NEUVIÈME LEÇON
GAZ DU SANG (analyses quantitatives; suite).
Influences de conditions diverses sur la quantité absolue et relative des gaz contenus dans le sang (suite). — Accélérations dans la circulation. — Diminution de la nutrition des tissus. — Richesse oxygénée du sang pendant l'anesthésie due au chloroforme : Expériences. — Mouvements violents de l'animal. — Asphyxie. — Asphyxie dans l'oxygène : Expériences. — Sang rouge dans les veines, après la mort par cessation des phénomènes nutritifs.
Espèces animales différentes; animaux adultes ou nouveau-nés : Expériences.— Sang des mollusques céphalopodes et sang des crustacés décapodes; leurs changements de couleurs sous l'influence de l'oxygène : Expériences.
Messieurs,
Si, laissant pour un moment de côté l'action de conditions diverses sur la richesse oxygénée du sang artériel, nous considérons le sang veineux comparé au sang artériel, nous devons nous demander: Que devient l'excès d'oxygène que présente le sang artériel dans le sang veineux? Et la réponse doit être : Il s'est épuisé au moment où la circulation se ralentit dans les capillaires; il s'est épuisé dans le sang lui-même, et aussi clans les tissus que ce sang traverse, et qui respirent h ses dépens.
Aussi tout ce qui tend à ralentir la circulation capillaire ou à activer les transformations chimiques des tissus, tend à augmenter la différence qui sépare le sang artériel du
sang veineux. Tout ce qui agit inversement rend le sang veineux plus riche en oxygène. Je vous citerai quelques exemples, empruntés surtout aux mémorables expériences de Claude Bernard, auquel on doit tout ce qui a été fait d'important pour ce sujet.
L'état de tonicité du muscle, sa contraction, surtout, usent l'oxygène des capillaires; en effet, tandis que le sang de l'artère du muscle couturier d'un chien donnait, par 100 centimètres cubes, 7C%31 d'oxygène et 0,81 de CO2, le sang veineux, pendant le repos, donnait :
5 d'oxygène, 2,50 de CO2;
pendant la contraction :
4,28 d'oxygène, 4,20 de CO2;
puis, pendant le relâchement complet consécutif à la section des nerfs du muscle :
7,20 d'oxygène, 0,50 de CO2 (1).
Ces chiffres éloquents se passent de commentaires. Inversement, Claude Bernard (2) a montré que, dans les glandes en action, où la circulation s'accélère, le sang veineux est plus rouge que pendant l'état de repos ; cela est vrai pour les glandes salivaires, pour les reins, pour la rate. Estor et Saint-Pierre (3) ont montré qu'il en était ainsi poulies tissus enflammés; mais ce fait me semble trouver une partie de son explication dans ce que je vais dire maintenant.
Pour une raison différente, c'est-à-dire à cause de la
(1) LXX, p. 221.
(2) XLI, p. 264 et p. 299.