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accepté cette innovation : à la messe papale, le célébrant à l'autel garde le visage tourné vers l'assistance, quelle que soit l'orientation de la basilique. Mais une concession est faite : le pape, quand il est debout à sa cathedra, se tourne vers l'Orienl. Cette concession atlectait du reste assez peu lo messe stationale, car les plus augustes basiliques de Rome, comme le Latran, Saint-Pierre, Sainte- Marie-Majeure, et combien d'autres, no sont pas orientées. A Rome, au iv^ et au v^ siècle, on n'était guère porté vers ce symbolisme, on a même du pape saint Léon un très rude sermon qui l'atteint, sans le viser {Sermo xxvii, 4).
Le pape est donc debout à sa cathedra, le chant ad intruitiun sachèvc, on attaque le Kyrie eleison, La Scola répète les invocations [Utania] autant de fois que veut le pontife, car c'est lui qui fixe ce nombre au prieur de la Scola. Notre Ordo, qui suppose que le pape regarde l'Orient, note qu'il se retourne vers le peuple pour entonner le Gloria in excelsis, se remet ensuite face à l'Orient, et reste debout jusqu'à la fin du chant. Le Gloria in excelsis achevé, le pape se retourne à nouveau vers le peuple pour dire : Pax vobis. Puis, se remettant face à l'Orient, il dit Oremus et la collecte du jour. Et c'est seulement après la collecte qu'il s'assoit. Les évoques et les prêtres s'assoient en même temps que lui, sur un geste du pape les y invitant. Evrqnes et prêtres exceptés, l'assistance reste debout, et restera debout tout le temps que durera la cérémonie.
Le sous-diacro qui doit lire l'épître, sitôt qu'il voit que le pontife, les évoques et les prêtres sont assis, monte à l'ambon et lit la leçon assignée au
jour. Il n'y a qu'un arabon, qui sert aussi bien à la lecture de l'épître, au chant du graduel, à la lecture de l'Évangile, et, s'il était besoin, à l'iiomélie. On accède à l'ambon par des marches qui sont sur le côté; on en descend par des marches qui sont sur le côté opposé'. Le sous-diacre de l'épître est remplacé à l'ambon par le chantre qui chante le graduel [responsam], et soit l'alleluia, soit le trait, soit simplement le graduel, selon le temps : il chante en ayant sous les yeux le livre de chant ou cantatorium.
Avec les liturgistes du Moyen Age, soulignons la différence de l'honneur rendu à l'épître et de l'honneur rendu à l'Evangile. L'épître est lue par un sous-diacre que personne n'accompagne à l'ambon. Innocent III (II, 29) observe que de son temps il est, comme aujourd'hui, escorté d'un simple acolyte. Au contraire, l'Evangile va être conduit avec une pompe magnifique.
Le diacre qui doit lire l'Evangile vient baiser en silence les pieds du pontife, qui lui dit : Dominas sitin corde tuo et in lahiis tuis. Puis il va à l'autel, baise l'Evangile, élève le livre dans ses mains. Deux sous-diacres régionnaires se placent devant lui, qui garnissent d'encens l'encensoir (thymianiaterium) que porte un sous-diacre à la suite. Deux acolytes vont devant eux portant deux chandeliers duo cereostata). On arrive à l'ambon. Les deux acolytes s'écartent, les deux sous-diacres aussi, le diacre pose un instant le livre sur le bras gauche
1. Voyez l'ambon de la Bastlica Maiorum de Carthage, leconstiluo d'après un fragment retrouvé. Dictionn. de Dom C-Auuor., t II, p.iWS. fig. âiCO.
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de l'un des deux sous-diacres régionnaires, qui de la main droite doit désigner au diacre le feuillet où est marquée la leçon du jour. Le diacre met le doigt sur la leçon et monte à l'ambon où il la lit '. L'Ordo romaims I ne suppose pas que le diacre dise Domi'nus vobiscum, ni que l'assistance acclame Gloria tibi domine, rubriques gallicanes. L'usage romain, au viue siècle, au xii^ encore, était que le diacre, quand il lisait l'Évangile, se tournât vers le midi, qui était dans la basilique le côté des hommes : Bernold de Constance [Microl. 9) réclame pour le maintien de cette pratique romaine que l'on abandonne sous couleur d'annoncer l'Évangile au septentrion, à la nuit.
Remarquez : aucun encensement du livre-. Mais un Romain du temps de saint Damase ou de saint Léon aurait reconnu le geste d'hommage rendu au livre sacré : on porte devant lui deux cierges allumés et l'encensoir. Pendant que le diacre à l'ambon lit l'Évangile, les deux cierges ou chandeliers sont posés à terre devant l'ambon •'.
