P. B. Hist. du Drév. Romain, p
2. L. Deualb, Mémoire sur d'anciens sacramenlaircsH^^). Ce tra- '.ail a paru dans les Mémoires de l'Aïadéniie des Inscriptions, i. XXXII, p. r,--'éi3.
L'ORDINAIKI- I»E LA MESSE DU MISSEL ROMALX. 7
livres eux aussi à part, lépistolier et l'évangéliaire. Enfin, la description des gestes ou rite? des saints mystères, et ensemble le cérémonial, est recueillie dans un livret auquel on donne le nom d'Ordo : nous en avons de tels qui nous vi^nent de Rome, la rédaction des plus anciens remontant au VIII* siècle ^
Cette distribution de la matière liturgique en quatre ou cinq gros livres séparés, suppose que la messe est une grand'messe, avec chœur, avec diacre et sous-diacre, et que le célébrant n'a besoin d'avoir sous les yeux que sa partie. Il n'en saurait aller de même à une messe privée ou messe basse. Il a dû exister dès le V-vi*^ siècle des Libelli ?nissae ou livrets pour le prêtre célébrant une messe privée, livrets qui contenaient seulement quelques tnissae cotidianae-.
Plus tard, les messes privées se multipliant, on l'ut amené à bloquer en un seul livre le contenu du sacramentaire, des lectionnaires, dn Liber gradualis, et à y joindre les indications de gestes qui allaient prendre le nom de rubriques : on eut ainsi des livres que l'on appela des missels complets, Missalia plenario'y Missalia plena. On continua de faire des sacramentaires au xi^ siècle encore et au xii", mais à partir du ix' on entre dans la période des Missalia plena^. Ce n'est pas à dire que ces Missalia plena,
t. On trouvera les Ordines romani dans le tome LXXVIII, p. 973- 1372, de l3i Patrolog. lat. (|iii reproduit l'édition de Malùllon (1689).
2. Ebnf.u, p. .'»■>!). Les feuillets palimi)sestes au\<(uels<>ndoit les sept nicsses gallicanes publiées par Mone 18.i0:,oiit pu former un liUllus de ce genre, qui serait du \n' siècle et nous viendrait d'Auxerre. Dom WiL>i.»RT, • L'âge et l'ordre des messes de Mone », Revue hcni'dicline, 1!U1. p. .390. Itp.usi.E, p. «I-t^.').
3. I.e pape Lcon IV Ki7-85:i), dans une s<'i-disanl instruction au
qui abondent dans nos bibliothèques, au \i^xii^ ' siècle, aient été constitués sur un modèle uniforme : destinés à l'usage privé, ils furent le plus souvent compilés d'après le besoin de chacun, plus ou moins complets, tantôt se rapprochant du type du sacramentaire pur, tantôt du vrai Missale plénum. On comprend que d'Église à Église, de pays à pays, entre le ix® siècle et la fin du xii®, plus d'une variété ait pu se produire, variété de détails dans une unité qui sétait faite à l'époque carolingienne par l'unanime adoption de la liturgie romaine dans tout l'Occident (l'Espagne mise à part, qui ne s'y rallia qu'au xi"^ siècle).
La liturgie romaine, telle qu'elle s'est répandue dans l'Occident carolingien, a pour base les livres grégoriens, et avant tout le Sacramentaire Grégorien, que nous possédons encore^, et qui, s'il n'est pas tel quel du pape saint Grégoire, contient du moins le sacramentaire romain envoyé à Charlemagne par le pape Hadrien entre 784 et 791. Ce sacramentaire, qui fut la norme de la liturgie romano-carolingienne à la fm du vin* siècle, comprenait : 1° l'ordinaire de la messe {Qualîtermissa romana celebratur); 2° les oraisons, préfaces, et autres parties variables, récitées ou chantées par l'officiant, à tous les jours de fête ou de station, y compris les fêtes de saints, et ainsi
clergé de Rome (J.vffe. 2G39), écrit : " Missale plenariuni et lectionarium et antiplionarium unaquaeque ecclesia haheat •. M. Eclm. BisHiip, Liturgica Historica (IMS), p. 25, tient ce document pour gallican, et pas antérieur à la fin du vm' siècle.
