LE CÉRÉMONIAL DE L'ORDO HGMANUS L
Si YOrdo I n'a pas parlé plus tôt de l'antienne deroffertoire (et du psaume où elle s'insère), la raison en est que YOrdo n'est pas fait pour régler le chant : il ne supplée pas l'Antiphonaire. 11 ne supplée pas davantage le Sacramentaire, et par là s'explique qu'il ne mentionne pas l'oraison Super oblata (ou secrète) que les sacranientaires placent ici comme conclusion de l'offrande .
La secrète dite à voix basse s'achève par le Per oinnia saecula à voix haute. — L'Ordo I note que les sous-diacres régionnaires se sont, à la fin de roffertoire, placés rétro altare, c'est-à-dire entre lautel et la nef : ils répondent Amen. Us répondront de même aux autres paroles du pontife et ils chanteront le Saiictus. Ils sont debout jusqu'au SanctuSy où ils s'inclinent, et ils demeureront inclinés ainsi tout le canon'. — Les diacres sont debout derrière le pontife en flèche sur deux files (si je comprends bien , l'archidiacre en tète de la file de droite, le second diacre en tête de la file de gauche, et ainsi des autres. Quant aux évêques et aux prêtres, j'ai des hésitations sur la place qui leur est assignée. Fis .sont certainement debout derrière le pontife célébrant, comme les diacres, mais gardent-ils pour autant leur place au presbyterium, on se sont-ils rapprochés de l'autel?
1. I»au8 Vindo Ali SaiiU-Anuind ou voit que le reste du clergé, •jui n'est pas du nombre des diacres, de» iscque», des prétrea, dont il v:i Ativ parlé, se place sur leti marches de Tahside : « Stmiliter et rilius tlerus revcriilur sut>lus tahula -.
Au clergé ainsi disposé il manque les acolytes. L'Or do de Saint- Amand, plus complet sur ce point que VOrdo /, signale les acolytes debout derrière les diacres, à droite et à gauche : ils ont une nappe sur les mains [involuti cuni sindonibus)^ disons une écharpe de lin, et ils portent les uns des saccula ou petits sacs (nous en verrons bientôt l'emploi), les autres des scyphi (contenant le vin trempé d'eau qui, mélangé de quelques traits du précieux sang pris au calice de l'autel, servira à distribuer la communion au peuple). Toutefois l'un des acolytes se distingue des autres : il est placé le premier, il porte sur les mains une écharpe de soie décorée d'une croix [involutus de p alla ciun cruce sirica), et il tient contre sa poitrine une patène '. — Pourquoi tant d'honneur rendu à une patène vide? Elle est certainement vide, en effet, dansl'O/'^/o 77, c'està-dire dans la liturgie romaine émigrée en pays carolingien, mais on peut douter qu'elle ait été vide à Rome à l'origine de la rubrique qui la concerne. Je conjecture qu'elle contenait les Sancta, que nous retrouverons dans un instant.
Tout le clergé ainsi rangé, le pontife qui vient de dire Per omnia saecula saeculoruin, poursuit : Dominus vobiscum, Sursnm corda, Grattas agamus. La préface vient ensuite que conclut le Sanctus.
Le Sanctus exécuté, tout le clergé demeurant in-
VOrdo 1 ne parle que de l'acolyte à la-palône : • Quaudo (ponlilex) inchoat canonem, venil acolyllius sub liuniero liabens sindonem in collo lisatani, tcnens patenam ante poctus siiimi, in parte dexlra (altaris) usque in médium canonem ». Au milieu du canon, 1 acolyte passera la patène au sous-diacre à la suite, f|ui la passera au sous-diacre régionnairc, qui la passera à l'archidiacre.
LE CEREMONIAL DE L'OHDO RO.MAXUS ï. 89
cliné, le pontife seul se relève et il entre dans le canon, « surgit pontifex solus et inirat in canonem ». Cette expression solennelle esl, pensonsnous, une façon d'assimiler le canon de la messe au sanctuaire du Temple où le grand prêtre, quand il y pénétrait, pénétrait seul.
VOrclo de Saint- Amand ici encore conserve la trace d'un état liturgique un peu plus ancien, quand il énonce que, aux grandes fêles (Noël, Epiphanie, samedi saint, Pâques, lundi de Pâques, Ascension, Pentecôte, natale des saints Pierre et Paul), les évèques et les prêtres ont chacun un corporal à la main et chacun deux oblatae (soit deux pains à consacrer) : le pape, ajoute rOrc?o de Saint-Amand, prononce les paroles du canon de telle sorte qu'il puisse être entendu par les prêtres et les évêques qui l'environnent, et qui consacrent leurs oblatae, comme fait le pape pour celles qui sont sur l'autel) '. Dans VOrdo de Saint-Amand, le rite est préservé de la concélébration du pape et des prêtres, rite qui dans VOrdo I s'est évanoui. La concélébration ne subsiste plus aujourd'hui, sinon à la messe de l'ordination des prêtres et du sacre des évêques.
Revenons à VOrdo romanus I. Le pape dit le canon à voix basse. Il ne saurait être question de rien qui ressemble au rite de l'élévation, puisque ce rite
1. I.e texte dit : • Kt dicit ponlilex ranciu{cm) ut audiatur ab cis, et BanctiGcant (sanctificantur wt.) oblaciones quas tenent sicut et pontifex ». Ainalaire atteste (|u'il s'agit bien là de concéiébrali<jn : • Mos est Romanae Ecclesiac ut in confectione iininolalioiiis Ciiristi adsint presb>teri et simul cum pontiOce verbis et manu conficiant ». Innocent IM (IV, îj) écrit : - Consueverunt presbjteri cardinales ronianum circumstarc pontiûcem et cum eo paritcr celebrare •. Lire l'artlrle « Concélébration ■> de Doni de F'uniet, dans le Diclionn. de l>om CiDitoL.
s'inaugurera seulement vers l'an 1200, à Paris. Il semble, à lire VOrdo /, que le pontife hausse un peu la voix au Nobis quoque peccatorihus, puisque à oe moment il est dit que les sous-diacres se relèvent. Au Per quem haec omnia, pareillement, car alars l'archidiacre se relève, prend le calice par les deux anses, et le soulève devant le pontife qui doit le toucher avec lesoè/«?ae(ses deux oblatae) en disant Per ipsum et cum ipso. Puis le pontife repose les oblatae à leur place, et l'archidiacre repose le calice à côté d'elles. On arrive ainsi au Pei- omnia saecula saeculorum, qui clôt le canon et qui précède le P'ater.
Le Pater est accompagné du Libéra nos quaesumus.
L'acolyte, que nous avons vu qui portait la patène au début du canon. Ta passée (au moment voulu) au sous-diacre régionnaire debout derrière l'archidiacre. Lors donc que le pontife prononce les paroles et ab omni perturbatione seciirîj l'archidiacre se retourne, prend la patène, qu'il baise, et la donne à tenir au second diacre (qui est à la gauche du pontife]. Ce jeu delà patène serait une énigme (comme il l'est pour Amaîaire, III, 27), si ÏOrdo I ne nous disait que, tout de suite, au Pa.v Domini sit semper pobiscum (et sans qu'il ait été encore parlé d'aucune fraction des oblatae)., le pontife fait de la main trois fois le signe de croix sur le calice, et met dans le calice les Sancta *. Que peu-
1. VOrdo /écrit : « ... faciens crucem ni vicibus manu sua soper calicem (pontifex) miitit Sam-ta in cum. >■ l/Orrfo // ne dit rien des