‹ Leçons sur la messeChapitre 70 sur 80 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Ceux de nos fidèles qui n'ont pas appris le latin scolaire n'auront pas grand eiïort à faire pour entendre le latin du Missel. Nous leur conseillons, nous leur demandons cet effort. Ils en seront récompensés par la joie spirituelle qu'ils trouveront à comprendre, sinon à parler, la langue de l'Eglise romaine., à entrer ainsi davantage dans l'intimité de sa foi, dans sa perpétuité, dans son unité. La lettre n'est pas si morte qu'on dit, et les mots anciens ont leur vertu que toute traduction compromet : aimons la lettre pour ne rien perdre de 1 esprit.

L'assistance à la messe requiert que le fidèle s'associe aux prières du célébrant, et ne se contente pas de lire des " prières pendant la messe », des paraphrases plus ou moins lointaines du texte du célébrant, voire des prières parfaitement étrangères aux saints mystères... Une faut certes pas exagérer le littéralisme liturgique : les contemplatifs ont leur place dans l'assistance, on a écrit à leur usage des ' méthodes pour assister à la messe » que nous n avons nullement l'intention de déconseiller. « On •ntond toujours bien la messe, pourvu qu'on adore I qu'on aime Dieu, et qu'on s'unisse à l'Eglise » *. Nous écrivons cependant pour les assistants qui, ayant le goût du sens littéral, veulent être aidés à le -aisir, à l'approfondir, à s'en édifier. C'est à ces tidèles que nous recommandons la lettre du Missel.

1. tiicoLt., Iiislrucltonsthrologirjwa et mof'iU'S sur Voraison dotni- ■'Cale, la talulalion amjéUque, la sainte messe, elles autres prières 'e l Église [iTOC). p. US. Cl. Tuomassih, Traité de l'office divin d'nw ••■s rapports avec l'oraison mentale (od. de 1X9V . p. 1^1-133.

306 LËCOXS SUR LA iMESSE.

Nous leur conseillerons, secondement, d'avoir de la prédilection pour la grand'messe.

Le concile de Trente [Sess. XXII, cap. 6) a pris la défense des messes privées contre les réformateurs qui réclamaient l'abolition des messes dans lesquelles le célébrant est seul à communier sacramentellement. Sous prétexte de couper court à des abus, la Réforme décrétait que la messe ne valait plus qu'autant que communion des fidèles au sacrement de la cène : il fallait donc que des fidèles y prissent part pour qu'elle fût légitime. Je m'étonne qu'il se rencontre des Anglicans, instruits et épris des choses de l'ancienne Eglise, pour soutenir encore une doctrine si contraire à la piété d'un saint Augustin, d'un saint Ambroise, d'un saint Cyprien.

Et il y a plus, car le Sauveur à la dernière cène, en disant à ses disciples : Haec qiiotiesc;i?nqne fece- 7-itîs, in mei memoriam facietis, n'a pas limité au seul dimanche la réitération de son eucharistie, ou interdit de la célébrer en forme privée et quotidienne. L'Église des premiers siècles attachait à cette réitération une valeur d'oblation du corps et du sang de l'Agneau immolé, loin qu'elle ait jamais songé à en faire une oblation symbolique et subjective. Elle aurait pu dire avec l'auteur de V Imitation (111, v, 3) et dans le même sentiment que lui : « Quand le priHre célèbre il honore Dieu, il réjouit Les anges, il édifie TP^glise, il aide les vivants, il soulage les

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morts, il se rend participant de tous les biens ». Sans doute, les prières de la messe impliquent la présence du peuple. L'Eglise veut que le peuple y soit toujours, sinon présent, du moins représenté. Voilà pourquoi le prêtre y doit avoir un servant, c'est de règle, et ce servant, ne fût-il qu'un enfant, est là pour tenir le personnage du peuple. Saint Thomas d'Aquin le dit avec une noble simplicité : In )iiissis priçatis siifjîcit uninn habere mini-

rum, qui gerit persnnnm totins populi catholici, ex ciiius persona sacerdoti pliualiler respondet » (III, Lxxxiii, 6, ad 15). Rien n'est changé aux paroles du dialogue du prêtre et du peuple, le petit servant solitaire répond au pluriel, parce qu'il répond pour tout le peuple catholique.

