‹ Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation [electronic resource]Chapitre 6 sur 10 · B. Les mûmes' cellules fixes que dans les flg · texte numérisé non relu

B. Les mûmes' cellules fixes que dans les flg

nouveau cautérisé par le même procédé, mais d'une façon plus intense. Aussitôt après, les cellules fixes manifestèrent les mêmes changements que la première fois : le corps de ces cellules devint plus gros, vacuoleux et moins réfringent, tandis que leurs prolongements se raccourcirent beaucoup. La circulation s'arrêta dans plusieurs anses voisines. Malgré Fin-

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tensité de la lésion il ne se produisit de diapédèse qu'à un degré tout à fait insignifiant. Pendant cinq heures d'observation je n'ai vu qu'un seul leucocyte traverser les parois vasculaires. Cela n'empêcha cependant pas l'accumulation des cellules migratrices, dont un certain nombre se dirigea vers le point lésé.

Ces observations, répétées pendant plusieurs années avec le même résultat, démontrent clairement la possibilité d'une réaction inflammatoire chez des vertébrés, sans intervention du système vasculaire et aussi du système nerveux. Ce phénomène, purement cellulaire, pourrait donc être rangé à côté du processus réactif des Annélides.

Le tableau généalogique qui ressort des recherches sur les phénomènes réactionnels des invertébrés peut donc être complété par les faits qui s'observent chez les embryons et les jeunes états larvaires des vertébrés. Cesfaitsnous prouvent qu'à l'origine la réaction de l'organisme contre des lésions a été essentiellement la même dans les deux grands embranchements du règne animal. Mais, tandis que cet état de choses est resté stationnaire chez les invertébrés, il a cédé la place aux phénomènes beaucoup plus compliqués chez les vertébrés développés. Même chez les larves plus âgées des tritons et des axolotes, munies d'un plus grand nombre de vaisseaux sanguins de calibre suffisant pour le passage des leucocytes, la réaction inflammatoire se fait de la façon classique, tant de fois étudiée dans ces vingt-quatre dernières années. A la suite des mêmes lésions, il se produit d'abord une accélération, ensuite un ralentissement de la circula-

l'inflammation.

tion, suivi de la disposition périphérique des globules blancs, ainsi que de l'émigration de ces cellules et de leur mouvement vers le point lésé.

Les têtards des différents batraciens se prêtent surtout à l'étude de ces phénomènes ; quelques-uns, comme ceux du Bombinator igneus, se distinguent par des nageoires très grandes et suffisamment transparentes pour l'observation détaillée. Après avoir provoqué l'inflammation soit à l'aide du nitrate d'argent (appliqué en tout petits fragments) soit par une simple piqûre ou par n'importe quelle autre lésion, on peut poursuivre toute la série des phénomènes inflammatoires et régénératifs sur le têtard vivant, en l'examinant pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines de suite. C'est là un grand avantage de ces recherches sur celles faites avec le mésentère et même la langue de la grenouille. Veuton fixer n'importe quel stade, on n'a qu'à recourir à la méthode de M. RANA,aER (1) et à laisser les têtards entiers dans l'alcool au tiers. Un séjour de quelques heures dans ce liquide suffit déjà pour permettre d'enlever l'épiderme à l'aide d'un pinceau, après quoi on ajoute à la queue détachée du tronc quelques gouttes d'une solution aqueuse de vésuvinc. La coloration se fait au bout de quelques minutes, de sorte que la préparation, lavée avec de l'eau, peut être étudiée immédiatement dans ce liquide, sans avoir besoin d'être déshydratée et enfermée dans le baume.

La nageoire des têtards présente des différences ana-

(1) Traitd technique d'histologie, 2'^ édition. 1889.

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tomiqiies très marquées par rapport à celle des jeunes larves de tritons ou d'axolotes. Les vaisseaux sanguins chez les premiers sont beaucoup plus nombreux et plus riches en ramifications. Par contre, les cellules migratrices, qui existent dans le tissu conjonctif normal, sont beaucoup moins nombreuses. Tous les éléments histologiques, cellules du tissu conjonctif aussi bien que globules rouges et blancs du sang, sont de moindres dimensions. Toutes ces particularités réunies présentent chez les têtards des conditions beaucoup plus favorables pour l'émigration leucocytaire. Celle-ci se fait aussi sur une grande échelle à la suite des différentes lésions que j'ai pratiquées, section de l'extrémité de la queue, introduction d'un corps étranger piquant ou cautérisation par le nitrate d'argent. Quelquefois, déjà un quart d'heure après l'opération, on peut surprendre le début de l'inflammation qui est accompagnée de dilatation vasculaire et d'une émigration considérable. Dans des cas oîi l'irritation se prolonge, comme après l'introduction d'une écharde, l'émigration inflammatoire peut être poursuivie pendant plusieurs jours de suite. Elle aboutit à une agglomération des leucocytes, à l'endroit lésé, infiniment plus grande que chez les jeunes larves des tritons ou des axolotes. La comparaison entre les phénomènes réactionnels chez ces urodèles et les têtards des batraciens démontre de la façon la plus nette l'augmentation de la réaction dans les cas où elle s'opère avec le concours du système vasculaire.

Il est très probable que les cellules migratrices du

124 l'inflammation.

tissu conjonctif se dirigent aussi vers l'endroit lésé; mais comme le nombre de ces éléments est excessivement restreint, leur rôle est sans importance à côté de celui des leucocytes émigrés en masse. Les cellules fixes du tissu conjonctif accusent les changements que nous avons observés chez les Tritons. Immédiatement après l'action irritative elles gonflent, deviennent moins réfringentes et vacuoleuses, tandis que leurs prolongements se raccourcissent et perdent beaucoup de ramifications. Mais peu de temps après les cellules se rétablissent complètement, conservant leur fixité et tous les autres caractères.

Les cellules migratrices, réunies à l'endroit lésé chez les jeunes urodèles, ou les nombreux leucocytes émigrés vers le même endroit chez les têtards et les larves plus âgées des mêmes urodèles, accusent aussitôt leurs propriétés phagocytaires. Les grains de couleurs, introduits sur un corps étranger plus gros, ou déposé simplement par friction à l'endroit sectionné, ainsi que les grains des cellules pigmentaires mortifiées ou les autres débris cellulaires, sont avidement englobés par les phagocytes réunis.

Dans mon premier travail sur l'inflammation des amphibies [Biolog. Centralbl. 1883) j'ai insisté sur le fait que les cellules fixes étoilées du tissu conjonctif présentent également des propriétés phagocytaires. On peut facilement observer sur des nageoires enflammées depuis plusieurs jours des cellules munies de pjolongements ressemblant à des bois de cerf, par conséquent des éléments fixes caractéristiques, renfermant dans leur protoplasma des corps étrangers,

comme des grains de carmin ou des débris de globules rouget . De ces faits, que j'ai pu confirmer à plusieurs reprises, j'ai conclu que les cellules fixes étaient des phagocytes correspondant aux cellules migratrices. Eh bien, j'ai reconnu depuis que cette interprétation était inexacte. Malgré des tentatives nombreuses, je n'ai jamais réussi à constater l'englobement des corps étrangers par les prolongements protoplasmiques des cellules fixes. Les recherches dirigées vers ce point, et répétées pendant plusieurs années de suite, m'ont persuadé que les cellules fixes définitivement formées ne s'incorporent jamais des grains de carmin ou autres corps étrangers. Ceux qui se trouvent dans leur protoplasma ont été englobés dans un état antérieur de développement, lorsque les cellules étaient encore phagocytes mobiles. Ces faits nous fournissent donc une preuve certaine du passage des cellules migratrices à l'état d'éléments fixes. Quoique ce résultat se trouve en désaccord avec l'opinion presque unanime des pathologistes, il est néanmoins parfaitement réel. Cependant il ne faut point conclure que toutes les cellules mobiles, réunies à l'endroit lésé, se transforment en cellules étoilées fixes.. Un grand nombre de phagocytes ne subit point ce changement. Beaucoup d'entre ces cellules périssent et

FiG. 52. — Phagocytes, renfermant d'autres' phagocytes. Nageoire d'un têtard de Bombinator.

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sont englobées par d'autres phagocytes, comme on peut le voir clans chaque cas quelques jours après le début de l'inflammation (lig. 52). Plusieurs de ces cellules mobiles pénètrent dans l'épiderme, et de là s'échappent à l'extérieur, trouvant certainement leur mort dans l'eau ambiante. D'autres encore passent dans les vaisseaux lymphatiques (Pl. I, fig. 1) et sont entraînées par le courant de la lymphe. Il reste pourtant un certain nombre de phagocytes à l'endroit de la lésion, malgré que la restitution soit déjà achevée. Dans les cas oii la cause irritative persiste dans le tissu, comme par exemple les petits tubes en verre introduits dans le tissu conjonctif des têtards, une quantité de leucocytes immigrés restent à l'endroit lésé, entourant le corps étranger quelquefois pendant des mois entiers.

Ce tableau de l'inflammation chez le têtard peut être pris pour modèle du même processus chez d'autres vertébrés', sans excepter les mammifères et l'homme même.

Nous voilà donc arrivé au dernier terme de la complication de la réaction inflammatoire dans le règne animal. Avant d'examiner ce processus pathologique en détail, il serait important de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l'évolution de ce phénomène important.

Puisque la cause principale de l'innammation — les infections — doit être considérée comme une lutte entre deux êtres organisés, le parasite et son hôte, et que cette lutte amène des adaptations des deux côtés,

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on peut admettre que l'organisme a élaboré des moyens pour se défendre contre ses agresseurs. Si les êtres unicellulaires, chez lesquels le caractère de la lutte est plus évident, possèdent déjà des moyens de défense, il n'est point admissible que les organismes plus élevés en soient dépourvus.

Les végétaux, organismes passifs, se défendent par la sécrétion de membranes résistantes et épaisses; pour pénétrer au travers de celles-ci le parasite doit prendre des mesures spéciales, c'est-à-dire sécréter des diastases dissolvant la cellulose ou percer la -.nembrane par sa force de croissance. Contre un grand nombre de parasites, incapables de ces fonctions, la plante est donc bien défendue.

Les parasites qui ont pénétré dans la cellule végétale, ou les autres agents qui lèsent cette dernière, occasionnent la mort de la cellule. Mais si elle-même est incapable de se régénérer, d'autres cellules, restées intactes et même excitées par la cause irritative, se multiplient et comblent la brèche produite par la mort des cellalcs directement atteintes. Dans le monde végétal il y a donc lésion et nécrose primaires; il y a aussi régénération, souvent même au delà de la limite normale, mais il n'y a point d'inllammation.

L'état animal de quelques plantes inférieures, notamment le plasmode des myxomycètes, présente une exception à cette règle, parce qu'ici il s'agit d'un mode de vie lié à la locomotion et à la digestion intracellulaire. Cette dernière propriété, qui se manifeste par l'englobemcnt, la digestion, ou l'excrétion

l'inflammation.

do l'agent qui pourrait nuire, contribue à la protection de l'organisme. Si elle-même ne constitue pas encore la réaction inflammatoire, au moins elle représente sa source première.

L'inflammation apparaît seulement dans le règne animal et évolue lentement, commençant chez les êtres doués d'un mésoderme. Au début, elle ne se distingue point d'une simple digestion intracellulaire par des cellules mésodermiques mobiles et phagocytaires. Ainsi chez les éponges la fonction digestive et la fonction inflammatoire sont encore réunies. Mais dès que l'entoderme se sépare définitivement du mésoderme, les deux fonctions se divisent. L'entoderme prend le rôle exclusif d'un organe digestif, le mésoderme se réserve le rôle protecteur contre les agents nuisibles, en les digérant quand cela est possible. Les phagocytes mésodermiques conservent leur propriété de digestion intracellulaire et l'exercent en se fusionnant en plasmodes, ou se réunissent pour former des capsules autour des parasites et autres corps étrangers. La réaction phagocytaire se manifeste par tous les phagocytes mésodermiques. Ce sont tantôt des cellules du tissu conjonctif, tantôt des éléments péritonéaux, tantôt des cellules du liquide périviscéral ou du sang qui jouent le rôle prédominant. Dans tous les cas, ce sont des phagocytes qui luttent contre l'agresseur en le dévorant, l'enveloppant et le digérant.

