per Filium eius ante aram rogaverit ». Comparez l'oraison Conversi ad Dominum des sermons de S. Augustin, Serm., Lxvii, par exemple. Doelgkr, p. 332.

O Dieu (c'est l'invocation, et tout de suite le rappel du mystère de la nativité), O Dieu qui avez éclairé cette nuit sacrée de la clarté de la lumière véritable (souvenir du texte de l'Evangile : La clarté de Dieu brilla autour des bergers), donnez-nous, nous vous le demandons (voici la pétition), que de cette lumière (Je suis la lumière du monde) dont nous apprenons sur terre à connaître les mystères, nous puissions un Jour dans le ciel goûter aussi les Joies (et la finale se rattache à cette mention de la lumière qui est le Christ), qui vit et règne avec vous... Cette oraison de Noël, qui est au Missel Romain, est aussi bien dans le Sacramentaire Grégorien et dans le Gélasien : elle est un modèle achevé de collecte romaine.

Que l'on compare ces collectes romaines à celles de la liturgie gallicane, par exemple aux diverses collectiones (c'est le nom gallican des oraisons) du Sacramentaire d'Autun (vu® siècle), on jugera incontinent de la sobre beauté du style romain. Voici pour Noël la collectio post precem du Sacramentaire d'Autun, et remarquez tout de suite qu'elle s'adresse au Christ :

Exaudi, Domine, familiam tibi dicatatn et in tuae Ecclesiae gremio in hac hodierna sollemnitate nativitatis tuae congregatam ut laudes tuas exponat. Tribue captivisredemptlonem, caecis visum, peccantibus remissionem, quia tu venistl ut salvos facias nos. Aspice de caelo sancto tuo, et inlumina populum tuum quorum animus in te plena devotione confldit, salvator mundi. Qui vivis.

Cette prolixe oraison de Noël pourrait (sauf un mot) être une oraison pour tous les temps. Où est

l'unité de sujet des collectes romaines? Leur langue châtiée ? La régularité de leurs coupes? Leur scrupule à appliquer le cursus^? Leur brevitas et ce que (d'une expression qui est prise à Tune d'elles) on pourrait appeler leur /?a/'c/mo/i/ae stiidiiimy le souci d'épargner les mots?

Assurément, il en est beaucoup d'un relief médiocre, d'une concision exténuée. Mais je crois que, faute d'être avertis et faute d'attention, nous ne prenons pas garde à la beauté de sentiment et de doctrine si aisée à reconnaître en tant de ces médailles de frappe romaine. Une collecte comme celle du jeudi de la semaine de la passion n'est-elle pas révélatrice de la piété romaine?

Praesta, quaesumus, omnipotens Deus, ut dignitas conditionis humanae per immoderantiatn sauciata, medicinalis parcimoniae studio reformetur 2. Per.

La dignité de la condition humaine, l'horreur de l'excès, la vertu médicinale de l'abstinence, en tout cela une piété grave et comme empreinte de stoïcisme. Autre exemple, dans la collecte pour la fête des saiuts martyrs Vitus, Modestus, Cresceutia (15 juin) :

Da Ecclesiae tuae, quaesumus Domine, sanctis martyribus tuis Vito Modesto atque Grescentia intercedenlibus, superbe non sapere, sed tibi placita humilitate proficere, ut prava despiciens quaecumque recta sunt libéra exerceat caritate. Per 3.

d . I-. LA.ORAND, Ce qu'on sait et ce qu'on ignore du cursus (1914).

2. Celte oraison du Missel Romain est déjà dans le Sacramentairc Grégorien, le Gélasien, et le Léonien.

3. Missel Romain et Sacr. Gélasien (manque au Grégorien). Le Léo-

On reproche aux collectes romaines de contenir trop peu de la moelle biblique ou évangélique. On peut leur faire un grief aussi d'être en tout d'une doctrine plutôt rudimentaire, ce qui s'explique sans doute en partie par le fait qu'elles doivent pouvoir être prononcées en présence des catéchumènes. Elles sacrifient à l'antithèse, à l'abstraction. L'émotion leur manque. Mais à ces défauts aussi tient leur caractère romain, qui est ordre, raison, clarté, dignité, impassibilité^.

Elles s'achèvent uniformément par le rappel du divin médiateur, « toujours vivant et prêt à interpeller pour nous » [Heb. vu, 25), per Dominum nosîrum lesnm Christum, qui règne avec Dieu dans l'éternité, /?er omnia saecula saeculojum ^ expression biblique 2. Le peuple répond Amen, acclamation d'origine biblique aussi ^.