\. I,a Henrj Bradsliaw-Society en a fait donner une édition, H. A. Wii.soN, The gregorian Sacramentary under Charles the Great (19I5J. — La Patrologie de Migne, t. LXXVIII, p. 2o-2fr4, reproduit l'édition dos Mauristes (1705) et aussi les ni>tcs copieuses de l'édiii n antérieure de Dom Mknu-.d (1t!i-2).
L'OUDIXAIUE DE LA MESSE DU iMISSEL ROMAIN. '■)
pour tout le cours de l'année ecclésiastique, à commencer par Noël ; 3° les prières d'ordination, de dédicace... M""" Duchesne\ qui propose de restituer de la sorte le contenu du sacramentaire du pape Hadrien , a soin de noter que ce sacramentaire était disposé pour l'usage romain tel qu'on l'observait à Rome : c'était « un sacramentaire essentiellement stational ». On comprend que le sacramentaire {sacramentorum libellus) ainsi conçu ait dii, pour servir aux Eglises carolingiennes, s'annexer nombre de textes (romains tout de même) en plus de ceux de la liturgie papale des grands jours. Ces suppléments, dont le principal est d'Alcuin, ont à peu près doublé le contenu du sacramentaire du pape Hadrien-.
Antérieurement à l'établissernent par Alcuin et l'imposition par Charlemagne de ce sacramentaire destiné à unifrer et à codifier la liturgie carolingienne en conformité avec la liturgie du pape, nombre d'Eglises franques avaient déjà spontanément pratiqué la liturgie romaine. Elles avaient pour texte un Liber sacramentorum Romanae Ecclesiae ordinis anni circuU, que nous possédons encore, c'est le Sacramentaire dit Gélasieu'', dont le manuscrit le plus ancien qui en subsiste est du vu® siècle et a été
\. L. Dlciiesne, Origines du culte chrétien, étude sur la liturgie latine avant Cltarlemagne (188!»). ^e cite l'édilion de 18î)8.
i. M. Bisliop, p. (i.V07, croit retrouver ua spécimen du sacramentaire envoyé par le pape Hadrion dans le sacramentaire de Hildoard évc()ue de Cambrai (7!t0 8l6). Dans l'édition wilson, le sacramentaire cnvoyc do Kome \ade la page 1 ù la page l'*3. Ce (|ui suit (p. iVi et 8uiv.) porte en tête la Praefatiunrula (Incipit ; liacuêque praeccdens sacramentorum libellus a heato papa Gregorio ronilat este edilus...). (|ui ne porte pas le nom d'.VIcuin, mais qui fst de lui.
3. U. A. \Vn.soN, The gelasian f^acramrntary (1894;. — Miune, t. lAXIV, p. 105Ï-1214 reproduit l'édition de Muratori (1-'»8).
10 LErOXS SUR LA MESSE.
copié pour Tabbayc de Saint-Denis'. Le Sacraraentaire Gélasien est un témoin de la liturgie romaine aussitôt après le/ pape saint Grégoire, encore quil ait « subi plus d'une retouche dans le sens gallican » , ainsi que l'observe M^' Duchesne. 11 serait, selon M. Bishop, substantiellement le missel romain du vi« siècle, lœuvre authentique du pape Gélase (492- 496) et de ses successeurs.
Nous prendrons pour point de départ de notre présente investigation lordinaire de la messe tel que le donne le Sacramentaire Grégorien, tel que le commentent les plus anciens Ordines romani, cestà-dire la messe romaine du viii* siècle. En comparant cet ordinaire du viii® siècle avec celui du Missel Romain de 1474, nous allons voir se détacher les éléments introduits dans la célébration de la messe romaine entre le ix' siècle et le xv*^, plus précisément entre le y." et le xiii^.
Mettons tout de suite à part deux pièces dont rhistoire est bien connue, le Gloria in excelsis et le Credo : ces deux chants, qui ont tant de relief dans nos messes solennelles d'aujourd'hui, et qui, parés de musique moderne, font un tort si fâcheux au chant grégorien, sont entrés tard dans l'ordinaire de la messe.
Le Gloria in excelsis à Rome, importé d'Orient, fut primitivement réservé à la première des trois messes de Noël, où sa place est tout indiquée ; au début du vie siècle, le pape Symmaque l'accorda à
i. DELisiB, p. tj6-t>8. ERNEn, p. i'iS-iW. Bisnop, p. 38-fil.
