‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 53 sur 97 · JAFFB, 106!>. TUALH0FEK-El6ENH0F£a, t. II, p. ISO-IM · texte numérisé non relu

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cienne calquée sur le grec des Septante. Saint Paul [Rom, IX, 29) et saint Jacques (v, 4) emploient pareillement le mot hébreu Sahaoth sans le traduire. Le Seigneur des Sabaoth est le Seigneur de l'armée céleste (Luc. ii, 13) et des légions d'anges (Mat. XXVI, 53). '

La liturgie romaine a si bien compris Sahaoth des armées des anges, que c'est à cette multitude des anges, des puissances, des vertus des cieux, et des séraphins, qu'elle demande à Dieu de permettre qu'elle associe sa voix en chantant le Sanctus. Isaïe fait dire par les séraphins : « Toute la terre est pleine de sa gloire ». Notre Sanctus liturgique qui contemple les armées des anges, a joint le ciel à la terre : Pleni sunt caeli et terra gloria tua,

La liturgie ajoute au texte d'Isaïe : Hosanna in excelsis, qui est l'acclamation du peuple de Jérusalem au passage du Sauveur le jour des Rameaux (Marc, xi, 10). Cette acclamation, qui rappelle le chant des anges sur Bethléem (Luc.ii, 14), s'adresse à Dieu dans le ciel, comme toute la préface. Le reste, savoir Benedictus qui venit in nomine Dominij pris à la scène des Rameaux (Marc, xi, 9), s'adresse au Christ.

L'auteur du De Trinitate et Spiritu sancto (n. 16) , attribué faussement à saint Athanase et probablement composé par un espagnol de la seconde moitié du IV® siècle, écrit : « Ecclesiae Christi omnes ah Oriente usque ad Occidentem conçenienter Patrem a seraphiin laudai'i profitentur in ministeriorum relations, » Le terme ministeriorum relatio étant supposé désigner la liturgie, nous avons là l'indice que dans la liturgie de toutes les Églises, tant d'Orient

que d'Occident, on rencontre l'hymne des séraphins employé à louer le Père : notre auteur ne dit mot de la louange du Fils que constitue le Benedictus qui venit\CQ témoignage n'est pas isolé : au iv« siècle, la liturgie de l'évêque Sérapion en Egypte ne connaît au Trisagion que le texte d'Isaïe, pareillement saint Cyrille à Jérusalem, saint Jean Chrysostome à Antioche. Mars les liturgies byzantines (saint Jacques, saint Jean Chrysostome, saint Basile), qui représentent un usage plus récent, ont notre texte complet, et il est supposé par la prière Post sanctus des messes gallicanes et wisigothiques.

Si bien amené que soit le chant du Sanctus par la conclusion de la « préface » dans toutes les liturgies, on devra reconnaître qu'il rompt l'unité de la prière solennelle du célébrant. Saint Augustin, qui marque si fermement cette unité, ne connaît pas le Sanctus^. Et il en est de même de la description de la « messe » chez saint Justin : l'évêque y « exprime louange et gloire au Père de l'univers par le nom du Fils et de l'Esprit saint, et il fait une eucharistie abondamment pour ce que Dieu nous a daigné donner : quand celui qui préside a fini les prières et l'action de grâces, tout le peuple présent acclame : Amen » {Apol. lxv, 3). Chez saint Justin l'eucharistie, la grande prière de l'évêque, n'est pas coupée par un chant du peuple, et seulement conclue par son Amen.

i. Conformité du Sanctus inclus dans le Te Deum (Nicetas de Remesiana, autour de 4O0).

2. gBA^YLEY, p. 180. Toutefois, à la un du v siècle, le Sanctus est Dwntionné dans fe liturgie d'Afrique, Victor. Vit. II, 100 (p. 70).

Au second siècle donc, la grande prière du célébrant était prononcée à haute voix et entendue de tout le peuple. Saint Denys, évéque d'Alexandrie au temps où Gyprien l'était de Carthage, parle, dans une lettre adressée à l'évéque do Rome, le pape Xystus, d'un chrétien d'Alexandrie qui, croyant avoir été baptisé validement, avait longtemps pris part aux saints mystères avec les fidèles : « 11 avait entendu l'eucharistie, il avait acclamé Amen, il avait tendu les mains à la table (l'autel) pour recevoir le saint aliment, il l'avait reçu et avait participé au corps et au sang de notre Seigneur Jésus Christ »(Euseb. H, E. VII, 9, 4), Tous les mots de ce texte seraient à commenter, nous ne retiendrons que les premiers : pendant des années ce chrétien a « entendu l'eucharistie » (eùj(«pi<ïfi«"; iTCKxoiiffavTa) et acclamé avec tout le peuple VAmen qui la termine, l'eucharistie étant ici la grande prière de l'évéque à la « messe ». Ce ne sera pas trop solliciter ce texte, que de penser que l'évéque Denys n'aurait pas écrit « entendre l'eucharistie », si cette eucharistie n'avait pas été prononcée à haute voix.

