‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 163 sur 289 · I XJ · texte numérisé non relu

I XJ

Fig. 64 ('-£). — Graphiques de la respiration d'un Caïman (enregistrement avec la muselière).

Ce résultat était trop extraordinaire pour ne pas nous faire craindre d'avoir, par nos manœuvres, faussé le rhythme normal de la respiration de notre Caïman. L'observation simple de notre animal laissé libre paraissait bien nous montrer que nous avions réellement enregistré la série naturelle des mouvements ; mais nous ne pouvions nous en tenir là.

Avec l'autorisation de M. Duméril, nous transportâmes dans la ménagerie des Reptiles nos appareils enregistreurs. Là se trouvait un gros Caïman dont nous pûmes, non sans difficultés, inscrire les respiral ions sur le cylindre tournant. Pour y parvenir, nous mîmes en usage notre petit tambour à pied (voy. fig. 25, p. 209).

En approchant doucement ce petit appareil, solidement fixé sur un pied très-lourd, de notre Caïman, j'ai pu obtenir un tracé exactement semblable à celui que m'avait fourni le petit Caïman. Celui-ci respirait donc bien suivant le rhythme

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normal. J'ai alors recueilli un très-grand nombre de tracés; tous étaient semblables à celui que je vous ai montré ; parfois seulement, au lieu de deux inspirations successives, on en avait trois, ou plus rarement encore une seule. Je vous présente un exemple ( fig. 65) où deux phases respira-

Fig. 65 (y). — Graphiques de la respiration d'un Caïman (enregistrement par les parois du thorax) (1).

to'ires successives sont inscrites ; elles sont séparées par un intervalle d'un peu plus de deux minutes en inspiration.

Je vous ai dit qu'on voit les Crocodiles exécuter des mouvements réguliers du plancher de la bouche, tout à fait semblables à ceux qui ont fait dire que les Tortues déglutis- . sent l'air. Ces mouvements ont réellement pour effet de faire pénétrer dans l'arrière-gorge une certaine quanlilé d'air pur, pendant le long repos en inspiration; cet air est ensuite rejeté en dehors. Ces mouvements sont, comme je vous l'ai dit, beaucoup plus rapides que ceux de la respiration ; il y en a, par exemple, trente ou quarante contre un. Ils prennent surtout de l'amplitude lorsque l'animal est un peu irrité ou fatigué d'être en expérience. J'ai profité de cette circonstance pour prouver, au moyen de l'appareil

(1) Ce graphique représente un enregistrement qui a duré près de quatre minutes. Pour le lire, il faut, commençant par la ligne amorcée à gauche d'un Irait vertical, la mener jusqu'à l'extrême droite, puis reprendre à gauche la ligne correspondante, et qui est ici une ligne entièrement droite ; à cette droite succède une troisième ligne où se trouve un mouvement respiratoire; la quatrième ligne est droite, et la fin du graphique est marquée par un autre trait vertical.

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enregistreur, la pénétration de l'air par les narines, qui correspond à chacun de ces mouvements (voy. fig. 6Z1, tracé n°2, petits mouvements) (1).

Vous pouvez remarquer que ce tracé se rapproche beaucoup de celui des Tortues, c'est-à-dire que l'animal se fatiguant, reste gonflé non plus en inspiration, mais en demiinspiration. C'est là, comme je le ferai remarquer plus loin, un fait général chez les Reptiles. Mais revenons à nos petits mouvements de la gorge.

Si l'on examine avec le plus grand soin les flancs de l'animal pendant qu'ils s'exécutent, on ne les voit nullement se gonfler ni se détendre. Bien mieux, les tracés recueillis sur le gros Caïman ne donnent, pendant le long repos inspiratoire, qu'une droite sans ondulations. L'air, ainsi introduit dans l'arrière-gorge, ne pénètre donc probablement pas plus avant.

On pourrait ne pas s'en tenir à un simple raisonnement, et avoir une certitude expérimentale directe. Pour obtenir celle-ci, il aurait fallu couper en travers la trachée de mon Caïman et placer un tube dans le bout périphérique. Ce tube étant mis en communication avec l'appareil enregistreur, dont l'aiguille aurait été amenée à une très-grande sensibilité, le tracé devrait se réduire à une droite sur laquelle n'agiraient nullement* les mouvements de la gorge.

Mais cette expérience me forcerait de sacrifier complètement mon animal ; j'attendrai, pour la faire, d'avoir épuisé tout ce qu'il peut donner d'intéressant dans ses actes extérieurs. Or, voici un autre fait.

En examinant mon Caïman, on voit que, pendant le repos inspiratoire, son sphincter nasal reste contracté. Puis,

(1) La note de la fig. 66 s'applique à ce tracé.

au moment où il expire, les narines s'ouvrent et l'air qui en sort fait parfois entendre un assez fort sifflement. Est-ce donc en fermant ses narines que l'animal peut rester gonflé en inspiration?

Pour répondre à cette question, j'ai bouché l'un de ces orifices avec une petite cheville de bois, et j'ai introduit dans l'autre un tube conique communiquant avec le po!ygraphe. L'animal a très-docilement supporté ce supplice, et m'a foufni un^tracé (fig. 66, tracé n° 4) loutà fait identique avec le tracé normal.

Fie. 66 (x). — Graphiques de la respiration d'un Caïman (1. enregistrement par les narines ; — 2. parla trachée).

C'est donc en arrière des narines que se trouve la raison de l'arrêt en inspiration. Nous pouvons nous demander maintenant si celui-ci a lieu parce que la glotte se ferme ou parce que l'animal reste gonflé par suite d'une contraction durable de ses muscles inspirateurs. Rien de plus aisé de répondre à celle question.

On peut, en effet, introduire directement un tube dans la glotte. J'y suis parvenu en maintenant la gueule de l'animal très-largement ouverte, au moyen d'un bouchon, et j'ai obtenu ainsi des tracés très-concluants, dont je mets sous vos yeux un exemple (voyez fig. 66, tracé n° 2).

Ce tracé signifie évidemment que le Caïman, sa glotte étant maintenue ouverte, ne peut, plus rester gonflé; son repos en inspiration devient nécessairement un repos en expiration.

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