DIXIÈME LEÇON
DES MILIEUX RESPIHABLES Résumé sur les gaz du sang.
Des milieux où s'opère la respiration. — Eau : Ses gaz ; respiration à de grandes profondeurs. Mort dans l'eau douce des animaux marins : Expériences. — Ant : Composition de l'air des alvéoles pulmonaires. Rupture du thorax d'un cliieu sous la pression atmosphérique.
Messieurs,
Je commencerai par résumer brièvement tout ce que nous avons dit dans les dernières leçons sur les gaz du sang des animaux vertébrés. J'écris encore une fois ici la moyenne tirée des expériences allemandes; elle peut servir au moins à fixer les idées.
Az.
Gaz total
Extiactible
par la pompe.
Lié.
Tolal.
Sang artériel. .
Sang veineux. .
Au point de vue qualitatif, le sang artériel ou veineux contient :
De l'azote dissous ;
De l'oxygène combiné presque tout entier avec l'hématocristalline ;
De l'acide carbonique en partie dissous, en partie maintenu dans des combinaisons plus ou moins stables avec les phosphates alcalins et les alcalis libres du sang.
GAZ DU SANG (RÉSIJMf:). 1o3
Cet acide carbonique peul, être en partie libéré de ces combinaisons, et s'échappe, soit dans le vide de la pompe, soit pendant la respiration même, au contact de l'air, par l'intervention de l'oxygène de cet air, lequel très-probablement forme avec l'hémato-crislalline une substance qui joue le rôle d'un acide faible.
Si nous examinons maintenant le sang venant des diverses parties du corps, nous trouvons que le sang des veines sus-hépatiques est plus pauvre en oxygène et plus riche en acide carbonique que le sang veineux général ; que le sang de la veine-porte présente à un degré plus élevé encore les mêmes caractères ; que le sang des muscles en contraction a les mêmes rapports par rapport au sang des muscles en repos ou surtout en paralysie ; qu'inversement, le sang des glandes est plus oxygéné pendant leur activité que dans l'état de repos.
Que si nous opposons le sang veineux du cœur droit au sang artériel du cœur gauche, nous constatons que celui-ci est plus riche en oxygène et plus pauvre en acide carbonique. En examinant les choses de plus près, nous voyons que la différence en oxygène est plus considérable que celle en acide carbonique ; or, ceci est en rapport avec le fait bien connu que, dans l'air, les animaux absorbent plus d'oxygène qu'ils ne rendent d'acide carbonique. Mais si nous voulons aller au-delà, si nous cherchons à préciser la différence, à établir un rapport possible entre les altérations de l'air opérées par un animal et les modifications concomitantes de son sang, les éléments nous font complètement défaut. Et comment en serait-il autrement? Non-seulement les méthodes d'analyse sont imparfaites, mais les auteurs dont nous sommes obligé de citer les chiffres ne se sont préoccupés d'aucune des causes de modifications si nombreuses qui les
DBS MILIEUX RBSPIBABLE6.
entouraient. J'ai indiqué les principales, et j'y reviendrai dans un moment; mais voyez, on parle de sang veineux, et ce sang est pris tantôt dans une veine, tantôt dans le cœur droit. Et ici, que de causes de différences, suivant que la sonde puisera le sang venu de la jugulaire gauche, ou celui que la veine cave inférieure rapporte à la fois du foie, des reins, des membres ; suivant que l'animal s'agitera ou restera calme, contractera ou non ses muscles, respirera vite ou lentement ! Autant d'éléments qui enlèvent toute valeur aux moyennes, et ne permettent la comparaison qu'entre expériences indiquées avec détails et suivies comparativement avec un égal soin.
Ce n'est pas tout, il est une circonstance générale dont l'influence est énorme; j'ai essayé d'en indiquer le sens. C'est l'état de digestion comparé à l'état de jeûne ; pendant la digestion, l'oxygène est toujours en moindre proportion dans le sang qu'après un jeûne convenablement prolongé.
Chemin faisant, nous avons aussi constaté que la pression barométrique agit, lorsque ses changements sont considérables, sur la composition quantitative des gaz du sang, et nous avons vu quelles applications on pouvait faire déjà de ces notions, malheureusement incomplètes, à l'étude de la respiration des plongeurs, des mineurs, et, en sens inverse, des oiseaux qui s'élèvent dans l'air et des hommes qui gravissent le flanc des montagnes, ou vivent continuellement à d'énormes hauteurs.
Enfin, nous avons appris que la composition du gaz du sang n'est pas la même chez tous les animaux, qu'elle varie des carnivores aux herbivores, des mammifères aux oiseaux, des animaux nouveau-nés aux animaux adultes.
Les conséquences d'un assez bon nombre de ces faits se représenteront à nous dans la suite de ces études.