‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 41 sur 97 · Padl. Diac. Gregor. vita · texte numérisé non relu

Padl. Diac. Gregor. vita

et, comme ils en offraient plus qu'il n'en fallait pour la communion du jour, ce qui était en surabondance était réservé pour être donné aux pauvres. Saint Grégoire en personne raconte l'histoire miraculeuse d'un prêtre de Centumcellae (Civittà Vecchia) qui, voulant faire la charité à un pauvre qu'il trouvait chaque jour sur sa route, apporta pour les lui donner deux pains de l'offrande, « duas secum ohlationum coronas detidit ». Mais le pauvre les refusa, en représentant qu'il était mort, et demanda au prêtre de lui faire avec ce pain la charité d'une messe pour le repos de son âme : « Si autem mihi praestare vis, omnipotenti Deo pro me offer huric panem » [Dialog. iv, 55). Les prêtres recevaient ainsi à l'offrande du pain qui servait à leurs aumônes, qui servait aussi d'eulogies à donner à des absents.

La substitution du pain azyme au pain de ménage eut pour conséquence de tarir l'offrande du pain par les fidèles. Au concile romain de 1078 (Can. 12), Grégoire VII fait un devoir à tout chrétien d'offrir quelque chose à Dieu à la messe, et de n'y pas venir les mains vides : indice que les fidèles désertent l'offrande, car on ne rappelle ainsi le précepte que quand il menace de tomber en désuétude. A la même époque, les fidèles riches faisaient leur offrande en argent ; saint Pierre Damien [Epistul. v, 13) parle de deux nobles dames, la femme d'un dux et la femme d'un marchio, qui, assistant à une messe qu'il célèbre, oMrent des pièces d'or, des besants (ô/za/iieos obiulerunt). Au xii° siècle^ les

1. HONOR. AuGUSTODUN. Gemma animae, 1, 27. (P. L. t. CLXXII,p. 853.)

fidèles n'offrent plus que des pièces d'or, ou d'argent, ou des dons en nature.

Le pain azyme ne pouvait conserver la forme de la corona du vi« et du viii^ siècle. Un texte d'Honorius d'Autun montre que, au xii* siècle, le pain d'autel se rapprochait de la forme qu'il a gardée dès lors, laforme d'une monnaie, « in modum denarii», dit Honorius d'Autun : il portait, ajoute-t-il, l'image (en relief) du Seigneur et une inscription [imago Domini cum litteris) *. Cette règle est attestée dès le ix^ siècle.

Avec le pain, les fidèles offrent le vin. Ils l'apportent dans de petites bouteilles ou burettes appelées amulae, dont il subsiste quelques modèles. La coutume de n'user pour la messe que de vin blanc est moderne, elle est signalée au xiV» siècle : le vin rouge étant plus apte, en effet, à figurer le sang du Sauveur, on devait le préférer pour cette raison de symbolisme^. Les amulae étaient versées dans un même scyphus, on prenait seulement la précaution de passer le vin à travers une passoire ou filtre, qui porte le nom de colum, colatorium^ .

Nous avons vu, dans la description de la messe papale du viii® siècle, que, une fois le calice de la messe garni de vin, on coupe ce vin d'un peu d'eau. Le récit de la cène dans les Synoptiques, pas plus que dans saint Paul, ne mentionne que le Christ ait mêlé de l'eau au vin du calice. Il n'en est que plus remarquable que l'on ait considéré toujours comme une tradition remontant au Christ l'usage de cou-

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