‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 64 sur 97 · Cf. AuG. In loa. Tract. CXYIII, S · texte numérisé non relu

Cf. AuG. In loa. Tract. CXYIII, S

romaine, n'ont pas observé que le Quant oblationem est une transition, une dernière préparation, et que son contenu n'en est pas autre que celui d'une secrète, par exemple la secrète suivante du Saoramentaire Grégorien (Wilson, p. 81) :

Munera, Domine, oblata sanctiflca, ut tui nobis unigeniti corpus et sanguis flant, Per eumdem.

Le mot nobis, dans ut nobis coi'pus et sanguis fiât, est ce que les grammairiens appellent un datif éthique ou explétif, au sens où Boileau écrit : Prendsmoi le bon parti.

Nous arrivons aux paroles sacramentelles. Le Qui pridie ou le récit de la cène se raccorde par le pronom qui à la prière précédente qui se terminait sur le nom de Jésus Christ.

Pridie quam pateretur, pour marquer le temps et aussi rattacher la cène à la passion. Dom Cagin a rendu le service de montrer que ces termes Pridie quam pateretur sont propres aux liturgies occidentales, tandis que les liturgies orientales sans exception disent In qua noete tradehatur, emprunt au récit de la cène de saint Paul (/ Cor, xi, 23). Le canon romain, qui dira tout à l'heure Postquam cenatum est, néglige de marquer en commençant que l'institution de l'eucharistie prend place dans un repas ^

1. Le Qui pridie de la messe du jeudi saint lit : Qui pridie quam pro nostra et omnium sainte pateretur, incise qui proYient peutêtre de l'ancien canon romain.

Accepit panem, deux mots pris aux trois Synoptiques et à saint Paul.

In sanctas ac venerabiles manus suas, ces mots qui ne sont pas scripturaires, fixent les regards sur le Sauveur dans un sentiment de tendre respect.

Et elevatis ocuUs in caelum ad te Patrem suum omnipotentem, cela non plus n'est pas des récits scripturaires de la cène. C'est un rappel premièrement du miracle delà résurrection de Lazare dans le quatrième Évangile, où « Jésus, levant les yeux en haut, dit : Père, je te rends grâces de ce que tu m'as écouté » (loA. XI, 41). C'est secondement un rappel du miracle de la multiplication des pains, où, « levant les yeux vers le ciel, Jésus dit la bénédiction et rompit les pains » (Mauc. vi, 41, et les textes parallèles). Ce rappel de deux miracles grands parmi les plus grands est pour nous préparer à un miracle plus grand encore.

[Tibi] grattas agens est pris au récit de saint Luc et de saint Paul. Benedixit, à saint Mathieu et à saint Marc. Dans la langue évangélique, bénir est synonyme de rendre grâces. Fregit est commun aux quatre récits scripturaires. Dec^zï^rMe dîscipulis suis, le Sacramentaire Gélasien écrit dédit simplement, le Grégorien de même. On aura corrigé dédit en deditque qui est dans saint Mathieu, au lieu que saint Marc et saint Luc ont et dédit. Dicens est pris à saint Luc; saint Mathieu et saint Marc ont et ait, saint Paul et dixit.

Les paroles du Christ rapportées par le canon romain sont : Accipite et manducate ex hoc omnes : Hoc est enim corpus meum. Cette rédaction est celle de saint Paul, qui n'a cependant ni ex hoc omnes, ni

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enim. Saint Mathieu a ex hoc omnes, mais seulement après le bibite prononcé sur le calice.

Simili modo est le similiter de saint Luc et de saint Paul. Postquam cenatum est est le postguam cenavit des mêmes.

Accipiens et hune praeclarum calicem in sanctas ac venerabilès manus suas. — Que le Sauveur ait pris le calice, ce geste est marqué par saint Mathieu et par saint Marc. Le calice est qualifié de pi^aeclarus, réminiscence biblique [Ps. xxii, 5 : Et calix meus inebiians quam praeclarus est!) propre au canon. Les mains saintes et vénérables sont une répétition du trait déjà noté.

