‹ Leçons sur la philosophie chimiqueChapitre 13 sur 43 · RAYMOND LL'LLE. — RIPLÉE · texte numérisé non relu

RAYMOND LL'LLE. — RIPLÉE

Pour faire, dit-il, X'élixir des sages, la pierre philosophale (et, parce moX pierre ,\^s alchimistes n'entendaient pas toujours désigner littéralement une pierre, mais un composé quelconque ayant la propriété de multiplier l'or, et auquel ils attribuaient presque toujours une couleur rouge), pour faire Yélixir des sages, il faut prendre, mon fils, le mercure des philosophes, et le calciner jusqu'à ce qu'il soit transformé en lion vert ; et après qu'il aura subi cette transformation, tu le calcineras davantage, et il se changera en lion rouge. Fais digérer au bain de sable ce lion rouge avec V esprit aigre des raisins, évapore ce produit, et le mercure se prendra en une espèce de gomme qui se coupe au couteau ; mets cette matière gommeuse dans une cucurbite lutée et dirige sa distillation avec lenteur. Récolte séparément les liqueurs qui te paraîtront de diverse nature. Tu obtiendras un flegme insipide, puis de l'esprit et des gouttes rouges. Les ombres cymmériennes couvriront la cucurbite de leur voile sombre, et tu trouveras dans son intérieur un véritable dragon, car il mange sa queue. Prends ce dragon noir, broie-le sur une pierre, et touche-le avec un charbon rouge : il s'enflammera et, prenant bientôt une couleur citrine glorieuse, il reproduira le lion vert. Fais qu'il avale sa queue, et distille de nouveau le produit. Enfin, mon fils, rectifie soigneu-

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sèment, et tu verras paraître Veau ardente et le sang humain . »

C'est surtout le sang humain qui a fixé son attention, et c'est à cette matière qu'il assigne les propriétés de l'élixir.

Je suis bien surpris si, parmi les chimistes qui me font l'honneur de m'écouter, il en est qui n'aient pas pénétré le mystère de la description que je viens d'exposer, en l'abrégeant beaucoup. Appelez /?/o/7?/>> ce que Riplée nomme azoque ou mercure des philosophes, et toute l'énigme se découvre. Il prend du plomb et le calcine, le métal s'oxyde et passe à l'état (le massicot: voilà le lion vert. Il continue encore la calcination, le massicot se suroxyde et se change en minium : c'est le lion rouge. Il met ce minium en contact avec l'esprit acide des raisins, c'est-à-dire avec le vinaigre : l'acide acétique dissout l'oxyde de plomb. La liqueur évaporée ressemble à de la gomme : ce n'est autre chose que de l'acétate de plomb. La distillation de cet acétate donne lieu à divers produits, et particulièrement à de l'eau chargée d'acide acétique et d'esprit pyroacétique, que dans ces derniers temps on a nommé acétone, accompagné d'un peu d'une huile brune ou rouge.

Il reste dans la cornue du plomb très-divisé et par conséquent d'un gris sombre, couleur que rappellent les ombres cvmmériennes.

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Ce résidu jouit de la propriété de prendre feu par l'approche d'un charbon allumé, et repasse à l'état de massicot, dont une portion mêlée avec la liqueur du récipient se combine peu à peu avec l'acide que celle-ci renferme et ne tarde pas à s'y dissoudre. C'est là le dragon noir qui mord et qui avale sa queue. Distillez de nouveau, puis rectitiez, et vous aurez en définitive de l'esprit pyroacétique qui est Veau ardente, et une huile rouge brun, bien connue des personnes qui ont eu l'occasion de s'occuper de ces sortes de distillations, et dont elles ont dû voir leur esprit pyroacétique brut constamment souillé. C'est cette huile qui forme le sang humain, et qui a excité principalement l'attention des alchimistes. C'est qu'en effet elle est rouge, et j'ai déjà signalé l'importance que les alchimistes attribuaient à cette couleur. De plus, elle possède la propriété de réduire l'or de ses dissolutions et de le précipiter à l'état métallique, comme bien d'autres huiles du reste.

Riplée avait d'ailleurs purifié l'esprit pyroacétique, et il a dû l'obtenir presque exempt d'eau ; aussi connait-il bien ses propriétés.

