Epislul. ccxvii, 2, et 26; ibid., lv
3. IlARDiiN. Concil. t. I, p. I2."i3-l2j8. I.e texte qui nous intéresse est bien dans l'esprit de saint Léon. Voyez mon article t s. Léon », col. 220, du Dictionnaire de ihéol. de Vacant.
lis tradita » ; il sait qu'elle est pratiquée dans toute la catholicité, « in toto mundo atque in omni Ecclesia catholica uniformiter celehrantur » ; il en prend occasion de dire qu'elle est par là même une autorité doctrinale, « ut legem credendi statuât lex suppMcandi », maxime destinée à devenir célèbre. Le pape va tirer argument d'une espèce particulière de prières. Le pape parle de la prière que l'évêque adresse à Dieu, auprès de qui il remplit alors son ministère d'intercession {mandata sibi legaiioné)^ entouré de tout le peuple qui s'unit à lui [tota secum ecclesia eongemiscenté). Cette prière solennelle, par laquelle les évèques demandent et supplient {praesides postulant et precantur), énumère une à une les intentions collectives de l'Eglise. L'évêque prie donc : 1° pour les infidèles afin que leur soit donnée la foi ^ , 2° pour les idolâtres afin qu'ils soient délivrés de leur impiété, 3° pour les juifs afin que leur cœur dégagé de son voile découvre la lumière de la vérité, 4° pour les hérétiques afin qu'ils reviennent à la foi catholique, 5" pour les schismatiques afin qu'ils retrouvent l'esprit de la charité, 6° pour les pécheurs afin qu'ils profitent du remède de la pénitence, 7° pour les catéchumènes afin que s'ouvre devant eux la miséricorde céleste dans le sacrement de la régénération.
On peut rapprocher la prière décrite dans ce document romain de la suite d'oraisons : 1° pour l'Église, 2° pour le pape, 3° pour le clergé et pour le peuple.
1. Rapprocher Aug. Epistul. ccxvn, 29 : • Oratur pro eis, quamvis ncn oretur ab eis : ipsi enim qiiomodo invoeabunt in quem non crediderunl'?... De orationibus autem iam fidelium, quas et pro se et pro aliis fidelibus faciunt... Nec attendis ideo pro infldelibus Deuoi vogari ut credant... » Cf. Op. imperf. contra lulian. VI, 41.
4° pour l'empereur, 5° pour les catéchumènes, 6" pour les affligés, 7° pour les hérétiques et scliismatiques, 8° pour les juifs, 9° enfin pour les païens, qui sont dites à roffîce du matin du vendredi saint. Ces oraisons qui ne se disent plus que le vendredi saint ^ se disaient, au vii^ siècle encore, le mercredi saint aussi ^. Le fait qu'elles ont été retenues le mercredi et le vendredi de la semaine sainte permet même de conjecturer que ces oraisons étaient attachées aussi bien aux réunions que l'on appelle aliturgiques, c'est-à-dire aux réunions qui (au v« siècle encore) comportaient des leçons, un sermon, pas de célébration des saints mystères.
Quoi qu'il en soit, et supposé que toute messe solennelle comportât les orationes soUemnes, il n'en reste pas trace à la messe du pape décrite par les Ordines du vii« siècle. Toutefois, Toiîertoire s'ouvrant par le Dominas vohiscum du pontife, le célébrant invite l'assistance à prier en disant : Oremus. Pourquoi cet Oremus n'est-il suivi d'aucune prière? On conjecturé que quelque chose a disparu, et que ce quelque chose est le groupe des or<i~ tiones sotlemnes ^.
4. On les a dans le Sacramentaire Gélasien et dans le Grégorien, au vendredi saint. Lire Dom Co:<nou.y, a Liturgical prayers of intercession », Journal of theoîogical studiei, 1920, p. 219-232.