Quand le diacre ayant fini sa lecture descend de l'ambon, le sous-diacre reçoit l'évangéliaire et le passe au sous-diacre à la suite, qui le tenant sur sa poitrine (recouverte de la planète) le présente
t. VOnlo I ne inarciue pas que le iliacic ou lisant l'Évangilo doive se tourner vers le nord, préoccupation qui apparaît au contraire dans rOrt/o // et est une règle pour Innoicnt III.
i. L'encensement de l'évangéliaire est un rite beaucoup plus récent, dont le plus ancien témoin est Sicard de Crémone (t lilS), Milrale, m, t, si nous en cro)ons Fortkscuk, p. 2X2. Innocent lll ne le connaît pas.
^. Dans les miniatures de la S'otitia dignitatum (v* siècle), la (ex inandalorum du préfet du prétoire, posée sur une tahie drapée, est entre quatre cierges allumés.
à baiser « à tous », avant de renfermer dans lécriu [capsa] scellé dans lequel il a été apporté du Latran et y sera rapporté, ce A tous « s'entend (dans VOrdo romanus 1) de tous ceux qui se trouvent sur les degrés qui séparent Tambon de Taire de l'abside : « Porrigit osciilandiun omnibus per ordinem graduum qui steteriiit », Tambon étant (supposerons-nous) un peu en avant de ces marches. Cette dévotion deviendra un rite plus solennel. Dans rOrdo 11, qui (nous l'avons dit) témoigne de la liturgie romaine transplantée en pays carolingien, le sous-diacre présente l'Evangile à baiser à l'évêque officiant d'abord, ensuite à tous ceux qui sont sur les degréS; « deinde omnibus pe?' ordinem graduum qui steterint », puis à tout le clergé, puis au peuple, avant de replacer le livre en son lieu.
Sitôt que l'Évangiile a été lu, le pontife dit : Pax tibî, qui évidemment s'adresse au diacre qui vient de lire l'Évangile. Puis il dit à l'assistance : Dominas vobiscum. On répond : Et cuni spiritu tuo. Et le pontife prononce : Ore?nus.
Nous entrons dans l'offertoire. Au viii* siècle, à Rome, pas de sermon. Pas davantage de Credo.
La première démarche de l'offertoire consiste eu ce que le diacre qui a lu l'Evangile, précédé des deux cierges qui accompagnaient le livre, gagne l'autel. VOrdo de Saint-Amand observe ici que les deux cierges sont posés derrière, l'autel [rétro
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altare), entendez entre l'autel et l'assistance, et que les autres cierges sont posés de même^ l/Ordo I a négligé cette rubrique, pareillement VOrdo m. Elle est bien précieuse cependant, car elle est la plus ancienne mention de la présence de cierges à l'autel, à vrai dire derrière l'autel, l.éon IV, dans son instruction au clergé de Rome, interdit de chanter la messe « sine lamine ». Même règle au temps de Grégoire VII {Microl. 11). Pour Innocent 111, la règle est d'installer sur l'autel la croix et deux cierges : « Jn cornihus altnris duo sunt constiluta candelabra, quae mediante cruce faculas ferunt accensas » (II, 21). Mais dans un Ordo Romanus ^ copié en 1254, on lit, dans la description de la messe pontificale : <* Notandum quod septem faculae debent esse in missa super al tari ». Voilà les sept cierges installés sur l'autel. Ces sept cierges seront pour la symétrie réduits habituellement à six (kv* siècle), le nombre sept ne se maintenant plus qu'à la grand'messe pontificale.
Le diacre qui a lu l'Evangile est à l'autel, disons-nous : un acolyte lui présente le calice et un rorporale. Le diacre étend le corporal sur l'autel, aidé par les autres diacres, ou au moins par l'un d'eux. Dès là qu'on se met au moins à deux pour l'étendre sur l'autel, le corporal n'est pas un petit carré de lin, mais une vraie nappe '^
i. \oifi les teraies de VOrdo île Shiiil-Ainaiid : • l.t ir\(.'rUt iiia- «iiau» ad alUiie et ipsa ccreostata tmit' euiii. ei iiomuil fa reiro tUliu'c, Heu et rclinua i'i'i'eirsiiit;i ^. Il n'est i>as (|iii.-slii>ii de les ♦•leiudie.
i. iliiiuoi-, p. :{lt>-ai1.
3. VOrdo VI ii\*'X° 8i<Mii'i. qui est loiiiino l Ordo II un ordo romain tiîinsporlf^ en pays carolini<i< n. marque que le corporal doit
Le pontife descend alors de sa cathedra, il descend en s'appuyant de la main droite sur le primicier des notaires, de la main gauche sur le priinicier des défenseurs, il descend à la balustrade cancellî] qui, au bas des marches de l'abside, sépare le clergé de l'assistance. Il faut imaginer l'assistance divisée en deux : du côte du midi les hommes, de l'autre côté les femmes.