La messe romaine telle que la décrit l'Orc^o roma" nus /n'a qu'une collecte. Le Sacramentaire Grégorien est établi sur la même règle. Au xin*' siècle, la messe du pape y reste fidèle, fût-ce aux stations des fériés de carême : nous le savons grâce à VOrdoromanus XIII (n. 20), qui est un cérémonial du pape

nien (F£tTOE, p. S7) a un texte un peu différent, et rien des saints Vitus etc.

i. Lire, à l'appui, les quelques lignoa suivantes prises à une préface du Sacramentaire Léonien (Feltoe, p. 136) : t vere dignum, qui cum Bumraa sis ratio nosque rationales effeceris, certum est et tanto nos a tua participatione discedere quantum ab aequitatls tramite deviamus, et tantum in tua similitudine permanere quantum non divellimur ab ordine veritatls. Per ».

2. Ps. Lxxxui, S.Rom. XVI, 27. Gai. i, s. Heb. xiii, 21... Saint Irénée en signale l'emploi liturgique, Haer. i, 3 : . sur l'eucliarislie nous disons : El; toi; altôva; xwv alwvwv ». Terlullien rapporte que dans les jeux de gladiateurs les spectateurs acclamaient en criant : Eîç alœva; wc' alwvoç. De spectacul, 2S.

3. Deut. XXVII, 18-26. Cf. Rom. ix, S; xi, S6; xv, SS; xvi, 2!i, 27, etc.

Grégoire X (1271-1276). Il est vrai que ce même cérémonial spécifie que les prêtres de la Curie romaine ont, eux, en sus de l'oraison du jour, quatre oraisons à dire à ces messes des fériés de carême (oraison A cunctis, oraison Pro vivis et defunctis, oraison P/'o papa, etc.). La multiplication des oraisons aux messes privées a pour lin de permettre au prêtre d'introduire dans la messe du jour des intentions secondaires. Et cette multiplication des oraisons est signalée déjà au temps de Grégoire VIT [Micrologus 4), comme contraire à Yoi^do romain qui ne veut qu'une oraison, comme il ne veut qu'un introït, qu'une épître, qu'un évangile : « Sed hoc lam pauci observant », ajoute Bernold de Constance, sévère à cette innovation. Autour de lui, on attache déjà du prix à ce que le nombre des oraisons soit impair, 3, 5, 7 [ibid). Innocent III (II, 27) mentionne cette observance, sans l'adopter ni la repousser.

L'usage romain donnait à la messe des catéchumènes deux leçons, l'une des épîtres, l'autre de l'Évangile. Cette règle est attestée au v^ siècle par le pape saint Léon, que l'on voit dans ses sermons rappeler souvent soit la leçon apostolique, — « ... Auribus nostj'is lectio apostolicaepraedicationis insonuîtdîcens: Ecce nunc tempus acceptum » [Sermo xl, 2), — soit la leçon évangélique, — « Dicitquidem Dominus lesus discipulis suis, sicut euangelica lectione recitatum est : Si diligeretis me... » [Sermo lxxvii, 5). En Afrique, au début du v« siècle, saint Augustin nous

a appris que la messe avait deux leçons, l'une de TApôtre, l'autre de l'Évangile (sans parler du psaume), et exceptionnellement une leçon préalable prise aux prophètes.

Rome a-t-elle anciennement donné trois leçons à la messe des catéchumènes, la première tirée des prophètes, la seconde des épîtres, la troisième de l'Évangile? Cet usage est l'usage wisigothique et gallican, sans doute, mais à tant faire que de se laisser guider par l'analogie, l'usage de l'Afrique serait un bon indice que Rome n'avait qu'exceptionnellement une leçon prise aux prophètes^. Le jour de l'Épiphanie, Rome lisait, au lieu et place de l'épître, la prophétie d'Isaïe annonciatrice de la conversion des Gentils et de la venue à Jérusalem des dromadaires de Madian et d 'Épha, de l'or et de l'encens de Saba : le graduel de l'Antiphonaire Grégorien se raccorde à ce texte d'Isaïe.

Exceptionnellement donc une leçon prophétique était substituée à la leçon apostolique. Quand une messe fut donnée aux féeries de carême, cette exception fut posée comme leur règle : toutes les féeries de carême, en effet (nous ne parlons pas des trois derniers jours de la semaine sainte), ont en guise d'épître une leçon tirée des prophètes, choisie souvent de telle sorte qu'elle annonce l'évangile du jour, et cette coordination de la prophétie à l'évangile est très ingénieusement cherchée ^.

