RÉSUMÉ
et de l'atmosphère, et aussi de la théorie de la respiration.
Ainsi, en résumé, si l'on sature du sang au moyen de l'un des trois gaz de l'atmosphère, on voit que :
1° L'azote est simplement dissous dans le plasma sanguin: il s'échappe tout entier dans le vide à 0 degré (Pflùger).
2° L'acide carbonique est presque tout entier contenu dans le sérum ; il n'y est pas simplement dissous, mais aussi combiné principalement avec le carbonate et avec le phosphate de soude. Il abandonne ces combinaisons sous l'action du vide.
3° L'oxygène est, pour la plus grande partie, combiné avec lesglobules sanguins, etplus particulièrementàrhémoglobinc de ces éléments anatomiques. Il serait possible qu'une petite partie s'y trouvât à l'état d'ozone, ou soit facilement transformable en ozone. Le videseul est impuissant à détruire complètement cette combinaison, et tout l'oxygène ne peut être extrait qu'en joignant à l'action du vide celle d'une température supérieure à liO degrés. L'oxyde de carbone produit le même effet en chassant l'oxygène et en prenant sa place.
J'ai averti plus haut que ces résultats avaient été obtenus par l'étude seule du sang des animaux mammifères. Mais il est extrêmement probable que le sang des autres vertébrés fournira des résultats analogues à ceux qui viennent d'être rapportés. Quant aux animaux invertébrés, il convient de faire, à l'avance, des restrictions importantes.
Nous verrons, en parlant des changements que le contact de l'air apporte dans la couleur du sang, que le sang des mollusques céphalopodes se colore en bleu, que le sang des crustacés décapodes se colore en noir sous l'influence de l'air. Or, les globules ne prennent aucune part à cette modification, qui concorde, je m'en suis assuré pour les crabes,
avec l'absorption d'une certaine quantité d'oxygène. Mais il est très-vraisemblable qu'une matière plus ou moins semblable à l'hémoglobine des vertébrés est ici dissoute dans le plasma sanguin, et que c'est avec elle que se combine l'oxygène absorbé.
Quant à l'acide carbonique, les analyses du sang chez les animaux inférieurs nous faisant presque complètement défaut, il n'est pas permis d'affirmer qu'il y existe les mêmes sels, jouant le même rôle, relativement à son absorption, que chez les animaux vertébrés.
Avant d'aller plus loin dans l'étude des gaz du sang, je veux vous parler d'une expérience faite il y a quelques jours, et la répéter devant vous.
L'oxygène du sang est, avons-nous dit, presque tout entier contenu dans les globules sanguins, et combiné avec l'hémoglobine. Or, on sait, depuis longtemps , que les animaux rendus exsangues peuvent être sauvés par l'injection dans leurs vaisseaux d'une certaine quantité de sang ; on sait aussi que c'est à la présence des globules sanguins que ce sang doit ses propriétés vivifiantes ; on sait enfin que celles-ci sont d'autant plus énergiques que le sang est plus oxygéné. Tout semble donc indiquer que le sang rappelle à la vie les animaux principalement en apportant à leurs éléments anatomiques l'oxygène dont ils ont besoin.
Il m'a alors paru intéressant de chercher si une dissolution d'hémato-cristalline suffisamment riche et suffisamment oxygénée pourrait, au point de vue du rappel à la vie, jouer le même rôle que le sang lui-même. Or, se procurer de l'hémato-cristalline en quantité considérable n'est pas chose commode; d'autre part, il aurait fallu, pour que l'expérience fût bonne, l'injecter dissoute non dans de l'eau, dont le contact tue les éléments anatomiques, mais dans du sérum san-
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guin, ou quelque liquide analogue. Le moyen le plus simple m'a paru celui-ci : j'ai fait congeler une quantité de sang de chien supérieure à celle qu'il serait nécessaire d'injecter pour le rappel à la vie d'un animal de celte espèce, au préalable rendu exsangue; par cette congélation, les globules ont été détruits, et le sang, lentement dégelé, n'a bientôt été qu'une sorte de bouillie de cristaux d'hémato-cristalline. A la température de l'appartement, ces cristaux se sont redissous ; j'ai laissé déposer, j'ai décanté, puis filtré, et cela à plusieurs reprises, le liquide obtenu, et j'ai eu alors celte belle solution couleur de laque que donne l'hémato-cristalline. Le microscope n'y montrait plus que de rares globules et un petit nombre de débris. Agitée au contact de l'air, réchauffée à hO degrés, cette liqueur a pris une belle teinte rouge en absorbant de l'oxygène.
Un chien fut alors saigné, et comme il était près de la mort, j'injeclai lentement, dans la jugulaire, ma solution d'oxy-hémoglobine. Il y eut pendant quelques minutes une apparence d'amélioration, puis, très-rapidement, les phénomènes reprirent leur cours, et la mort survint, plus vite même, ce semble, que si aucune injection n'avait été faite.
Nous recommençons l'expérience. Vous voyez notre liquide, préparé ce matin avec du sang de chien; il est d'un beau rouge pourpre et parfaitement transparent; sa température actuelle est de liQ degrés.
Le chien, à jeun, est couché sur le dos. Nous le saignons en mettant un tube dans l'artère carotide. Le sang part ; l'animal s'agite ; les respirations, plus rapides d'abord, se ralentissent et deviennent plus profondes; après deux ou trois minutes, le cœur bat vite et faiblement, la pupille se dilate, l'urine part en jet, le sphincter anal s'ouvre... A quel moment devons-nous nous arrêter, afin de faire notre in-
jection dans des conditions où le résultat soit concluant?