Il est tout à fait clair que l'inflammation des vertébrés, dans laquelle les phagocytes protecteurs sortent du sys tème vasculaire pour se diriger vers l'agresseur, ne se distingue des phénomènes analogues des

invertébrés qu'au point de vue purement quantitatif et doit être, par conséquent, considérée aussi comme une réaction de l'organisme contre l'agent morbide. La source essentielle, le primum movens de Vinflammaiion, consiste donc en une réaction phagocijtaire de l'organisme animal. Tout le reste constitue des accessoires de ce phénomène et se résume en moyens pour faciliter l'accès des phagocytes vers l'endroit lésé.

Les phénomènes morbides proprement dits, comme la lésion ou la nécrose primaires, ainsi que les actes de réparation, consécutifs à l'inflammation, n'appartiennent pas à cette dernière, et ne doivent point être confondus avec elle.

Il est absolument indifférent, au point de vue de l'essence de la question, de discuter à partir de quel stade généalogique de la réaction phagocytaire on lui appliquera le nom d'inflammation. On pourra limiter ce terme aux phénomènes accomplis avec le concours des vaisseaux, comme l'exigent MM. Stricker (1), RosER (2) et autres. Dans ce cas, la réaction phagocytaire des larves des Urodèles un peu âgées rentrera dans le cadre de l'inflammation, tandis que la même réaction des mêmes larves plus jeunes, oij les phagocytes sont fournis par le tissu conjonctif, ne s'appellera plus inflammatoire. Ou bien, si on tient au sens étymologique du mot, on n'appliquera le terme « inflammation » qu'aux cas où la réaction phagocytaire est accompagnée par la chaleur, c'est-à-dire on le réser-

(1) Allgemeine Pathologie der InfecHonskrankheilen, Wicn, d886, p. H2.

(2) Enlzùnclimg und IleUung, Leipzig, 1886, p. 5S.

l'inflammation.

vera exclusivement pour les animaux « à sang chaud ». L'essentiel sera, comme toujours, d'établir les relations naturelles des phénomènes et de reconstruire leur évolution généalogique.

La conclusion générale, à laquelle nous a conduit l'examen comparatif de la réaction phagocytai re, facilitera l'étude plus détaillée de l'inflammation des vertébrés.

Sommaire. — Variétés des leucocytes. — Provenance de ces formes. — Mobilité. — Propriétés pliagocytaires. — État des microbes englobés. — Leur vitalité et leur virulence.

Sensibilité des leucocytes. — Sensibilité tactile. — Chimiotaxie. — Recherches de M. Buchner. — Leucocytose. — Digestion intracellulaire.'— Destruction des microbes surtout chez les animaux réfractaires. — Action vis-à-vis des spores résistantes.

Multiplication des leucocytes par division directe et indirecte. — Transformations progressives. — Fusion des lobes nucléaires.

Pour simplifier notre tâche, nous pouvons examiner séparément les diverses parties de la réaction inflammatoire des vertébrés et commencer par une étude des acteurs principaux de ce phénomène : les leucocytes.

Sous ce nom, on désigne les globules blancs du sang et de la lymphe, dont on distingue plusieurs variétés. D'abord on trouve des petits leucocytes avec un grand noyau rond et une quantité très petite de protoplasma qui forme une couche très mince autour du noyau. Ces cellules, (fig. 83, a) qu'on désigne souvent sous le nom de lymphocytes, parce qu'elles sont en grande

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quantité fournies par les ganglions lymphatiques, se colorent facilement par toutes sortes de couleurs, notamment par les couleurs d'aniline, qui teintent le noyau d'une façon intense, tandis que le protoplasma ne se colore que faiblement. Les lymphocytes présentent tous les degrés de passage aux leucocytes les plus volumineux, munis d'un noyau unique, riche en suc nucléaire, et se colorant facilement avec les couleurs d'aniline. Cependant, le noyau de ces grands leucocytes se colore moins intensément que celui des lymphocytes , tandis que le protoplasma se colore de la même façon ou plutôt encore mieux.

Parmi ces leucocytes, qu'on désigne sous le nom de leucocijtes mononucléaires, il y a des cellules avec un noyau rond ou ovale (fig. 53, ô), mais parfois aussi un noyau en forme d'un rein ou d'une fève. Cette espèce de leucocytes a une grande ressemblance avec certains éléments fixes du tissu conjonctif , ainsi qu'avec des cellules endothéliales et des cellules de la pulpe splénique. On est donc souvent embarrassé, surtout lorsqu'on trouve ces leucocytes mononucléaires en dehors des vaisseaux, pour les distinguer des autres espèces de cellules mentionnées.

Les deux catégories suivantes de leucocytes sont au contraire très facilement reconnaissables au mi-

Fig. 53. — Trois formes de leucocytes.

lieu de toutes sortes d'éléments histologiques. Ce sontd' abord les leucocytes éosinophiles de M.Ehrlich, cellules munies d'un noyau le plus souvent lobé et en général de forme très variable, et renfermant dans le protoplasma des grosses granulations, qui ne se colorent pas par les couleurs d'aniline basiques (telles la fuchsine, violet de méthyle ou de gentiane, bleu de méthylène, vésuvine et autres), mais se colorent très bien par les couleurs d'aniline acides, surtout par l'éosine, qui les teint en rose foncé (pl. III fig- 2).

La quatrième variété de leucocytes, la plus importante au point de vue quantitatif et même qualitatif, est représentée par des cellules à noyau lobé ou composé de plusieurs portions, réunies par des filaments nucléaires souvent tellement minces (fig. 83, c) qu'on pourrait croire à une véritable pluralité des noyaux. En réalité, ces derniers sont quelquefois multiples, de sorte que le nom de leucocytes pohjnucléaires , qu'on leur donne, est pleinement justifié, et pourtant la grande majorité de ces cellules ne possèdent qu'un seul noyau divisé en plusieurs parties, réunies entre elles en un tout entier. Les formes de ces noyaux composés sont excessivement variables ; les plus fréquentes présentent une ressemblance avec une feuille de trèfle ou avec une framboise ; quelquefois aussi le noyau présente une forme annulaire. En dehors du noyau ces leucocytes possèdent encore une sphère d'attraction, composée de petits filaments achromatiques et renfermant un petit corps central chromatique. Cette particularité a été dernièrement décou-

l'inflammation.

verte par M. Flemming (1) dans les leucocytes des larves de la salamandre (pl. II, fig. 7).

Les leucocytes polynucléaires se distinguent d'autres globules blancs par l'action des couleurs d'aniline. Tandis que ces dernières colorent leur noyau très fortement, le protoplasma reste pour la plupart complètement incolore. Ce dernier renferme des granulations, quelquefois très abondantes (comme chez le lapin), qui ne se colorent que par un mélange des couleurs acides avec des couleurs basiques, de sorte qu'on désigne souvent ces leucocytes polynucléaires sous le nom de leucocytes neutrophiles.

Quoique la- démonstration de la multiplicité des variétés des leucocytes ait été déjà fournie par Max ScHULTZE (2), en 4865, les notions exactes sur ces différentes formes ne datent que des découvertes de M. Ehrlich (3). En examinant le nombre relatif des leucocytes dans le sang, on a pu voir facilement que les cellules neutrophiles sont de beaucoup les plus fréquentes. Ainsi elles seules représentent les trois quarts du nombre total des leucocytes, tandis que les autres variétés ne foi-ment qu'un quart de ce nombre.

On a cru d'abord que ces variétés correspondent à la différence d'origine des leucocytes, et que les petites cellules ne proviennent que des ganglions lympha-

(1) Archiv fUr mikroskopische Anatomie, 1891, t. XXXVII, p. 249, pl. XIII et XIV.

(2) Archiv filr mi/croskop. Anal.^ 186u, t. I.

(3) Los mcmoii-cs précieux de M. Enaucn ont été réunis dernière ment dans un volume : FarbenanalijLische Untersuchmgen zur Histologie und Klinilc des Blutes, Berlin, 1891.

tiques, tandis que les autres leucocytes dériveraient de la moelle des os. On a donc voulu diviser ces cellules en deux groupes : lymphocytes et myélocytes. Cependant on a dû abandonner cette classification, d'abord parce que les petites cellules peuvent être fournies aussi par d'autres organes, comme la rate et la moelle des os, et encore parce que cette dernière ne peut être nullement envisagée comme l'unique productrice des myélocytes. Le résultat le mieux prouvé a été fourni par M. Ehrlich, qui montra que les leucocytes éosinophiles sont surtout produits par la moelle des os, de sorte que la fréquence anormale de ces cellules dans le sang peut indiquer une affection de cet organe, comme dans la leucémie ostéomyélique. Mais les leucocytes polynucléaires ordinaires, ou neutrophiles, se développent dans le sang même aux dépens des petites cellules, fournies par différents organes, fait sur lequel a surtout insisté M. Ousroff (1 ) .

En examinant cette question de l'origine des leucocytes, il ne faut point oublier que ces cellules se trouvent déjà dans le sang des Gyclostomes, poissons inférieurs qui ne possèdent ni ganglions lymphatiques, ni moelle des os, ni rate, et chez lesquels les leucocytes dérivent des cellules méso dermiques de l'embryon et peut-être encore de l'endothélium des vaisseaux sanguins.

Comme il a été prouvé par Lieberkuhn, les leucocytes sont des cellules mobiles, capables d'émettre des appendices protoplasmiques et de changer de

(1) Le sa7ig comme tissu (cnrussc), Saint-Pétersbourg, 1890.

l'inflammation,

place à la façon des amibes. Tous les leucocytes présentent cette propriété; elle est moins développée chez les lymphocytes, qui sont les cellules les plus jeunes parmi les globules blancs. Cette même variété se distingue aussi par son incapacité d'englober des corps étrangers, c'est-à-dire de servir de phagocytes. On n'a jamais vu non plus les leucocytes éosinophiles jouer ce rôle, de sorte qu'il est très probable que leurs granulations, si caractéristiques (chez les reptiles et les oiseaux elles ont l'aspect de petits bâtonnets ou de cristaux), ne proviennent pas du dehors, mais sont élaborées par le corps des cellules mêmes. Par contre, les deux autres variétés de leucocytes, les leucocytes mononucléaires et les neutrophiles, se distinguent par des propriétés phagocytaires très prononcées. Même en dehors de l'organisme, ces cellules amiboïdes englobent très facilement un grand nombre de corps étrangers qu'on leur présente, et on les voit souvent littéralement bourrées de toute sorte de granulations. Ces cellules avalent, à la manière des amibes, non seulement des corps inactifs, comme les grains de carmin et d'autres substances insolubles ou peu solubles dans le liquide entourant les leucocytes, mais encore un grand nombre de corps vivants. Ainsi les leucocytes de la grenouille englobent des bacilles qui provoquent une septicémie chez ces batraciens et dont l'état vivant peut être facilement prouvé par la mobilité extrême de ces bactéries incluses dans des vacuoles nutritives des leucocytes (i). On arrive à la

(1) Voir Bioloijisches CentralblaU, 1883, p. 362.

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même conclusion, si on examine des leucocytes remplis de bactéries et introduits dans du bouillon ou autre liquide nutritif pour ces microbes, mais nuisibles aux leucocytes mêmes. Ainsi les bacilles charbonneux, englobés par les leucocytes du pigeon (animal peu sensible pour le charbon), poussent très bien dans le bouillon, en perçant le protoplasma cellulaire et en formant des filaments très développés (1), ce qui prouve que les bacilles ont été englobés encore vivants. Le même fait peut être prouvé aussi pour d'autres bactéries, par exemple pour le Vibrio Metchnikowii, englobé par des leucocytes des cobayes réfractaires et se développant dans l' exsudât même, extrait de l'organisme et placé dans des conditions défavorables pour la vie des cellules de l'animal (2). L'englobement constant d'une masse de bacilles delà tuberculose, du rouget des porcs et de la septicémie des souris par des leucocytes d'un grand nombre d'animaux, sensibles et réfrac taires pour ces maladies, renforce encore la même conclusion.