Après tous ces détails, on ne peut s'empêcher d'être frappé de l'attention scrupuleuse qu'il a fallu porter dans l'examen des divers phénomènes qui accompagnent la distillation de l'acétate de plomb,

pour les observer avec tant de précision. N'estpas bien remarquable que l'esprit pyroacétique, dont on a coutume de faire remonter la découverte à une époque très-peu reculée, et dont l'étude vient d'être reprise dans ces derniers temps, ait été si bien connu des alchimistes?

Et certes, en voyant que le vinaigre se change en une liqueur volatile et inflammable avec tant de facilité, par la seule action du feu, on comprend comment, pour ces imaginations exaltées, la puissance du feù devait paraître inépuisable et sans bornes; on comprend que cette recette ait occupé successivement les plus célèbres d'entre les alchimistes, qui, tour à tour, l'ont alambiquée ou simplifiée selon la tournure de leur esprit.

Maintenant faut-il admettre avec Riplée et ses imitateurs que la distillation de l'acétate de plomb recèle vraiment le secret des opérations décrites par Raymond Lulle? Cela peut sembler douteux; car si les termes se ressemblent, si quelques-uns des phénomènes se ressemblent aussi, d'autres circonstances feraient croire que Raymond Lulle avait porté son attention sur des recherches beaucoup plus compliquées.

Tout porte à croire même que, dans sa théorie et sdi pratique, les choses y sont plus souvent désignées par leur nom qu'on ne l'a pensé. Ainsi, quand il

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commence la description de son procédé, il prescrit de distiller le vitriol azoqué et le salpêtre ensemble, et il en retire une liqueur rouge qui a besoin d'être enfermée en des flacons bouchés avec de la cire. Ailleurs, il nous apprend que le mercure, exposé aux vapeurs vitrioliques, est attaqué et converti en un vitriol blanc ou jaunâtre. Il est clair qu'il a connu le sulfate de mercure et qu'il a réellement distillé ce corps avec du nitre, ce qui lui a fourni un acide nitrique impur.

Cet acide nitrique lui sert à dissoudre de l'argent et du mercure. Il l'emploie aussi pour dissoudre l'or, mais il fait intervenir, en ce cas, un mercure végétal, dont la nature demeure ignorée. Les uns veulent y voir de l'esprit-de-vin rectifié; d'autres l'esprit pyroacétique pur. Voilà comment la recette de Raymond Lulle et celle de Ripléc se lient et s'expliquent mutuellement.

Du reste, ce serait perdre notre temps que de suivre plus loin l'exposition de procédés dont l'inerprétation laisse toujours quelque doute, quand on veut la pousser jusqu'au bout de l'œuvre ; car, à la simplicité et à la clarté des premières opérations, succède toujours une obscurité affectée et mystérieuse.

Nous ne quitterons pas Raymond Lulle sans rappeler que le nombre et la variété de ses ouvrages

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ont fait eroin^ à quelques personnes qu'il avait existé deux hommes de ee nom : le théologien, le martyr, l'homme éminemment dramatique dont j'ai raconté la vie, et le chimiste, dont l'existence plus humble eût passé inaperçue, et qui n'aurait marqué que par ses travaux.

Je ne puis partager leur opinion. De nos jours, Priestley a possédé des connaissances aussi variées, a écrit avec autant de fécondité sur des sujets religieux ou scolastiques, et sa vie, comme chimiste, s'est renfermée aussi en un petit nombre d'années qui ont commencé vers l'âge où se termine la carrière intellectuelle du commun des hommes. Ainsi, de ce que Raymond Lulle se serait fait chimiste à un âge avancé, de ce qu'il aurait travaillé la Chimie pendant peu d'années, de ce qu'il aurait beaucoup produit en Chimie et encore plus en Théologie ou en Philosophie, on n'en peut rien conclure.

A quoi il faut ajouter que, parmi les ouvrages qu'on lui attribue, il en est beaucoup, en Chimie au moins, qui sont manifestement fabriqués après coup.

Qu'il ait existé un chimiste espagnol du nom de Raymond Lulle et son contemporain, cela paraît peu contestable, si l'on fait attention à la direction particulière imprimée par ses écrits, dont le caractère original ne saurait être méconnu, et qui se mani-

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feste déjà dans le cours du siècle qui a suivi la mort du martyr.

