INFLUENCE DU CHLOROFORME
moindre usure, on voit le sang veineux être presque rouge chez les animaux hibernants, chez ceux qu'on refroidit artificiellement, chez ceux à qui la moelle épinière est coupée (Claude Bernard) et même, dans l'espèce humaine, pendant l'état de syncope (Hunter). Il est probable que la couleur relativement rouge du sang veineux dans certaines maladies (fièvre typhoïde, etc.), doit être, en partie, attribuée à cette même cause.
Est-ce aussi à la résolution musculaire complète qu'il faut attribuer la rutilance du sang pendant le sommeil chloroformique ; je suis très-porté à le croire. Gomme j'ai fait làdessus des recherches personnelles, je vous demande la permission d'entrer dans quelques détails.
Sommeil chloroformique. — Les auteurs si nombreux qui ont écrit sur l'action des anesthésiques ne sont pas d'accord sur l'influence que ces substances exercent sur la couleur du sang. Pour les uns, le sang conserve sa coloration normale, pour les autres, il devient très-noir dans les veines, et sa teinte est même beaucoup plus foncée dans les artères (1). Cette dernière manière de voir a même donné naissance à une idée que je ne crains pas d'appeler bizarre, c'est-à-dire que l'anesthésie chloroformique ne serait qu'une asphyxie.
Or, voici ce que révèle une observation attentive des faits: Quand l'animal est soumis à l'influence de l'éther, on voit arriver d'abord la période dite d'excitation. J'ai prouvé ailleurs que cette excitation est, chez les animaux peu intelligents, comme le lapin, due exclusivement à l'irritation exercée sur les muqueuses faciales et buccales par les vapeurs anesthésiques; chez les chiens quelquefois, chez l'homme presque toujours, il s'y mêle des conceptions déli-
(1) Voyez LXXI1, p. 76 et suiv.
l'antes tenant sans doute à la transmission au cerveau de sensations anormales et troublées (4). Quoi qu'il en soit, il en est pendant cette période comme pendant toutes les agitations violentes : le sang veineux noircit, et si elle dure longtemps, si surtout, comme cela est fréquent, il s'y mêle des troubles respiratoires, la teinte même du sang artériel devient plus foncée.
Survient alors la période dite de calme ou de résolution ; pendant ce temps, le sang artériel redevient rutilant. On peut même remarquer qu'il arrive à être plus rouge que dans l'état normal; la teinte du sang veineux lui-même apparaît manifestement plus claire et plus rosée. Que si, maintenant, on augmente peu à peu la proportion de chloroforme contenu dans l'air, on arrive à tuer progressivement l'animal ; dans ce cas, il meurt par asphyxie, non par arrêt du cœur; le sang artériel devient alors, comme dans l'asphyxie ordinaire, complètement noir.
J'ai fait l'analyse du sang retiré de l'artère pendant la période de calme complet dû au chloroforme, et je l'ai faite comparativement avec celle du sang pris avant l'expérience. Or, les chiffres obtenus sont des plus concluants.
En effet, dans un cas, avant l'anesthésie, le sang m'a donné pour 100cc, 7CC,3 d'oxygène, et pendant la période de calme i"2cc,h. Dans un autre, les chiffres ont varié de 15",1 à 18cc.
Ainsi, pendant que se manifeste, bien pure, bien isolée de toute complication, l'action anesthésique, le sang est plus riche en oxygène qu'il ne l'était auparavant. Ceci ne permettra plus, je pense, de reproduire encore cette assimilation étrange faite de l'anesthésie avec l'asphyxie. Mais à