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2d0 LEÇONS SUR LA MESSE.
giens cependant ne croient pas qu'on doive détacher si précisément ces mots du Sauveur de leur contexte : la forme du sacrement est constituée à leurs yeux par toutes les paroles prononcées par le Sauveur à la cène et rapportées dans le canon '.
Quoi qu'il en soit de ces précisions dernières, le sentiment qui attache aux paroles mêmes du Sauveur l'efficacité consécratoire, est un sentiment plus ancien dans la tradition de l'Église et bien autrement net que le sentiment qui a prévalu chez les théologiens byzantins. — Il est exprimé déjà par saint Justin et par saint Irénée, au ii® siècle 2. La liturgie romaine du iv^ siècle en était pénétrée : nous savons cela admirablement par le traité De sacramentis. On y lit : « Ce pain est du pain avant les paroles sacramentelles, mais, sitôt que la consécration est survenue, ce pain devient la chair du Christ. Suivez bien. Comment du pain qui est du pain peut-il être le corps du Christ? Par la consécration. La consécration, de quels mots est-elle composée et de qui sont ces paroles? Du Seigneur Jésus. Car tout Iç reste qui se dit dans ce qui précède, est dit par l'évêque, louanges à Dieu, oraisons pour le peuple, pour les rois, pour les autres. Mais dès qu'on vient au moment où se fait le vénérable sacrement, l'évêque ne parle plus de lui-même, il se sert des paroles du Christ. Donc la parole du Christ fait le sacrement... Donc, voilà ma réponse, avant la consécration pas de corps du Christ, après la consécration je te dis qu'il y a corps du Christ. Ipse dixit et fac-
1. Pescu, t. Vt (1908), p. 3'i2. Voyez la dissertation de Edm. Bishop, « The moment of consécration », dans Connoixy, p. I2C-163. i. On piiuira le voir dans L'eucharistie, p. 28 et 18-2.
LE CANON ROMAIN. •2^>l
tuni est, ipse manddMl et c/eatuin est' ». La parole divine a été créatrice : elle a dit que la lumière fût, et la lumière a été. Le Christ dispose de cette toutepuissance : il dit à ses disciples de faire le sacrement de son corps, et ce miracle s'opère, il s'opère par la même parole qui l'a opéré à la cène. — On aurait bien surpris l'auteur du De sacramentis, et tout autant saint Ambroise ou saint Augustin 2, si on avait enseigné devant eux que la parole divine ne suffît pas à rendre présents sur l'autel le corps et le sang du Sauveur, et qu'il y faut en outre l'opération du saint Esprit (comme pour l'incarnation du Verbe dans le sein de la bienheureuse Vierge^Marie) *.
La croyance des Occidentaux en l'efllcacité immédiate des paroles prononcées sur le pain et prononcées sur le vin s'est traduite dans le rite de l'élévation.
L'élévation de la sainte hostie, sitôt après le prononcé des paroles Hoc est enim corpus meum, se rattache à une controverse de la fin du xii° siècle, non à la condamnation de Bérenger un siècle plus tôt. Le pain et le vin, demandait-on, sont-ils consa-