‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 248 sur 289 · COMPOSITION DE L'AIR MORTEL · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE L'AIR MORTEL

(exp. 15) qui mourut dans un vase de volume très-considérable pour son petit corps.

Je ne pourrais donc pas, sans réserve, accepter complètement les conclusions de W. Mùller ; je n'ai pas non plus trouvé, comme lui, un épuisement à peu près complet d'oxygène dans l'air du plus petit espace qu'on puisse laisser à la respiration d'un animal, je veux dire dans l'air de ses poumons alors qu'on l'a étranglé ! Les chiffres suivants en sont la preuve ; j'avoue cependant qu'ils sont trop peu nombreux pour permettre de conclure définitivement :

Chat étranglé : air des poumons 1,9 6,3

Idem 1,8 6,6

Coq, idem 3 13

Valentin avait vu mourir une Couleuvre en présence d'une atmosphère contenant encoreO 11,70 et seulement CO2 6,72, atmosphère qui n'aurait pour les Mammifères aucun inconvénient. Une Grenouille (exp. 47) nous a donné un résultat analogue. Mais quand les Reptiles sont en état d'hibernation, ils se comportent différemment et paraissent épuiser, presque jusqu'à ses dernières traces, l'oxygène de l'air; c'est ce que nous a montré le Lézard n° 45.

Enfin, je vous préviens que j'appellerai tout à l'heure votre attention sur les résultats remarquables présentés par deux Rats (exp. 22 et 23) que j'avais placés dans une atmosphère d'une température élevée.

Malgré ces diverses remarques, vous voyez qu'il reste encore des différences importantes dont rien ne rend compte entre les résultats fournis par des animaux appartenant à la même espèce ; les Rats adultes, par exemple, ont, dans des vases sensiblement égaux, laissé des quantités d'oxygène qui ont varié de 3 à 1,1 pour 100, et des quantités d'acide

5iU ASPHYXIE DANS UNE ATMOSPHÈRE CONFINÉE.

carbonique qui ont varié de 11 à 16. Il est imporlant d'insister sur ces différences, qui mettent en défiance contre des généralisations prématurées, et de se garder de les faire disparaître dans des moyennes illusoires.

Et maintenant, notre question se représente enlière : pourquoi ces animaux sont-ils morts? Oui faut-il accuser, de l'oxygènes disparu, de l'acide carbonique accumulé?

Mais celui-ci, d'abord, avons-nous le droit de l'incriminer? Peut-il intervenir activement dans les phénomènes asphvxiques, ou bien n'est-il redoutable qu'à la façon de l'azote, de l'hydrogène, ou des autres gaz simplement irrespirables?

Je rîe crois pas, messieurs, qu'il soit possible, aujourd'hui, de soutenir que l'acide carbonique n'est pas un poison. Sa toxicité, démontrée, à mon sens, parles anciennes expériences de Gollard de Martigny, a cependant été mise en doute, depuis le grand travail de Regnault et Reiset. Mais j'ai fait nombre d'expériences (1) qui ne me permettent pas d'hésiter à l'affirmer.

Les animaux adultes périssant avec une grande rapidité quand on' les introduit soit dans un gaz simplement irrespirable (azote) soit dans l'acide carbonique, j'ai eu l'idée de mettre en expérience des animaux nouveautés, utilisant ainsi leur longue résistance à l'asphyxie.

Exp. t — Rats albinos âgés de quatre ou cinq jours, pesant 6 à 7 gr. L'expérience estdisposéecommeil suit : le gaz étantrenfermédansunecloche de 120c. cub., sur lemercurc, l'animal est passé rapidement a travers le métal, et introduit dans la cloche ; un large bouchon est immédiatement ajouté de la même façon, de manière à éviter au jeune Rat le contact refroidissant du liquide ; puis le tout est porté sur un

(i) ccxxxvir.

l'acide carbonique est un poison. 515 poêle où est entretenue une température d'environ 20 degrés.

N° i. Hydrogène. L'animal fait des mouvements d'inspiration pendant 23m.

N° 2. Azote. L'animal se débat pendant lm environ, puis tombe sur le flanc, et fait des mouvements d'inspiration pendant 16m. Retiré, puis ouvert, on Voit battre le cœur au contact de l'air.

N° 3. CO2. L'animal tombe bientôt sur le flanc, et ne fait plus aucune inspiration au bout d'une ou deux minutes. Retiré à 20m, le cœur ne bat plus à l'air.

N° h. CO2. L'animal s'agite pendant ia environ', puis tombe et ne fait plus aucune inspiration. Retiré à 10w, le cœur ne bat plus à l'air.

Exp. II. — Rats du même âge â peu près que fes précédents (sans poils encore, yeux fermés; pesant 6Br, 5).

N° 1. Azote. L'animal se débat pendant une minute environ, puis exécute des mouvements inspiraloires pendant 22m. Retiré à 25m, le cœur exposé à l'air bat encore et répond aux excitations.

N° 2. CO2. Agitation lm ; mouvements respiratoires' 2m à 3m. Retiré à 7m. Le cœur ne bat plus.

Exp. III. — Rats un peu plus âgés que ceux de la ïn et de la 2e expérience (6 à 7 gr., commençant à avoir du poil, yeux fermés).

N° 1. Azote. Agitation lm. Fait trois ou quatre inspirations, reste immobile 3 ou hm, puis inspire à 6m30s, 9m, 12m, 13m, 13ra30s, Um30% 15m. Retiré alors, il inspire encore : réchauffé, frictionné, il revient à la vie.

N" 2. CO2 . Agitation lm. Fait huit ou dix inspirations de moins en moins fortes jusqu'à 6m où a lieu la dernière. Retiré à 10'", déjà froid, le cœur exposé à l'air ne bat plus.

Exp. IV. — Faite sept jours après la 2% sur des Rats de la même portée (poils déjà longs, yeux fermés, pesant 13gr).

N° 1. AzoLe. Agitation 308. Mouvements d'inspiration réguliers. L'animal, retiré à 7m 30', réchauffé, revient à la vie.

N° 2. CO2. Agitation 30' ; à partir d'une minute, fait de nombreuses et petites inspirations dont la dernière a lieu à 3m A0\

Exp. V. — Chats nés de la veille.

N° 1. Hydrogène. Agitation lm ; retiré à 20m, sensible, revient parfaitement à lui.

N° 2. Hydrogène. Agitation lm ; insensible à 18m 30* ; dernier mouvement à 33m.

N° 3. CO2. Agitation lm ; mouvements généraux 40m ; retiré à 16m, bien mort.

Nous devons donc considérer comme tout à fait démontré que l'acide carbonique agit non-seulement comme un gaz •irrespirable, mais comme un gaz délétère, comme un véritable poison.

Cela ne prouve pas, cependant, tant s'en faut, que dans l'asphyxie en vases clos, l'acide carbonique, dont la proportion varie entre 11 et 18 pour 100, joue un rôle prépondérant ni même un rôle important.«Nous devrons chercher s'il en est ainsi par un autre ordre d'expériences, dont l'exposition fera le sujet de notre prochaine leçon.

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