PÉNÉTRATION DE L'EAU DANS LES POUMONS
de l'eau après six minutes d'immersion, les poumons pesaient 500 grammes, et j'ai pu, par une compression modérée, en faire sortir 200 grammes d'eau écumeuse et sanglante; desséchés, ils ne pesaient plus que M grammes. Enfin. un autre chien, pesant 13 kilogrammes avant la submersion, en pesait là après la mort; l'œsophage, le prépuce, l'anus avaient été liés, oblitérés; et j'avais pris des précautions suffisantes pour que l'eau contenue dans les poils ne puisse pas apporter de notable cause d'erreur.
L'introduction de l'eau ainsi constatée dans les poumons des animaux noyés, il reste à savoir pourquoi elle ne pénètre qu'après la phase d'agitation consciente, au moment où l'animal a perdu l'intelligence, mais possède encore, notezle bien, sa sensibilité; je laisse de côté, veuillez le remarquer, une première aspiration d'eau, aspiration de surprise, pourrait-on dire, que font parfois les animaux au moment même où on les submerge.
Dans un travail récent, Beau (1) a soutenu que, si les animaux submergés ne respirent pas, c'est à cause du contact de l'eau avec les orifices naturels des voies respiratoires et de l'avertissement qu'apportent ainsi aux centres nerveux les nerfs de la cinquième paire. « Alors, dit-il, les muscles » respirateurs ne peuvent plus se contracter, et il y a hy- » drophobie d'aspiration chez les noyés, comme il y a hy- » drophobie d'ingestion chez les enragés. »
Beau appuie son opinion sur le fait qu'un Chien continue à respirer quand on fixe dans sa trachée un tube qui plonge dans l'eau. Mais cette expérience ne prouve rien, sinon que le contact de l'eau avec les muqueuses trachéale, bronchique et pulmonaire n'empêche nullement l'animal
(1) ccxxxvm.
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d'exécuter les mouvements normaux de la respiration. J'ai fait autrefois une expérience qui renverse complètement la théorie de Beau, et que je répète devant vous parce qu'elle me paraît instructive.
Je prends un Chien de petite taille, et je fixe dans sa trachée préalablement divisée, un long tube un peu recourbé. J'immerge alors entièrement l'animal, et il ne sort de l'eau que l'extrémité du tube. Après quelques moments de résistance et d'agitation, notre Chien, vous le voyez, continue à respirer avec calme et régularité ; nous pourrions ainsi le conserver sous l'eau indéfiniment, sans que ses orifices respirateurs submergés l'aient enïien averti d'avoir à cesser ses mouvements respiratoires.
En résumé : pendant la première période de la submersion, agitation violente, mais cessation volontaire des mouvements respiratoires, l'animal ayant conscience du danger qu'il court, et sa glotte se fermant probablement à cause de l'eau qui en a touché la face supérieure; plus tard, perte de la volonté, mouvements respiratoires inconscients qui, la glotte cédant tôt ou tard, font pénétrer dans les poumons une quantité variable d'eau, dont une grande partie peut être absorbée par les veines pulmonaires ; tels sont les enseignements à tirer des expériences que je viens de vous rapporter ou d'exécutev sous vos yeux.
Quels que soient les phénomènes consécutifs à la submersion, quelle que soit la cause prochaine de la mort, les Mammifères et les Oiseaux, plongés sous l'eau, y périssent assez rapidement. 11 existe cependant, entre les différentes espèces, des différences notables, quant à la durée de la vie. Je m'en suis assuré par une assez grande quantité d'expériences dont le tableau que je placerai sous vos yeux, dans notre leçon prochaine, vous donnera le résumé.