Mais quoiqu'il soit parfaitement démontré que les leucocytes englobent des microbes vivants, il ne faut pas en conclure que ces cellules soient capables de dévorer indistinctement tous les microbes sans exception. Ainsi il y a un assez grand nombre de cas où les leucocytes d'animaux très sensibles à une espèce de bactéries n'englobent point ces microbes, bien que ceux-ci se trouvent en contact immédiat avec les cellules amiboïdcs. C'est le cas pour les leu-

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1890, p. 80.

(2) I/Ad., 1891, p. 471.

l'inflammation.

cocytes des souris et des cobayes vis-à-vis de la bactéridie charbonneuse, ou les leucocytes des pigeons et des lapins vis-à-vis de la bactérie du choléra des poules, ou encore les leucocytes des cobayes sensibles par rapport au vibrion de la septicémie vibrionienne, etc.

Il y a donc une sorte de refus de la part des leucocytes à englober certains microbes nuisibles, comme il y a un refus du plasmode envers plusieurs substances; comme il y a aussi un refus des cellules ectodermiques des éponges pour laisser pénétrer les corps nuisibles. De ces faits on a conclu que les leucocytes en général n'étaient capables que d'englober des microbes déjà préalablement dépourvus de leur virulence, déduction qui est aussi peu fondée que celle qui prétend que les leucocytes ne peuvent s'incorporer que des microbes morts. D'abord il y a plusieurs maladies, comme la tuberculose, la lèpre, la septicémie des souris, lerouget des porcs, la gourme des chevaux, dans lesquelles la très grande majorité des microbes se trouvent dans l'intérieur des phagocytes en général et des leucocytes en particulier. Ce sont donc des bactéries pleinement virulentes qui ont été englobées par ces cellules. Mais même chez les animaux peu sensibles, comme les rats vis-àvis du bacille tuberculeux, les microbes sont facilement et totalement englobés par les phagocytes, ce qui n'empêche point que ces bacilles, englobés d'abord, inoculés ensuite à des animaux sensibles, comme le cobaye, ne leur donnent une tuberculose mortelle. Les bacilles étaient donc englobés à l'état

virulent. Si on isole un phagocyte d'un animal, rempli de microbes vis-à-vis desquels cet animal est réfractaire, par exemple un leucocyte d'un pigeon réfractaire au charbon, et renfermant des bacilles charbonneux, et si on le sème dans du bouillon, on obtient une culture virulente pour les animaux sensibles.

Les leucocytes peuvent donc englober des microbes virulents, fait général, qui peut être démontré encore par un autre genre de preuves. Les deux catégories de leucocytes qui jouent un rôle phagocytaire, grands leucocytes mononucléaires et leucocytes neutrophiles, présentent une différence par rapport aux diverses espèces de microbes. Ainsi les leucocytes mononucléaires de l'homme n'englobent ni les streptocoques de l'érysipèle, ni les gonocoques, tandis que ces deux microbes sont facilement englobés par les leucocytes polynucléaires neutrophiles (1). Ce choix démontre que les microbes évités par les leucocytes mononucléaires ne sont point des corps inactifs, puisque dans ce cas ils seraient, comme les corps inactifs en général, englobés aussi par cette variété de globules blancs. D'un autre côté, les bacilles de la lèpre ne sont jamais englobés par les leucocytes polynuclénaires neutrophiles, et sont au contraire très facilement dévorés par les cellules mononucléaires (2).

Dans ces variations on peut facilement entrevoir une sensibilité différente des deux espèces de leucocytes

(1) Archives de Virchow, t. CVII, 1887, p. 221.

(2) Ihid., p. 228 et Sawtchbnko, Zieç/ler's Beitrdge zur pathologischen Analomie, t. IX, 1890, p. 2'62.

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vis-à-vis des microbes, sensibilité qui tient sans doute de la chimiotaxie.

Des recherches sur la phagocytose exercée par des cellules mobiles ont déjà fait prévoir une action à distance (1) sur le protoplasma des leucocytes. Mais c'est M. Leber (2) qui, en 1888, exposa pour la première fois d'une façon précise le rôle joué par la sensibilité chimiotactique des phagocytes. Dans ses expériences sur la kératite provoquée par une substance cristallisable, extraite des cultures de Staphyloccocus aureus, il a démontré que les leucocytes sont attirés à distance vers le point d'introduction de cette substance. Des petits tubes en verre, contenant cette dernière, et introduits dans la chambre antérieure de l'œil des lapins, se remplissaient d'une masse de leucocytes, bien que ces cellules, à cause de la disposition des tubes, fussent obligées de se mouvoir en sens inverse de la pesanteur.

Cette découverte importante est devenue le point de départ de toute une série de recherches, qui prouvèrent sans contradiction l'existence, chez les leucocytes, d'une propriété chimiotactique tout à fait comparable à celle des plasmodes et d'autres organismes inférieurs. D'abord M. Lubarsch (3) montra que les

(1) Unlersuchiingen uber die intraceUidare Verdauung, dans les Arbeilen des Zool. Insl. Wien., 1883, t. V. p. 159.

(2) Fortschrilte der Medicin, t. VI, 1888, p. 460. Voir aussi le grand travail de M. Leber, « Die Entstehung dcr Entzundung », public à Leipzig, en mai 1891. Comme mon manuscrit était déjà rédigé à cette époque, je ne puis pas citer cette monographie aussi souvent que j'en aurais l'intention.

(3) Fortschrilte d. Medicin, 1888, t. VI, n" 4 et Cenlrnlbl. f. Bakteriologie, t. VI, n<" 18-20.

leucocytes des grenouilles sont plus facilement attirés par des bactéridies vivantes que par ces mêmes bacilles tués préalablement par la chaleur. M. Peckelha- RiNG (1) constata ensuite que les leucocytes du même animal sont beaucoup plus vivement attirés par les bacilles charbonneux que par une substance inactive, comme les Hlaments de coton. Beaucoup de faits d'une haute importance ont été fournis par MM. Massarï et BoRDET (2) qui prouvèrent que les leucocytes de la grenouille sont attirés en grand nombre par les liquides de culture de divers microbes, notamment du Staphyloccocus pijogenes albus, ainsi que parletranssudat pleuro-péritonéal des grenouilles, empoisonnées par la bile de bœuf. Parmi les produits d'oxydation des substances albuminoïdes, examinées par les mêmes savants, la leucine seule a exercé une influence attractive envers les leucocytes de la grenouille, tandis que la créatine, la créatinine, l'allantoïne et d'autres encore n'ont provoqué aucune manifestation chimiotactique.

M. Gabritchevsky (3), dans un travail exécuté dans mon laboratoire, démontra que les leucocytes des mammifères, notamment des lapins, sont beaucoup plus sensibles aux excitations chimiques que ceux de la grenouille. Il prouva aussi que tandis que les cultures stérilisées ou vivantes delà plupart des bactéries pathogènes et saprophytes, ainsi que la papayotine,

(1) Semaine médicale, n" 22, 1889, p. 184.

(2) Recherches sur l'irritabilité des leucocytes, Journ. publ. p. la Soc. des Se. méd. et nat. de Bruxelles, 1890, 3 février.

(3) Annales de l'InsHlul Pasteur, 1890, p. 346.

l'inflammation.

attirent vivement les leucocytes, les microbes les plus virulents, comme les bactéries du choléra des poules, l'acide lactique, les solutions à 10 p. 100 de sels de sodium et de potassium, l'alcool, le chloroforme, la glycérine, le jéquirity, la bile et la quinine repoussent au contraire les leucocytes. Plusieurs autres substances, comme l'eau, les solutions moyennes ou faibles de sels de sodium et de potassium, la peptone, la phloridzine, etc., se comportent vis-à-vis des leucocytes d'une façon indifférente.

M. BucHNER (1), après avoir confirmé les données susmentionnées sur la propriété chimiotactique des leucocytes, a voulu préciser les substances, contenues dans les cultures des bactéries, qui provoquent cette sensibilité. Avec des protéines de différentes espèces (du bacille pyocyanique, typhique, subtilis, dnStaphylococcus pyogenes aureus et autres encore), M.Buch- NER et ses collaborateurs, MM. Lange et Rœmer, obtinrent une attraction très considérable des leucocytes du lapin. Le même effet a été provoqué par l'introduction de la caséine du gluten, ainsi que de quelques alcali-albumines d'origine animale. Les substances provenant de la décomposition des cellules bactériennes n'ont au contraire, à l'exception de la leucine, manifesté aucune influence attractive sur les leucocytes. M. Buchner se croit autorisé à conclure de ces faits que seul le contenu des bactéries, et non leurs produits sécrétés, provoque une action chimiotactique sur les leucocytes. Cependant il faut

(I) Berlincr Idinischc Wochenschrifl, 1890, n" 47.

observer que M. Buchner est loin d'avoir démontré ces conclusions. Il est évident que parmi les produits bactériens, qui peuvent jouer un rôle dans la question de la chimiotaxie, ce sont surtout les produits toxiques dont il faut tenir compte. Or, ces produits se distinguent justement par la facilité avec laquelle ils adhèrent à des substances albuminoïdes et à d'autres encore, de sorte que pour le moment on est loin de pouvoir les isoler et étudier le rôle qui leur est dévolu. D'un autre côté les produits de décomposition plus avancée, comme l'ammoniaque et ses sels, le scatolet bien d'autres, ne présentent point une importance aussi grande dans la question de la sensibilité des leucocytes dans l'organisme animal, de sorte que de leur inertie chimiotactique on n'a aucun droit de tirer de graves conclusions. Et pourtant parmi ces substances il y a laleucine qui, comme l'ont démoirtré MM. Massart et BoRDET et comme l'a confirmé M. Buchner lui-même, exerce une influence attractive sur les leucocytes.

La question soulevée par M. Buchner n'est point encore assez mûre pour être résolue dans l'état actuel de la chimie physiologique. On n'a donc pas le droit de s'appuyer sur la conclusion formulée par ce savant pour affirmer que la chimiotaxie des leucocytes ne peut être excitée que par des bactéries mortes ou lésées dont le contenu serait dissous dans le liquide qui le contient. Même dans le cas oti la thèse de M. Buchner pourrait être démontrée, il faudrait tenir compte de ce que, dans tout milieu où se trouvent les bactéries, à côté de ces microbes vivants il y a un certain nombre de morts. Ces derniers, attirant les

l'inflammation.

leucocytes, les auraient mis par cela en contact avec des bactéries vivantes, ce qui aboutirait au môme résultat que si les bactéries vivantes exerçaient elles-mêmes une provocation chimiotactique. Mais, même en dehors de ces réflexions, il y a un nombre suffisant de faits bien constatés qui plaident contre l'hypothèse supposée. Ainsi, outre l'attraction plus considérable des leucocytes, exercée par les bactéridies vivantes dans les expériences de M. Lubarsch, ce sont surtout les cas d'englobement des bactéries ainsi que d'autres parasites à l'état vivant, qui rejettent cette hypothèse.

Bien plus, les données apportées par M. Buch.ner même fournissent des arguments contre la supposition que les leucocytes ne sont point attirés par les bactéries en pleine activité. Dans ses expériences, exécutées avec M; Roemer, M. Buchner a réussi à provoquer une forte leucocytose générale du sang après des injections intraveineuses de protéines bactériennes, notamment de celle du bacille pyocyanique. Le nombre des globules blancs dans ces conditions a été sept fois plus grand qu'cà l'état normal. Eh bien, la leucocytose est un fait extrêmement fréquent dans les maladies infectieuses en général. Si dans quelques-unes, comme par exemple dans la fièvre typhoïde de l'homme, on n'a pas toujours vu d'augmentation du nombre des leucocytes, on l'a bien observée dans la grande majorité des autres infections. Ainsi le charbon bactéridien chez les animaux qui en meurent (comme les cobayes, chevaux, bœufs et autres) s'accompagne d'une masse de bactéridies

bien vivantes clans le sang, et provoque néanmoins une forte leucocytose, comme cela a été bien des fois constaté par plusieurs observateurs (1). D'après MM. V. LiMBECK (2) et Pée (3) la leucocytose est constante dans l'érysipèle de l'homme. Elle se maintient pendant la période fébrile, accompagnée d'une abondance de streptocoques vivants, et cesse après la crise, lorsque l'organisme renferme une masse de ces microbes morts.