[Item tibi) gratias agens est de saint Marc, sans tibi, et sans item qui souligne lia similitude des deux actions de grâces du Sauveur. Benedixitj qui n'est pas donné ici par les récits scripturaires, est introduit pour la symétrie, Deditque discipulis suis est le et dédit illis de saint Mathieu, le dédit eis de saint Marc. Dicens est de saint Mathieu, de saint Luc et de saint Paul.

Accipite^ à propos du calice, est suggéré par la symétrie.

Bibite ex eo emnes est pris à saint Mathieu (la Vulgate a hoc pour eo).

Hic est enim calix sanguinis mei, novi et aeterni testamenti [mysterium fidei), qui pro vohis et pro multis effundetur in reinissionem peccatovum. — Cette rédaction est celle de saint Mathieu. Toutefois saint Mathieu ne dit pas calix sanguinis mei, il dit sanguis meus. Il n'a pas et aeterni^ réminiscence biblique [Ps. civ, 10). Il n'a pas pro vobis (ef), qui vient de saint Luc.

La parenthèse mysterium fidei se lit dans le Saoraraentairé Grégorien et dans le Gélasien, elle est attestée pareillement par le commentaire sur la liturgie gallicane de saint Germain de Paris, au vi^ siècle ; elle manque cependant à la citation faite du canon romain par le De sacramentis du pseudo-Ambroise. On peut y voir une réminiscence de / Tim. m, 9 : Habentes mysterium fidei in conscientia pura, et un hommage d'adoration rendu par le célébrant au mystère que la foi seule découvre.

Le récit de la cène s'achève par les paroles Haec quotiescumque fecei-itis, in mei memoriam facietis, qui s'inspirent de saint Paul sans le répéter, car saint Paul écrit : « Hoc facile quotiescumque hihetis in meam commemor ationem. »

On voit que le canon romain n'a pas voulu faire entrer dans son récit de la cène tous les traits des Synoptiques et de saint Paul, mais seulement ceux qui étaient nécessaires à la description, à la constitution du rite sacramentel. Le Sauveur prend du pain, rend grâces, le bénit, le rompt, le distribue à ses disciples : le Sauveur prend un calice, rend grâces» le bénit, le donne à ses disciples. Le Sauveur prononce sur le pain et le calice les paroles qui révèlent l'invisible miracle de la présence réelle, et sur le calice la parole qui annonce que ce sang sera versé (sur le Calvaire) pour la rémission des péchés, c'est-à-dire la volonté qu'a le Sauveur de faire de son corps et de son sang un sacrifice. II prononce enfin la parole qui institue la réitération que devront faire les. disciples de ce geste, de ce miracle, de ce sacrifice, en mémoire de lui. C'est tout, mais c'est l'essentiel.

La formule Qui pridie du canon romain a ceci d'exceptionnel qu'elle est textuellement commune aux diverses liturgies d'Occident. Il n'y aurait pas lieu de s'en étonner, si elle était une citation littérale homogène des Synoptiques ou de saint Paul, mais elle est un choix délibéré de traits pris soit aux Synoptiques, soit à saint Paul, et ces traits sont fondus dans une rédaction qui a sa physionomie propre et par surcroît des traits à elle. On aurait pu être tenté d'ajouter des traits surnuméraires : Rome a elle-même ajouté le et hune praeclarum (devant calieem) et le mysterium fideiqae ne connaît pas le De sacramentis. Moins discrètement la liturgie wisigothique complétera les derniers mots par cette addition : « Quotiescunque manducabitis panem hune et calieem meum hibetis mortem Domini annuri" tiabitis donec veniat in claritatem de caelis », qui a le. tort grave de prêter au Sauveur des paroles qui ne sont pas de lui. On pourrait produire d'autres exemples. Le fait est d'autant plus remarquable de l'invariabilité substantielle du Qui pridie en Occident. l*réfaces, prières ^osif Sanctus, prières post Pridie^ tout est laissé en Occident à ce queDom Cagin appelle la loi de variabilité : il n'y a que le Qui pridie qui ne change pas. « Ce respect pour une sorte de Saint des Saints, dont on peut bouleverser tous les abords et les alentours, mais auquel on s'interdit religieusement de jamais porter une main téméraire, ce privilège exceptionnel,... n'est-il cas le plus éloquent témoignage de la croyance des Eglises latines aux divines réalités abritées sous ce vénérable texte ^ ? »

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