DALTON
rapport très-simple dans les divers composés. D'après cette loi, en représentant le poids de l'un des corps par A et par.B le poids du second, qui s'unit à la quantité A pour former un composé A -1- B, les autres composés des deux mêmes corps pourront être exprimés par A-h2B, A-4- 3B, ... ou par 2A-f-B, 3A-+-B, ....
Les idées de Dalton furent, peu de temps après, appuyées par les résultats de Wollaston sur les oxalates de potasse. En effet, ce savant, dont l'exactitude bien connue inspirait toute confiance, fit voir que, dans les trois sels formés par l'acide oxalique et la potasse, les quantités d'acide qui se combinent avec la même quantité d'alcali sont rigoureusement entre elles comme les nombres i, 2, 4, ce qui conduisit à admettre définitivement la loi des proportions multiples.
Les observations de Wenzel sur la double décomposition des sels, celles de Richter sur les précipitations métalliques et celles de Dalton sur les proportions multiples qui en sont le complément indispensable servent de base pour la formation des Tables d'équivalents cbimiques.
En effet, reprenons le point de départ de Wenzel et nous trouverons, par l'analyse du sulfate de potasse par exemple, que 590 parties de potasse équivalent à Soi parties d'acide sulfurique, à 677 parties
(l'acide azotique ou à 27G parties d'acide carbonique, c'est-à-dire que ces acides en sont saturés. Or on trouve, par une analyse de ces corps eux-mêmes, que ;
590 potasse = 490 potassium et 100 oxygène;
5oi acide sulfurique --- v.oi soufre et 3oo oxygène;
r)77 acide azotique — 177 azote et 5oo oxygène;
27G acide carbonique = 7G carbone et 200 oxygène.
Il est évident que les trois acides que nous venons de comparer renferment des quantités d'oxygène variées, quoique exprimées par des nombres trèssimples.
Il n'en est plus ainsi quand, au lieu d'envisager des acides, on s'attache à comparer des bases entre elles.
En effet, on a besoin de prendre pour saturer, par exemple, 5oi parties d'acide sulfurique, les quantités de bases suivantes :
5oi acide sulfurique = aoi soufre et 3oo oxygène;
5go potasse — 490 potassium et 100 «
3go soude == 290 sodium et 100 »
9j6 baryte ^ 856 baryum et 100 »
r3gj massicot =- 1294 plomb et 100 »
i45o oxyde d'argent ^ iSJo argent et 100 » etc.
Ainsi, quand il s'agit des bases, on voit au contraire que la quantité d'une base quelconque, nécessaire pour saturer 5oi d'acide sulfurique, devra toujours contenir 100 d'oxygène; c'est-à-dire que
les équivalents des bases sont des quantités renfermant la même proportion d'oxygène, quel que soit le métal, conformément à la loi de Richter.
D'après cela, il paraît tout naturel de prendre les bases pour point de départ dans la formation d'une Table d'équivalents et de considérer l'équivalent de chaque base comme étant représenté par la quantité de cette base qui renferme loo parties d'oxygène.
Tel est aussi le point de départ des chimistes qui ont fait l'usage le plus judicieux de la théorie des équivalents.
Ainsi l'équivalent de l'oxygène sera représenté par loo, celui du potassium le sera par 490 et celui de la potasse par Sqo.
Pour avoir l'équivalent d'un acide, il faudra prendre la quantité de cet acide qui, avec 090 de potasse, formerait un sel neutre, et par exemple :
677 pour l'acide azotique; 5oi » acide sulfurique ; 276 » acide carbonique, etc.
Pour avoir l'équivalent des bases, il faudra prendre la quantité de chacune d'elles qui serait capable de remplacer ^90 de potasse , ce qui revient à dire qu'il faudrait prendre une quantité de bases contenant 100 d'oxygène, comme les 690 de potasse.
Les équivalents des sels seront formés en ajoutant les équivalents des bases à ceux des acides, et rien
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de plus facile alors que de suivre jusqu'au moindre détail les lois découvertes par Wenzel et Ricliter. Jusque-là point de difficulté ; mais vient-on à chercher les équivalents des corps simples, on en rencontre bientôt d'assez graves, quoiqu'en certains cas il n'y en ait aucune.
Ainsi, quand un corps simple forme un hydracide, l'équivalent de celui-ci est fixé par les règles précédentes; et, quand on voit que l'acide chlorhydrique en agissant sur la potasse forme de l'eau et du chlorure de potassium, il demeure évident que l'équivalent du chlore est représenté par la quantité de ce corps qui remplace l'oxygène de la potasse. Mais prendre par un moyen analogue les équivalents du carbone, du phosphore, de l'azote, ce serait détruire d'autres analogies; les prendre autrement, c'est remplacer les règles par des procédés arbitraires.
Mais c'est surtout en ce qui concerne les équivalents des métaux que l'on éprouve une difficulté grave, car il est des métaux qui produisent plusieurs bases. Ainsi, par exemple, le fer produit deux oxydes salifiables formés de
loo oxygène et SSg fer protoxyde. loo oxygène et 226 fer peroxyde.
et conséquemment, pour saturer i équivalent d'un acide, on peut prendre à volonté 4^9 de protoxyde
de fer et 3^6 de peroxyde. S'il s'agit de bases, d'acides, de sels, tout demeure net et comparable; mais, si l'on demande quel est l'équivalent du fer luimême, faut-il le représenter par SSg ou par 226?
