ORIGINES DE LA CHIMIE
comme il me sera facile de vous le prouver en jetant un coup d'œil sur les travaux des anciens chimistes, de ceux même qui ont précédé l'établissement des académies, c'est-à-dire de ceux qui ont écrit avant i65o ou à peu près.
Comparés aux physiciens, aux mécaniciens et aux géomètres, les chimistes nous paraissent les véritables inventeurs de l'art d'expérimenter. S'ils ont été les derniers à se faire des théories, c'est que leur tâche était bien plus difficile. Ce n'est que d'hier, sans doute, qu'on peut dater nos premiers essais de théories justes, et pourtant l'observation des phénomènes chimiques, l'art de les coordonner dans un certain but et de les reproduire à volonté datent des premiers âges du monde. De là même, ces difficultés sur l'époque précise à laquelle il faut placer la naissance de la Chimie.
De là aussi, ce singulier contraste qu'on remarque chez les anciens peuples entre l'état florissant de la Chimie industrielle et l'absence complète de toute Chimie théorique, contraste qui mérite bien quelque détail, et qui jette d'ailleurs une si vive lumière sur la création de la méthode des chimistes.
Nous n'en sommes plus à l'époqueoù, jaloux peutêtre de dissimuler leur véritable origine, Borrichius et ses émules allaient chercher les lettres de noblesse de leur science aux temps les plus reculés du
monde, et ne reconnaissaient pour ancêtres que des denii-dieux ou des rois. Nous ne pouvons même plus placer exclusivement le berceau de la Chimie dans l'officine des anciens pharmacopoles à qui l'on attribuerait volontiers sa découverte. Les services que nous avons rendus nous placent assez haut pour que nous puissions rappeler, sans embarras, notre obscure parenté. Avouons donc, sans détour, que la Chimie pratique a pris naissance dans les ateliers du forgeron, du potier ou du verrier, et dans la boutique du parfumeur, et convenons nettement que les premiers éféments de la Chimie scientifique ne datent que d'hier.
Les Phéniciens, les Égyptiens étaient, il est vrai, très-avancés dans les arts dépendant de la Chimie . On observe chez eux une industrie très -perfectionnée, dans laquelle une foule d'observations ont été mises à profit et ont donné naissance à des arts très-compliqués. Ainsi, les Égyptiens avaient poussé fort loin l'art de la verrerie, ils connaissaient nonseulement les verres blancs, mais encore les émaux, les verres colorés ; et» quand on examine les produits sortis de leurs mains, on est saisi d'étonnement et d'admiration, en y reconnaissant des preuves incontestables d'une industrie presque aussi avancée que celle que nous possédons aujourd'hui. Non-seulement ils savaient recueillir le ?èatron, que la nature