L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN, il
tous les dimanches et aux fêtes de martyrs '. Puis, il faut croire qu'on restreignit Tinstitution du pape Symmaque, car dans VOrdo romanus I vni'^ siècle), le chant du Gloria in excelsis est réservé à la messe du pape, et un autre Ordo romain du même temps {VOrdo de Saint-x\mand) interdit aux prêtres de dire le Gloria in excelsis sinon à la messe de la vigile de Pâques et le jour de la première messe qu'ils célèbrent dans le titre ; c'est-à-dire 1 église paroissiale romaine) pour lequel ils ont été ordonnés. Le Sacramentaire Grégorien (éd. Wilson. p. 1) note que le Gloria in excelsis est propre à la messe des évêques, et que les prêtres n'y ont droit que le jour de Pâques. La liturgie romaine transplantée en pays germaniques s'affranchit de ces restrictions : Bernold de Constance (l'auteur du petit traité liturgique intitulé Micrologus) nous apprend, à la fin du xi" siècle, qu'évêques et prêtres récitaient communément le Gloria in excelsis, usurpation signalée et encouragée déjà par Berno (7 1048) abbé de Reichenau, autre liturgiste germanique'^.
L'introduction du Credo dans la messe romaine est attribuée au pape Benoît VllI 1012-1024). Cette innovation aurait été suggérée par l'empereur Henri II, qui exprima son étonnement, à l'occasion
1. Nous devons celle inf<pinialion au Liher ponlificalis, t. I, p. it>3, de réditioii de M»'"^ Duche.sne (I88G). Je n'apprends à personne (jue le Lib. ponlif. que nous citerons ;i maintes reprises, est, ixmtifical par pontificat, la chronique «les papes.
i. Voyez A. honTEscLE. The Mass, a study of the Roman Lilurgy (1912), p. !239-2ii. TuALiiOFKii-EisEMioriiR, Handbuclt der kalhoUschen Liluryilc {191-2). I. Il, p. .•;<i-G2. — On peut toujours utilement ren- \o)er au classique P. Leiiuln, E.rjdiralioii... de la Messe (ITiO), et à l'instnlftif, muis moins sùi', Doin Claude de Veut, E.riilication... des ctr>'iHonies de l'Iù/lise (l"0<i).
de son couronnement (14 février 1014), qu'on ne chantât pas le Credo à Rome, alors qu'on le chantait en Allemagne. Les Romains lui répondirent avec esprit que Rome n'était jamais tombée dans l'hérésie, et n'avait donc pas besoin de chanter le Credo. Le pape Benoît VIII n'en accéda pas moins au désir du saint empereur, si nous en croyons le récit du germanique Berno de Reichenail. L'usage de chanter le Credo après l'évangile, attesté par Walafrid Strabon (-f- 849) « apud Gallos et Germanos », remonterait à la condamnation de Félix d'Urgel et d'Elipandus par le concile de Francfort de 794 ^ .
Le Gloria et le Credo n'ont pas été octroyés pour autant à toutes les messes. Du fait qu'elles n'ont ni l'un ni l'autre de ces chants en surcharge, les messes des fériés de carême ont préservé plus purement les lignes de la liturgie romaine.
L'ordinaire de la messe contient d'autres éléments de date tardive. Nous signalerons d'abord les prières qui précèdent l'introït et que le prêtre récite à mivoix au pied de l'autel, prières de préparation du prêtre à la messe, du prêtre en quelque sorte abstrait de l'assistance, sinon de ses ministres. Innocent III mentionne le psaume ludica me et le Confiteor récités au moment où le célébrant arrive à l'autel (II. 13). Dans un missel franciscain du xiii^ siècle décrit par Ebner (p. 313-317) on lit :
1. FOUTESCIE, p. 285-2»9. TIIVLIIOFER-F.ISF.NIIOFEC, t. II, p. 100-103.
Quando presbyter parât se ad celebrandura missam secundum consuetudinem Romane Curie, dicat hos psalraos : Ps. Qiiam dilecta.
Paratiis autem intrat ad altare dicens : Introibo ad altare Dei.
