riMMrOFER-ElSESHOFEr,. t. II. |>. 1K
Nous avons dit en son lieu les raisons qui nous font considérer le Mémento des défunts comme une pièce adventice, dMtanile Xobis g uoqiiepeccatGribus. Mais que penser de la formule qui clôt actuellement le canon romain ?
Per quem haec omnia. Domine, semper bona créas sanclificas vivificas bonedicis et praestas nobis. Per ipsum et ouni ipso et in ipso est Ubi Deo patii oninipotenli, in unitale t^piritus sancii, oninis honor et gloria, per omnia saeciila saeculorura. Amen,
Celte formule, qui est une doxologie, est une conclusion évidemment. Elle ne se raccorde point au Nobis quoque peccaloribus, pas davantage au J/e- /«e/îZo des défunts. Se raccorderait-elle au Supplices te rogamus. dont elle nétait pas isolée primitivement? Dom Cagin Ta pensé et il n'hésite pas à voir dans le Per quem haec omnia la conclusion normale de tout le canon. Il fait valoir que, dans la liturgie gallicane et dans la -wisigothique, on rencontre le Per quem romain immédiatement attaché à la formule qui dans ces deux liturgies est le substitut du Supplices te rogamus romain. On peut produire en exemple la formule suivante du sacramentaire gallican) d'Autun vii^ siècle) :
Haec nos, Domine, instituta etpraeceptarelinentos. suppliciter oramus uti hoc sacrificium suscipere et benedicere et sanctificare digneris, ut fiât nobis eucharistia légitima 'in tiu> Filiique tiii nomine et Spiritus sanoti] in transformationem corporis et sanguinis Domini Dei nostri lesu Chrisliunigenili tiii, per quem omnia créas, creata benedicis.benediclasanclificas, et sanctificata largiris, Deus qui in Trinitale perfecta vivis et régnas in saecula saeculorum '.
I. P. L. LX\n, 237. Pafcofjrajjl'ie, p. 83. Eucharistia, p. ?;7.
M"' Duchesne objecte, il est vrai, que les mots haec omnia bona ne peuvent désigner le pain et le vin qui sont désormais le corps et le sang du Christ. Il suppose donc qu'ici s'intercalait une bénédiction des fruits de la terre, blé, huile, raisin, fèves, etc., analogue à la bénédiction de l'huile des infirmes le jeudi saint '. On peut répondre que, quand ces fruits de la terre sont bénits à ce point de la messe, ce n'est qu'exceptionnellement et toujours par une formule qu'on introduit avant le Per quem haec omnia bona, qui n'est donc pas une bénédiction dos fruits de la terre. Y fait-il du moins allusion ? Pas si évidemment qu'on ne l'ait maintenu aux messes où n'intervient aucune bénédiction des fruits de la terre.
On inclinera donc à croire que le Per quem haec omnia est une pure doxologie qui acclame le Fils dans le Père, le Fils et le Verbe par qui tout a été fait -. Remarquez que le sacramentaire d'Autun dit : Per quem omnia créas, supprimant ^(^/ec' et mettant l'accent sur omnia. Dieu crée toutes choses et toutes choses sont bonnes, i>alde bona créas, dit une formule wisigothiquc citée par dom Cagin Euchar. p. 57). Le pain et le vin, qui ont servi à faire le sacrement du corps
1. DK.iiF.sxr, Orùjines, p. nt-l'iîi. Voyez dans le Sacramentaire Gelasien {WiLSON, !>. 407j, la messe ilcrAseensinn, ou le Comtnunicanter. est sui'i lie ceci : « Inde vero modicum ante expleto ranonc benedices fruges novas. Sequitur benediclio. Bcnedic Domine et lias fruges novas lahae quas tu, Domine, rore caelesti et inunilantia pluviarum ad maturilatem perducere dignatus es, ad percipienduni nobis cum gratiarum aclione in nomine Domini nostri lesu Christi. Per «luein liaoc omnia, Domine, semper l)ona usque pxplet'j canone •. — Voyez encore ibid. ,p. -291.