La marche parallèle de la leucocytose avec l'état le plus actif des bactéries résulte aussi des recherches de M. V. LiMBECK sur la pneumonie fibrineuse de l'homme. Le tracé du nombre des globules blancs correspond exactement à celui de la température : la leucocytose tombe d'une façon critique dans les cas oii la température baisse brusquement, tandis que dans les cas oîi la maladie aboutit à une lysis, l'augmentation des leucocytes ne disparaît que lentement.

Dans ses expériences sur les chiens, M. v. Limbeck a vu l'injection du Stajj/iylococcus p7/ogenes aureus dans l'articulation du genou être presque immédiatement suivie par une très considérable leucocytose, à une période où il n'y avait encore aucun phénomène local.

Il y a donc toujours leucocytose, c'est-à-dire manifestation de la propriété chimiotactique, précisément dans la période de la plus grande prolifération

(1) BoLLiNGER, Milzbrand. 1872, ])p. 2, 101.

(2) V. LiMBECK, Klinisches und Experimentelles uber die enlzilndliche Leucocytose^ l^rag, 1889.

(3) H. PÉE, Unlersuchungen ûber Leucocytose, Berlin, 1890, p. 13.

1''^^ l'inflammation.

des microbes, et, au contraire, diminution de la leucocytose au moment de la mort des bactéries pathogènes. Une faut pas oublier non plus que, d'après les recherches antérieures de M. Buchner(-J), les mêmes protéines des bactéries, qu'il considère comme résidant exclusivement dans l'intérieur de la cellule bactérienne, provoquent la fièvre, c'est-à-dire le phénomène qui accompagne la période de la prolifération et non celle de la mort des microbes pathogènes.

Gomme on l'a constaté pour le plasmode et plusieurs autres organismes inférieurs, les leucocytes aussi sont capables d'autres sensibilités quelachimiotaxie.Leur sensibilité tactile, qui leur sert à l'engiobement des corps étrangers, est développée à un très haut degré. Lorsque les leucocytes rencontrent une surface résistante, ils réagissent en se mettant en contact avec elle par leur plus large surface possible, comme l'ont formulé MM. Massart et Bordet. Grâce à cette propriété, les leucocytes peuvent pénétrer à travers les pores les plus fins et s'introduire dans la moelle du sureau et même dans les corps les plus compacts, comme l'os et l'ivoire.

Les différences physiques du milieu ambiant, telles que la variation de la température, de la pression, de la vitesse du mouvement du liquide et probablement bien d'autres encore, doivent être appréciées par les leiicocytes. Il serait bien intéressant d'étudier ces propriétés physiotactiques des globules blancs d'une façon méthodique et précise.

{\) Bcrliner Idinisclie Wochenschrift, 1890, n" 30, p. 673.

Attirés à dislance grâce à leur chimiotaxie, les leucocytes s'approchent des microbes et d'autres corps qu'ils englobent en se servant de leur sensibilité tactile. Une fois dans l'intérieur des leucocytes, ces corps subissent une influence de la part de ces cellules. On a déjà vu depuis longtemps que les globules rouges, englobés par les leucocytes, se dissolvent pour une part, laissant un résidu pigmentaire. D'un autre côté on peut facilement suivre les changements subis par des globules de pus dans l'intérieur des leucocytes. Ces globules se colorent de plus en plus mal et finissent par se transformer en granulations éparses, qui se dissolvent en partie. Ces changements sont dus au contenu du leucocyte et doivent être interprétés comme un acte de digestion intracellulaire. La preuve de cette conclusion est fournie par la découverte de diastases dans le corps des leucocytes. Ainsi, M. Ros- SBACH (1) a constaté l'existence d'un ferment amylytique dans les leucocytes de différents organes, notamment dans ceux des tonsilles. M. Leber (2) a trouvé que le pus d'un hypopion, totalement privé de microbes et renfermant de la fibrine coagulée, digère cette dernière à la température de 25°; le même pus liquéfie également la gélatine. Cette propriété digestive peut être détruite par un chauffage préalable, ce qui prouve que la diastase des leucocytes est, comme les autres diastases, attaquable par les températures élevées.

La digestion- des substances albuminoïdes par les

(1) Deut. med. Wocli. 1890, p. 389.

(2) Die Entstehung der Enlzilndung, p. 308.

l'inflammation.

leucocytes peut être très bien démontrée par l'observation des changements graduels des fibres musculaires, englobés par les leucocytes dans les cas d'atrophie aiguë du tissu musculaire. Ce phénomène digestif explique à lui seul la présence de la peptone dans les leucocytes, tant de fois démontrée par M, Hof- MEisTER, sans qu'il soit besoin de recourir à l'hypothèse de ce savant, d'une absorption par ces cellules des peptones préparés dans le canal intestinal.

En ce qui concerne les conditions dans lesquelles s'opère cette digestion intracellulaire, nos connaissances sont encore très incomplètes. Dans un grand nombre d'expériences que j'ai faites avec des grains de tournesol bleus absorbés par des leucocytes, je n'ai vu que dans des cas exceptionnels la couleur bleue se changer en rouge (1 ). Il parait donc que la digestion se fait par les leucocytes dans un milieu neutre ou alcalin, comme c'est le cas pour les phagocytes des spongilles.

Ce ne sont pas seulement les débris du tissu musculaire ou des globules du sang qui sont digérés par les leucocytes. Les microbes englobés subissent éga-

(1) Annales de l'InstUut Pasteur, 1889, p. 29. M. Netchaeff [Archives de Virchow, t. CXXV, 1891, p. 448) pense que dans les cas où j'ai accepté le changement de coloration de tournesol bleu en rouge, Une s'agissait en efl'ct que d'une illusion optique, ce qui lui est arrivé en oliservant les grains de tournesol dans l'intérieur des leucocytes. Mes recherches, poursuivies depuis plusieurs années, ne me laissent pas une ombre de doute sur la réalité du changement de coloration du tournesol. Je dois ajouter ici qu'en général la critique de mes travaux sur la digestion intracellulaire, faite par M. Netchaeff, démontre que cet observateur n'a jamais examiné les cas les plus classiques de ce phénomène, notamment la digestion des Protozoaires.

HUITIÈME LEÇON. l*^

leraent ce sort, au moins dans un grand nombre de cas. C'est surtout chez les animaux réfractaires qu'on peut le plus facilement observer ces phénomènes de digestion des bactéries dans l'intérieur des leucocytes. Ainsi rien n'est plus instructif que les changements des streptocoques de l'érysipèle dans les leucocytes des rats blancs. Les bactéries englobées se fusionnent en masses irrégulières, qui se colorent d'une façon incomplète, et rappellent au plus haut degré les phénomènes de digestion des bactéries sulfureuses dans le corps des Stentors, dont il a été question dans le second chapitre. Les bactéridies charbonneuses sont également digérées par les leucocytes d'un grand nombre d'animaux réfractaires. Les globules blancs des grenouilles, au lieu de présenter un milieu favorable pour le développement des bacilles charbonneux, comme l'a prétendu d'abord M- Koch (1) et soutenu ensuite M. Petruschky (2), non seulement empêchent la croissance et la vie, mais tuent et digèrent ces bactéries. Toutes les phases de cette digestion correspondent exactement aux phénomènes de la digestion des bacilles saprophytes par des amibes. Comme chez ces dernières (v. le chapitre II), un grand nombre de bacilles englobés se colorent fortement par une vieille solution aqueuse de vésuvine, qui colore aussi (comme l'a également démontré M. Buuno-Hofer) d'autres corps en voie de digestion dans les amibes. Après une période où les bactéridies englobées prennent facile-

(1) Beilrageziir Biologie der Pflanzen, publiés par M. Cohn, 1876, t. II, p. 300.

(2) Zeilschrift fier Hygiène, 1889, t. VII, p. 73.

l'inflammation.

ment la coloration foncée (fig. §4, 55) il en survient une autre, dans laquelle elles ne se colorent qu'en partie et finissent par ne point prendre de coloration. A la fin on n'aperçoit dans le leucocyte que la membrane de la bactéridie, qui est la partie la plus résistante ; mais elle finit aussi par disparaître au bout d'un temps plus ou moins long. La digestion des bactéridies englobées se fait beaucoup plus vite dans les leucocytes des mammifères naturellement réfractaires, comme le chien et la poule, ou vaccinés contre le charbon, comme le lapin, ainsi qu'il suit des recherches de M. Hess (1) et des miennes propres (2).

La digestion de bien d'autres microbes peut être facilement sui-

Fm. 54.-Unebact<5ri- daUS lo COrpS dcS IcUCOCyteS.

die colorée par la v.:- gouvCUt OU Voit dcS VaCUOlcS SG suvine, dans 1 intérieur

d'un leucocyte de la former autour des bactéries englo-

grenouille. Les deux ^

figures repro'sentent bées, commc OU cu voit daus Ic pro-

deux états de meuve- . ,

ment de la même cel- toplasma dCS protOZOairCS Ct dCS

myxomycètes en train de digérer leur nourriture. J'ai pu observer les changements des spirilles de la fièvre récurrente dans les leucocytes des singes (3), ainsi que la digestion des vi-

(1) Archives de Virchow, 1887, t. CIX, p. 365.

(2) Archives de Virchow, 1884, t. XCVII, p. 502.

(3) Ibid., 1887, t. CIX, p. 176.

brions de La septicémie vibrionnienne dans ceux des cobayes réfractaires, des streptococques de l'érysipèle dans les leucocytes de l'homme (1), etc. La façon dont s'accomplit cet acte destructeur et diges-

FiG. 55. — Quatre leucocytes de la grenouille, renfermant des bactéridios vivantes (incolores) et tuées (colorées).

tif ne peut être encore précisée pour le moment. On ne sait pas môme si la substance qui tue les microbes est une diastase digestive ou autre chose. Le fait que les ferments des animaux supérieurs, comme la pepsine et la trypsine, ne tuent point les bactéries, ne

(1) Archives de Virchow, t,. CVII, p. 209.

l'inflammation.

prouve pas qu'il n'y aurait pas d'autres ferments capables d'exercer une action bactéricide.

Quelques auteurs ont contesté en général la propriété digestive des leucocytes. M. Schakfer (1) émet cette opinion, après avoir observé que les substances albuminoïdes, ainsi que la graisse et les grains d'amidon, n'éprouvaient aucun changement dans les leucocytes des Tritons. Mais, comme ses observations ont été exécutées avec des leucocytes retirés de l'organisme et introduits dans une solution physiologique de chlorure de sodium, elles ne peuvent réfuter les faits acquis observés sur l'animal vivant. Tout dernièrement M. Netchaeff a voulu combattre la digestion intracellulaire des bactériiis par les leucocytes, mais nous avons déjà mentionné le manque d'arguments fournis par cet auteur.

Il est donc incontestable que les leucocytes digèrent en général et digèrent les microbes en particulier, sans cependant qu'il s'ensuive nécessairement que ces cellules tuent et digèrent tous les microbes englobés. Dans certaines maladies, les leucocytes englobent une quantité de bactéries, telles que les bacilles de la tuberculose ou ceux du rouget des porcs et de la septicémie des souris, en digèrent même un certain nombre, et pourtant il en reste encore assez pour résister aux leucocytes, se multiplier dans ces cellules et envahir l'organisme entier.

Mais dans plusieurs cas, oii les leucocytes sont impuissants pour tuer le microbe, ils l'empêchent pour-

(1) BHlish médical Journal, n" 1134, 1882, p. ol3.