Le pape va d'abord aux hommes, l'on donne à ce côté le nom de senatoriutn (« quod est locus pfincipum », dit VOrdo III), parce qu'aux premiers rangs sont les laïques appartenant à la noblesse. Les mots survivent aux institutions : ce qui restait du vieux sénat de Rome a disparu au vi^ siècle : désormais le mot senatus désigne l'aristocratie romaine, ainsi en est-il au viii'' siècle. Notre Ordo 1 mentionne que le pape reçoit les oblations des princes dans l'ordre des préséances, « suscipit oblationes principum per ordinem archium ». On était à Rome très attentif à l'ordre des préséances. Les nobles qui viennent à l'offrande, offrent chacun une burette (amula) de vin, et un pain. Le pape passe chaque burette à l'archidiacre, qui la vide dans un grand calice que porte un sous-diacre régionnaire), et ce calice lui-môme quand il est plein est vidé dans un scyphus que porte un acolyte. Le pape passe chaque pain au diacre régionnaire (de la
couvrir toute la surface de l'autel : • ... ex puro lino contextnm e>so débet, quia sindone munda corpus Doniini legitur involulum in sepulcro, et tantae quanlitatis esse débet ut loiam alfaris superfi- :iem capiat •. — Innocent \\\ parle de corporales pallae et il explique que « duplex est palla quae dicilur corporale, una quam diaconus super altare tofam extendit, altéra quam super caliceni plicatam imponit • (II, o<;).
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région qui est de service ce jour), et ledit diacre le passe à un sous-diacre, qui le met dans une nappe \sindon) tenue par deux acolytes. Quand les nobles ont achevé leur offrande, c'est au tour du peuple à faire la sienne : pour épargner le pape, l'offrande du peuple est reçue par un des évoques assistants.
Pendant ce temps, le pape va de l'autre côté, mais il doit pour cela passer au pied de l'aulcl, ante confessionem : là, il reçoit l'offrande du primicier et du secondicier (des notaires), ainsi que du primicier des défenseurs. Il arrive enfin aux matrones, nobilissimae matronae, dont il reçoit l'offrande comme il a fait pour les nobles. Nous imaginerons que les femmes du peuple viendront ensuite, comme a fait le peuple du côté des hommes.
L'offrande des fidèles est terminée. Le pontife, s'appuyant sur le primicier et le secondicier (des notaires), regagne sa cathedra et lave ses mains. L'archidiacre, qui vient aussi de se laver les mains, se présente devant le pape, et sur un geste du pape, va à l'autel. Les sous-diacres régionnaires lui passent les ohlationes qui ont été offertes par l'assistance : l'archidiacre les dispose sur l'autel [componit altare], ou, comme dit VOrdo III, il met sur l'autel autant d'oblats qu'il en faut pour suffire au peuple (qui doit communier). Nous entendons par oblats disposés sur l'autel, les pains. — Le tour du vin va venir : sur l'autel un calice vide est posé, dans lequel l'archidiacre verse lu burette qui est l'offrande personnelle du pontife [amuhim pontifîcis) et les burettes qui sont les offrandes personnelles des diacres... Un sous-diacre va demander de l'eau ifontem) à la Scola, il la reçoit des mains
de Varchiparaphonista, et la porte à l'archidiacre; qui en verse ce qui convient dans le calice, en faisant une croix. — Le pontife n'ofFrira-t-il pas personnellement son pain? Nous y voici : le pape se lève de sa cathedra, vient à l'autel, salue l'autel, reçoit les obïatae des diacres; puis il reçoit de l'archidiacre les obïatae (les deux pains) qu'il doit luimême offrir, et il les place lui-même sur l'autel'. — L'archidiacre rapproche alors le calice, qu'il met à droite des pains du pape. Le calice, nous apprend VOrdo I, est un calice à anses, et ses anses sont enveloppées dun o'ffertorium , qui est un voile, peuton penser"-.
Le pape, qui est à l'autel et fait face aux fidèles, regarde alors la Scola et lui fait signe de se taire. Cette indication vient un peu tard dans \ Ordo I pour nous apprendre que,, tout le temps de l'offrande, la Scola a chanté.
1. Au temps d'Innocent Ul on plaçait encore le calice à droite de rhostie : " Calis ponitui" ad dextrum lalus ohlalae. quasi sanguineni suscepturus qui de latere Christi dextro creditur vel cernitur profluxisse m'H, a8). Innocent III no parle que d'une lioslie. — Le Cérémonial des cvéqv.es fait présenter à l'évêque par le diacre deuK hosties, comme dans ïOrdo rom. I, mais une seule est retenue pour la consécration, et cette rubrique n'est plus ^nère comprise, car on suppose que celle que l« célébrant ne relient pas doit ctie consommée par le clerc sacristain, afin d'être bien sûr que le dit clerc n'a pas servi des liosties empoisonnées. C'est un enfantillage. Si nous en croyons Amalaire (III, 19), des deux obïatae du pape, l'une est pour le pape, l'autre pour son diacre.
2. Dans la mosaïque de Saint-vital de Kavenne représentant le sacrifice de Melchisédecli. sur l'autel sont placés deux pains, et entre les deux pains est un calice à anses. On en a un en or du M« siècle, le fameux calice de Gourdon. conservé au Cabinet des médailles à Paris. Dom Cadp.ol en a donné une belle reproduction en couleur, illustrant l'article • Calice > de son Dictionnaire.