HIBERNATION PAR ÉPUISEMENT D'OXYGÈNE
plus ou moins marqué dans lequel se trouvait l'animal (1).
Il résulte de ceci , que l'absence ou la présence des convulsions dans l'asphyxie n'ont point rapport à la composition de l'air respiré, ni, par conséquent à la proportion des gaz contenus dans le sang, mais au degré d'irritabilité des tissus nerveux centraux. Au reste, les mômes différences se remarquent dans la mort par hémorrhagie (2).
Les animaux en état d'hibernation, notamment, périssent asphyxiés sans avoir présenté la moindre convulsion. J'ai vu périr ainsi sous une petite cloche (3500c) un Lérot (Mus nitela Gm.) endormi, qui ne s'était pas même dérangé dans son nid. Il en eût été tout autrement si le même animal eût été réveillé ; il fût mort avec des convulsions ou tout au moins avec une agitation égale à celles qu'eût présentées un Rat dans les mêmes circonstances.
Il serait mort, j'appelle sur ceci votre attention, sans passer, au préalable, par une phase d'engourdissement plus ou moins semblable à l'état d'hibernation. C'est là un fait bien connu, et vous en trouverez, dans le travail si souvent cité de Regnault et Reiset, un exemple bien saisissant.
Mais je ne sache pas qu'on se soit préoccupé de chercher ce qui adviendrait'si un animal hibernant étant laissé dans un espace fermé, on enlevait l'acide carbonique au fur et à mesure de sa formation, de manière à obtenir simplement une très-lente diminution de l'oxygène de l'air. J'ai fait cette expérience de la manière que voici :
Je plaçais dans une vaste cloche (16 litres) , sur une espèce de trépied à claire-voie, un Lérot bien éveillé ; audessus de lui, des fragments de potasse humide absorbaient l'acide carbonique; un petit orifice permettait à l'air de
(1) Voyez CGXXXI, p. 154.
(2) Voyez CCXXXII, p. 201.
remplir le vide ainsi fait, en telle sorte que l'épuisement de l'oxygène se faisait fort lentement. Le Lérot, quand je le plaçais sous la cloche, était très-vif ; le surlendemain, un soleil ardent donnant sur la cloche (température extérieure là degrés), il était engourdi, en pleine hibernation. La cloche enlevée, il revint à la vie active. D'autres animaux de la même espèce, placés dans une cage, à l'ombre et dans un lieu beaucoup plus froid, ne s'étaient pas endormis.
J'ai répété cette expérience avec le même résultat, mais toujours dans le mois de mars. Il faudrait, cela est certain, la refaire en été : je n'y manquerai si je dispose encore d'animaux hibernants. Cependant les circonstances que je viens de vous indiquer font que je crois pouvoir considérer l'hibernation comme produite dans mes expériences par la privation d'oxygène, et c'est là, en soi, un fait intéressant.
Mais enfin, hibernants ou non, à sang chaud ou à sang froid, les animaux périssent dans l'enceinte confinée. Avec quel degré d'altération de l'air la vie est-elle incompatible, ou, si vous aimez mieux, quelle sera la composition de l'atmosphère où l'animal aura succombé?
D'une manière absolue, il est impossible de répondre à cette question. Maintes circonstances qui proviennent de l'animal en expérience ou qui lui sont étrangères agissent pour modifier la proportion de l'oxygène ou de l'acide carbonique dans l'atmosphère mortelle. Vous en verrez un certain nombre d'étudiées et d'analysées avec une haute sagacité dans les leçons de Claude Bernard (1).
On ne saurait trop fréquemment citer, à propos de questions relatives à des chiffres, ces paroles dont on a trop sou-
(1) LI, leçons VI, VII et VIH.