Par une convention qui devenait, comme on voit, nécessaire, on admet que l'équivalent d'un métal est représenté par la quantité de ce métal qui, avec 100 parties d'oxygène, donne naissance à un protoxyde\
D'où résulte, pour continuer à nous servir de l'exemple employé, que, s'il s'agit de représenter les oxydes de fer, on dira qu'ils renferment :
Le protoxyde i équiv. de fer et i équiv. d'oxygène.
Le peroxyde -f équiv. de fer et i équiv. d'oxygène.
Et, comme tout doit demeurer proportionnel à l'équivalent de la potasse, il faudra dans ce système représenter certains oxydes par des nombres fractionnaires. Il faudra même représenter, par exemple, le sesquicarbonate de soude, le sulfate tribasique de cuivre par les nombres fractionnaires suivants :
Le sesquicarbonate. . i équiv. de soude et i! équiv. d'acide carLon. Le sulfate tribasique. i équiv. oxyde de cuiv. et ~ équiv. acide suif.
Ainsi toutes les combinaisons de la^Cbimie se trouveront véritablement exprimées par des nombres proportionnels ou équivalents, dont l'équiva-
lent de la potasse sera la mesure commune, quoiqu'on ait pris l'oxygène pour unité. Cet avantage est grand, mais l'introduction d'une foule de coefficients fractionnaires dans les formules de la Chimie a pu en dissimuler le mérite aux yeux de beaucoup de personnes.
Cependant, il faut en convenir, cette manière de représenter les faits est la seule qui soit fondée sur l'expérience pure, et, si elle arrive à se donner quelques conventions, ce n'est qu'après avoir épuisé toutes les données expérimentales.
Peut-être, accoutumés comme le sont aujourd'hui tous les jeunes chimistes à accepter sur ces matières un langage tout fait et des formules qui ont pour elles une sanction presque universelle, peut-être estil nécessaire de leur rappeler que les nombres proportionnels ainsi conçus sont seuls et doivent être seuls en effet l'expression de l'expérience acquise. Non-seulement il faut le dire, mais il faut surtout en exposer les motifs.
Or nous venons de voir que Wenzel, que Richter ont découvert des lois qui se rapportent toutes aux relations des acides et des bases, et que la proportionnalité des acides, des bases et des sels s'établit toujours en partant de la neutralité comme d'un terme fixe et capable de rendre tous ces corps comparables. Il existe donc une propriété générale
et constante, la neutralité, qui rend toujours comparables (les acides, des bases et des sels.
Au contraire, s'il s'agit de comparer entre eux des corps simples, nous ne connaissons plus aucune propriété qui permette de les rendre proportionnels ou équivalents. On est donc conduit à adopter quelque convention en ce qui les concerne; et cela tient, comme on le voit, à ce que nous ne connaissons aucun moyen de classer les corps binaires d'après leur état de saturation, comme nous le faisons si bien pour les sels.
En un mot, la Gbimie sait combien il faut de potasse pour remplacer la soude, la baryte, la strontiane, etc., et pour saturer la même quantité d'acide qu'elles. Elle peut dire combien il faut d'acide sulfurique, azotique, cblorique pour remplacer une quantité donnée d'acide tartrique et pour saturer la même quantité de base que lui ; elle sait combien il faut de sulfate de soude pour décomposer l'azotate de baryte, combien de sulfate de potasse pour décomposer l'azotate de cbaux.
Mais elle ignore combien il faut réellement de cblore pour remplacer le soufre dans une combinaison binaire ; elle ne sait pas combien il faudrait d'oxygène pour remplacer le pbospbore, combien de cbarbon pour remplacer l'azote.
Quand elle donne les équivalents des acides, des
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bases ou des sels, elle donne les résultats de l'expérience ; mais, quand elle veut aussi fournir ceux des métaux ou des corps non métalliques, elle se trouve obligée de les déduire des précédents, sans règle bien précise.
C'est là ce qui constitue même la différence et l'unique différence, selon moi, entre les équivalents et les atomes. Dès que l'on essaye de classer ensemble les oxydes, les sulfures, les chlorures au même état de saturation et de les représenter par des équivalents concordants, dès qu'on essaye de découvrir pour les composés binaires des méthodes de comparaison qui puissent remplacer l'emploi des couleurs végétales qui nous indiquent l'état de neutralité des sels, on retombe nécessairement dans ces sortes de considérations qui font la base de ce qu'on nomme la théorie atomique.
Nous verrons dans la séance prochaine si cette théorie a été aussi heureuse que la théorie des équivalents dans le choix des divers points de départ dont elle a successivement fait usage ; nous verrons surtout en quoi elle se recommande, malgré toutes les incertitudes dont elle est encore environnée. Pour le moment, je me borne à mettre sous vos yeux les principaux équivalents.