TROISIÈME LEÇON
Respiration des tissus végétaux : Expériences. — Respiration des tissus animaux. — Spallanzani, Cl. Bernard, Georges Liebig, Matteucci, Valentiu, Hermann. — Expériences : Méthode.
Messieurs,
L'être vivant est un agrégat de particules vivantes, comme le corps brut est un agrégat de particules brutes. Or, de même que ce corps ne possède aucune propriété physico-chimique qui ne se retrouve dans toutes ses particules constituantes (s'il est homogène), ou dans un certain nombre d'entre elles (s'il est hétérogène), de même toutes les qualités physico-chimiques ou vitales de l'être vivant, considéré dans son ensemble, doivent avoir leur origine dans une qualité similaire d'un certain nombre de ses particules constituantes. Ce que nous appelons fonctions n'est que la somme, somme algébrique, de ces propriétés élémentaires.
Cette proposition, dont le développement nous entraînerait bien loin de l'histoire de la respiration, et dont l'énoncé général rencontrerait des adversaires irréconciliables dans la personne de ceux qui admettent hypothétiquemenl, parce que cela leur paraît plus commode pour expliquer l'harmonie fonctionnelle de toutes, les parties d'un corps vi-
vant, l'existence d'un principe étranger et supérieur à la matière vivante dont il dirige les actes et règle l'évolution, cette proposition, dis-je, trouvera, je l'espère, grâce devant eux, pour tout ce qui a rapport aux phénomènes purement physico-chimiques qui se passent dans l'organisme vivant. Spécialement, et pour nous restreindre dans les limites de notre sujet, il est évident que si, comme nous le savons depuis Prieslley et Lavoisier, les animaux placés dans l'air absorbent de l'oxygène et produisent de l'acide carbonique, tandis que les végétaux, à la faveur des rayons solaires, décomposent l'acide carbonique qui se trouve dans l'atmosphère, ces fonctions des êtres vivants ne sont que le résultat total de l'action des particules qui les composent. Sans nous préoccuper de ce que peut même présenter d'avantageux cette hypothèse d'un principe qui réglerait dans leur intensité les phénomènes respiratoires, et qui les maintiendrait en harmonie avec les besoins de l'organisme, il est manifeste que si le char avance, c'est que les coursiers marchent, et que si l'animal, en somme, absorbe de l'oxygène, c'est que chacune de ses parties en consomme également. Sa respiration n'est donc que la manifestation de la respiration de ses divers tissus, de ses divers éléments ; c'est la somme, la somme algébrique de ces respirations élémentaires qui constitue sa respiration.
J'ai dit par deux fois somme, somme algébrique ; je tiens à justifier cette expression qui* si je ne l'expliquais, aurait aisément une apparence prétentieuse.
Toutes les parties d'un être vivant animé, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, consomment de l'oxygène et produisent de l'acide carbonique. Sous la réserve de circonstances exceptionnelles ou de cas particuliers très rares, et dont il sera fait mention en leur lieu, celte formule s'ap-
plique à tout le règne animal, et aussi la suivante : aucune partie d'un être vivant anime n'est susceptible de décomposer l'acide carbonique et d'en mettre en liberté l'oxygène constituant.
Dans la respiration de l'animal, qui est la somme de la respiration de toutes ses parties, celles-ci agissent dans le même sens, bien qu'avec des intensités probablement différentes; la respiration est chez toutes consommatrice d'oxygène, la somme est une simple somme arithmétique.
Il en est tout autrement pour les végétaux, pour tous ceux, au moins, à quelque groupe taxonomique qu'ils apparliennent, dont certaines cellules contiennent de la matière verte, de la chlorophylle.
Tissus végétaux. — Quand une telle plante est placée sous l'influence directe des rayons lumineux, dans une atmosphère contenant de l'acide carbonique, celui-ci ne tarde pas à disparaître, et l'analyse révèle un dégagement concomitant d'oxygène. Cela est connu, je le répète, depuis Priestley (1). Faudra-t-il conclure de là que chacune des parties delà plante concourt dans le même sens à cet effet général, et que la matière vivante végétale se conduit différemment de la matière vivante animale? En aucune façon.
J'ai placé, dans des cloches pleines d'air, renversées sur le mercure et exposées au soleil, des fragments de bois, de très-jeunes branches de lilas et de sureau parfaitement vivantes, dépouillées de leur écorce depuis quelques instants. Au bout de deux jours, l'analyse de l'air d'une des cloches m'a fourni :
Oxygène consomme 18,8
Acide carbonique produit 17,1
Rapport = — — = 0,90