‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 24 sur 289 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Nécessité de la présence et du renouvellement de l'air pour la vie des animaux (Robert Boylc). — Théories mécaniques de la respiration. — Théories physiques. — Théories dynamiques. — Théories chimiques (J. Mayow, J. Black, Priestley, Lavoisier).

Messieurs,

Les phénomènes respiratoires, dont l'étude nous occupera cette année, n'ont pu recevoir leur explication — explication encore incomplète — qu'à une époque toute récente; et, par un contraste remarquable, ils sont peut-être, de tous les actes physiologiques, ceux qui ont les premiers appelé l'attention des hommes. Les mouvements alternatifs et réguliers de lapoitrine; le souffle, parfois puissant, qui s'échappe des narines et de la bouche; l'angoisse et la mort qui surviennent bientôt si quelque obstacle victorieux trouble, puis interrompt ce rhythme nécessaire; le premier cri de l'enfant qui vient de naître; le dernier soupir du mourant, auquel succèdent l'immobilité, le froid, la décomposition; tous ces faits ont laissé dans les langues, dans les systèmes philosophiques ou religieux, des preuves nombreuses de leur antique

P. DERT. — RliSP. 1

observation. On a même connu, de très-bonne heure, l'organe immédiat de la respiration; et, de fait, la position du poumon, l'air qu'il contient toujours, sa communication avec la bouche, la facilité de l'insuffler après la mort, établissent avec la respiration des relations trop évidentes pour qu'elles aient pu longtemps rester ignorées.

Mais si la connaissance de ces notions remonte aux premiers âges de l'humanité, leur explication, celle de leur utilité dans L'équilibre de la vie, n'ont pu être données même par les philosophes des civilisations antiques. Et comment en aurait-il pu être autrement? Ils ignoraient, d'abord, la véritable structure du poumon, ses rapports avec le sang et l'appareil de la circulation. Quant à l'air, cet autre facteur du conflit respiratoire, si les anciens connaissaient son existence, s'ils l'adoraient et, au témoignage de Sénèque(l),lui attribuaient deux sexes différents (suivant qu'il était sec ou humide), s'ils personnifiaient les vents, ils n'avaient sur sa constitution même aucune idée exacte; il faut en arriver à Aristote (2) pour trouver, se dégageant des assertions bizarres des philosophes, cette importante notion expérimentale qu'une vessie pleine d'air est plus lourde qu'une vessie vide. Relativement aux altérations de l'air par la respiration, ils savaient qu'elles existent (fuliginositi-s) ; mais, hormis pour l'édification de théories médicales, ils s'en étaient peu occupés. Quant à la mort des animaux enfermés dans des vases clos, ils l'attribuaient généralement, avec Aristote, à réchauffement de l'air confiné.

Pour porter la lumière dans la question complexe de la respiration, il était nécessaire d'abord que les anatomisles déterminassent plus exactement la structure des parties;

(2) I bis.

Page 1