i. Uapproclie/. la doxologie que dimne au Pater la liturgie décrite par le De sacramenlis, VI, -2i: « Audi quid dicat saeerdos : Per Dominuiii nostrum Icsum Cliristum, in qiio tihi est lionor, laus, gloria, inagnifu-entia, poiestas, euni Spirilusanirtoa saeculis et aune et semper et in omuia saccula saeculnrum. Amen. <
et du sang du Christ, peuvent représenter toute la création dont ils sont en quelque sorte les prémices, « primitias Deo ex suis creaturis », disait déjà saint Irénée^ création qui ne s'interrompt pas et qui est bonne toujours : haec o/n/iia seniper bona créas. Ce pain et ce vin, Dieu les sanctifie, il les vivifie, il les bénit, il nous les donne : tous ces traits s'appliquent au pain et au vin qui deviennent le pain saint de la vie éternelle et le calice de bénédiction-.
Tout honneur et toute gloire à Dieu tout-puissant, dans l'unité du saint Esprit, par le Fils et avec le Fils et dans le Fils, tous les siècles des siècles. Et l'assistance s'unit à cet hommage lyrique : Amen.
Cet Amen est célèbre, parce qu'il était la seule intervention du peuple dans la grande prière de l'évêque, et que par cette acclamation le peuple affirmait sa foi aux saints mystères de la liturgie. Saint Justin, au II* siècle, souligne l'importance de cet Amen de « tout le peuple présent » [Apol. lxv, 3-5). Nous l'avons vu mentionné |)ar févèque d'Alexandrie saint Denys, au milieu du in^ siècle. « Vous dites Amen, écrit saint Augustin, et qui dit amen souscrit (à ce qui vient d'être exprimé;, car amen en
1. Voyez L'eucharistie, p. 173-170. Dans le même sens (jue nous
TllALHOIEK-ElSENHOFrK, t. II, p. 191.
2. Quand il pronomc Per ipsum elcum ipso, le célébrant fait avec riioslie trois signes de croix surle calice; puis, en disant Est tibi Deo Palri omnipotenli, il fait deux signes de croix en avant du calice; enfin, en disant OHutù/io«o/' etgloria, ilélé^c un peu l'Iiostie et le calice. Ce dernier geste est prescrit déjà par VOrdo romanus I, où l'archidiacre élève le calice et le rapproche du pontife (exallat illum iuxta pontificem), et où le pontife touche avec les oblatae le bord ilu calice (tangila latere calicem cum oblatis). Pas de signes de croix (irescrits ici par VOrdo 1. Mais déjà VOrdo romanus II marque les deux signes de croix à faire avec les oblatae en avant du calice. 1-es trois signes de croix faits avec rimstie sur le calice apparaissent ;i la fin du \W siècle.
latin se traduit par : C'est vrai'. > Le maître d'Augustin, saint Ambroise, avait dit déjà de cette même acclamation : « Et tu dicis : Amen, hoc est veruin est : quod os loquititr mens interna fateatur, quod sermo sonat affectas sentiat » [De lïiijslej-. 54]. L'Ordo romanus XIV [n. 95;, au début du xiv' siècle, mentionne que, à la messe papale du jour de Pâques, cet Amen est exceptionnellement omis. On expliquait cette omission par une légende, qui est qu'à pareil jour, comme le pape saint Grégoire venait de prononcer Pcr omnia saecula saecnlorum, un ange du ciel répondit Amen.
<. Sermo m, 3 (coll. Michel Denys).
La grande prière eucharistique est achevée et ce qui va suivre peut être désigné par le terme post precem qu'emploie saint Grégoire. Mais la messe étant la cène réitérée, il reste à joindre à la prière ou eucharistie la fraction du pain et la communion. Nous avons à décrire ces deux actes, auxquels la religion de TÉglise ajoute la postcommunion.
Dès l'abord, un petit problème se pose dont la solution restera indécise.
En Afrique, on récitait le Pater, au temps de saint Augustin, après la fraction et avant le baiser de paix qui précède la communion : « Ad hoc di^ citis : Amen... Deinde dicitur dominica oratio... Post hoc dicilur : Fax vohiscum^ » Saint Jérôme,
1. Sermo vi, 3 (collection de Micliel Denys). Cf. >ierm. xlix, 8; lvh 12; .cxxvii. Epistul. cxux, 16 : « In celebratione sacramentoruni.