HUITIÈME LEÇON. i;>'i

tant de croître ainsi que d'exercer son action nuisible. Les meilleurs exemples nous sont fournis par les spores des bactéries, enleur qualité de germes excessivement résistants. Les spores de la bactéridie sont facilement englobés par les leucocytes de beaucoup d'espèces animales, et entre autres par ceux des animaux réfractaires, comme la grenouille et la poule. Eh bien, malgré que ces spores poussent facilement dans le plasma lymphatique de ces espèces, elles sont incapables de germer et de croître dans le corps des leucocytes mêmes. Conservant leur vitalité ainsi que leur virulence pendant un temps souvent très long, les spores ne peuvent cependant exercer leur influence nuisible, empêchées qu'elles sont par les leucocytes vivants. Une fois pourtant que ces cellules ont subi un affaiblissement considérable, comme c'est le cas chez des poules refroidies ou chez les grenouilles réchauffées artificiellement, les spores germent dans l'intérieur des leucocytes morts ou affaiblis, et envahissent l'organisme entier (1). Ces expériences répétées plusieurs fois par M. TRAPEZNntofF (2) dans mon laboratoire, démontrent de la façon la plus évidente le rôle important et salutaire des leucocytes, dans les cas où ces cellules sont incapables de tuer la spore, et où les liquides de l'organisme sont complètement impuissants à protéger l'animal envahi.

On s'est beaucoup occupé de la question de la mul-

(d) Voir le travail de M. Wagner, Annales de L'Institut Pasteur, 1890, p. 570.

(2) Jbid. 1891, p. 362.

l'inflammation.

tiplication des leucocytes. Leurs formes polynucléaires, avec leur noyau fragmenté, n'ont qu'à diviser leur protoplasma pour produire deux leucocytes nouveaux. Ce phénomène a été décrit par M. Ranvier(I) et observé par plusieurs autres observateurs, surtout par M. Arnold (2). Malgré les réserves qu'on fit longtemps, àla suite de la découverte d'une division karyokinétique ou indirecte, qu'on supposa généralement répandue, on finit par accepter la division simple ou directe des leucocytes polynucléaires. Mais, après s'être assuré de la réalité de ce phénomène, on alla si loin, qu'on nia complètement la propriété des leucocytes de se diviser autrement que par une voie directe. Toutes les observations d'une division karyokinétique des leucocytes, à partir de celles de M. Péremechko et Koultchitsky (3), furent donc déclarées douteuses. Eh bien, les leucocytes sont pourtant capables de se diviser par voie indirecte, avec mitose, ou karyokinèse, comme on l'a prouvé plusieurs fois. M. Flemming (4) a observé ce phénomène à différentes reprises et il l'a confirmé encore tout dernièrement pour les leucocytes de la salamandre. M. Spronck (5) a pu constater la division mitotique des leucocytes dans le sang même du lapin, et a trouvé qu'à peu près 2 p. 1000 de ces cellules se trouvent chez l'animal normal en voie de division indirecte. Je me range complètement à cette opinion,

(1) Trailé d'histologie technique, 2<^ édition, 1889, p. 137.

(2) Archiv fûr mikroskopische Anatomie, 1888, p. 270.

(3) CmtralblaU f. meclic. Wissenschaflen.

(4) Archiv f. mikrosk. Anatomie, t. XXXVII, 1891, p. 249.

(5) Nederlandsch Tijdsa-ift voor Geneeskunde, 1889, 29 mars.

puisque j'ai vu sur les préparations du D'"Muskatbluïh, faites dans mon laboratoire à Odessa, la division mito tique indiscutable des leucocytes du lapin. Moimême j'ai observé à plusieurs reprises le même phénomène chez les cellules migratrices des larves d'axolote. Seulement, dans tous les cas cités, il s'agit de grands leucocytes mononucléaires, les polynucléaires

FiG. 56. — Une cellule migratrice de la nageoire d'une larve d'axolote; en division karyokindtique.

se multipliant par division directe. Chez les larves des axolotes blancs on peut poursuivre sur le vivant (en étudiant la nageoire caudale) toutes les phases de la division karyokinétique; des leucocytes émigrés des vaisseaux et la transformation des nouvelles cellules en éléments mobiles (fig. 56).

On a également nié la propriété des leucocytes de subir des transformations progressives. La mort si fréquente de ces cellules dans les exsudais a suscité l'idée que les leucocytes sont en général des éléments voués inévitablement à la morl et par cela incapables

l'inflammation.

de devenir cellules d'un tissu quelconque. On a môme voulu voir dans la forme multiple du noyau des leucocytes polynucléaires un signe évident d'une fin prochaine. Sous l'intluence de ces doctrines on est arrivé à nier la faculté des leucocytes de se transformer en cellules fixes du tissu conjonctif et même en cellules épithélioïdes ou géantes. On est tombé juste dans l'extrême opposé de la théorie soutenue autrefois par Cohnheim et surtout par M. Ziegler (1). Tout d'abord cet observateur faisait dériver les cellules des granulations, ainsi que les éléments épithélioïdes et géants des tubercules, exclusivement des leucocytes mononucléaires, puis il a fini par abandonner sa thèse et par se ranger du côté des adversaires de ses premières opinions, qui croient le leucocyte incapable de donner n'importe quel autre élément cellulaire. Au Congrès international de Berlin, tenu en 1890, M. Zœgler (2), se basant surtout sur les recherches de M. Nikiforoff, exécutées dans son laboratoire à Fribourg, déclara formellement que « les leucocytes ne prennent aucune part active à la néoformation des tissus. » MM. Marchand (3) et Grawitz (4) s'associèrent à cette opinion, s'appuyant sur leurs propres observations. Les leucocytes, émigrés lors de l'innammation, ne se transformeraient point en cellules des granulations, mais périraient dans l'exsudat et seraient résorbés par les

(1) Veber die palholor/isclie Bindeçi&wcbsneubildung, iS75.

(2) Ccnlralbkdl fur allgemeine Pathologie, 1890, n»» 18 et 19,

(3) Ibid. p. 'oïl.

{^) Ibid. p. [578.

canaux lymphatiques ou dévorés par les cellules amiboïdes, provenant des éléments fixes du tissu conjonctif. xM. Ribbert(I) soutient une opinion analogue.

Les recherches de M. NnaroROFF (2), sur lesquelles s'appuie Ziegler, ont été faites avec les granulations du tissu sous-cutané des chiens, provoquées par l'introduction de tubes à drainage. Quoiqu'il affirme dans ses conclusions que, dans la néoformation des tissus, les leucocytes ne prennent aucune part active, pas plus que les globules rouges ou la fibrine, et qu'il déclare que cette production est exclusivement due à la prolifération des cellules des tissus (p. 415), pourtant il avoue lui-même qu'il n'a pu fournir de preuves suffisantes de ce que « les cellules provenant des vaisseaux sanguins soient incapables d'un développement ultérieur et d'une transformation en cellules épithélioïdes et en fibroblastes ». « D'après ce que j'ai observé — ajoute M. Nikiforoff — je penche cependant plutôt vers l'opinion que, dans les granulations, les leucocytes mononucléaires se transforment à la suite d'une fragmentation du noyau en formes polynucléaires et sont finalement englobés par les phagocytes (p. 421). » On voit bien que le ton de cette phrase est beaucoup moins affirmatif que celui de la première conclusion, et que celui de la formule de M. ZiEGLiiR. Lorsqu'on consulte les observations mêmes de M. NnaFOROFF, on voit facilement qu'elles ne prouvent nullement sa thèse principale, la non-

(1) Conlralhlatt fur allgemeine pathologie, 1890, n" 21, p. G65.

(2) neilrOrje zur pat/ioloffischen Anatomie do Zieoler, t. VIII, 1890, p. 400.

l'inflammation.

participation des leucocytes à la néoformation granuleuse. L'apparition des cellules des granulations à une époque où les éléments fixes sont en voie de prolifération ne fournit aucune preuve contre le rôle des leucocytes. Un autre argument de M. Nikiforoff — la division mitotique — n'appuie aucunement sa

thèse, puisqu'on sait bien à présent que les leucocytes sont sûrement capables de se diviser par voie indirecte.

Ilesttoutnaturelque les données de M. Nikiforoff manquent de netteté et de précision.

Son objet d'étude, les granulations du tissu sous-cutané des chiens, ne permet point de se former une notion suffisante du phénomène. Pour aboutir à un résultat, il faut s'adresser à un objet sur lequel on puisse de jour en jour poursuivre la marche des phénomènes. Eh bien, si l'on choisit la nageoire des têtards de Iktraciens, lésée d'une façon quelconque, et si on l'examine ensuite pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines sur le vivant, comme je ]'ai fait dans mes expériences, on constate facilement que chez ces animaux les cellules polynu-

Fts. 57. — Passage entre les cellules mobiles et les cellules fixes. Nageoire d'un têtard de Rana agilis.

cléaires se transforment d'abord en mononucléaires par l'effet d'une fusion des noyaux, et ensuite en vé-

FiG. 58. — Point enflammé âo la nageoire d'une larve de Bomhinator igneiis huit jours ajjrès la cautc5risation.

ri tables cellules étoilées fixes du tissu conjonctif (fig. 37). Pour mieux encore s'assurer de ce fait, il

100 l'inflammation.

convient de produire la lésion avec un instrument chargé de grains de carmin. Ces derniers, englobés par les leucocytes émigrés, restent dans l'intérieur des cellules conjonctives, dont la nature est facilement révélée par les appendices caractéristiques en forme de bois du cerf (fig. 58).

L'opinion, acceptée au Congrès de Berlin, ne peut donc pas être soutenue. Ce n'est point la nouvelle thèse de M. Ziegler, mais bien son ancienne manière de voir de 1878 et 1876, qui est juste. Quoique mes observations directes ne portent que sur des amphibies, pourtant elles concordent parfaitement avec les faits constatés chez 1 es vertébrés supérieurs par tous les observateurs, sans excepter M. Nikiforoff lui-même. Seulement, chez lesmammifères, onn'apoint de preuves de ce que les leucocytes polynucléaires se transformeraient en mononucléaires. Tandis que ces derniers deviennent sûrement des cellules épithélioïdes granuleuses et géantes, les polynucléaires semblent dépourvus de cette propriété.

En faveur de la thèse que je soutiens, je puis citer encore les dernières communications de M.Flemming(I) qui, lui aussi, a vu dans les branchies des larves des salamandres les noyaux lobés ou multiples des cellules migratrices se fusionner en un seul noyau arrondi ,

En ce qui concerne les mammifères, je n'ai qu'à mvoquer le fait de la formation des cellules épithélioïdes et géantes aux dépens des leucocytes mononucléaires dans l'intérieur des vaisseaux chez les lapins, aux-

(i) Archiv f. mi/crosk. Annl., m\, t. XXXVIL p. 2'

quels on a inoculé clans les veines les bacilles tuberculeux. Ce fait, décrit par M. Yerstn (1), a été observé plusieurs fois par moi-même (2). M.Tchistowitch (3), dans un travail exécuté dans mon laboratoire, a également observé tous les états transitoires entre les véritables leucocytes mononucléaires et les cellules épithélioïdes et géantes dans les alvéoles pulmonaires des lapins.

En résumant cet aperçu de nos connaissances actuelles des leucocytes, nous devons conclure que les deux variétés de ces cellules qui jouent le rôle principal dans l'inflammation — les leucocytes (mononucléaires et les neutrophiles, — sont des éléments doués d'une sensibilité chimiotactique et pbysiotactique très considérable, capables de mouvements amiboïdes et aptes à englober et à digérer différents corps étrangers, notamment beaucoup de microbes vivants. Chez les amphibies au moins, les leucocytes polynucléaires peuvent se transformer en mononucléaires et devenir cellules fixes du tissu conjonctif. Chez les vertébrés, en général, les leucocytes mononucléaires sont capables de se transformer en cellules épithélioïdes et géantes.

Tout ce qui a été dit au sujet des leucocytes s'applique aux celkiles migratrices diverses.

(1) Annales de i'InsliltU Pas-leur, 188S, p. 257.

(2) Archives de Virclioio, 1888, juillet, p. 88.

(3) Annales de VlnsULuL Pasteur, 1889, juillet, p. 347 et Pl. YI, fig. 5 et 7.