Que le chimiste et le théologien soient un seul et même personnage, c'est ce qui paraît bien probable, quand on compare VArs magna, traité de Philosophie qui serait du martyr, et le Testamentum, qui appartiendrait au chimiste. On y trouve le même style et le même emploi des figures symboliques, qu'on n'aperçoit plus dans le Novum Testamentum, ni dans les ouvrages analogues, de fabrication moderne et faussement attribués à Raymond Lulle.

Après lui, l'histoire de la Chimie nous offre une assez longue lacune. On ne rencontre plus de chimistes proprement dits, mais seulement des alchimistes de mauvaise nature, dont les écrits sont tout à fait inintelligibles. Parmi les chercheurs de pierre qui se montrent alors, apparaît au premier rang, au moins pour la date, car c'est presque un contemporain de Lulle, l'auteur du Roman de la Rose, roman qui renferme lui-même un chapitre destiné à la description du grand œuvre. Après avoir terminé le Roman de la Rose, Jean de Meun a composé encore plusieurs poèmes, ayant pour objet l'exposition des procédés convenables à la formation de la pierre philosophale.

On trouve ensuite Nicolas Flamel, qui s'est acquis une certaine célébrité. On prétend (ju'il trouva la

pierre philosophale, en s'aidant des recherches d'un juif dont il aurait eu le bonheur de rencontrer les manuscrits. Plusieurs fois, il aurait mis en pratique ses procédés alchimiques ; il aurait acquis ainsi une fortune colossale qu'il aurait employée à bâtir une grande quantité de maisons et même des églises. Enfin, on ne sait trop pourquoi il aurait fait semblant de mourir, ainsi que sa femme, et ils se seraient réfugiés en pays lointains, devenus immortels et possesseurs d'inépuisables trésors.

Un livre ex professa a été consacré à l'examen de ces faits, et l'on y voit que Nicolas Flamel est mort dans un état de fortune très-médiocre, sans avoir jamais joui de l'éclat qui lui a été attribué. C'était simplement un écrivain public assez vaniteux, qui prétait à la petite semaine, de manière que dans son quartier il avait des intérêts sur un nombre infini de petites maisons; et, d'après l'histoire de sa vie, on voit qu'il n'a jamais été chimiste.

Un peu plus tard apparaît Basile Yalentin, auteur du Currus triumphalis antimonii, qui parut en i4i4» et dans lequel il fit connaître la manière d'obtenir l'antimoine, l'un des corps sur lesquels les alchimistes ont le plus exercé leur infatigable patience. De cette époque date l'introduction faite par la Chimie des préparations de ce métal en Médecine, où il a joué un rôle fort important.

L'application de la Chimie à la Médecine reçut surtout un grand accroissement vers le commencement du siècle suivant, par les soins de Paracelse, dont il est nécessaire que nous caractérisions l'influence.

Paracelse , qui naquit aux environs de Zurich, était, si l'on s'en rapporte à l'histoire, un homme rempli de vices, débauché, ivrogne, crapuleux, ne hantant que les cabarets et les mauvais lieux. On ne conçoit pas comment, avec de telles habitudes, il a pu acquérir la haute réputation dont il a joui. « Mais il est constant par la tradition, nous dit un de ses apologistes, que Paracelse, quoique un peu ami du vin, comme étant Suisse de nation, a été un médecin merveilleux, et qu'il guérissait facilement les maladies réputées incurables. »

Appelé par la ville de Bàle pour occuper la première chaire de Chimie qui ait été fondée dans le monde, car c'est à Bàle qu'elle fut établie, en 1527, il remplit quelque temps cette charge, et en sortit à la suite d'un démêlé d'une nature assez singulière.

Tout en professant la Chimie, Paracelse exerçait la Médecine. 3Iandé pour soigner un chanoine gravement malade, avant de commencer la cure, il eut soin de faire son marché, et le patient promit une récompense magnifique pour prix de sa guérison.

Les conditions fixées, Paracelse lui administra deux pilules d'opium, au moyen desquelles celui-ci se rétablit en quelques jours. Guéri si rapidement, le chanoine trouva que le salaire promis était exorbitant, et refusa de le payer. De là procès, recours à l'arbitrage des médecins, qui sont d'avis que Paracelse a guéri si vite son malade, qu'une légère rétribution doit lui suffire. En conséquence, il perd sa cause, et la fureur qu'il en éprouve le met en hostilité avec les magistrats, ce qui l'oblige à s'exiler du pays.