LA SAINTE COMMUNION. 5i77
dans le Contra Pelagianos (m, 15), c'est-à-dire sur la fin de 415, suppose que l'oraison dominicale est dite « tous les jours dans le sacrifice du corps » du Christ ; ainsi en était-il sans aucun doute à Jérusalem, où résidait saint Jérôme depuis plus de vingtcinq ans'. Peut-être l'oraison dominicale a-t-elle été introduite dans la messe par les Eglises où l'on célébrait la messe chaque jour, en considération de la demande : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien-. » Lasynaxe liturgique quotidienne était, en effet, l'usage de l'Afrique au temps d'Augustin. de Jérusalem au temps de saint Jérôme.
On ne trouve pas trace de la présence de l'oraison dominicale à la messe chez saint Ambroise (Srawley, p. 164). Pas trace dans la liturgie de saint Sérapion de Thmuis ibid. p. 70;, donc en Egypte au temps de saint Athanase, ni chez aucun auteur alexandrin du iv<= siècle, y compris saint Cyrille d'Alexandrie (p.56 . Mais il figure dans la messe décrite par l'auteur du De sacramejilis v, 24).
A Rome même, le pape saint Grégoire donne à entendre que l'oraison dominicale a été introduite à la messe par lui à la place où nous la trouvons encore. 11 s'en explique dans la lettre à l'évéque de Syracuse Jean, qui lui a marqué sa surprise devoir qu'il fait dire le Pater immédiatement après le
liencdititur (quod est iii Domiiii mciisa) et saiictilicalur et ad distiibuendura commiiiuitur, quam totani petitiuiicm fere omnis Ecclesia dominica oratione concludit •. Souligne/ ferc : Augustin connait donc des exceptions.
1. Un demi-siècle avant saint Jérôme, saint Cyrille est témoin que l'i.raison dominicale est dite à Jérusalem «luand finit le canon. liRioHiM.w, p. KM». Autant à Antioclio d'après saint Jean Clirysostonie. VAd. p. \1\.
i. Ai'oisTiN. De serm. Dom. in monte, \i, 2«».
canon : « Orationem dominicain mox post canonem dici statuistis. « Il m'a paru ne pas convenir, écrit le pape, que nous disions sur l'obiation une prière {prece?n) qu'a composée un écrivain quelconque, et que nous ne disions pas sur le corps et le sang- du Christ l'oraison que nous tenons du Christ en personne*. Voilà pourquoi nous disons l'oraison dominicale aussitôt après le canon [mox post precem). — Ce texte peut être compris dans ce sens que saint Grégoire a institué de dire le Pater à cette place, pour qu'il fut dit sur le corps et le sang du Christ, par ce que sans cela « nous ne le dirions pas sur le corps et le sang du Christ » : on conclura de là que le Pater ne figurait pas à la messe romaine avant saint Grégoire. — On peut comprendre aussi que, à Rome, le Pater se plaçait après la fraction, et que saint Grégoire le plaça, comme faisaient les Grecs, avant la fraction. Ce texte est généralement compris ainsi. Mais alors comment saint Grégoire peut-il écrire que le Pater, s'il était dit après la fraction (et avant la communion) ne serait pas dit sur le corps et le sang du Christ? Cette considération nous fait préférer la première interprétation^.
1. Epislul. IX, : 12. » Valde milii inconveniens visuui est ut preceoi quam scolaslicus composuerat super oblationeiii dicerenius. et jpsam traditioneni quam rcdemptor nosler coniposuit super ejus « orpus et sanguinem non diceremus. > Le mot scolaslicus n'est pas un nom propre, il désigne ici un écrivain qui sait écrire. Il est difficile (l'admettre que saint Grégoire attrihue le canon à un écrivain quelconque. Peut-être pense-t-ilaux prières du sacramentaire en général.