Sommaire. — Endothélium des vaisseaux. — Développement primaire aux dépens des cellules mobiles. — Développement des capillaires. — Contractilité des cellules endothéliales. — Cellules étoilées. — Phagocytose des cellules endothéliales.

Cellules fixes du tissu conjonctif. — Clasmatocytes de Ranvier. — CeUules d'Ehrlich.

Passage actif des leucocytes dans la diapédèse. — Expériences avec la quinine (Binz, Disselhorst). — « Itio in partes ». — Dilatation des vaisseaux. — Théorie de l'influence du tissu environnant. — Influence du système nerveux. — Chimiotaxie négative des leucocytes dans les infections graves.

Après les leucocytes, ce sont les vaisseaux et leur endothélium qui jouent le rôle le plus important dans l'inflammation. D'après les recherches embryologiques modernes, exécutées sur les embryons des poissons (1), ce sont les cellules mobiles de la surface du sac vitellin qui forment les premières cellules endothéliales des vaisseaux. Il n'est donc point étonnant que les éléments eAdo théliaux aient conservé encore plusieurs traits de mobilité, attestant leur origine.

(1) Voir H. ZiEGLER, Die Enlslehung des Blutes der Wirbelthiere Feriburg i. B. , 1889.

l'inflammation.

Ce sont surtout les prolongements protoplasmiques des cellules endothé^liales des vaisseaux lors de la formation de nouveaux capillaires, qui ont attiré l'attention des observateurs. Sur la paroi vasculaire apparaissent des bourgeons coniques, constitués par le protoplasma; il se produit ainsi un prolongement qui s'allonge lentement, présentant des signes d'un mouvement protoplasmique peu actif. Ces appendices se rencontrent souvent entre eux et forment des anses, d'abord solides, puis qui se creusent en la cavité vasculaire. Plusieurs observateurs, comme MM. Stri- CKER (1), GoLOUBEW (2), Klebs (3) ct Severini (4), ont constaté un certain degré de contractilité de la paroi endothéliale des capillaires, ce qui prouve encore plus le caractère mobile de ces cellules. Cette propriété doit jouer sûrement un rôle important dans la formation des orifices pendant l'inflammation, comme le pense M. Klebs (5) et comme je l'ai supposé dans mes premiers travaux sur l'inflammation (6). Ces orifices ne sont nullement préformés, comme l'a admis autrefois M. Arnold, en établissant sa théorie des stomates, mais se forment au moment de la réaction inflammatoire même, comme il a observé (7) en fondant sa

(1) MoLEScnoTT, Untersuchungen zur Naliirlehre, t. X.

(2) Archiv fur mikroskopische Analomie, 1868.

(3) Allgemeine PaUiologie, t. II, 1889, p. 384.

(4) La contrat tilità deicapillari, 1881.

(5) Voir aussi Leydio qui, dans sou opuscule : Zelle. iind Gexoebe, 188Î3, p. n, a exprimé son opinion que parfois les petites pores peuvent se dilater en grands orifices pour permettre le passage des globules du sang ».

(6) Biolof/isches Centralblalt, 1883, p. 564. {!) Arc/nues de Virchow, t. LXII, 1875, p. 487.

théorie des stigmates (fig. 59). Quoique M. Arnold ne fasse aucime allusion au sujet de la contractilité des cellules endothéliales, il admet (1) pourtant que u les espaces qui se trouvent entre ces éléments, changent suivant les conditions de la tension et de la diffusion, de sorte que la position respective des cellules endothéliales est très variable ». Il considère ces espaces entre les cellules comme remplis d'une substance liquide ou visqueuse. Ces pores entre les éléments en-

Fig. 59. — Passage des leucocytes au travers dos stigmates (d'après Arnold).

dothéliaux qui s'ouvrent pour laisser passer les globules et le liquide du sang, et qui se ferment après ce passage, pourraient être plus justement comparées avec les pores de l'ectoderme des éponges qui s'ouvrent et se ferment pour le passage des corpuscules suspendus dans l'eau ambiante. Dans les deux cas il s'agit de cellules contractiles, dont les mouvements peuvent être secondés par des cellules voisines (cellules fusiformes des éponges et cellules contractiles de la gaine endothéliale).

La contractilité des cellules endothéliales des vais-

(1) Archivp.s de Vischow., l. XLVl, 1876, p. 104.

l'inflammation.

seaux sanguins peut être encore démontrée dans les cas où ces éléments quittant la paroi vasculaire pénètrent, à l'aide de leurs mouvements amiboïdes, dans la cavité des vaisseaux. Des faits de ce genre s'observent à la suite de l'injection des bacilles tuberculeux dans le système sanguin des lapins. Quelque temps après cette injection, on trouve des vaisseaux composés dans certains endroits uniquement d'une membrane adventice, tandis que les cellules endothéliales se sont entièrement déplacées. Les faits de ce genre sont surtout fréquents dans les capillaires du foie, dont l'endothélium ne donne point de contours typiques après l'imprégnation par le nitrate d'argent, comme cela a été constaté par Eberth et plusieurs antres observateurs. Les cellules endothéliales des capillaires hépatiques se détachent facilement de la paroi adventice, et apparaissent sous forme de cellules étoilées, munies de prolongements très variables. Décrites pour la première fois par M. Kupffer (1), ces cellules, en raison de leur forme extérieure et de leurs appendices allongés, ont été considérées d'abord comme des éléments nerveux. Mais bientôt on dut s'assurer qu'elles appartiennent plutôt au tissu endothélial (2), et qu'elles se distinguent par leur propriété d'englober difï"érentes granulations. Souvent, surtout chez les grenouilles, on trouve dans leur contenu des masses de pigment rougeâtre. Les grains de matières colorantes, injectées dans le système sanguin, sont

(1) Archiv f. mikrosk. Anat., t. XII, p. 353.

(2) AscH, Ueb. cl. AbLaqerung von Fell u. Pigment in den Sternsellen d. Lebev. Bonn, 1884.

aussi facilement englobés par ces mêmes cellules, comme l'ont démontre' M. Ponfick (1) et plusieurs autres observateurs.

Les cellules étoilées, ainsi que d'autres éléments de l'endothélium vasculaire, sont capables aussi d'englober différents microbes pathogènes et saprophytes, parvenus dans le sang. C'est le cas pour les bacilles lépreux, qu'on a re trouvés dans le protoplasma des cellules endothéliales des vaisseaux sanguins quelquefois réunis par groupes. Leur nombre est souvent tellementgrand que la surface du noyau est complètement recouverte par ces microbes. Cette découverte a été faite par MM. Neisser (2) et Touton (3), qui constatèrent que certaines cellules endothéliales remplies de bacilles se détachent de la paroi et se trouvent libres dans la cavité vasculaire. M. Wyssokowitch (4) trouva depuis que beaucoup de microbes, injectés dans le sang des lapins, se retrouvent aussi en partie dans les cellules endothéliales du foie. On peut très bien observer ce phénomème quelque temps après l'introduction des bacilles tuberculeux dans la veine de l'oreille des lapins : une grande partie des bacilles injectés se retrouvent dans les cellules endothéliales, notamment dans celles du foie. Le même fait s'observe aussi dans le cours de l'infection naturelle. Les cellules endothéliales du foie des personnes, mortes à la suite

(1) Archives de Virchow, t. XLVIII, 18G9, p. 1.

(2) Archives de Virchow, t. LXXXIV, 1881.

(3) FortschriUe d. Medicin, 1886, n» 2, p. 48 {Archives de Virchow, t. CIV, 1886, p. 381).

(4) Zeilschri/Ï fur Hygiène, 1880, L I, p. 1. Voir aussi lo journal « Wralch », 1891, ii" h'i, p. 991.

l' INFLAMMATION.

de l'impaludisme, sont remplies de parasites malariques. L'exemple peut-être le plus frappant est celui du bacille du rouget des porcs envahissant l'organisme des pigeons. L'endothélium des vaisseaux sanguins, surtout dans le foie de ces oiseaux, renferme souvent

des masses énormes de ces microbes qui remplissent presque tout le contenu de ces cellules (fig. 60).

Comme le bacille du rouget des porcs (de même que celui de la lèpre) est imnaobile, sa présence dans le protoplasma des cellules endothéliales ne peut être expliquée que par un englobement actif de la part de ces éléments.

J'ai insisté sur ces détails parce que le fait de la contractilité et des propriétés phagocytaires des cellules endothéliales des vaisseaux présente une importance très grande dans la question de l'inllammation. D'autres espèces d'éléments endothéliaux présentent les mêmes qualités.

Ainsi, les cellules de l'endothélium lymphatique sont encore plus souvent le siège des bacilles lépreux que celles des vaisseaux sanguins. M. Ran-

Fm. 60. — Une veine du foie de ijigeon, dont les cellules endothéliales renferment des bacilles du rouget dos porcs.

viER (1) a prouvé, depuis longtemps, que les cellules endothéliales de l'épiploon enflammé du cobaye sont en état d'englober les corps étrangers (myéline, vermillon), injectés dans la cavité péritonéale. Tout récemment, observant les phénomènes inflammatoires de l'épiploon (2), il a pu constater la contractilité des cellules endothéliales de cet organe.

Dans son mémoire sur la régénération et l'inflammation des ganglions lymphatiques, M. Ribbert (3) insiste souvent sur la contractilité des cellules endothéliales de ces organes.

Les éléments cellulaires du tissu conjonctif jouent certainement quelque rôle dans l'inflammation, quoique celui-ci soit évidemment beaucoup moins important et constant qu'on ne l'a supposé autrefois, et aussi moins actif que le rôle joué par les leucocytes et les cellules endothéliales des vaisseaux sanguins. Encore faut-il observer qu'il est extrêmement difficile de se faire une idée exacte du concours des cellules conjonctives dans le processus inflammatoire. L'observation directe de la queue des têtards et des larves d'Urodôles ne nous a permis d'accepter qu'une modification de forme et des ramifications des cellules fixes d'une durée passagère, modiflcation qui doit être envisagée comme le résultat immédiat de la lésion. Cela prouve donc que la réaction inflammatoire tout à fait typique peut se manifester sans une participation importante des cellules fixes du tissu conjonctif.

(1) Leçons sur le système nerveux^ 1878, i. I, p. 304.

(2) CotnpLes rendus de l'Acad. d. Sciences, 20 avril 1891, p. 842.

(3) Deilruye zur palholor/. Anatomie de Zieoler, t. VI, 1889, p. 205.

ilO

l'inflammation.

Ces dernières se multiplient dans un organe enflammé et fournissent de nouvelles cellules servant à remplacer les éléments détruits par la cause nocive. Voilà pourquoi on trouve dans une. période plus ou moins avancée de l'inflammation des figures karyokinétiques dans les cellules conjonctives.

Tout récemment M. Ranvier (1) a attiré l'attention sur une espèce de cellules du tissu conjonctif qui correspondent aux « cellules plasmiques » (Plasmazellen) de Waldeyer, et qu'il a désignées sous le nom de Clasmatocyles (Pl. II, fig. 8) . Ces derniers apparaissent sous forme d'éléments très volumineux, ramifiés et granuleux, provenant des leucocytes ou cellules migratrices grossies et devenues immobiles. Lors de l'inflammation, d'après M. Ranvier, les clasmatocytes reprennent leur mobilité ancienne, se multiplient abondamment et contribuent à la formation des cellules du pus. Les clasmatocytes ne formeraient donc qu'un élément passager du tissu conjonctif et serviraient de réserve leucocytaire pour le cas d'une inflammation. Abondantes dans le tissu péritonéal des tritons, des grenouilles et des lapins, ces cellules ne se trouvent point dans l'état larvaire des amphibies.

Certains autres éléments du tissu conjonctif doivent aussi jouer quelque rôle dans les phénomènes inflammatoires. Ainsi les cellules basophiles, ou « Mastzellen» d'EuRLicii (Pl. III, fig. 3), sont souvent nombreuses dans les produits inflammatoires, quoiqu'on ne soit point encore en état d'expliquer leur présence

(1) Comptes rendus de l'Acnd. d. Sciences, 27 avril 1891, p. 922.