Privé de toutes ressources, il erra pendant quelque temps, et finit par mourir à Salzbourg, dans un cabaret, à l'âge de quarante-huit ans. Dénouement triste et naturel d'une vie crapuleuse, qui vint donner un éclatant démenti aux promesses téméraires dont il berçait ses disciples. Ceux-ci ne demeurèrent pourtant pas muets en face d'un événement si positif, et pour en atténuer les fâcheuses conséquences, qui rejaillissaient sur leur propre considération, ils ne manquèrent pas de dire que les ennemis de sa doctrine l'avaient empoisonné « en une débauche de vin, à quoi il n'était que trop facile de le porter ».

Paracelse, abandonnant la route des alchimistes ses prédécesseurs, s'occupa bien moins de la pierre philosophale que de la panacée universelle, c'est-à-

dire, d'un moyen propre à prolonger indéfiniment la vie. Pour cela, il avait des essences et des quintessences, des arcanes, des spécifiques et des élixirs, parmi lesquels l'élixir des quintessences se fait remarquer par son nom ambitieux. De tout cela, il nous reste Vélixir de propriété de Paracelse, préparation peu usitée aujourd'hui, mais conservée néanmoins dans nos pharmacopées.

Après ce coup d'œil sur la vie de Paracelse, examinons en quoi consistent ses opinions en Chimie. Il admettait, outre les quatre éléments d'Aristote, une cinquième sorte de matière, résultant de la réunion de quatre autres sous leur forme la plus parfaite ; car après lui, par exemple, le feu n'est pas tout à fait la chaleur, l'eau n'est pas V humidité, et il regarde comme chose possible de dégager la qualité de la forme. C'est en ce sens qu'il croit possible, au moyen des quatre éléments élémentants, comme on disait alors, d'en former un cinquième qui réunisse leurs qualités dépouillées de leurs formes. C'est là y élément prédestiné, c'est la quintessence de Raymond Lulle, quinta essentia.

Ainsi, par quintessence, il entendait ce qu'il y avait de plus pur dans les quatre éléments, et il cherchait à découvrir l'élément prédestiné lui-même ou du moins une chose qui en approchât. C'est ce qu'il croyait faire quand il voyait s'exalter une qua-

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lité quelconque dans un corps, s'y accroître une propriété médicale par exemple. Ainsi, pour lui, la quintessence du vin, c'est l'alcool ; la quintessence du drap bleu, c'est la couleur bleue. Et de fait, tant qu'il parle des matières organiques, on le comprend très-bien. S'agit-il des métaux, voici la figure qu'il emploie.

Dans une maison habitée, il y a deux choses, l'homme et la maison : l'un qui va, vient, s'agite, qui veut et qui peut; l'autre immobile, qui ne change d'aspect ou de forme qu'autant que l'homme le veutbien.Tel est le mercure et tels sont les minéraux métalliques ; ils ont en eux la maison et l'habitant animé, qui en est la quintessence. Si vous pouvez extraire ce dernier, vous avez la pierre philosophale et la panacée réunies. Mais, hélas!... comment saisir cet homme qui se barricade en son logis, sans abattfe la maison et sans l'écraser sous les décombres? Comment isoler cet esprit caché des métaux, sans traiter ceux-ci par des dissolvants de nature trop brutale, qui l'éteignent ou l'emprisonnent sous de nouvelles écorces.

Or il serait aussi facile de faire bâtir une nouvelle maison par un homme mort que d'obtenir une transmutation , au moyen de la quintessence des métaux dont l'esprit s'est évanoui sous la main de

artiste ignorant.

Dirigé par ce principe que, dans tous les objets (le la nature, il devait y avoir une matière essentielle, une quintessence, Paracelse, qui avait toujours en vue de l'obtenir, s'efforçait donc d'élaguer des mélanges naturels les corps les moins actifs et d'en retirer les substances les plus énergiques. Ces idées, après tout, le guidaient d'une manière juste, car c'est comme s'il avait dit, par exemple : l'opium, la ciguë, renferment en petite quantité des composés très-actifs auxquels ces médicaments doivent leur puissance; il faut les isoler; si l'on y parvient, ils représentent, à dose très-faible, les propriétés d'une quantité considérable de la matière d'où ils proviennent. C'est comme s'il avait dit : pour les métaux, certains dissolvants peuvent exalter leurs propriétés en ouvrant la maison, d'autres les affaiblissent en la fermant. Peu importent les théories, si l'on arrive à comprendre qu'il y a des préparations métalliques qui peuvent devenir trèsactives.