2. Le texte de saint Grégoire que nous commentons soulève une grosse ditTiculté. Le pape écrit : •■ Orationem douiinlcam idcirco mox post precem dicimus, quia mos apostolorum fuit ut ad ipsam solummodo orationem oblationis iiostiam consetrareut... • Saint Grégoire a toute l'apparence de dire que l'usage des apôtres a éle de
Les Eglises qui introduisirent l'oraison dominicale entre le canon et la communion, en firent une préparation à la communion. Cette raison est celle que donne saint Augustin. Pourquoi, demande-t-il, disons-nous l'oraison dominicale avant de recevoir le corps et le sang du Christ? Et il répond : L'humaine fragilité le réclame : si, en effet, nous avons péché par pensée, par parole, par regard, si nous avons été touchés de quelque tentation de ce monde, ces fautes légères sont effacées par l'oraison dominicale, quand nous disons à Dieu : Dhnilte nobis débita nostra. Nous pouvons nous approcher alors, sans crainte de manger et de boire notre condamnationen recevant ce que nous recevons, « ne quod accipiinus in iudicium nobis manducenius et bibamus ' ». L'oraison dominicale a, pour les péchés véniels, une efficacité purificatrice que l'évèque d'Ilippone a maintes fois relevée; elle est une médecine quotidienne instituée par Dieu dans son Eglise : il suffit de dire le Diniitle nobis débita nostra pour pouvoir se présenter à l'autel le visage lavé, « ut his verbis Iota fa vie ad alkire accedanius, et his vevbis Iota
consacrer le pain et le vin (oblationis hostiam) en |>rononçant seulement l'oraison dominicale ad ipsam solummodo orationem). Ce sens est celui qu'adopte M^' Duchesne [Origines, p. 17C) et ;iussi bien des auteurs récents, comme Wonisworth, comme Gore, comme Sehell. Voyez L'eucharistie, j). 3.j3. — On peut faire valoir contre cette interprétation que ohlationix se ratlaclio non à hoi^liam, mais à urationem, ce qui revient à dire que l'usage des apolres était de consacrer le sacrilice (hostiam) en prononçant seulement la prière de l'oblation [ad ipsam solummodo orationem oblationis). Victorinus, (|ui écrivait à Home au temps du pape Libère, parlant du i.anon l'appelle •> oratio ohltilionis <. .\d>'. le. ii, 8. L'ex[)ression oratio oblationis répond au srec eO/r) ^rpod^opi;. r,e mos apostolorum d(^signe l'usage romain antcrionr à saint Grégoire, car à Rome le caiH'ii était ciuisidéro <-otiime d'origine a|iostolique. 1. Ai<;. Sermo vi, .'» (coll. de M. l». .
facie corpori Christi et sanguini communicemus » iSermo xvii, 5).
En introduisant le Pater dans la messe romaine, le pape saint Grégoire lui a donné un prologue et un épilogue. Le prologue est ainsi conçu :
Oremus.
Praeceptis salutaribus moniti et divina institutione loimati, audemus dicere : Pater nosler.
Ce prologue doit être une formule liturgique antérieure à saint Grégoire. Saint Jérôme, pensant peutêtre à la liturgie pratiquée à Bethléem et à Jérusalem, a écrit : « Sic docuit apostolos suos ut cotidie in corporis illius sacrificio credentes aiideant loqui : Pater noster... » [Contra Pelag. m, 15). Et saint Augustin, dans le même temps, disait : « Audemus cotidie dicere : Adveniat regnuni tuum » [Sermo ex, 5). L'équivalent de notre audemus dicere se retrouve dans la liturgie byzantine'.
Chez les Grecs, nous le savons par le pape saint Grégoire, l'oraison dominicale était prononcée à l'unisson par toute l'assistance. 11 en était de même dans la liturgie gallicane : Grégoire de Tours raconte qu'une femme qui était muette recouvra la parole à la messe, un dimanche, au moment où se disait l'oraison dominicale : miraculeusement guérie, elle ouvrit la bouche et se mit à chanter Je Pater avec toute l'assistance, « coepit sanctam orationem cum reliquis decantare- ^) . La règle de saint Benoît; cap. 13',
\. Pour la liturgie by/autine, Brichtman, p. 136, 391, 410. Pour la gallicane, voyez les formules Ante orationem dominicam du sacramentaire d'Autun, du sacrameulaire d'Auxerro.