NEUVIÈME LEÇON. l'^*

dans ces endroits. Quelques particularités de la coloration de leurs granulations semblent indiquer que ces cellules jouent un rôle de purificateurs des produits de l'inflammation. Peut-être les grains qui remplissent leur contenu ne sont-ils que les produits excrétés par d'autres cellules?

Après avoir envisagé les éléments principaux qui participent à la réaction inflammatoire, on pourrait se demander comment ils agissent dans ce processus. Il n'est point nécessaire d'insister longuement sur l'activité des mouvements des leucocytes lors de leur migration à travers la paroi vasculaire. Malgré tous les efforts de Cohnheim, secondés par le désir général de réduire le plus vite possible les phénomènes vitaux à leurs causes mécaniques, on a dû reconnaître presque à l'unanimité (Thoma, v. Reckling- HAusEN, Lavdovsky et autres) que l'émigration se fait à l'aide de la mobilité amiboïde des leucocytes. Ce résultat s'impose lorsqu'on compare la facilité avec laquelle se produit le passage des leucocytes à travers les parois vasculaires, avec la diapédèse purement passive des globules rouges . Ces derniers restent souvent indéfiniment accolés à la paroi ou bien se déchirent en pièces, au lieu de passer au dehors des vaisseaux. Même M. Hering (1), qui le premier a posé la thèse de la filtration des leucocytes lors de l'inflammation, accepte le concours des mouvements amiboïdes de ces cellules. Seulement il attribue à ces mouvements

(1) Sitzungsberichte der k. Akademie der Wiss. in Wien., t. LVH, sect. II, 1868, p. 170.

l'inflammation.

un rôle tout à fait secondaire, tandis qu'on réalité ils sont des plus importants. Pour faire filtrer les leucocytes il faudrait d'après lui que le sang continue à circuler ou qu'il subisse une certaine pression. Or, il est facile d'observer l'émigration complète des leucocytes après la cessation totale des mouvements du cœur chez les têtards curarisés jusqu'à la mort,

comme cela arrive parfois au cours des expériences (fig. 60).

Dans l'acte même dupassage des leucocytes à travers les parois vasculaires , il

- Diapédèso d'uu leucocyte au travers fg^yj; délà TCCOnroi d'un capillaire, dans lequel le sang "

naître une certaine influence chimiotactique ou physiotactique.

En n'admettant qu'un simple effet de sensibililé tactile, comme le font MM. Massart et Bordet (1), on ne saurait expliquer le fait que les leucocytes restent dans l'intérieur des vaisseaux dans les cas où ces derniers sont suffisamment dilatés, et oii en même temps se trouvent dans le voisinage des substances qui exercent une action repoussante sur les leucocytes. Depuis longtemps il a été constaté par M. Bmz que le mésentère de la grenouille, arrosé avec des solutions de quinine, ne présente point de diapédèso des glo-

(1) Journal public par la Soc. r. d. sciences médicales et nalurellcs de nruxclles, 1890, V.

Fia. 61.

de la pa est immobile

billes blancs. Comme la quinine esl un poison du protoplasma, on en a conclu que les leucocytes sont paralysés par cette substance et, pour cette raison, ne peuvent point traverser la paroi vasculaire. M. Dis- SELHORST (1), répétant ces mêmes expériences, confirma le fait de l'absence de la diapédèse des leucocytes, mais constata en même temps, avec étonnement, que les leucocytes n'étaient point paralysés dans leurs mouvements. Retirés des vaisseaux, ils manifestèrent leur mobilité amiboïde ordinaire. Pour expliquer ces faits, M. DissELHOBST invoqua le concours de la paroi vasculaire comme indispensable pour le passage des leucocytes. Or, comme, d'après son avis, la quinine agit justement sur la paroi vasculaire, celle-ci empêcherait la diapédèse de s'accomplir. Dans ses réflexions, M. DissELHORST uc tint point compte de la propriété chimiotactique des leucocytes, qui alors n'était pas encore acceptée. Par contre, si on admet cette fonction, on devra expliquer l'influence de la quinine par une chimiotaxie négative des leucocytes, qui, quoique parfaitement mobiles, ne se dirigent point vers l'endroit arrosé par cette substance. Les leucocytes ont dû par conséquent apprécier la présence de la quinine lors de leur séjour dans l'intérieur des vaisseaux.

La même explication peut servir dans les cas oii les leucocytes, en présence de microbes d'une virulence excessive, ne traversent point la paroi vasculaire, malgré la dilatation des vaisseaux. Ainsi dans les mala-

(1) Archives de Virchow, 1888, jiiillol, t. CXIII, p. 108.

l'inflammation.

dies infectieuses les plus rapidement mortelles, comme le choléra des poules, la septicémie vibrionienne des cobayes et des pigeons et bien d'autres encore, il ne se fait presque point d'émigration vers l'organe envahi. Il se produit pourtant une inflammation considérable avec hyperémie et exsudation séreuse, même hémorragique, et malgré toutes ces conditions si favorables, la diapédèse n'a point lieu. Ce phénomène peut être expliqué par une chimiotaxie négative, manifestée par les leucocytes intra-vasculaires, ce qui est d'autant plus admissible que, mis en contact direct avec les leucocytes, les microbes des maladies citées ne sont point englobés par ces cellules. L'action chimiotactique dans l'intérieur des vaisseaux doit être nécessairement acceptée en vue de la leucocytose, provoquée par la résorption, de beaucoup de produits microbiens.

En paralysant non la mobilité, mais la sensibilité des leucocytes avec la paraldéhyde et le chloroforme, MM. Massart et Bordet ont pu complètement suspendre la diapédèse.

Il est très probable que dans l'acte de l'émigration, en dehors de la sensibilité tactile et chimiotactique des leucocy tes différentes autres sensibilités peuvent jouer un rôle. Dans des lésions qui ne sont accompagnées que d'une très faible nécrose des cellules et oij, par conséquent, on ne peut supposer une attraction chimiotactique considérable, c'est probablement le changement physique du milieu (différence de la tension, etc.) qui peut exercer une influence attractive sur les leucocytes.

La diapédèse des leucocytes est ordinairement précédée par la distribution périphérique de ces cellules dans le vaisseau dilaté. Ce phénomène, qu'on a désigné sous le nom de « itio in partes » (Samuel) est généralement considéré comme le plus mécanique de tous les actes de l'inflammation. On a voulu l'expliquer d'abord par les mouvements des globules blancs sphériques comparés aux mouvements rapides des hématies aplaties; mais ensuite on s'est arrêté à l'explication proposée par M. CmcLAREWSKY (1) dans un travail exécuté dans le laboratoire de M. IIel- MHOLZ. Le principe de cette explication est dans le fait, constaté par Mach et Bondi, que les corpuscules insolubles suspendus dans un liquide augmentent la densité du mélange. Or, comme dans un vaisseau les globules ne circulent que dans la partie axiale de la veine-fluide, tandis que la partie périphérique n'est composée que de liquide, la densité de ce dernier doit être moins grande que celle de la partie centrale. Comme les leucocytes ont un poids spécifique moins considérable que les hématies, ce sont eux qui sont repoussés du courant axial plus dense dans la partie périphérique d'une moindre densité.

Quoique au fond la distribution périphérique des leucocy tes doit dépendre d'un phénomène purement mécanique, puisque les globules blancs, anesthésiés par le chloroforme dans les expériences de MM. Massaut et BoBDET, se dirigent vers la périphérie des vaisseaux, l'explication généralement adoptée ne peut

(1) Archives de Physiologie générale do Pflueger, t. I.

l'inflammation.

avoir éliminé ainsi toute influence nerveuse, Cohnhkim appliqua une excitation quelconque et vit s'établir l'inflammation comme d'habitude. Il ne voulut point admettre l'influence des appareils nerveux siégeant dans les parois vasculaires mômes, et pourtant il est bien probable que ces appareils jouent un rôle.

Dans la production de l'hypérémie inflammatoire on attribue une influence considérable aux tissus dont l'état de tension retentit sur des capillaires. Cette opinion, émise par Kuss, fut, dans ces dernières années, soutenue par M. Landerer (i), qui a entrepris toute une série d'expériences pour démontrer que la tension des tissus pendant l'inflammation est de beaucoup moindre qu'à l'état normal. Les capillaires, entourés de ces tissus enflammés, ne pouvant plus supporter à eux seuls la pression du sang, cèdent à ce dernier et par conséquent se dilatent. Cette dilatation a pour effet immédiat l'accélération du mouvement du sang qui aftlue en abondance dans la masse des capillaires élargis. Mais, au bout d'une certaine période, à mesure que les tissus environnants perdent de plus en plus de leur élasticité, le courant sanguin se ralentit et acquiert ainsi la marche si caractéristique de la circulation inflammatoire.

Cette théorie a également le défaut de ne point tenir compte des influences nerveuses, dont le rôle a été beaucoup étudié ces dernières années. Pour démontrer cette influence d'une façon la plus marquée,

(1) Ueùer die Geweôsspanming, 1884 et Zur Lehre vonder Entzûndung, Leipzig, i885. .

M. Samuel (1) a fait l'expérience suivante. Après avoir sectionné le nerf sympathique d'un côté sur un lapin, il sectionne les deux nerfs auriculaires de l'autre côté sur le même animal. La paralysie des vaso-moteurs produit d'abord la congestion de l'oreille du côté du sympathique sectionné et a pour conséquence indirecte un certain degré d'anémie de l'oreille du côté opposé. Cette anémie devient encore beaucoup plus considérable à la suite de la section des nerfs sensitifs à cause de l'impossibilité d'une action réflexe sur le sympathique non sectionné. Lorsqu'on traite les deux oreilles avec de l'eau chaude (à 34°), pour produire une inflammation, on obtient des résultats tout à fait différents. L'oreille du côté du sympathique sectionné devient très hyperémiée et l'inflammation qui se produit en elle est très considérable. Du côté opposé, où l'oreille anesthésiée ne manifeste aucune hyperémie, au lieu d'inflammation il s'établit une stase qui se termine par la gangrène. Cette expérience démontre l'influence de l'appareil nerveux dans la réaction inflammatoire et prouve en même temps le rôle salutaire de cette dernière. Du côté oti l'inflammation, à la suite de la paralysie des vaso-moteurs, est exagérée, il survient une guérison prompte et définitive, tandis que du côté anémique, dans lequel l'inflammation ne peut s'établir à la suite de la section des nerfs sensi tifs, les phénomènes morbides prennent une gravité exceptionnelle.

Chez les lapins, auxquels M. Samuel n'a sectionné

(1) Archives de Virchow, 1890, t. CXXI, p. 396.

ilG

l'inflammation.

point être admise. On sait, depuis Cohnheim, et le fait a été confirmé entre autres par M. Chklarewsky luimême, que la distribution périphérique, ainsi que l'émigratian, s'opèrent aussi bien quand les leucocytes ont préalablement absorbé des grains de vermillion. Or, ces leucocytes renferment un sel de mercure, qui doi t les rendre non seulement beaucoup plus lourds qu'ils n'étaient auparavant, mais certainement aussi plus lourds que les hématies. Et pourtant les liématies restent dans la partie axiale, tandis que les leucocytes appesantis passent à la périphérie.

M. Hering a surtout invoqué la viscosité des leucocytes pour expliquer leur adhésion à la paroi vasculaire. Cette théorie a du reste trouvé peu de partisans, parce que les leucocytes ne sont point visqueux et ne s'accolent pas par suite de leur consistance, mais uniquement à l'aide de leurs propriétés amiboïdes. Pour se faire une idée de l'absence de la viscosité du protoplasma nu, on n'a qu'à toucher les grands plasmodes des myxomycètes, tel que celui de la Spiwiarm alha.

Si on pouvait admettre que le traitement par le chloroforme, tel qu'il a été pratiqué par MM. Mas- SAHT et BoRDET, uc Supprime pas la sensibilité des leucocytes d'une façon complète, on pourrait peutêtre attribuer leur accumulation, dans la zone périphérique des vaisseaux dilatés, par le reste de cette sensibilité qui leur permettrait d'apprécier la diiïérence du milieu extérieur. Or, les leucocytes se dirigent vers les endroits les plus calmes, dans lesquels ils peuvent étaler leurs prolongements protoplasmiques.

