ORIGINES DE LA CHIMIE. — ÉGYPTIENS
Cela doit-il nous surprendre? Non, sans doute. Pour s'en rendre compte , ne suffit-il pas, sans aller plus loin, de jeter les yeux sur ce qui se passe autour de nous? Dans notre propre industrie, ou du moins dans celle de notre époque, nous trouverions une foule d'exemples propres à mettre en évidence tout ce que peut une pratique longue et assidue. Oui, aujourd'hui même, quand la science fait tant d'efforts, et des efforts si glorieux pour éclairer et diriger les arts, nous ne manquerions pas de ces exemples fameux, qui nous font voir comment il est possible que la pratique seule, suivie avec constance par un esprit judicieux, comment il est possible même que le simple hasard conduise à des méthodes industrielles parfaites, que la théorie n'aurait jamais pu imaginer.
Rappelons seulement ce qui s'est passé au Mexi- ([ue, relativement à l'exploitation des mines d'argent. Depuis i56i, ces mines sont exploitées par un procédé qui réalise toutes les conditions désirables. Il est dû à un homme presque inconnu d'ailleurs, Hernando Yelasquez, qui n'avait aucune des connaissances de Chimie théorique nécessaires pour imaginer son procédé. En effet, celui-ci est extrêmement compliqué, et n'a été compris ni de son auteur, ni de ceux qui sont venus après lui. Ce n'est que depuis quelques années que les efforts réunis de
lO PHILOSOPHIE CHIMIQUE.
M.M. Sonnesehmidt, Humboldt, Karsten et Boussingault nous ont permis d'en concevoir la théorie. Velasquez y avait été conduit par la pratique seule, en passant d'une expérience à une autre, sans s'en rendre compte, sans qu'il lui fût même possible de s'en rendre compte.
Et, pour citer un exemple plus récent encore, le procédé de l'emploi de l'air chaud dans les hauts fourneaux, qui vient d'être si heureusement imaginé, et qui est adopté dans les usines avec tant d'empressement et de succès, est-il le résultat des méditations de la théorie? Le comprenons-nous seulement? Non, ce procédé est l'enfant du hasard, et parmi les explications que l'on s'efforce de nous en donner, il n'en est peut-être aucune qui soit entièrement digne d'obtenir de nos esprits une adhésion complète. Eh bien! faute de théorie, se propage-t-il moins vite? Pas du tout.
Ainsi, dans les arts, on peut faire des découvertes d'une haute portée, sans être guidé par aucune lumière scientifique. L'état florissant de l'industrie des Égyptiens ne prouve donc nullement qu'ils aient possédé la théorie des arts dans lesquels ils excellaient; et, quoi qu'en aient dit les auteurs qui veulent nous faire aussi vieux que le monde, il est difficile d'admettre que les Égyptiens aient été chimistes dans le sens exact et actuel du mot.