1. Dans le sermon que saint Ambroise nous a conservé du pape Libère {De virginibus, m, 1-3), on lit : . Cum legltur aliquid que Clirislus aut venturus annuntiatur, aut venisse ostenditur... •

2. On exceptera le samedi des Quatre-Temps de Carême, et aussi bien les samedis des autres Quatre-Temps de l'année, dont les cinq leçons prophétiques précèdent la lecture de l'épître et la lec-

L'usage d'intercaler le chant d'un psaume entve la leçon apostolique et la leçon évangélique est un usage liturgique dont témoigne saint Augustin pour l'Afrique de son temps : n Legentî j^espondentes cantavimus... », dit-il dans un de ses sermons [Enarr. in ps. XL, 1). Le lecteur lit le psaume, l'assistance chante le répons (qui est un verset de refrain pris dans le psaume) , étant bien compris que la lecture du lecteur est à sa manière un chant aussi. 11 devait en être de même à Rome. Saint Léon, dans un de ses sermons [Sermo m de natali ipsius, 1), parle du psaume qui vient d'être chanté, « Dandicum psolmum... consona voce cantavimus ». Le chant des psaumes fut à Rome longtemps réservé aux diacres, office qui leur fut enlevé par le pape saint Grégoire ^ .

Ce qui est aujourd'hui appelé graduel a dû êlre originairement un psaume à répons. En fait, dans l'Antiphonaire Grégorien, le graduel se compose de deux phrases mélodiques, dont la première porte le nom de responsorium, c'est le répons proprement dit, et dont la seconde porte le nom de versus^ c'est tout ce -qui reste du psaume. On exécutait le gra-

turé de l'évangile. Le samedi saint, on a douze leçons proRhétiques. Le samedi, veille de la Pentecôte, six leçons propiiétiques. Sur l'origine du lectionnaire romain, dont le Moyen Age a fait honneur à saint Jérôme sur la foi de textes apocryphes, voyez S. Beissel, Entslehung der Perikopen des rômischen Meesbuches (1907).

i. Concile de 595. P. L. t. LXXVH, p. 1335 : . Constituo ut in hac sede sacri altaris ministri cantare non debeant, solumque euangelicae lectionis offlcium inter missarum sollemnia exsolvant... «

duel ainsi : le chantre disait la phrase de répons en solo, et elle était reprise à l'unisson par le chœur, puis le chantre disait le verset. Ainsi le décrit VOrdo romanus II. C'était tout, et ce tout est évidemment un résidu. A certaines solennités, en effet, l'Antiphonaire Grégorien prévoit plusieurs versets : ainsi le graduel de la messe de Pâques, qui au Missel Romain n'a que son répons {Haec dies) et un verset [Confilemini), compte dans l'Antiphonaire Grégorien ce même répons, ce même verset, puis six autres versets. Vraisemblablernent, après chaque verset, il devait y avoir reprise du répons.

A la différence des psaumes à antienne (introït, oiîertoire, communion) qui sont exécutés par la Scola cantorum, le psaume à répons ou graduel, chanté en solo par un chantre (primitivement par un diacre), estchanté par lui du haut de l'ambon: cette particularité explique que saint Augustin puisse considérer le psaume du graduel comme une leçon. Elle explique aussi le nom de graduel, qui s'entend du fait que le graduel était chanté sur legradus ou ambon. Le terme de graduel, gradalis^ est employé par la rubrique liminaire du Sacramentaire Grégorien ; Raban Maur (au IX® siècle) semble dire que ce terme est rare encore, « Responsorium istud quidam gradale çocant » \J)e cl. instit. i, 33), le terme traditionnel étant responsorium.

A la différence encore des psaumes à antienne de l'introït, de l'offertoire, de la communion, le psaume à répons du graduel n'était pas chanté pour accompagner une péripétie comme l'entrée du pontife, l'olîrande des fidèles, la distribution de la communion : il était chanté pour être écouté, comme la le-

çon est écoutée pour elle-même. Le graduel, en cela, était un chant à part de tous les autres : il était une leçon qui, parce qu'elle était prise au psautier, s'était revêtue d'une cantilène, d'une cantilène d'abord infiniment simple et plus apparentée à une déclamation qu'à une mélodie, d'une cantilène qui s'était ensuite ornée, d'une cantilène qui a finalement étouffé le psaume, si bien que depuis le VIII* siècle le graduel intéresse seulement pour sa mélodie.

Le graduel se suffisait à lui-même. L' Alléluia qui le suit est un chant indépendant du psaume à répons qu'était le graduel. Nous avons accoutumé, disait saint Augustin, de chanter Alléluia à un temps fixé (de l'année liturgique), à des jours fixés, et c'est une tradition antique de l'Église : « Quod nohis cantare certo tempore sollemniter moris est, secundum Ecclesiae antiquam traditionem » ^. Le temps fixé dont parle saint Augustin est le temps pascal. A Rome, l'usage était plus strict : dans la première moitié du v» siècle encore, on ne chantait Alléluia que le jour même de Pâques, si bien que c'était un dicton romain : Daigne Dieu me donner d'entendre et de chanter Alléluia! Nous connaissons cette particularité romaine grâce à l'historien Sozomène, qu'elle a vivement frappé (vu, 19). L'usage changea ensuite : l' Alléluia se chantait tout le temps pascal à Rome au début du vi* siècle ^ : saint Grégoire un

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