N.EUVIÈME LEÇON.

La paroi vasculaire, à la suite de la contractilité de ses cellules endothéliales, peut sans doute faciliter le passage des leucocytes, quoique ces. derniers soient bien capables de traverser des membrane^ non contractiles, comme par exemple le tissu épithélial des vertébrés (Stoehr) ou des ascidies. Mais la contractilité des cellules endothéliales doit jouer plutôt un rôle dans le passage des globules rouges et des parties liquides du sang, surtout dans les cas où, comme dans les maladies infectieuses ci-dessus citées, les leucocytes restent dans le sang, à la suite d'une chimiotaxie négative, tandis que le plasma elles hématies traversent la paroi vasculaire.

Quoique les leucocytes parviennent à émigrer même dans les cas oh les veinules sont normales ou à peine dilatées (comme dans la diapédèse à l'état normal chez les têtards, observée pour la première fois par M. Recklinghausen), il est cependant incontestable que la dilatation des vaisseaux avec ralentissement du courant sanguin présente une condition très favorable à la diapédèse. Cette dilatation, si constante dans l'inflammation des vertébrés, est un phénomène compliqué, attribuable à l'action combinée de plusieurs facteurs. Cohnheim (1), qui l'attribuait exclusivement à l'action de la paroi vasculaire même, chercha à prouver sa thèse à l'aide de l'expérience suivante : après avoir étalé la langue d'une grenouille sur une plaque de liège, il coupa tout ce qui la réunissait au corps, sauf l'artère et la veine. Croyant

(d) Gesammelle Abhandliingen, 1885, p. 423.

l'inflammation.

que les nerfs sensitifs (aiiricularis major et minor) d'un seul côté, les conséquences étaient beaucoup, moins graves. Chez les lapins adultes, opérés de cette façon, et traités ensuite avec de l'eau à 54°, l'inflammation suivit sa marche habituelle et ce n'est que chez les jeunes animaux opérés et traités de la même façon, qu'il put observer un ralentissement dans la réaction inflammatoire, suivie d'une guérison retardée.

M. Roger (1) a fait des expériences analogues ; seulement, au lieu de produire l'inflammation avec de l'eau chaude, il se servit de cultures du streptocoque del'érysipèle. Il inocula ces bactéries sous la peau des deux oreilles d'un lapin, dont les nerfs sensitifs ont été sectionnés d'un côté. Tandis que dans l'oreille de ce côté l'érysipèle dure très longtemps et aboutit à une guérison très tardive, accompagnée d'une mutilation de l'organe, dans l'oreille du côté opposé (dont les nerfs auriculaires ont été laissés intacts), l'érysipèle suit sa marche habituelle.

Le résultat a été tout opposé dans le cas lorsque M. Roger (2) inocula l'érysipèle à des lapins, auxquels ilsectionnanonles nerfs sensitifs, mais le sympathique d'un seul côté. La paralysie des vaso-moteurs occa- -sionna une hyperémie considérable qui produisit une influence favorable sur la marche de l'érysipèle, comparativement à l'autre oreille, dont le sympathique a été conservé intact. L'inflammation débuta beaucoup plus tôt et fut suivie d'une guérison prompte du côté énervé, tandis que, du côté opposé, elle se

(1) Comptes rendus de la Société de biologie, 1890, n» 34, p. 646.

(2) Comptes rendus de la Soc. de biol., 1890, n» 16, p. 222.

traîna beaucoup plus longtemps, quoiqu'elle finît par se guérir aussi.

Ces expériences confirment les données de plusieurs autres observateurs tels que Snellen, K. Danilewsky et autres, qui avaient constaté une amélioration dans la marche de l'inflammation, à la suite de la section de la partie cervicale du nerf sympathique. M. Samuel, s'appuyant sur le fait que la section de ce nerf d'un côté influence aussi l'oreille du côté opposé, en provoquant son anémie, a modifié l'expérience de la façon suivante. Au Heu de produire l'inflammation des deux oreilles du même lapin, il la produit à deux lapins difi'érents, dont un a subi la section du nerf sympathique d'un seul côté, tandis que l'autre animal a été laissé intact. Chez le lapin opéré, l'inflammation a été provoquée du côté énervé par l'application de l'eau chaude à 54°. Dans ces conditions, l'inflammation a suivi la marche la plus bénigne, non chez le lapin opéré, mais chez le témoin, dont le nerf sympathique a été laissé intact et qui a été traité de la même façon par de l'eau chaude.

Toutes . ces expériences démontrent une certaine influence du système nerveux sur l'inflammation, mais prouvent en même temps que cette influence ne sert qu'à accélérer ou à ralentir la marche du phénomène pathologique. Ce rôle ne doit nullement être amoindri, mais on devrait aussi se garder d'exagérer son influence. En le mettant trop en relief, on pourrait méconnaître le jeu véritable des difi'érents agents qui, par leur concours, produisent la réaction inflammatoire.

.l'inflammation.

MM. Charrin et Gley (1) ont démontré que des injections de 20 centimètres cubes de produits solubles du bacille pyocyanique dans le sang de lapin empêchent la dilatation des vaisseaux par voie réflexe. Ainsi par exemple, après une pareille injection, ces auteurs ont « observé que la vaso-dilatation ainsi produite est plus lente à survenir, beaucoup moins intense et d'une moindre durée » (p. 734), que sans injection intraveineuse des produits microbiens. Dans une note ultérieure, MM. Charrin et Gley (2) fournissent la preuve que cette influence empêchant la dilatation vasculaire est due exclusivement aux produits volatiles des cultures pyocyaniques, sans être propre aux produits non volatiles, solubles et insolubles dans l'alcool.

Ces observateurs expliquent les faits qu'ils ont constatés par une diminution de l'excitabilité des appareils vaso-dilatateurs, sous l'influence de ces produits volatils. D'après leur avis, les sécrétions microbiennes diminuent la dilatation vasculaire , empêchent la diapédèse et favorisent par cela l'infection. Ils cherchent même à appliquer cette conclusion à la théorie de l'immunité, d'après laquelle la vaccination amènerait un renforcement de l'appareil nerveux, commandant la dilatation des vaisseaux et la diapédèse.

MM. Charrin et Gamaliîïa (3) ont de même empê-

(1) Archives de physiologie, 1890, n» 4, p. 724. , (2) lôid., 1891, n" 1 p. M6.

' (3) CenLralblatt filv Allgemeine Pathologie, t. I, 1890, n»» 18, 19, p. 588.

NEUYIÈME LEÇON. l»'^

ché la dilatation des vaisseaux avec des vaccins ou des produits du microbe de la septicémie vibrionnienne, ainsi qu^avec de simples injections d'eau salée à 5-10 pour cent.

Afin de résoudre la question et de savoir si les mêmes phénomènes se produisent dans le cours naturel de l'infection (pendant laquelle on ne peut point supposer un passage brusque de 20 centimètres cubes de produits microbiens dans le sang), il aurait fallu expérimenter avec des animaux inoculés par les microbes en question. Or, voici ce qui se passe en réalité dans ces conditions. Un peu de culture pyocyanique sur gélose, introduite sous la peau d'un lapin neuf et d'un autre lapin, vacciné contre la maladie du pus bleu, produit une inflammation beaucoup plus considérable chez le premier que chez le second. Les produits pyocyaniques n'empêchent point dans ces conditions ni la dilatation vasculaire, ni la chaleur locale, ni l'exsudation séreuse de se produire, et pourtant la diapédèse est moindre que chez le lapin vacciné, chez lequel la dilatation des vaisseaux et la chaleur sont beaucoup moins prononcées. La différence est encore plus frappante, lorsque l'on compare les phénomènes qui suivent l'inoculation du vibrion de la septicémie vibrionienne [Vibrio Metchnikowii) sous la peau de l'oreille des cobaye^ sensibles et des cobayes rendus réfractaires à l'aide de vaccinations. Chez les premiers, la rougeur, la chaleur et la tumeur sont beaucoup plus considérables que chez les seconds et pourtant la diapé dèse est presque nulle chez les cobayes sensibles

l'inflammation.

et au contraire très prononcée chez les vaccinés.

Ces faits nous prouvent d'abord que les microbes employés ne gênent point la dilatation vasculaire chez les animaux sensibles (contrairement à la conclusion de MM. Charrin et Gley), et démontrent ensuite que la diapédèse peut faire défaut ou se développer en un faible degré malgré la dilatation considérable des vaisseaux. Il s'ensuit que la diapédèse est surtout commandée par la sensibilité des leucocytes eux-mêmes. S'il y a sensibilité positive, les leucocytes émigrent, malgré la faible dilatation des vaisseaux ; si la sensibilité est négative, la diapédèse ne se produit pas, malgré l'état dilaté des vaisseaux sanguins. Pour s'assurer du degré de la dilatation de ces derniers, on n'a qu'à inoculer un microbe provoquant une sensibilité positive considérable. Si on inocule à un cobaye, sous la peau de l'oreille, un peu de bacilles tuberculeux, et à un autre un peu de vibrions de la septicémie vibrionienne, dans le même endroit, on verra une très faible dilatation et une très grande diapédèse chez le premier, et une dilatation considérable et une diapédèse presque nulle chez le second.

Comme argument indirect contre l'interprétation des faits de MM. Charrin et Gley, je dois invoquer encore les données suivantes.

Dans les infections les plus aiguës, dans lesquelles la diapédèse ne se fait point ou est presque nulle, la présence des leucocytes ne gêne pas du tout la vie et la multiplication des bactéries, parce que, en raison d'une chimiotaxie négative, les leucocytes n'engio-

bent point ces microbes. Il serait donc tout à fait superflu d'empêcher la diapédèse dans ces conditions. Si donc, au lieu d'inoculer un de ces microbes mortels (comme le bacille du choléra des poules à des oiseaux et à des lapins, et le vibrion de la septicémie aviaire aux cobayes et pigeons, etc.) dans le tissu souscutané, on l'introduit directement dans le sang, le résultat sera toujours le même. Les animaux mourront au bout d'un temps très court et il ne se produira point de phagocytose dans les cas où les bactéries sont dans le voisinage immédiat des leucocytes dans le sang et la rate, ni dans les cas où elles sont loin de ces cellules, retenues dans l'intérieur des vaisseaux.

La sensibilité des leucocytes joue donc un rôle tout à fait prépondérant dans les maladies inflammatoires, ce qui n'empêche point que la sensibilité des cellules endothéliales, ainsi que la sensibilité nerveuse et d'autres fonctions encore contribuent aussi à la production de la réaction inflammatoire chez les vertébrés (1).

(1) Voir maleçon surr« Immunito » dansle Britishmedical Journal, du 31 janvier 1891. Après la rédaction de ce chapitre, MM. Massart et BoRDET, dans une étude sur le rôle de la chimiotaxie des leucocytes dans les infections {Annales de l'Institut Pasteur, 1891, p. 417), ont développe les mêmes idées. Ils considèrent, d'après leurs propres expériences, que l'absence do la diapédèse dans certaines infections est due non à une paralysie des centres vaso-dilatateurs, mais bien à la chimiotaxie négative des leucocytes. A la suite de ce travail, il s'engagea une polémique entre MM. Charrin et Gley d'un côté et MM. Massart et Bordet de l'autre [Comptes rendu? de la Soc. de Biologie, 1891, pp. 705-710, voir aussi M. Bouchard dans les Comptes rendus de l'Acad. d. Se, 1891, pp. 524-529). Sans entrer dans les détails de cette discussion, on peut formuler comme résultat général

l'inflammation.

que ce n'est point la paralysie vaso-dilatatrice, mais bien la chimiotaxie négative qui est la véritable. cause du manque des leucocytes à l'endroit envahi par les microbes dans certaines infections graves. MM. 0. Hertwig [Pliysiologische Gruncllage der Tuberculinwirkimg . léna, 1891) et Buchner [Munchener medicinische Wocliensckrifl, 1891) se sont également prononcés dans le même sens.

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