Voilà comment il savait tirer des remèdes un parti éminemment utile ; voilà pourquoi il doit être considéré comme l'auteur de cette direction de la Chimie médicale, dans laquelle on se propose d'écarter des matières médicamenteuses les substances inertes, pour ne s'attacher qu'aux substances actives, ou d'augmenter l'énergie de

celles-ci, en leur communiquant la solubilité qui leur manque.

Ce qui pourra vous étoniler, c'est que Paracelse, outre les quatre éléments élémentants, outre l'élément prédestiné, reconnaît trois principes des corps tout à fait distincts. Les termes devenus célèbres de sel, de soufre et de mercure, qui désignent les trois principes des mixtes admis déjà par Basile Yalentin, prennent une place éminente dans les doctrines de Paracelse, et deviennent le signal d'une scission qui se dessine de plus en plus entre les idées des chimistes et celles des philosophes. Il faut voir dans le sel, le soufre et le mercure, trois éléments que l'expérience des chimistes reconnaît et oppose aux quatre éléments d'Aristote; et, si l'on ajoute cette nouveauté à celles que Paracelse mettait en avant à tant d'autres égards, on comprendra comment cet homme bizarre a pu remuer si profondément les imaginations et faire une révolution durable dans les esprits. On comprendra les titres de roi des chimistes , de monarque des arcanes , dont ses sectateurs ne manquent jamais de le décorer, et dont sa vanité semble s'être assez accommodée.

La recherche des quintessences, les discussions sur les trois principes ne suflisaient pas à l'imagination de Paracelse. C'est parmi ses partisans ({ue l'on voit apparaître une nouvelle idée fantas(|ue,

la recherche d'un dissolvant sans égal, du menstrue universel, en un mot, de Valcaest. Est-ce le corps alcalin par excellence, alcali est? est-ce un être tout esprit, allen geist? Nous n'en pouvons rien savoir, tant il y a de confusion dans les idées de Vanhelmont sur cet ohjet, et c'est lui qui s'en est le plus occupé. Paracelse s'est, pour ainsi dire, borné à en signaler l'existence, berçant ainsi l'imagination de ses élèves de l'espoir de découvrir un corps capable de récompenser les travaux les plus longs et les plus assidus, par ses merveilleuses propriétés.

Au surplus, et les détails qui précèdent le laissent prévoir, Paracelse avait en horreur les Arabes et les scolastiques ; il professait pour eux un profond mépris. Son bonnet, disait-il, quand échauffé par le vin il se livrait à ses déclamations obscures et furibondes, son bonnet en savait plus long que Galien et Avicenne. Ce dédain pour l'école arabe remit Hippocrate en honneur dans les études médicales. Mais notre enthousiaste fit payer cher ce service, par l'opinion exagérée du pouvoir de la Chimie en Médecine, qu'il chercha à communiquer à ses élèves, et il exerça une influence très-fâcheuse sur la marche de cette science. Nous verrons plus tard Boerhaave blâmer Paracelse d'avoir imposé la Chimie à la Médecine comme une maîtresse impérieuse.

au lieu de la laisser à ses ordres comme une esclave obéissante.

A partir de Paracelse commence une ère nouvelle pour la Chimie ; car, en lui ouvrant un enseignement public, il en a assuré la perpétuité. Nous voyons après lui les chimistes se succéder régulièrement et se diviser en trois branches : les philosophalistes ou alchimistes, les médico-chimistes et les hommes d'expérience et de bonne foi.

Dès lors se dessine nettement en effet une ligne de démarcation entre les chimistes proprement dits et les hommes qui poursuivent la recherche de la pierre philosophale, esprits vains, absurdes, trèsobscurs du reste, qui s'éloignent continuellement des notions scientifiques, et qui s'évertuent à substituer des supercheries à une science réelle. Ils ont passé presque inaperçus. Aussi, après vous avoir entretenus dans la période précédente d'hommes éclatants, tels que Bacon, Albert, Arnauld et Raymond Lulle, je ne pourrais plus vous montrer que des alchimistes peu connus, tels que le Cosmopolite, dont les aventures plus que les travaux ont fait la célébrité, ou bien je ne trouverais même à vous citer que des noms plus obscurs encore.

La secte des philosophalistes s'efface donc peu à peu dans l'ombre ; et c'est avec une vive surprise

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