‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 257 sur 289 · III · texte numérisé non relu

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538 DE l'acte du plonger.

Les résultats exprimés dans ces tableaux, bien qu'encore peu nombreux, prêtent à quelques considérations intéressantes au point de vue de l'histoire naturelle.

On voit d'abord que, d'une manière générale, les petits animaux meurent plus vite que les gros. Ainsi, la moyenne de la durée de la vie des Chiens a donné h min. 25 sec; celle de la vie des Chats, 2 min. 55 sec; celle de la vie des Rats, 2 min. 6 sec. Parmi les Oiseaux, nous voyons le minimum de résistance présenté par les petits Passereaux, et le plus petit oiseau de nos contrées, le Roitelet, a succombé en 20 secondes. C'est là, il faut bien le dire, quelque chose que rien n'explique; on ne voit pas pourquoi l'équilibre d'un organisme vivant de petite taille se détruit en moins de temps que celui d'un organisme de dimensions plus grandes. Mais voit-on davantage pourquoi le développement des petits animaux se fait plus vile que celui des gros, ou pourquoi la durée de la vie des animaux est généralement en rapport avec la masse de leur corps ?

Si de cette vue générale nous passons h la comparaison des types spécifiques, nous voyons d'abord que certains animaux, considérés comme bons plongeurs par les naturalistes, ne méritent pas leur réputation. Tel est, parmi les Mammifères, le Rat d'eau, que Linné a nommé amphibie, qui ne résiste pas à la submersion une minute de plus que le Rat ordinaire.

Tels paraissent encore les Grèbes, vulgairement appelés Plongeons, et que, du reste, dans l'état de nature, je n'ai jamais vu rester une minute entière submergés.

Certains types d'Oiseaux révèlent, au contraire, une résistance singulière, Tel est le groupe des Râles, au moins de ceux qui habitent le bord des eaux ; la petite Marouetle, moins grosse qu'une Grive, n'est morte qu'en quatre mi-

RÉSISTANCE INÉGALE A LA SURMF.RSION. 539

nutes ; je regrette de n'avoir pu mettre en expérience un Râle de genêt qui appartient au même genre, mais ne vit pas auprès de l'eau.

A côté des Râles, ou plutôt au dessus d'eux, se placent les Canards, qui m'ont toujours présenté une résistance singulière à la submersion ; la moyenne des expériences a donné 11 minutes 17 secondes.

L'analyse des expériences faites sur les Canards montre entre les extrêmes une dislance énorme ; le minimum (n° 66) a été 7 minutes, le maximum (n° 69), qui dépasse de beaucoup la plupart des autres résultats, de 16 minutes. Remarquez ce Canard (n° 71) qui, retiré vivant et sensible de l'eau le matin, après 8 min., y mourut le soir au bout de 8 min. seulement de submersion. Ces faits sont instructifs et nous aurons à y revenir dans un moment. Ils nous montrent, pour l'instant, que les résultats consignés dans le tableau que je vous ai présenté sont des résultats bruts, qu'il faudrait beaucoup multiplier pour y introduire une analyse détaillée des circonstances. Mais cependant les conséquences générales que j'en viens de tirer me paraissent suffisamment établies.

J'ai eu, comme vous pouvez le voir dans le tableau (exp. 10), l'occasion de noyer un Phoque. C'était un jeune animal (un mètre de long) pris depuis quinze jours, sans blessures, mais fatigué par l'inanition. Je m'occupais alors fort peu de physiologie ; les constatations exactes que j'ai faites et consignées ici sont le résultat de la surprise que j'éprouvai à voir ce malheureux animal résister si peu de temps à la submersion. Je dois dire, du reste, que j'ai assez fréquemment chassé le Phoque et que son séjour sous l'eau, à l'état normal, dépasse rarement trois ou quatre minutes.

L'Hippopotame semblerait être, sous ce rapport, mieux

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doué que le Phoque ; Graliolct(l) déclare, en effet, avoir compté quinze minutes entre deux inspirations successives. D'autre part, tous les livres de physiologie rapportent, d'après Scoresby, qu'une baleine blessée peut rester sous l'eau pendant trente minutes.

A quoi peut être due cette faculté remarquable? Les analomistes comparateurs ont depuis longtemps cherché à résoudre la question. Ils ont, pour cela, étudié avec soin la structure de l'appareil respiratoire ou du système circulatoire de ces animaux plongeurs, et se sont efforcés de rattacher à l'explication de la faculté de plonger, toutes les particularités un peu saillantes de l'organisation. Ainsi a-ton fait pour la prétendue communication des oreillettes cardiaques, annoncées à tort par Cl. Perrault; pour les vastes plexus artériels des Cétacés, pour les dilatations vraiment énormes que présentent dans l'abdomen les veines iliaques et la veine cave des Phoques, pour le singulier sphincter dont, chez ces derniers Mammifères, Burrow (2) a découvert l'existence autour de la veine cave inférieure, au moment où traverse le diaphragme : sphincter qui possède, comme je l'ai constaté (3), un muscle antagoniste qui doit se contracter énergiquement avec le diaphragme, au moment où le Phoque, après une longue immersion, fait enfin une inspiration. Mais, il faut bien le reconnaître, tout cela ne constituait que des indications isolées et insuffisantes. Gratiolet seul a vu la question d'ensemble et tenté d'établir une théorie.

Étudiant avec cette sagacité et cette patience, qui s'alliaient si bien chez lui avec les plus hautes tendances de

(1) GGXXXIX, p. 352.

(2) CGXL.

(3) CGXLI.

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