On se conformait ce faisant à la règle imposée par saint Paul aux prophètes : « Si tu rends grâces avec l'Esprit, comment celui qui est dans les rangs du peuple répondra-t-il A/nen, s'il ne sait pas ce que tu dis? » (/ Cor. xiv, 16).

Que les prières consécratoires n'eussent au iv^ siè-

cle encore rien de caché, on peut le conclure de la citation qu'en fait l'auteur du De sacramentis, ouvrage faussement attribué à saint Ambroise et que l'on croit être d'un évêque de l'Italie septentrionale vers l'an 400. Nous aurons à revenir à cette précieuse citation du canon romain de la messe, nous voulons ici en retenir seulement que l'auteur cite un long fragment du texte du canon et dans ce texte les paroles mêmes de la consécration : il n'a aucune hésitation. «Veux-tu savoir, dit-il à son lecteur, que c'est avec des paroles célestes que l'on consacre? Écoute quelles sont ces paroles. Le sacerdos dit en effet ceci ' ...» La citation est introduite de cette façon ( Vis scîre... P Accipe quae sunt verbd), le texte cité n'a rien d'un secret.

A Jérusalem, au v^ siècle, exactement en 439, aucune partie de la messe n'est secrète, on peut le conclure d'un détail du récit des derniers jours de sainte Mélanie ^. La sainte, qui va mourir, a demandé que la messe soit célébrée dans l'oratoire ou martyrium bâti par elle au Mont des Oliviers, messe qu'elle pourra entendre de la cellula où elle est alitée. Comme j'offrais la victime au Seigneur, raconte le biographe, et comme dans ma tristesse je disais la prière {precem) en silence, Mélanie, qui de sa cellule n'entendait pas, me crie aussitôt : « Dis la prière

i. PsEUDû-ÂMBROS. De sacrom. IV, 21. Voyez L'eucharistie, p. 3j3-

2. Vita s. Melaniae, 66 (éd. Rampolu, p. 38) : « Valde diluculo iubel me ingredi in Martyrium, ubi iuxta in cellula ipsa iacebat, ut oblatio celebrarelur. Cumque ingressus oirerrem hostiam Domino, et prae nimia tristitia silentio precem funderem, et ipsa in cellula non audirel, statim clamât ad me : Clarius iube fandere precem, ul ego audiens virtute[m] orationis confirn^ationem accipiam. » Cf. Vuîoent et Abel, p. 387.

[precem] plus haut, afin que j'entende et que je sois fortifiée par la vertu de la prière. » Ainsi fis-je, ajoute le prêtre Gerontius. N'oublions pas que sainte Mélanie est une romaine de Rome.

Le sentiment est très différent qui se manifeste dans la lettre (19 mars 416) du pape Innocent P' à Decentius, évêque de Gubbio^ Tu es souvent venu à Rome, écrit le pape à l'évêque ombrien, tu as pris part à nos cérémonies, tu sais quel usage l'Église romaine observe dans la célébration des mystères et des autres rites [quem morem çel in consecrandis mysteriis vel in ceteris agendis ai'canis teneat) . Ces précautions de langage auxquelles recourt le pape Innocent pour parler de choses que" le pseudo-Ambroise exprimait si en clair, sont une attitude nouvelle. Mysteria, sacra mysteria, désignent l'action au cours de laquelle les oblations qui sont sur l'autel sont consacrées. Les arcana agenda sont les saints mystères eux-mêmes et les rites qui les accompagnent, comme le baiser de paix. L'évêque de Gubbio a demandé à Rome si l'on doit donner la paix avant ou après les mysteria. Le pape lui répond qu'on doit la donner après, c'est à savoir quand sont achevées les choses que nous n'avons pas le droit de' révéler [postomnîa quae aperire non debeo). La paix que le peuple échangera (avec le clergé) sera la preuve que le peuple a foi à tout ce qui vient de s'accomplir, « per quam constet populum ad omnia quae in mysteriis aguntur atque in ecclesia celebrantur Dj^aebuisse consensum, acfinita esse demonstrentur » . Les saints mystères sont finis au moment où le

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