Deinde facit confessionem.
Exhinc dicit capitula : Deus ta concersiis. Aafer.
Poslea inclinatus dicit hanc orationem : Oramus te.
Qua compléta ascendit ad altare deosculans illud.
On peut remonter plus haut. Au xi^ siècle déjà et au xii^, on relève dans les manuscrits que le célébrant dit le psaume ludi'ca me (avec l'antienne Introibo), il le dit en allant à l'autel, en entrant à l'autel, en approchant de l'autel, — « Cum accéda ad altare » (xn'^ siècle, Ebner, p. 306), « Cum çadit ad altare » (xii^ siècle, p, 296), « Dum ingreditur ad altare » (xi^ siècle, p. 297), « Iti inceptione processioni's » (xiii*^ siècle, p. 354). « Paratus autem venit ad altare dicens... », écrit Bernold de Constance du ludica et de son antienne. Ailleurs (xii«, xiif siècle, p. 345), on marque que psaume et antienne se disent en sortant de la sacristie, « dum procédant de secretario ». On comprend après cela que, à la messe solennelle de la vigile de la Pentecôte, le célébrant ne récite pas le psaume ludica et son antienne, puisqu'il n'a pas eu à venir de la sacristie à l'autel. Le psaume et son antienne n'appartiennent pas à la messe, mais sont une prière avant la messe. Un Or do missae du xi^-xn® siècle (p. 336) laisse supposer que le prêtre dit le psaume et son antienne seul et sans que personne alterne les versets avec lui : « Quando ingreditur ad altare sub silentio dicat sacerdos... ». Notez bien : sub silentio, le prêtre dit ces prières en silence.
Cet Ordo missae du xi^-xii'' siècle (le manuscrit paraît venir d'un couvent d'Ombrie) ne parle pas de réciter le Confiteor. Toutefois le Confiteor est communément récité, dès le x^ siècle, encore que la formule en soit souvent assez différente de celle que la Cour de Rome et les Mineurs ont adoptée, innocent III demande que la confession soit formulée in génère, pas in specie : on ne doit pas spécifier ses fautes, comme font certains mal à propos, « ut quidam minus provide faciunt » (II, 13) '. A la messe de la vigile de la Pentecôte, où le célébrant ne récite pas le psaume /î/cZ/ca, il récite le Confiteor. De même aux messes des fériés du temps de la Passion, et aux messes pour les défunts.
La préparation du prêtre s'achève par la belle oraison Aufer a nobis, oraison romaine fort ancienne, car on la trouve déjà dans le Sacramentaire Léonien-, qui est un témoin de la liturgie romaine du v^ siècle. Le Sacramentaire Léonien (éd. Feltoe, p. 127) et le Gélasien (éd. Wilson, p. 15) donnent notre oraison dans la forme que voici :
1. VOrdo tlu sacramentaire de Kaloldus, abbé de Corbie (f ''**•' ? publié par Dom Ménard (P. L. t. LXXVHl, p. 239-24.%), ne parle pas du psaume ludica (il s'agit, il est vrai, de la messe pontiflcale;, mais il a une lorniule de cimlession à dire au pied de l'autel et dans laquelle le célébrant s'accuse in apecie de tous les péchés qu'un vivant peut commettre : Sur ce sacramentaire, voyez Delisle. p. l«8-19fJ.
2. Ce sacramentaire, que nous a conservé un ms. unique, du vu* siècle, et auquel on a voulu donner à tort le nom du pape saint I.éon, est un recueil de messes romaines, voire papales. On peut penser que ce recueil a été constitué à Rome, a la tin du v« siècle (sous le l>ape Félix Ul, 483-402. peut-iHre, conjecture deMuraiori). Il est malheureusement mutilé et ne nous donne pas le texte du canon romain. On trouvera le Sacramentaire Léonien dans P. L. t. LV, p. 2I-1j8 qui reproduit l'édition de Bianchini (1"33), et dans C. L. Feltoe, Sacra menlarium Leonianum (ISîXî).
Aufer anobis. Domine, quaesumus, iniquilates nostras, ul ad sancta sanctorura puris inereamur sensibus introire. Per.
