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PÉNÉTRATION DE L'EAU DANS LES POUMONS

peu d'instants, ils respirent d'eux-mêmes et sont toujours sauvés.

Tout autrement se comportent les animaux noyés, chez lesquels l'appareil pulmonaire contient une plus ou moins grande quantité d'eau ou d'écume. Combien de fois en ai-je vus retirés de l'eau, faire d'eux-mêmes plusieurs respirations énergiques, bruyantes, sans ralentir leur asphyxie! Combien de fois ai-je pratiqué la respiration artificielle longtemps, obtenant quelques mouvements spontanés, puis, abandonnant les animaux à eux-mêmes, les ai-je vus mourir!

C'est que l'air qui s'introduit ainsi dans les poumons n'est point utilisé pour l'hématose, ou ne l'est qu'en faible proportion; la plus grande partie s'arrête dans l'eau écumeuse des bronches en y augmentant la finesse des bulles. Aussi faut-il, quand on s'efforce de rappeler un noyé à la vie, non-seulement pratiquer longtemps la respiration artificielle, et en redoubler les manœuvres lorsque le noyé a commencé à respirer de lui-même, mais encore employer simultanément tous les moyens (frictions, chaleur) qui, activant la circulation, hâteront l'absorption de l'eau des bronches par les veines pulmonaires.

Heureusement cette absorption est d'une rapidité et d'une intensité qui semblent toujours prodigieuses, malgré qu'on réfléchisse à l'énorme surface où elle s'exécute, à la grande quantité de sang qui y est employée. Il y a longtemps que Goodwyn, Ségalas, Gohier, ont signalé des faits extraordinaires; ce dernier a pu, sans tuer l'animal en expérience, introduire dans la trachée d'un Cheval jusqu'à 32 litres d'eau, qui ontété absorbés. Colin (1) Pitarriver dans la trachée d'un cheval un courant d'eau tiède débitant six litres à

(1) T. II, p. 39.

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l'heure; l'animal eut le flanc agité, la respiration profonde pendant les trois heures et demie que dura l'expérience. Il fut tué alors; la trachée et les bronches étaient vides; le liquide injecté, 21 litres, avait disparu.

Cette grande rapidité dans l'absorption pulmonaire est cause qu'on ne peut juger en aucune façon de la quantité d'eau qui a pénétré dans les poumons d'un animal noyé par celle qu'on y trouve en réalité. 11 arrive parfois que de ses poumons on ne peut pas extraire une seule goutte d'eau à l'état liquide; cela ne démontre pas du tout qu'il n'ait pas pénétré une certaine quantité d'eau dans l'organe.

Voici la preuve de cette assertion :

J'ai noyé un Chien de moyenne taille, et l'ai retiré immé» diatement après son dernier mouvement respiratoire. Les poumons et la trachée sont pleins d'eau écumeuse qui s'en échappe à la section, sans qu'on puisse faire sortir d'eau libre en retournant l'organe; Le tout pèse 200 grammes; après dessiccation, il reste 20 grammes de matière.

Je prends alors un chien de même taille que le précédent. Dans sa trachée, je fixe un tube de verre coudé, dont l'extrémité plonge dans un vase rempli d'une quantité connue d'eau. L'animal inspire régulièrement l'eau du vase* et expire à chaque fois de l'eau écumeuse. Quand il meurt, 375 grammes d'eau ont été aspirés. Les poumons, extraits de suite, présentent le même aspect que dans le cas précédent ; on n'en peut faire sortir que h grammes d'eau à l'état libre. Par une assez singulière coïncidence, ils pèsent, comme dans le premier cas, 200 grammes et laissent un résidu de 20 grammes de matière sèche.

Ainsi le premier Chien, qui n'avait pas d'eau libre dans la trachée, en a peut-être aspiré dans ses poumons 3 ou A00 grammes. Au reste, chez un Chien de 10 kilos, retiré

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