2. Ce détail important est révélé par YOrdo romamts 1, n. -28, (cette seconde partie est de la fin du vm'jsiècle) : « Pontifes... dicit orationes solemnes sicul in Sacramentorum (libro) continetur... ^icit oratîonem pro rege Francorum, deinde reliquas per ordineœ... Quibus expleiis, osculatur altare et egreditur. Postea vero Jiora octava ingrediuntur ad missas hoc ordine... • Les oraisons étaient donc le meriredi saint distinctes de la messe. Le même Ordo, le vendredi saint, sépare les ornisons de la cérémonie qui suit (adocation de la croix, consommation des sancta ou présanctiûés) : « Quas (orationes) ut flnierit, omnes tacite exeunt foras. » Ibid. 3i.
3. On a pensé aussi à une oraison super sindonem, représentée par
Qui dit offertoire, aujourd'hui, pense au prêtie offrant à Dieu sur l'autel le pain et le vin par une anticipation du sacrifice qu'il offrira à Dieu du corps et du sang du Christ. Cette anticipation est soulignée par les prières que le prêtre prononce quand il dispose le pain et le vin sur l'autel, et que nous appelons les prières de l'offertoire. Mais ces prières, nous l'avons dit déjà, n'appartiennent pas à la messe papale du viii® siècle, et au temps d'Innocent III elles manquent encore (sauf VOrate fratres) à la messe pontificale : ce sont des prières de messe basse.
A l'offertoire romain appartiennent seulement deux textes ; le chant appelé Offertoire et l'oraison Secrète. Entre ces deux textes on doit placer l'offrande par les assistants de la matière du sacrifice de l'autel, l'offertoire étant dans cette perspective, avant tout, le geste des assistants, tandis que l'évolution de la messe solennelle à la messe privée en a fait presque exclusivement le geste du célébranl;. Il n'est resté de trace de l'usage ancien qu'à l'offertoire de la messe du sacre des évêques, où le consacré est conduit à l'offrande, qu'il fait entre les mains de son consécrateur (assis devant le milieu de l'autel), et qui consiste en deux cierges, en deux pains, en deux barillets de vin.
la seconde collecte du sacramentaire gélasien, et dont on a l'analogue dans le rit ambrosien.
C'est un trait de la liturgie romaine de vouloir que les assistants contribuent à l'oblation personnellement et publiquement. Saint Augustin était dans le même sentiment. Au moment de l'invasion d'Alaric, il parle avec émotion des femmes et des vierges chrétiennes qui sont en captivité, et qui, dépouillées de tout ou séparées de tout, n'ont plus la consolation d'apporter leur offrande à l'autel de Dieu ou de trouver un prêtre par les mains de qui elles puissent offrir à Dieu, « nec istae pqssunt vel ferre oblationeni ad allare Dei, vel invenire ibi sacerdotem par quem offerant Deo » [Epistul. cxi, 8). Augustin dit encore : Le Verbe a revêtu la chair de l'homme, a reçu cette chair avant de l'offrir pour le rachat de l'homme, à la façon de l'évêque qui reçoit l'offrande du fidèle afin de l'offrir ensuite à Dieu, « quomodo accipit sacerdos a te quod pro te offeratj quando vis placare Deum pro peccatis tuis^ ». Augustin insiste peu sur ces offrandes matérielles, et se plaît à rappeler à ses auditeurs que Dieu tient plus à eux qu'à leurs dons. A Rome, la participation du peuple à l'oblation a un relief exceptionnel et pour tout dire un peu massif : la liturgie soit byzantine soit gallicane, plus discrètement, procède à la préparation matérielle en dehors de l'assemblée et avant la messe. Il est vrai que le^ geste disparaît qui exprime que le sacrifice est d'abord une offrande et une offrande de toute l'Église.