Chaque fois donc que vous assisterez à une messe 1 asse, vous vous appliquerez à entrer vous-même dans le personnage du servant, à vous associer de cœur à ses réponses, à porteren vous tout le peuple catholique. Cependant la dévotion que vous aurez pour la messe privée ne vous empêchera pas de penser que la messe requiert le peuple, que la messe normale est celle où le peuple est présent et mêle sa voix, — je voudrais pouvoir ajouter : et oîi il communie, — la grand'messe.

Nous conseillerons à nos lecteurs, par surcroît, d'avoir de la prédilection pour la grand'messe chantée par leur évêque, s'ils habitent la ville épiscopale.

Nous avons expliqué au cours de ce livre comment la messe privée est une réduction delà grand'messe, et que la grand'messe est une adaptation de la messe papale du viii" siècle : la messe pontificale

d'un évoque est celle qui se rapproche davantage de la messe papale antique, et qui donne l'impression la plus juste, encore que bien atténuée, de la liturgie des Ordines romani^ Si l'évêque est décoré du pallium, l'impression est plus vive encore... J'ai eu en 1904 rénîcrveillement d'assister à la messe pontificale célébrée à Saint-Pierre par le pape Pie X, avec tout le déploiement du cérémonial, pour le centenaire de saint Grégoire : ce sont des spectacles qu'on ne voit pas deux fois... Enfant, j'étais conduit aux offices pontificaux d'une cathédrale provinciale, qui a un chœur magnifique, éclairé d'une lumière chaude comme celle de Rome, et qui avait en ce temps-là un saint archevêque (il fut cardinal), d'une extrême dignité de caractère et d'attitude, très fervent de liturgie, observateur intransigeant des usages romains; je retrouve dans mes souvenirs d'enfant la vision ineffacée de telle messe pontificale de Pâques, dont la beauté liturgique me saisissait. Je souhaite pareille révélation à tous mes lecteurs d'aujourd'hui, mieux préparés qu'ils sont à la comprendre et à l'aimer.

Le Missel Romain prévoit, pour la messe basse, que le prêtre est venu à l'autel avec son servant et que ce servant va devant le prêtre en portant le Missel. Cette indication est rarement observée, etc'est dommage, parce que le port du Missel devant le prêtre est un vestige du vieux rite qui voulait que l'Evangile fût porté avec honneur par le sousdiacre à l'entrée processionnelle du célébrant. Le

ÉP1L0GLI-. oO:i

Père Lebrun avait bien raison d'écrire : « Il serait à souhaiter qu'on portât toujours avec respect devant le prêtre ce saint livre, qui contient le pouvoir que Jésus-Christ, instituant l'Eucharistie, donna aux prêtres de célébrer la messe, en leur disant : Faites ceci en mémoire de moi. »

Les prières que le célébrant dit à voix basse au pied de l'autel expriment les scrupules que la liturgie entend suggérer à qui va offrir le saint sacrifice. Que ces scrupules soient pareillement ceux de lassistance. La liturgie associe le clergé et les fidèles dans la sainte égalité du Confiteor. Que tous se rappellent la parabole du pharisien et du publicain. pour imiter celui des deux qui, « se tenant à distance, ne voulait pas même lever les yeux au ciel, mais frappait sa poitrine en disant : O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur » (Luc. xvm, 13i. Se frapper la poitrine est un geste que la foi chrétienne a voulu qu'il nous fût familier. Saint Augustin rapporte que, à chaque fois que dans la lecture des Livres Saints les fidèles entendaient le mot confiteor ou toute parole suggérant l'idée de pénitence, ils se frappaient la poitrine: «... mox ut hoc çerbum sonuit in ore lectoris, secutus est etiani sonas tunsionis pecloris vestri... Pectora tutudistia, tundere auteni pectns quid est nisi ai-guere quod latet in pectore et evidenti pulsu occultum caslif(are peccatuni » [Sernio lxvii, 1). Que l'assistance donc batte sa coulpe dans le sentiment du pécheur qui s'accuse, et qu'avec le célébrant elle dise la belle oraison Aufer a nobis iniquitales nostras, qui est la conclusion des prières dites au pied de l'autel.

l;iu leçons suk la xMESSE.

Le célébrant baise l'autel en y arrivant. L'auttI chrétien est une chose sainte en soi. Que l'on veuille bien lire dans le Pontifical romain les prières pour une consécration d'autel, on découvrira de quelle sainteté la liturgie revêt l'autel, oint par l'onction du saint chrême comme le sont les pontifes : l'idée n'y est pas exprimée que cet autel figure le Christ. La sainteté de l'autel sanctifie les dons qu'on y offre à Dieu et aussi bien quiconque le touche. « Siquistetigerit allavehoc sanctifie atushaheatur >', dit la préface de la consécration de l'autel ' , au Pou tifical romain, empruntant une parole de Dieu à Mo'ïse, car cette sainteté de l'autel est inspirée de la piété lévitique.