Sensibus est une leçon de valeur. Le Sacramentaire Grégorien n'avait pas fait un sort à cette collecte : la dévotion lui en a fait un et nous vaut de la retrouver dans les prières du prêtre au moment où il monte à l'autel. En baisant l'autel, le prêtre est invité à penser aux reliques qui sont scellées dans la pierre consacrée, il dit la prière :
Oramus te, Domine; per mérita sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt et omnium sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen.
Cette prière, inconnue du Sacramentaire, soit Léonien, soit Gélasien, soit Grégorien, bien inférieure de style à la collecte Aufer a nobis, se rencontre sporadiquement dans des missels du xr et du xii'^ siècle. Notez peccata mea, tandis que la collecte romaine dit iniquitates nostras : dans le style romain ancien l'ofïîciant prie toujours au pluriel.
Le baiser donné à l'autel est un geste romain, (jui a sa place déjà au vni' siècle dans la messe du pape décrite par VOrdo romanus I. Nous saisissons ici une caractéristique de l'évolution liturgique : au viii'= siècle, à Rome, le geste se suffit à lui-même, tandis que, auxi^ siècle, le geste s'accompagne d'une formule. Cet esprit nouveau nous aidera à comprendre plus d'un élément introduit par le Moyen Age non romain dans l'ordinaire de la messe.
A ce même Moyen Ag.2 non romain nous devons
m LEÇONS SUR LA MESSE.
les prières qui suivent VAgnus Dei et sont la préparation du prêtre à la communion, à sa communion, ou accompagnent cette communion. Ces prières forment un groupe de dix prières, qui, dans cet ordre et (de peu s'en faut) avec le texte reçu, figurent déjà dans le missel des Mineurs et de la Cour de Home, au xni*= siècle (Ebner, p. 317). Innocent III ne les mentionne pas à la messe pontificale quil décrit ^
Domine lesu Christe qui dixisti.
Domine lesu Christe fili Dei.
Perceptio corporis tui.
Panem caeleslem accipiam.
Domine non sum dignus.
Corpus Domini nostri.
Quid retribuam Domino.
Sanguis Domini nostri.
Quod ore sumpsimus.
Corpus tuuni Domine quod sumpsi.
Une seule de ces prières s'exprime autrement qu'à la première personne du singulier, c'est la prière Quod ore sumpsim.us, c'est que cette prière est ancienne et de style et d'origine : elle est une oraison post communionem que l'on trouve dans le Sacramentaire Léonien (Feltoe, p. 69), d'où elle a passé
1. Toutefois, en appendice au traité De sacro altaris myslerio, est reproduit le canon de la messe, où, à la suite de VAgnus Dei, ligurent, d'al)ord, une prière intitulée Oratio ad Patrem {Domine sancte Pater omnipotens aeterne Deus, da milii...) ; puis, une Oratio adfilium, (Domine lesu Christe fili Dei); évidemment, le célébrant se communie en disant Corpus Domini nostri; enûn le Quod ore sii.mpsi7nu8. (Je mentionne l'appendice en question, inédit, d'après le ms. B. N. lat. l"i7-37, du xur siècle.)
dans le Gélasien (Wilson, p. 37) et le Grégorien (WiLsoN, p. 44) :
Quod ore sumpsimus, Domine, mente capiamus, et de munere temporal! fiât nobis remedium sempiternum. Per.
Telle est la leçon des sacramentaires, qui omettent puia devant mente, donnant ainsi aux antithèses plus de symétrie. Cette oraison est signalée dans des missels du xii^-xiii^ siècle (Ebner, p. 336), pas antérieurement. Toutes les autres sont reçues déjà au XI® siècle, sinon en bloc, du moins sporadiquement ^ .
Le Panem caelestem accipiain etle Quid retrihuam Domino, centons faits avec des versets de psaume, peuvent être des textes d'antiennes de communion.
Le Domine non sum dignus est une ingénieuse et touchante adaptation de la réponse du centurion de Capharnaiim au Sauveur : Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement un mot et mon enfant sera guéri (Mat. viii, 8).