Le pain présenté par les fidèles était anciennement du pain ordinaire, du pain levé. Au xi« siècle,
1. Auo. Enarr. in ps. cxxix, 7. cf. Victor. Vit. II, SI (p. 44) : t procedit ad altare... oblationem Domino redditurus, quam episcopxis accipiens altari imposuit. • cf. Optât, vi, 1 (p. 143).
l'tisage sera autre, puisque l'un des griefs des Byzantins contre Rome et VOccident et l'un des prétextes du schisme do Michel Cérulaire, sera le pain azyme dont se servent les Latins pour le saint sacrifice. Il est incontestable que l'usage du pain sans levain n'était pas ancien en Occident : selon toute apparence, il a été une innovation tardive, inspirée par le souci de célébrer la messe avec du pain pareil à celui qui avait servi au Sauveur pour la dernière cène ^ : l'anglo-saxon Bède (f 735) est la plus ancienne autorité que l'on produise en faveur de l'usage du pain azyme, alors que Rome ne connaissait encore que le pain levé et n'adopta le pain azyme qu'entre le ix* ettie xi' siècle. L'exclusive prononcée par les Occidentaux contre le pain levé est un raffinement savant ou soidisant tel qui n'implique aucune dogmatique et laisse aux usages étçiblis tous leurs droits à persévérer, droits reconnus égaux par le Concile de Florence^.
Les pains eucharistiques ont été primitivement des pains ronds entaillés d'une croix, comme on en voit dans les peintures représentant la multiplication dès pains au m* siècle, comme on en voit fa-
1.- Encore ce point prêtait-il à controverse entre exégètes. Les Grecs (saint Jean Clirysostome, par exemple), en vue d'accorder les" Synoptiques avec saint Jean, entendent que la cène a été célébrée, son pas le premier jour des azymes {prima die azymorum, comme dit la Vulgate traduisant nçéxf\v twv àÇyfjiwv), mais le jour avant les azymes (le temps des azymes), soit fi'lv npb twv ài[u(A»v. Voyez Lagrawge, Évangile selon saint Marc (1911), p. 348-349. H n'est pas douteux qu'en Orient, dès l'antiquité chrétienne, des Églises ont usé de pain azyme.
2. TEA.LBOFER-EiscNnoFER, t. II, p. 109-110. Sur Cette fastidieuse controverse, on pourra lire l'article « Azymes » du Dictionnaire de théologie de VicAHT.
çonnés avec du mortier sur une brique de loculus du cimetière de Priecille {ni^ siècle aussi) ^. Plus tard, les pains eucharistiques portèrent le nom de corona qui révèle leur nouvelle forme : ainsi dans VOrdo de Saint-Amand Voblata du pape est appelée une fois de ce nom. L'expression « corona consecrata » se retrouve au Liber pontipcalis (t. I, p. 139).
Une anecdote célèbre, rapportée du pape saint Grégoire, mentionne une dame de l'aristocratie romaine qui avait la dévotion de venir à l'offrande, le dimanche, à la messe du pape, qui la connaissait personnellement : s'approcliant pour communier de la main de l'Apostolique, elle eut l'irrévérence de sourire, et saint Grégoire lui refusa la communion, puis, la messe finie, il la fit paraître devant lui et la pria de s'expliquer, La matrone répondit qu'elle avait ri parce qu'elle avait reconnu dans les saintes espèces de la communion un morceau du pain qu'elle avait fait de ses mains : « Recognovi,inquitj portiunculam illam ex eadern ohlàtione fuisse quam ego manibus meis feci et tibi optuli... » ^, et qu'il lui avait semblé incroyable que ce pain qu'elle avait fait lui fût donné comme le corps du Seigneur. Il est bien étrange, pourrions-nous penser, qu'une dame si religieuse ait pu être si ignorante 1 L'historiographe assure que saint Grégoire en prit occasion de parler au peuple sur le corps sacramentel du Christ, et Dieu confirma sa doctrine par un miracle.
Les fidèles offraient donc le pain de leur maison,
1. J. WiLPERT, Fractio panis (Paris 1896), p. 83-81. Des pains ronds encore dans le grafltte (vi« siècle ?) retrouvé par le P. Crisar sur les murs du temple de Mater matuta (temple de Vesta). Hist. de Rome, 1. 1, p. 197, facsimile du grafltte, où figure aussi un scyphus.