ONZIÈME LEÇON
Echange gazeux à travers une membrane sans ouverture. — Conditions de perfectionnement d'une membrane respiratoire. — Définition d'un appareil respiratoire. — Respiration aquatique, respiration aérienne.
Respiration aquatique : Amorphozoaires. — Radiâmes : Échinodermcs — Mollusques : Molluscoïdes, Brachiopodes, Lamellibranches, Gastéropodes, Céphalopodes, Ptéropodes.
Messieurs,
Si l'on fait abstraction des animaux mono-cellulaires, on voit que les échanges gazeux du milieu ambiant et des parties constituantes du corps ne se font point par un contact direct, mais à travers une membrane limitante, parfaitement close et que ne perfore aucun pertuis. A vrai dire, il n'en va pas autrement même chez les êtres mono-cellulaires, et l'oxygène qui arrive, par exemple, au centre de l'organite a dû cheminer de proche en proche à travers sa paroi. Mais chez les autres animaux, le trajet de l'oxygène est bien plus long à faire, et, la membrane anhiste ou cellulaire traversée, il lui faut aller plus avant, passant des éléments superficiels aux éléments plus profonds, à moins que ce fluide, le sang, dont nous avons déjà longuement parlé, ne le recueille sur la face intérieure de la membrane pour l'entraîner dans l'organisme entier, où s'opère alors la respiration interstitielle..
166 DBS MÉCANISMES RESPIRATOIRES.
Alors même, et cette remarque a quelque importance, alors même que l'animal est pourvu de sang et d'un appareil circulatoire, la pénétration directe de l'oxygène suffit pour entretenir plus ou moins longtemps la vie des tissus. 11 çst facile de voir, par exemple, que deux grenouilles étant données, auxquelles on a enlevé le cœur et vidé le système sanguin, celle qu'on laissera dans l'air vivra plus longtemps que celle qu'on plongera sous l'eau,: la pénétration directe, le cheminement de proche en proche de l'oxygène gazeux expliquent ce phénomène.
La membrane limitante est continue, avons- nous dit, comme celle d'une bulle de savon, et jamais on n'y a constaté la présence d'orifices, si petits qu'on les suppose. La pénétration d'oxygène dans son épaisseur, la sortie de l'acide carbonique, sont donc des faits pour l'étude desquels il sert peu d'avoir recours à ce que les physiciens ont obtenu, en séparant des gaz et des liquides par des lamelles véritablement poreuses.
Dans ces conditions, la pénétration, la marche envahissante des molécules gazeuses, se fait grâce à la dissolution dans la substance même de la membrane de séparation (1). Cette membrane, par le contact des liquides intérieurs, et souvent même du milieu liquide ambiant, est humide, et c'est probablement là une circonstance favorable à la dissolution.
Quoi qu'il en soit, la grande solubilité de l'oxygène et de l'acide carbonique dans les substances colloïdes animales explique facilement leur passage à travers les septa respiratoires, tandis que l'azote, peu soluble, restera, comme toujours, indifférent. 11 faut faire remarquer, en outre, que la
(1) Voy. Graham, LXXVII et LXXVII bis.