Le célébrant ne se contente pas de baiser l'autel, il l'encense, et cet encensement est un rappel de la cérémonie de consécration de l'autel où les encensements répétés tiennent une si grande place. Il est aussi bien une réminiscence de l'encens que les prêtres offraient dans le sanctuaire du Temple : « Et toute la multitude du peuple était dehors en prière à l'heure de l'encens >'. dit saint Luc (i. 10 .

La litanie a été un temps le plus populaire des

1. Kapprochez l'oraison qui précède cette préface, Deus omnij'Olens in cuius honorem, oraison qui se lit déjà dans le Bacramentaire Gélasien (Wilsox, p. 134; et le Grégorien (p. 184) : i ... praesta ut in iiac mensa sint tihi libamiua accepta, sini grata, sint pinguia, et Spiritus sancii lui semper rorc perfusa, ut omni tenipore in hoc loco supplicantis tibi familiae tuae anxictales relevés, aegriludines cures, preces exaudias, vota siiscipias, desiderata confirnies. [">stulala concédas. Pcr. »

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chants de l'Eglfse : il n'en subsiste que le Kyrie, il s'y ajoute \ introït, il s'y surajoute le Gloria in excelsisf auxquels il serait souhaitable que le peuple pût unir sa voix, quand on les chante. Qui donc persuadera à nos maîtres de chapelle que les fidèles ne sont pas une salle, mais un chœur, et que le chant d'Eglise doit être conduit de telle. sorte quils y puissent prendre part? «. On peut dire ce qu'on voudra des inconvénients qui résultent, au point de vue artistique, d un cliant quelconque exécuté par une foule nombreuse : rien ne vaudra jamais, comme effet, l'impression de majestueuse et vivante unité qu'il produit ; et puisque nous regardons comme une part de notre mission de travailler à la restauration des vénérables traditions liturgiques, souvenons-nous qu'il restera toujours quelque chose à désirer, tant que nous ne serons point parvenus à rendre au peuple de Dieu la part active qui lui revient, cette grande voix que nulle combinaison artificielle ne saura jamais remplacer w '.

Le chant liturgique est une industrie que l'Eglise emploie pour éveiller dans ses fidèles des sentiments, et d'abord pour mettre entre eux une unanimité que l'unisson de leurs voix prépare et symbolise : chanter à l'unisson conduit à chanter d'un même cœur. 11 faut chanter avec son cœur. Ne chantons pas de telle sorte que notre voix retentisse et que notre cœur soit muet : « Ne sit lingua perslrepens corde muta », dit saint Augustin [Sermo cxcviii, Ij. Car chanter est d'ordinaire signe qu'on aime : " Cantare negotiuni esse solet

I. L idiul monasliqve et la rie chrclieniic des premiers jours

;i9ii;, p. yj.

amantiuin » [Sermo xxxiii, 1). Il faut chanter aussi avec intelligence. Ne chantons pas comme chantent les oiseaux sans raison, dit encore saint Augustin, mais apprenons à comprendre ce que nous chantons : « Humana ratione, non quasi aviuin voce cantemus y) [Enarr. in psalm. n, 1). L'Église veut donc que le chant soit un acte de raison et d'amour. N'en faisons pas une virtuosité de théâtre, « ut in Ecclesia théâtrales moduli audiantur et cantica », disait déjà saint Jérôme à l'adresse de clercs de son temps qui tendaient à faire de la maison de Dieu un music-hall, v^quideDei domoscenanifecerc populoruni » [Comment, in Eph. v, 19).

On voudrait espérer que le peu qui a été dit des oraisons du Missel, considérées comme des expressions de la piété romaine, portera les fidèles à les aimer. Elles sont des formules tout ensemble concentrées et simplifiées, des thèmes de méditation.

Elles sont cependant et d'abord des invitations à la prière en commun : Oremus. Nos fidèles ont tendance à chercher dans nos églises un « foyer d'intimité secrète », comme disait Newman, une solitude où leur regard ne veut voir que Dieu : l'Église et sa liturgie, au contraire, ont pour esprit que personne ne se mette à part, que la prière soit la prière de tous, que les fidèles se persuadent qu'ils sont peuple, et que le célébrant a dans la prière publique la mission de parler pour ce peuple. Prier clauso oslio

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