‹ Leçons sur la philosophie chimiqueChapitre 14 sur 43 · ALCHIMISTES · texte numérisé non relu

ALCHIMISTES

qu'après une grande lacune on voit reparaître un véritable alchimiste dans la personne de Price, en 1783. Celui-ci montrait, en Angleterre, une poudre rouge et une poudre blanche propres à transformer le mercure en or ou en argent, à volonté. Il avait même fait cette expérience devant nombre de personnes, publiquement et à sept reprises différentes. La Société royale de Londres, qui d'abord avait vu avec indifférence cette expérience sur la crédulité publique, se trouva pourtant dans la nécessité de s'en occuper, car Price était docteur et membre de la Société : elle nomma des commissaires pour examiner le secret. Quand Price se vit obligé d'opérer sous les yeux des membres de la Société, il prétendit n'avoir plus de poudre, et recourut à divers fauxfuyants. On lui laissa le temps de faire ses préparatifs. Enfin, en 1784, pressé de nouveau par la Société royale, il donna à cette mystification un dénouement tout à fait imprévu, en s'empoisonnant avec de l'huile volatile de laurier-cerise. Triste exemple des déplorables conséquences auxquelles un besoin effréné de célébrité pousse les hommes, dont l'orgueil veut se satisfaire, même aux dépens de la vérité !

Tandis que les philosophalistes se confondaient en efforts inutiles dans leurs laboratoires, Vanhelmont et quelques autres disciples de Paracelse ,

5o PHILOSOPHIE CHIMIQUE.

(loués (l'une science et d'une ('érudition trèS-vastes, se livraient avec ardeur à la reclierche des applications de la Chimie à la Médecine. Si, par l'introduclion de nouveaux médicaments chimiques, ils ont rendu à cette dernière science des services incontestables, d'un autre côté, il faut convenir que, par leur promptitude à accueillir les médicaments nouveaux, par leur répugnance à faire usage des médicaments connus, par leur dédain des leçons des anciens auteurs, leur système a fait souvent du mal.

Enfin, à côté de ces divers chimistes ou prétendus chimistes, se montrent des hommes qui, pénétrés de la nécessité de s'éclairer avant tout par les lumières de l'expérience, se distinguent complètement des deux classes précédentes. Tels sontCassius, ({ui a donné son nom au précipité pourpre que vous connaissez, et Libavius, dont vous connaissez aussi Va liqueur fumante, et dont Y Alchimia est un fort bon ouvrage pour ces temps-là. Tel est encore Glauber, à qui l'on doit des découvertes variées, mais qui, dans ses écrits, très-remarquables du reste, se laisse aller à un ton d'emphase dont vous retrouverez une teinte dans la dénomination de sel admirable, qu'il donnait au sulfate de soude.

Dans la même catégorie, nous devons placer, à juste titre, Agricola, auteur du premier ouvrage de métallurgie que l'on connaisse. Alchimiste dans

BERNARD PALISSY. 5l

sa jeunesse, il renonça plus tard à ses premières idées, et se montra plein de sens et de justesse. Son livre De re metallica nous étonne à la fois par la clarté des idées et par l'exactitude des descriptions.

Vient ensuite Bernard Palissy, célèbre et dramatique inventeur des rustiques Jigulines, cet homme dont je voudrais que l'heure me permît de vous rappeler les malheurs, et que vous verriez, esclave d'une pensée, essayer en vain de s'y soustraire, et se réduire à la misère la plus affreuse plutôt que de renoncer à la recherche de la fabrication des faïences. Je voudrais pouvoir vous rappeler les paroles éloquentes qui lui échappent quand il se voit ruiné, abandonné de ses parents, de ses amis, criblé de dettes et, pour comble, accablé sur son grabat des plus amers sarcasmes. Quand il se dépeint amaigri par ses jours sans calme, par ses nuits sans repos, et succombant sous le poids d'une idée dont la fixité semble approcher de la folie, on ne peut s'empêcher d'être ému d'une pitié profonde. Enfin il réussit à fabriquer de la faïence, devint l'artiste du roi et des grands de l'époque, rendit de vrais services à la (chimie et fut le premier professeur d'Histoire naturelle en France.

Il était protestant, et eut le bonheur d'échapper au massacre de la Saint-Barthélémy.

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On ;i (le lui un ouvrage très-singulier, où il expose avec beaucoup de profondeur et d'esprit les bases d'une Pbilosophie naturelle, fondée sur l'observation ou l'expérience. Il y met en présence, sous forme de dialogue, la pratique et la théorie; il y montre la pratique toujours victorieuse, renversant tous les raisonnements de la théorie, et nous laisse voir sa grande antipathie pour les physiciens scolastiques, dont l'influence menaçait d'étoufler la Chimie au berceau.

Ainsi, pour nous résumer, l'origine de la Chimie industrielle se perd dans la nuit des temps ; et celleci, fille du hasard et d'une routine patiente, précède de bien des siècles les premiers essais de la Chimie systématique.

Dès leur apparition sur la scène, les chimistes ou alchimistes proclament leur respect pour le témoignage des sens et leur foi complète pour les résultats de l'expérience et de l'observation.

Dès l'apparition des premiers professeurs de Chimie dans les écoles, nous les voyons se poser hardiment en adversaires de la doctrine, si universellement respectée alors, des quatre éléments d'Aristote, et prouver que laChimie conduit à reconnaître d'autres éléments.

Enfin nous les voyons prouver du fond du laboratoire ou proclamer du haut de la chaire qu'ils

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