Mous avons étudié ce texte dans L'eticharistie, p
pareille netteté le miracle de la conversion, et le premier il esquisse une théorie que TEglise grecque a bientôt faite sienne, et qui consiste à professer que l'efficacité consécratoire est attachée à l'iiiYOcation ou épiclèse dont s'accompagne chez les Grecs le prononcé des paroles du Christ à la cène. « Car, dit saint Cyrille, le pain et le vin de l'eucharistie, avant l'invocation de la sainte et adorable Trinité, étaient du pain et du vin simplement, mais, sitôt faite l'invocation, le pain devient le corps du Christ, le vin le sang du Christ... Nous demandons à Dieu, ami des hommes, d'envoyer le saint Esprit sur les oblats pour qu'il fasse du pain le corps du Christ, du vin le sang du Christ ^ » Ce texte de saint Cyrille, qui date de 348, est la plus ancienne attestation que l'on ait de Vépiclèse, qui s'est perpétuée dans la liturgie byzantine, et dont les controversistes byzantins du xiv®-xv« siècle ont fait tant d'état, heureux sans doute de trouver là une difficulté à soulever contre le catholicisme romain.
Nous professons, en effet, que l'efficacité consécratoire est attachée aux paroles évangéliques dont le Sauveur s'est servi à la dernière cène pour instituer le sacrement eucharistique. Les théologiens les plus classiques tiennent celte assertion, non pour une vérité de foi, mais pour une vérité proche de la foi {fidei proxima, non de fide). Ils tiennent que les paroles efficaces, celles qui constituent ce qu'ils appellent la forme du sacrement, sont les deux affirmations : Hoc est corpus meum, pour le pain, et Hic est calix sanguinis mei pour le vin. D'autres théoîo-
i. Ibid. p. 378.
giens cependant ne croient pas qu'on doive détacher si précisément ces mots du Sauveur de leur contexte : la forme du sacrement est constituée à leurs yeux par toutes les paroles prononcées par le Sauveur à la cène et rapportées dans le canon ^ .
Quoi qu'il en soit de ces précisions dernières, le sentiment qui attache aux paroles mêmes du Sauveur l'efficacité consécratoire, est un sentiment plus ancien dans la tradition de l'Église et bien autrement net quele sentiment qui a prévalu chez les théologiens byzantins. — Il est exprimé déjà par saint Justin et par saint Irénée, au ii" siècle^. La liturgie romaine du IV* siècle en était pénétrée : nous savons cela admirablement par le traité De sacramentis. On y lit : « Ce pain est du pain avant les paroles sacramentelles, mais, sitôt que la consécration est survenue, ce pain devient la chair du Christ. Suivez bien. Comment du pain qui est du pain peut-il être le corps du Christ? Par la consécration. La consécration, de quels mots est-elle composée et de qui sont ces paroles? Du Seigneur Jésus. Car tout le reste qui se dit dans ce qui précède, est dit par l'évêque, louanges à Dieu, oraisons pour le peuple, pour les rois, pour les autres. Mais dès qu'on vient au moment où se fait le vénérable sacrement, l'évêque ne parle plus de lui-même, il se sert des paroles du Christ. Donc la parole du Christ fait le sacrement... Donc, voilà ma réponse, avant la consécration pas de corps du Christ, après la consécration je te dis qu'il y a corps du Christ. Ipse dixit et fac»
\. PESCH, t. VI (1908), p. 352. Voyez la dissertation de Edm. Bishop, • The moment of consécration », dans Connolly, p. 126-163. 2. On pourra le voir dans L'etwftortstte, p. 28 et 182.
tum est, ipse mandant et creatum est * ». La parole divine a été créatrice : elle a dit que la lumière fût, et la lumière a été. Le Christ dispose de cette toutepuissance : il dit à ses disciples de faire le sacrement de son corps, et ce miracle s'opère, il s'opère par la même parole qui l'a opéré à la cène. — On aurait bien surpris l'auteur du De sacramentis, et tout autant saint Ambroise ou saint Augustin 2, si on avait enseigné devant eux que la parole divine ne suffit pas à rendre présents sur l'autel le corps et le sang du Sauveur, et qu'il y faut en outre l'opération du saint Esprit (comme pour l'incarnation du Verbe dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie) ^
La croyance des Occidentaux en l'efficacité immédiate des paroles prononcées sur le pain et prononcées sur le vin s'est traduite dans le rite de l'élévation.
L'élévation de la sainte hostie, sitôt après le prononcé des paroles Hoc est, enim corpus meutn, se rattache à une controverse de la fin du xn^ siècle, non à la condamnation de Bérenger un siècle plus tôt. Le pain et le vin, demandait-on, sont-ils consa-