VARIATIONS AVEC LA TEMPÉRATURE
il faudrait désespérer d'expliquer jamais cet étrange phénomène.
Les expériences bien connues de Haller, de Buffon et de Legallois ont montré d'une manière évidente que la faculté de résister à l'asphyxie ne se perd pas immédiatement après la première respiration, mais qu'au contraire elle persiste, bien qu'en diminuant graduellement, dans les jours qui suivent la naissance.
Cette résistance à l'asphyxie est vraiment des plus remarquables, et l'on ne saurait trop fréquemment en citer des exemples. Des petits Chiens naissants ont pu, dans les expériences de Haller et de Buffon, rester pendant une demiheure immergés dans l'eau tiède, et en être retirés vivants. C'est à peu près la même durée pour les Chats et les Rats naissants, sur lesquels j'ai fait de nombreuses expériences.
Au reste, cette durée varie avec diverses circonstances, notamment avec la température. Ainsi, j'ai immergé quatre Chats de la même portée dans des vases pleins d'eau, à différentes températures. Dans l'eau à ïh degrés, le petit Chat est mort au bout de 27m 303 ; dans l'eau à 20 degrés, de 26 minutes; à 26 degrés, de 18 minutes; à 36 degrés, de llm30s.
Ceci, pour le dire en passant, doit servir d'enseignement aux médecins de n'avoir pas tant à se préoccuper du réchauffement, soit dans les cas d'opération césarienne sur le cadavre, soit dans le cas de mort apparente des nouveau-nés. Plus on augmentera la température, plus on augmentera aussi les causes de mort.
Vous voyez, d'autre part, que toutes les fois qu'on rapportera des faits de cet ordre, il conviendra d'indiquer avec soin la température à laquelle on a opéré. Toutes les
expériences que je rapporterai par la suile ont été faites à la température de 18 à 22 degrés.
Les jeunes Mammifères ne présentent pas seuls cette remarquable faculté de résistance. Il en est de même pour certains Oiseaux, comme je m'en suis assuré, pour les Passereaux, notamment, et probablement pour tous ceux qui viennent au monde nus, et pour lesquels Charles Bonaparte avait établi sa sous-classe des Altrices. Nous verrons qu'il en est tout autrement pour les Gallinacés et les Palmipèdes de la sous-classe des Prœcoces.
A quoi est due cette résistance, plus remarquable encore qu'aucune de celles présentées par les animaux plongeurs? Si vous cherchez dans les livres de physiologie, vous verrez que tous les auteurs acceptent d'une manière plus ou moins formelle une explication adoptée dès le siècle dernier; explication qui se rattache aux théories dont je vous ai parlé, et où l'asphyxie était attribuée à l'imperméabilité du poumon par le sang.
Personne n'a mieux que P. Bérard (1) développé cette théorie; voici ses propres paroles : « Soient un Mammifère, » une Chienne, par exemple, et son nouveau-né, submergés » immédiatement après la parturition. La première aura » succombé au bout de deux minutes et demie, tandis que » le nouveau-né sera retiré vivant du liquide après une » demi-heure; pourquoi cette différence? C'est que pour » se mouvoir circulairement, et pour passer des cavités » droites du cœur dans les cavités gauches, pour passer du d système veineux général dans le système aorlique, il n'y a » qu'un chemin chez l'adulte, c'est le poumon ; tandis que » chez le nouveau-né il y a trois routes : le poumon, si ce
(1) XXI, p. 450.