Si vous consultez à ce propos les auteurs nombreux qui ont écrit sur la transfusion du sang, vous serez très-étonnés de voir qu'ils ne se sont point occupés de ce côté de la question. Ils disent vaguement que les animaux qu'ils ont rappelés à la vie étaient exsangues, saignés à blanc, qu'ils étaient en état de faiblesse extrême, de mort apparente, que le cœur ne battait plus. Pour ce dernier point, je m'inscris en faux ; j'ai fait bien des transfusions, mais je puis vous déclarer que jamais je n'ai vu le sang rappeler les battements du coeur arrêté : arrêté comme il s'arrête dans la période ultime, c'est-à-dire après un affaiblissement graduel, car je ne veux rien dire des syncopes survenant en route, ne les ayant jamais observées chez le chien.
On comprend cependant qu'il est indispensable, avant toute chose, de trouver un phénomène qui, d'une part, annonce chez l'animal une mort prochaine et certaine, et, d'autre part, soit en rapport avec un retour certain à la vie, si la transfusion est bien faite, avec du sang de bonne nature. Sans cela, dans notre cas particulier, nous pourrions, que l'animal survive ou meure, ne pas savoir s'il faut attribuer le résultat au liquide injecté ou à l'hémorrhagie.
Pour répondre à cette question, j'ai dû entreprendre un grand nombre d'expériences. Je me suis assuré, d'abord, qu'un chien dont la pupille n'est pas encore dilatée et qui a conservé la sensibilité oculaire peut parfaitement, lors même qu'on lie alors l'artère, être déjà condamné à mort. Réciproquement, la dilatation de la pupille peut avoir lieu avant que l'hémorrhagie ait dépassé les limites mortelles. D'autre part, les déjections involontaires peuvent arriver avant que la vie de l'animal soit compromise. Enfin, les observations touchant le nombre des battements cardiaques, des mouvements rcs-
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piratoires, la pression sanguine, la température, ne fournissent pas de renseignements certains.
Aucun de ces phénomènes ne peut donc être un signe, un critérium.
Mais à un certain moment de l'hémorrhagie, on voit le chien, couché sur le dos, contracter, par une convulsion énergique et durable, un, deux ou même les quatre membres. S'il s'agit des pattes antérieures, le chien les roidit et les tient un instant presque à la verticale ; pour les pattes postérieures, elles sont également roidies, et parfois ramenées en avant par une convulsion des psoas jusque sur la tète. Pendant la convulsion, le cœur se ralentit beaucoup, et, si l'on a introduit au préalable un manomètre dans une artère, on voit la pression sanguine diminuer.
Or, si on lie le vaisseau artériel immédiatement après la première de ces grandes convulsions, et qu'on laisse l'animal à lui-même, la mort survient nécessairement. Les convulsions se répètent, plus fortes d'abord, plus faibles ensuite, et le chien cesse de respirer de cinq minutes à une demi-heure après l'arrêt de l'hémorrhagie. Que si, au contraire, on lui réinjecte, immédiatement après la première convulsion, du sang préparé à l'avance, on le voit toujours revenir à la vie.
En d'autres termes, l'excitation de la moelle épinière et de la moelle allongée, consécutive à la diminution de la quantité, de la pression et de la qualité du sang à la suite de l'hémorrhagie, est, chez un chien placé sur le dos, un signe certain d'une mort prochaine, mort qui peut être certainement conjurée par une transfusion bien faite.
Nous avons donc un critérium qui nous permet d'aller en avant. Appliquons-le à l'expérience actuelle.
Nous rouvrons l'artère, dont le tube avait été fermé pendant notre digression, et nous détachons l'animal, devenu
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presque insensible et dans un état de faiblesse extrême. Le sang coule, et, tout à coup, voici que survient une inspiralion très-profonde ; les muscles des membres postérieurs se contractent, et les pattes de derrière, ramenées en haut et en avant, surplombent le thorax. Nous fermons le vaisseau artériel : désormais, si le sang que nous allons lui injecter n'est pas bon, notre animal est condamné à mort.
Je fais lentement l'injection par la veine fémorale. Au moment où le liquide arrive au cœur, les battements de celui-ci, presque insensibles à la main, s'accélèrent et deviennent plus amples. Ne nous hâtons pas de nous réjouir ! Une simple injection de sérum en ferait autant.
En effet, voyez, ces battements vont tout de suite en s'affaiblissant, les respirations deviennent à peine perceptibles ; il n'y a même que quelques rares et faibles convulsions : l'animal meurt, et il meurt, ce semble, beaucoup plus vile que si on ne lui avait rien fait.
Ainsi notre solution d'oxy-hémoglobine dans le sérum, non-seulement n'a pas suffi à entretenir même pendant un temps la vie des éléments anatomiques, mais semble, au contraire, avoir hâté leur mort. L'existence de globules sanguins à l'état figuré paraît donc être indispensable pour la conservation des propriétés vitales élémentaires. Permettezmoi d'ajouter que le refroidissement du sang jusqu'à 0 degré, température qui ne détruit pas les globules, n'a pas empêché, dans une expérience , le sang réchauffé de rappeler un animal à la vie : ce n'est donc pas au refroidissement, mais à la destruction des globules qu'il faut attribuer le résultat funeste de notre injection.