L'oraison Corpus tuum Domine quod sumpsi, qui accompagne les ablutions, est de beaucoup plus auguste que le geste. Elle n'est pas romaine de style, car le célébrant s'y exprime au singulier [sumpsi, potavi, meis, me], et sa prière s'adresse au Christ, non à Dieu par le Christ, comme c'est la règle à Rome. En fait, cette oraison est une postcommunion gallicane, que l'on retrouve à peine démarquée
1. VOrdo de Ratoldus de Corhie, à la On «lu x« siècle, a déjà la prière Perceptio, la prière Domine I. C. fili, et la prière Domine xancte Pater (signalée dans rtippen<lice à Innocent III et conservée par le rilo lyonnais'.
dans e sacramentaire gallican d'Autun (vu'' siècle) * . Nos trois prières avant la communion ne sont pas davantage romaines de style et pour les mômes raisons. Elles n'en sont pas moins toutes trois d'une inspiration sobre et émouvante. La première contient un rappel de la prière pour TEglise exprimée dans le Te igitur : « ... eamque secundum voliintatem tuam pacîficare et coadunare digiieris », en effet, est une réminiscence de « ... quam pacificare... et adunare digneris ». L'invocation: ({ Ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae » est un admirable trait. Le vœu de la paix n'a pas nécessairement de lien avec le baiser de paix, non plus que le vœu semblable qui se lit dans le Libéra nos quaesumus ou dans le Hanc igitur. Dans la seconde prière, le prêtre demande au Christ, qui par sa mort a vivifié le monde, de le purifier, lui prêtre, de ses iniquités, de l'attacher aux commandements divins, de ne pas permettre qu'il se sépare de son Sauveur (réminiscence d'une parole de l'apôtre saint André dans sa Passion)^. Dans la troisième enfin, le prêtre s'accuse une dernière fois et demande que le corps du Christ auquel il va communier, quoique indigne, ne soit pas sa condamnation (réminiscence d'une pensée de saint
1. Missale (/o<^tc((/n (Sacramentaire d'Autun), 78 : • Postoommunionem. Corpus tuum, Domine, quod accepimus et calicem tuuni quempotavimus.haereat in visceribus nostris : praesta, Deus omnipotens, ut non remaneat macula, ubi pura et sancta intraverunt sacrameuta. Par •. — Nous citerons les sacramentaires gallicans tels qu'ils sont reproduits au t. XCII de la Pa<r. ?«/. d'après Mabillon (1683). Sur le Sacramentaire d'Auxerre, Delisle, p. 69; Ebseu, p. -240.
•2. L'oraison Domine lesu Chrisle, fili Dei rivi est attribuée parfois à saint Augustin. Voyez par exemple la traduction en fracrais (xiv« siècle) de l'ordinaire de la messe selon l'usage de Paris faite pour le roi Charles V. (B. N. Latin. KigOî. fnl. lOij.
L'ORDINAIRE DE l.A MESSE DU MISSEL ROMAIN. l'J
Paul), mais la protection de son âme et de son corps, le remède aussi. Ces trois belles prières, qui peuvent être d'un même auteur, sont des actes avant la communion qui rappellent telle apologia sacerdotis de la liturgie gallicane '.
Il est clair que Vite missa est finit la messe, et ainsi en est-il à la messe papale du viii® siècle, où. Vite missa est ayant été prononcé par un diacre, le pontife quitte l'autel et gagne le secretarium. Sur son passage, les évêques et les prêtres lui disent : lube, domne, benedicere. Le pape répond ;- Benedicat nos Dominus. Et ils répondent : Amen. Cette bénédiction fut longtemps réservée aux évêques, puis il arriva que les prêtres la donnèrent aussi, sous prétexte que le peuple la demandait : cette usurpation était générale, au moins en pays germaniques, au début du xii*^ siècle, si nous en croyons Bernold de Constance, mais au xin^ siècle l'usage variait encore de pays à pays. Le P. Lebrun cite un ordinaire des Frères Prêcheurs, de l'an 1254 -, dont une rubrique énonce que le prêtre donne la bénédiction si c'est l'usage local : « Si consuetudo patriae fuerit, et extranei affuerint hoc expectcuiteSf det benedictionem secundum ma dum patriae ». Les Frères Mineurs, au xiii® siècle, la donnent : leur ordinaire (Erxer, p. .317 la place après Vite missa est et avant le Placeat, sans lui assigner de formule.
La prière Placeat est l'épilogue de toute la messe : avant de baiser l'autel et de le quitter, le prêtre dit